‹ Lille. Ses hommes célèbres, ses monuments remarquables, ses institutions utilesChapitre 3 sur 6 · AVANT - PROPOS · texte numérisé non relu

AVANT - PROPOS

snr celle 2 e édilioo.

Nous sommes à une époque de grande transformation , et l'on peut appliquer aux villes et aux institutions ces versets de l'Ecriture :

Elles vieilliront toutes comme un vêtement , Elles changeront de forme comme un manteau.

En effef , il y a à peine dix-huit ans que j'ai publié ce petit livre, et il n'a fallu que ce court espace de temps pour changer, en bien des points , les monuments et les institutions sur lesquels j'avais appelé l'attention et la reconnaissance de nos jeunes lecteurs.

Je vais donc reprendre en sous-œuvre ces deux parties de mon travail (la première, les hommes célèbres, n'offrant aucun changement ) , je vais les reprendre en réimprimant les articles de ma première édition et en y ajoutant sous cette indication : 1 866, les changements survenus depuis lois; de cetfc manière , on pourra voir du même coup-d'œil ce que nos monuments et nos institutions étaient en \ 847 et ce qu'ils sont aujourd'hui par suite de l'agrandissement immense donné à l'enceinte de Lille qui enserre

dans sa nouvelle ceinture les anciennes communes des Moulins , d'Esqucrmcs et de Wazcramcs , et ne fait plus avec elles qu'une seule et même ville , par suite aussi de l'augmentation successive de sa population et des besoins que cette augmentation entraînait naturellement après elle.

Ce n'est point ici une histoire de Lille, encore moins une œuvre de style, mais un simple travail fait au courant de la plumo , un travail où l'auteur n'est pas tenu de dire tout ce qu'il sait , mais seulement ce que nos élèves des écoles primaires et notre jeune génération ont besoin d'apprendre pour payer à leur ville natale le tribut d'amour et de reconnaissance qu'ils lui doivent, pour continuer dans l'avenir le passé si glorieux qu'elle leur a légué et pour porter haut et ferme la bannière de la cité lilloise.

C'est le but que j'avais devant les yeux au départ . heureux si j'ai pu l'atteindre.

XXLAIN (dit de Lille). — Ce savant, célèbre même parmi les membres de l'Université de Paris, écrivait vers le milieu du XII e siècle et mérita le titre de Docteur universel par ses connaissances étendues pour le temps où il vivait.

Il devint évéque de Troues et quitta l'épiscopat pour la retraite et l'étude.

ARCHIER (Etienne de l'J, ou LANCIER.— Savant prieur du couvent des Ermites de Saint-Augustin ; vivait au XVII e siècle.

AVILA (Balthazar d'), 1591-1668. — Chanoine de St-Pierre , général de l'ordre des Minimes.

J3AÛDIER (Dominique) ou BAUDIUS, 1561- 1613. — Historiographe des États de Hollande, sa-

vant jurisconsulte, professeur d'éloquence à Leyde et avocat à La Have, où il mourut en 1613.

Il est auteur de nombreux ouvrages en vers et en prose pleins de noblesse et de feu. On cite surtout ses remarques sur Tacite comme un chef-d'œuvre de saine critique.

BOUCQ Jean le), XVI 0 siècle. — Jurisconsulte, auteur d'un commentaire très-estimf sur la Coutume de Lille.

BOURIGNON (Antoinette), 1616-1680. — Célèbre par ses visions et ses œuvres dévotes recueillies en dix-neuf volumes.

BRESOU (Etienne -Séraphin -Joseph),' 1738- 1793. — Avocat, auteur de différents ouvrages en prose et en vers.

BRIDOUL (Toussaint) , 1595-1672. — Jésuite, auteur d'ouvrages de piété.

CJr HOQUET (François-Hyacinthe), 1580-1645.

— Dominicain, écrivain laborieux, mais malheureusement trop crédule.

CRESPIN (François), 1617- 1677. — L'un des plus célèbres religieux de l'ordre des Carmes; écrivit beaucoup sur les matières religieuses et ascétiques.

CUVILLON (Jean), 1520- 1554. — Issu d'une famille noble et ancienne, fit de fortes études et devint, par sa profonde érudition et par son éloquence persuasive , un orateur et un théologien si distingué,

qu'Albert , duc de Bavière , l'envoya comme son représentant au concile de Trente.

Il nous a laissé plusieurs ouvrages de théologie.

DeLECAMBE (dit Gantois). — On lui donna ce titfe à cause de l'hospice de ce nom , qu'il fonda de ses deniers en 1466.

Plus tard il institua aussi les Sœurs de la Magdeleine (1481).

Il ne borna pas sa mission dans ce monde à soulager ses frères malheureux , il professa la théologie 'à Lyon et laissa des ouvrages propres à nous inspirer l'amour du bien et de la vertu.

DUBOIS (Jean ou Sylvius). — Médecin célèbre, professeur à l'école de médecine de Douai ; mort en

DU CORNET (Louis-Gésar-Joseph^, 1806-1856. Privé de ses deux bras par défaut de conformation , il peignit avec les pieds et la bouche, il fut admis à l'Ecole des Beaux- Arts et y obtint plusieurs médailles. Ses tableaux se recommandent par des qualités solides de dessin et de composition.

JLjLBECQ ( Pierre - Joseph , comte d'). — Fut nommé député suppléant de la noblesse de Lille aux États-Généraux de 1789. Il y soutint les droits du peuple et fit au mois de juin 1790 l'éloge de l'esprit public des départements du Nord , du Pas-de-Calais

et de la Somme; en 1792, il se rendit à l'armée du Nord , v fut employé comme général de division et mourut commandant Parmée des Pyrénées-Orientales.

FeUTRY ; Amé-Ambroise- Joseph ) , 1720-1789.

— Feutry exerça la profession d'avocat au Parlement de Flandre, mais sa nuture et ses goûts le portèrent vers la littérature; il publia quelques ouvrages dont le mérite est incontestable ; sa traduction de Robinson Crusoé et ses poèmes les Tombeaux, les Ruines et le Temple de la mort sont là pour en fournir la preuve.

FOURMANTEL (Agathon), 1772-1806. — Poète satirique, remarquable par sa verve et son originalité. Il mourut dans la misère.

Gauthier v de chàtiiion;, — Poète du xir

siècle; composa une épopée en dix chants sur les conquêtes d'Alexandre , roi de Macédoine , à laquelle il donna pour titre : V Alexandriade .

Cette épopée , fort remarquable pour l'époque où elle fut écrite , se trouve dans toutes les bibliothèques où les lettres anciennes sont encore en honneur.

GHEWIET (Georges de). — Avocat au Parlement de Flandre, auteur de l'ouvrage intitulé : Institutions du droit Belgique, publié en 1736.

GIÉLÉE (Jacques -Mars). — Poète du XIII e siècle; composa en 1290 son roman du Nouveau- Renard, réimprimé cinq à six fois.

GODEFROY Denis ) , mort en 1G81 ;

GODEFROY ; Jean) , mort en 1732 ;

GODEFROY (J.-B.Iachille) , mort en 1750; et GODEFROY (Denis-Joseph) , mort en 1819.

Tous quatre savants historiens et archéologues, ont rendu de grands services à l'histoire du pavs.

GOSSELIN (P.-F.-J.), né en 1751. - Auteur d'ouvrages fort estimés sur la géographie ancienne, lauréat de l'Académie des Inscriptions et Belles- Lettres.

ANGOUART (Wallerand d';. — Aumônier de Charles-Quint.

HANGOUART (Guillaume d'). — Président de la cour d'Artois.

HANGOUART (Roger d'). — Célèbre jurisconsulte , frère des précédents.

HANNETON (Guillaume :, 1506-1586. — Célèbre jurisconsulte, a laissé plusieurs .ouvrages.

HAUTIN (Jacques), 1599-1671.— Jésuite, professeur de philosophie, publia de nombreux ouvrages.

HELMAN (Isidore-Stanislas). — Lille peut revendiquer toute espèce de gloire pour ses fils dans la littérature et dans les beaux-arts. Helman naquit dans ses murs , il vivait au milieu du siècle dernier dont il fut l'un des graveurs les plus distingués, surtout pour le pavsage et le portrait.

On doit aussi à son habile burin les batailles et les faits mémorables des empereurs de la Chine.

HENRI (Pierre), 1638-1708. — Poëte satirique, contemporain du célèbre Boileau qu'il attaqua avec acharnement.

JL Malgré toutes nos recherches, nous n'avons pu trouver de Lillois célèbres sous les lettres I, X ;

De monuments remarquables sous les lettres K , X , Y,Z;

Et d'institutions utiles dont le nom commençât par ces mêmes lettres K , X et Y.

Nous allons donc remplacer les notices descriptives que nous avions promises par une notice grammaticale sur chacune de ces lettres. Nos jeunes lecteurs trouveront également par là quelques notions qui ne seront pas sans intérêt pour eux.

(Voir ces lettres aux Monuments remarquables).

JeANNE MAïLLOTTE. — Voilà l'un des noms les plus populaires de nos annales , voilà notre Jeanne d'Arc à nous, Lillois. Homme par son courage , Jeanne doit figurer ici, et la conduite héroïque qu'elle tînt quand les Hurlus de Menin tentèrent de surprendre la ville (29 juillet 1582} transmit son nom à la postérité, qui plaça la simple cabaretière du Jardin de l'Arc à côté des héroïnes d'Orléans et de Beau vais.

JClCKE (Arnould). — Était, au commencement du XVI e siècle, membre de notre échevinage, époque, on le sait, d'où partit cette longue série d'années désastreuses qu'amenèrent la domination espagnole en Flandre et les persécutions religieuses qui marchèrent à sa suite.

A défaut d'homme célèbre , nous plaçons ici un homme qui fut utile à ses concitoyens , et nous suivrons encore quelquefois cette marche , car, à nos jeux , les fonctions publiques honorent et glorifient , surtout quand elles sont acceptées dans des temps malheureux et difficiles.

IjEQUEUX (Michel -Joseph), 1756-1786.— Architecte habile et plein de goût, assassiné par un jardinier à qui il donnait des ordres.

- On lui doit les hôtels des Comptes, d'Avelin, de Petitpas, l'Intendance et la salle de spectacle.

LESTIBOUDOIS (Jean-Baptiste). — Vint s'établir à Lille en 1739 et sut y marquer si honorablement sa place que , quoique né à Douai , il nous semble de toute justice de la lui donner aussi dans notre petite biographie lilloise. Lestiboudois professa pendant plus de trente ans à Lille les sciences botaniques et zoologiques qui lui sont redevables de savantes publications , parmi lesquelles on distingue ses Tables de la concordance des systèmes de Tourne fort et de Linnée, sa Botanographie Belgique et ses Principes de zoologie; elles lui doivent bien plus encore , elles lui doivent

aussi deux générations dignes héritières de ses grands talents et de son amour pour les sciences naturelles.

Masquelier ( Louis-Joseph) , né en 1711. — Excellent graveur dont le burin pur et correct a laissé des œuvres extrêmement remarquables.

Il prêta son talent à Wicar pour la publication des camées, bustes et portraits de l'immense galerie de Florence, et le succès qu'obtint cette publication prouva que le peintre avait trouvé dans son graveur un artiste digne de reproduire ses œuvres.

MATHON (Alexis). — Auteur de poésies qui ne sont pas sans mérite.

MONNOYER (Jean - Baptiste} , né en 1635. — Peignait les fleurs de manière à rivaliser avec les ouvrages des meilleurs peintres hollandais en ce genre.

MONTLINOT (Charles-Lbglergq de) , mort en 1801. — Chanoine de Saint - Pierre , auteur d'une histoire de Lille depuis sa fondation jusqu'en 1734.

MOTTEZ (Victor-Louis), né en 1809. — Contribua pour une large part à la décoration de Saint- Germain-l'Auxerrois et de Saint-Severin ; auteur de tableaux religieux et de tableaux d'histoire.

OCKART (Jean). — Était de l'ordre religieux des Dominicains qu'il illustra de son talent et de sa renommée.

Outre sa coopération importante aux ouvrages que

publia le P. Lanceau , il est auteur des Commentaires surCajetan. Il mourut en l'année 1540.

'UDEGHERST (Pierre d'), mort en 1571. — Mérite à plus d'un titre la place que nous lui donnons ici; non- seulement il fut l'un des avocats les plus habiles, l'un des historiens les plus distingués du XVI* siècle , mais il a droit aussi à notre reconnaissance pour s'être occupé de notre histoire en publiant l'ouvrage intitulé : Chroniques et Annales de Flandre depuis 620 jusqu'en 1476, écrites avec ordre et sur de bons mémoires.

PaNCKOUKE (André- Joseph), 1700-1753.— Célèbre imprimeur, mourut à 53 ans; mais, malgré sa trop courte existence , il fit faire à l'art de l'imprimerie de rapides progrès, dont son fils Charles- Joseph sut encore agrandir les limites par ses vastes entreprises typographiques.

On doit à ces Lillois célèbres les plus belles impressions que vit naître l'époque où ils vivaient. .

Ils sont auteurs de plusieurs ouvrages annonçant les connaissances les plus variées.

PATOU (François). — Célèbre avocat, mort en

QuiÉLENS (Jacques). — Était en 1391 mayeur de la ville , c'est-à-dire le premier du corps de ses

douze échevins. Les échevins étaient nos premiers juges; réunis à six , ils formaient un tribunal nommé siège échevinal ayant toute juridiction dans Lille et sa banlieue. Ce tribunal est aussi ancien que la ville ; on trouve des lettres- patentes y relatives datées de

Le mérite des hommes qu'on élevait à cette dignité est incontestable , et leur nom doit être conservé.

Roland (Philippe), mort en 1816. — Roland est encore un exemple frappant de la vocation que le Ciel dépose au cœur de quelques hommes.

Fils d'un simple journalier, il manifesta de bonne heure son amour pour la sculpture : le bois, la pierre, l'argile , tout recevait une forme gracieuse de ses mains qui, plus tard, devaient créer les monuments les plus célèbres de la statuaire moderne.

ROUX (Jean le). — Ses connaissances dans les archives de son pays le firent nommer roi et héraut d'armes à titre de la province et comté de Flandre. Il vivait vers le milieu du XVII e siècle.

OlX (Jean). — Était curé de la paroisse de Saint- Étienne à Lille , vers le milieu du XV e siècle ; mais bientôt ses vertus évangéliques , quoique pratiquées dans le silence et sans ostentation , furent remarquée par la cour de Rome qui l'appela à Pévéché de Saint- Omer.

Il a laissé quelques recueils d'homélies.

Mort en 1588.

XaVERNE (Jean- Baptiste), 1622-1686. — Entra dans les ordres religieux aussitôt qu'il eut l'âge requis et professa longtemps la philosophie et la théologie dans les collèges de son ordre. Nous avons de lui trois volumes en langue latine sur la pratique dés principes théologiques.

THIROUX. — Publia en 1730 une histoire de Lille et sa châtellenie, où se trouvent des détails précieux.

XJlIÈGE (Jean). — Faisait partie du corps des échevins en 1599, époque du règne d'Albert et d'Isabelle , dont la charité bienfaisante et réparatrice vint si à propos guérir les plaies que cinquante années de guerre , de troubles et de persécutions avaient faites à la Flandre.

Vaillant ( Wallerand , Jean , Bernard et Jacques). — Sous ce nom, Lille réclame l'honneur d'avoir vu naître quatre peintres et dessinateurs habiles à qui nous devons des œuvres encore citées aujourd'hui parmi les plus remarquables du XVI e siècle.

C'est Vaillant Wallerand qui, le premier des peintres flamands, grava à la manière noire.

VANDERMEER (Jean), 1627-1690. — Habile

paysagiste; il excella surtout dans les tableaux de marines et de batailles.

WaRTEL (Louis), né en 1721. — Chanoine de Cysoing, poète et historien. Publia des observations sur l'histoire de Lille de De Montlinot.

WÀRTEL (Jean-Baptiste), mort en 1805.— Avocat distingué ; son style élégant et concis le fit surnommer la diurne d'or.

WARTEL (George-Joseph), né en 1727. — Frère des précédents , fut bibliothécaire de l'abbaye de St- Éloi et auteur d'ouvrages sur l'histoire naturelle.

WICAR (Jean-Baptiste- Joseph). — Fils d'un pauvre artisan , naquit avec une de ces vocations qu'aucun obstacle ne saurait arrêter; il dessine avec une craie grossière sur les parquets qu'il était appelé à raboter, et prélude ainsi à ce puissant tableau qui devait faire revivre à nos yeux le fils de la veuve de Naïm.

Frappé de ses dispositions précoces, M. D'Hespel , d'Haubourdin , fit entrer le jeune Wicar dans nos écoles de dessin, qu'il quitta bientôt pour l'atelier de David.

Dès-lors sa vie ne fut plus qu'une longue suite de succès.

Il mourut en 1833 Chevalier de l'Ordre des Deux- Siciles, censeur de l'Académie romaine de Saint-Luc, ex-directeur de l'Académie de Naples, etc., etc.

Vingt- troisième lettre de notre alphabet et la

dix-huitième de nos consonnes.

On trouve très-peu de mots dans nos dictionnaires commençant par cette lettre, encore sont- ils pris pour 1 a plupart dans les langues étrangères.

C'est une consonne double dont le son varie tellement suivant les circonstances que Pusage seûl peut nous servir de guide.

(Voir la suite aux Monuments remarquables, même lettre X.)

YsSEUS (Thomas). — L'un des échevins de Lille en 1422 , époque du règne glorieux et paternel de Philippe-le-Bon , de ce prince qui dota la ville de palais et d'établissements de bienfaisance , preuves incontestables de sa grandeur autant que de sa bonté. • .

ZiEGHERS (le Père). — L'un des plus célèbres religieux qu'ait eus l'ordre de saint Dominique, et le prédicateur le plus renommé qu'il compta jamaib dans ses rangs.

Il était le contemporain de Jeanne de Constantinople (1237) et la seconda puissamment dans la fondation des établissements pieux et charitables que nos pères ont dus à cette illustre princesse.

Nous sommes loin, bien loin d'avoir mentionné tous les hommes célèbres, remarquables ou utiles qu'a produits la ville de Lille. Nous avons repris seulement les noms de ceux que le temps et l'histoire ont plus spécialement conservés.

AlBATTOIR. — 1847. — Ce n'est pas dans les constructions de ce genre que l'architecture déploie la richesse et l'élégance de ses conceptions ; l'étendue, la bonne disposition de ses différents services, l'aération , le pavage des cours , des ateliers , un service d'eaux abondantes, et surtout la salubrité, voilà les qualités essentielles auxquelles est soumis un abattoir, vâilà celles qui distinguent l'abattoir de notre ville. Quant à son utilité, à sa convenance, il est venu remplacer ces affreuses tueries pratiquées en pleine rue par nos bouchers et dont le sang mouillait nos pieds.

1866. — Les services que rend l'abattoir se font sentir de plus en plus ; soumis à une inspection sévère de la part d'un directeur et d'un médecin vétérinaire, il garantit la bonne qualité des viandes livrées à la consommation.

C'est entre ses derniers bâtiments et le mur des remparts que se tient maintenant le marché aux bestiaux.

ARSENAL. — 1847. — Lieu destiné à recevoir les poudres, les canons, les boulets et tout le matériel de l'artillerie.

L'arsenal de Lille, bâti en 1756, ne se fait pas remarquer par la richesse ou l'élégance de son architecture , mais bien par l'étendue de ses bâtiments et de ses cours.

C'est dans l'intérieur de l'édifice qu'il faut aller chercher ses titres à la curiosité publique.

Là , dans de vastes salles , se voit une immense quantité d'armes se dressant en faisceaux , pressés et étincelants ; là , sous des hangars spacieux , sont empilés et rongés avec ordre des forges de campagne , des affûts, des caissons, le lourd matériel des ponts volants et toutes les puissantes ressources de l'art de la guerre.

1866. — Les bâtiments composant cet édifice existent encore , mais tout le matériel a été transporté dans d'autres arsenaux , notamment dans l'arsenal de la citadelle et dans celui qui avoisine l'Esplanade.

Aujourd'hui ces mêmes bâtiments et le vaste terrain qui en dépend sont sans destination; mais l'agrandissement de la ville de Lille les désigne à l'avance pour une halle , un marché , ou pour d'élégants passages qui aboutiront à notre belle rue Esquermoise lorsque la rivière des Bouchers sera cou-

verte, embèllissement qui ne peut tarder à se faire et qui est demandé par l'opinion publique.

DOULEVARDS. — 1866. — Les boulevards sont l'un des plus grands bienfaits de l'agrandissement de Lille; ils se développent sur une étendue de 15 kilomètres sur 32 mètres de largeur; ils offrent des promenades accessibles en toutes saisons, ils sont plantés d'arbres, pourvus de candélabres, et donnent à la ville une physionomie toute nouvelle, toute pittoresque et pleine d'air, de soleil et de verdure, toutes choses qui manquaient à l'ancienne cité.

BOURSE. — 1847. — Son architecture, si riche en décors variés et si régulière de dessin , en fait l'un des édifices les plus remarquables de la cité.

Elle forme, en partie, 1 un des côtés de la Grande- Place et en est le plus bel ornement.

La Bourse fut construite en 1652, suivant lettrespatentes octroyées par Philippe IV, roi d'Espagne , à la charge de bâtir sur un plan régulier.

Il ne fallut à nos pères que dix-huit mois pour la construire.

Une restauration réceDte a fait revivre les richesses et la piquante originalité d'une architecture dont les vestiges se perdaient de jour en jour ; elle a fait relever la petite tour ou campanille qui la décorait jadis, et rendu par là à l'édifice son aspect primitif; il est donc aujourd'hui comme il était au XVII e siècle, sauf

les élégants magasins du rez-de-chaussée , qui ont pris la place de lourdes constructions avec de petites portes, de larges dormante, d'étroits châssis et d'incommodes bur guets de caves.

1866. — De nouveaux travaux ont eu lieu et sont venus augmenter encore l'élégance de cet édiBce et l'intérêt qui s'y rattache.

Au milieu de la Bourse, sur un riche piédestal de bronze et de marbre, s'élève la statue de Napoléon I er , fondue avec les canons pris à Austerlitz , et due au ciseau de Lemaire , de Valenciennes.

Cette statue a été inaugurée le 3 décembre 1854 avec une grande solennité , en présence d'un chambellan de l'Empereur et des autorités religieuses, civiles et militaires.

L'espèce de grand linceul gris qui recouvrait les murailles intérieures de l'éuitice a disparu et a été remplacé par une élégante décoration encadrant les noms et les titres des hommes qui ont porté l'industrie, les arts et le commerce de notre noble patrie au point élevé où ils sont aujourd'hui ; il était de toute justice qu'autour de la statue de Napoléon I er , protecteur de l'industrie nationale , rayonnassent les noms et les titres de ces illustres soldats de la pensée et du travail; comme on le voit entouré de ses héroïques capitaines quand on nous le représente sur les champs de bataillé commandant à la victoire et la faisant suivre nos drapeaux.

GlMETIÈRES. — 1866. — L'agrandissement des cimetières est la conséquence naturelle de l'augmentation de la population ; aussi Lille a-t-elle vu les siens s'étendre considérablement et devenir des monuments remarquables, ou plutôt des lieux remplis de monuments où le marbre, le fer, le bronze et la pierre, assouplis par des mains habiles, ont revêtu mille formes élégantes et variées.

Les pieux pèlerinages qui ont lieu tous les jours à ces autels de douleur et de reconnaissance témoignent que le souvenir des morts est chez nous en grande vénération dans toutes les classes, car à côté des tombeaux somptueux se trouvent les simples croix de bois entourées du buis funèbre et de quelques fleurs , humbles tributs de la classe ouvrière.

CITÉ NAPOLÉON. — 1866. — On la doit à l'initiative du bureau de bienfaisance.

Son aspect est des plus imposants.

Elle est construite d'après les plans de l'architecte Vandenbergh, de Lille, sur un hectare de terrain isolé , entre les rues de Wazemmes , Barthélémy Delespaul, Gantois et Neuve-des-Meuniers ; elle a trois corps de bâtiments principaux , des cours, des jardins ; elle compte 276 chambres , et une population de 900 à 1,000 individus y trouve à un prix de loyer trèsmodéré , le repos après le travail , l'air et la santé.

Elle y trouve aussi sous une discipline sévère , mais paternelle,' la pratique de l'ordre , de l'économie et des vertus domestiques.

On voit qu'elle porte dignement le nom de notre Souverain ! On le voit bien mieux encore en recourant à l'intéressante brochure publiée par M. Houzé de l'Aulnoit, avocat (Danel, 1863).

COLONNE LILLOISE. — 1847. — Inaugurée le 8 octobre 1845, au milieu de lu Grande-Place, en mémoire du bombardement que Lille soutint en 1792 , contre l'armée autrichienne ; noble et grand souvenir populaire qui passera avec elle à la postérité la plus reculée.

Le monument a tout à la fois un aspect simple et sévère : il consiste dans une colonne cannelée, surmontée d'une statue et placée sur un soubassement circulaire à quatre compartiments , portant des emblèmes et des inscriptions rappelant l'événement glorieux qu'il s'agissait de léguer à la postérité.

Aucun monument d'architecture ne s'y montre ; tout , au contraire , y est empreint de cette force et de cette austérité qui caractérisent si bien cette première époque républicaine.

La statue en bronze de la ville s'élève au haut de la colonne , sa tête noble et fière est ornée de la couronne murale; d'une main elle tient le boute-feu, de l'autre , et par un geste plein d'une énergique assurance qui se lie avec un maintien plein de majesté, elle indique l'héroïque réponse de nos magistrats à la sommation d'Albert de Saxe.

Le monument a été fait sur les plans de l'architecte Benvignat , de Lille ; la statue est l'œuvre de Bra , né dans notre département.

1866. — Il n'y a rien de changé ni dans le monument ni dans les sentiments qu'il inspire , et c'est là que se rallumerait le patriotisme lillois si jamais il pouvait s'éteindre ,

DoUANE. — 1847. — La douane de Lille est d'une grande étendue; elle a deux entrées principales par la rue du Cirque et une sortie par la rue de la Monnaie; ses corps d'habitation, ses bureaux, ses magasins et ses cours répondent à l'importance du commerce de notre ville. Si , comme monument , elle arrête peu les regards , la pensée y retrouve bien des souvenirs ! La révolution des temps n'a amené peutêtre nulle part plus de vicissitudes que sur le terrain qu'elle occupe ! Château du Bue, bâti par Jules-César (50 ans avant Jésus-Christ) et gardé par des gouverneurs romains ; demeure des forestiers (640) ; puis de nos châtelains et châtelaines (1250), couvent des Dominicains (1579) , Cirque (1802), et Douane (1816); en d'autres termes , servitude , féodalité , austérité , plaisirs et impôts.

1866. — Tout cela a disparu; la douane a maintenant ses immenses dépôts dans les dépendances de notre gare intérieure et extérieure , et dans les bâtiments et cours de l'ancien haras.

Et aujourd'hui , à cette même place témoin de tant de vicissitudes, s'élève l'église monumentale de Notre- Dame de la Treille et Saint-Pierre, dont la première pierre a été posée avec une grande solennité le 1 er juillet 1854.

Cette église sera splendide; le style de son architecture est celui si pur, si imposant , si religieux du XIII e siècle.

Le projet exécuté est celui qui sortit vainqueur d'un concours où furent appelés les architectes français et étrangers, et qui compta une dizaine de projets très-remarquables.

Son auteur, Henri Clutton , de Londres , eut un bonheur encore plus grand; son œuvre consacrée à la Vierge amena la lumière à ses yeux , à son cœur, et il abjura le protestantisme.

Elle est construite au moyen des dons et des souscriptions des fidèles ; Dieu veuille que leur zèle ne se ralentisse pas et ne laisse pas cette œuvre inachevée.

lliGLISES. — 1847. — Les églises paroissiales de Lille sont au nombre de six : Saint-Maurice f Saint- Sauveur , Saint-Etienne , Sainte -Catherine , Saint- André et La Madeleine.

Si aucune d'elles n'est à l'extérieur d'un aspect majestueux , préparant et disposant à l'avance à la sainteté du culte qui s'y célèbre, toutes, néanmoins, dans leur intérieur, appellent la piété du chrétien et la visite de l'amateur des arts.

A l'entrée du chœur de Saint-Maurice sont les statues de Saint-Pierre et Saint-Paul qui conviennent bien au recueillement du lieu; cinq nefs latérales, légères et bien éclairées , composent avec de nomrbreuses chapelles l'ensemble de l'édifice.

Saint-Étienne et Saint -André n'ont que trois nefs, mais d'une belle proportion et soutenant des voûtes hardies ; l'une a de plus un beau tableau de Victor Mottez, notre compatriote; l'autre une chaire de vérité magnifique.

La Madeleine est d'une forme circulaire dont le centre est surmonté d'un dôme élégant.

Saint-Sauveur est d'un style qui se rattache au gothique.

Et Sainte -Catherine , d'une architecture assez médiocre, possède un des chefs-d'œuvre de Rubens : le Martyre de sainte Catherine.

1866. — Toutes ces églises ont été l'objet de nombreuses et riches ornementations; dans toutes, des vitraux aux couleurs habilement nuancées sont venus amortir l'uniformité du jour et augmenter encore par là le recueillement des fidèles.

Plusieurs d'entre elles ont reçu de notables changements : Saint-Étienne a été dotée d'une grande annexe servant à un catéchisme de persévérance ; Ste.- Catherine, d'une riche chapelle dédiée à Notre-Dame de la Treille ; et Saint-Maurice a vu s'achever sa décoration extérieure qui lui rend son cachet des églises du XIV e siècle , et attend de prochains travaux qui la mettront au rang des plus belles cathédrales du diocèse.

Ce n'est pas tout, de nouvelles églises se sont élevées et sont venues témoigner de la ferveur de notre foi.

L'église Saint-Pierre et Saint-Paul (sectionne

Wazemmes), celle de Notre-Dame de Consolation (section de Vauban), celle de Saint -Vincent de Paul (section des Moulins) et les deux églises de Fives, toutes recommandables à plus d'un titre au point de vue architectural et artistique.

Enfin nous devons une mention particulière à l'église des Pères Jésuites, due aux sentiments religieux de M. et de M me Bidé de la Grand ville. Cette église est pleine d'élégance; de riches vitraux y répandent un jour mystérieux qui , lorsque le soleil les frappe , se change en un jour du plus vif éclat , surtout à l'endroit du sanctuaire sur lequel ils semblent jeter des gerbes de feu.

ESPLANADE. — 1866. — Notre vieille EsplaDade et ses quatre allées bordées de tilleuls et de marronniers a été longtemps notre seule promenade , mais l'agrandissement de la ville lui a fait subir aussi quelques changements. Elle se relie maintenant à nos nouvelles promenades au moyen d'une large voie carrossable qui , partant du pont delà Barre, longeant toute l'Esplanade en passant au-dessus du canal près la porte d'eau , conduit les équipages et les cavaliers par de charmantes et sinueuses promenades jusqu'à la porte de Roubaix, tandis qu'à quelque distance de cette voie , sur un terrain plus élevé et tout planté d'arbres , les piétons parcourent le même espace et jouissent de délicieux points de vue.

La statue du général Négrier, qui s'élevait au rond- point de l'Esplanade, a été transportée vis à vis le. portique du manège et remplacée par un élégant

* pavillon abritant, les jours de concert, les musicien» militaires contre le soleil et la pluie.

F ORTIFICATIONS. — 1847: — Les fortifications qui entourent Lille comme une écharpe magnifique ont été non-seulement tracées par Vauban (1670), mais sont restées l'un des plus beaux fleurons de sa couronne.

Leur étendue forme un ovale d'environ 2,400 mètres dans sa plus grande longueur, sur 1,200 mètres environ de largeur. Elles sont percées de sept portes , savoir : au nord, delà porte d'Ypres; au levant, des portes de Gand , de Roubaix et de Tournai ; au midi , de la porte de Paris ; au couchant , de celles de Béthune et de Dunkerque. La citadelle, le fort Saint- Sauveur et plusieurs bastions sont renfermés dans leur enceinte immense. Une porte spéciale a été ouverte près de celle de Tournai pour servir d'entrée aux convois de chemin de fer.

1866. — L'œuvre immense de l'agrandissement de Lille, mise à l'étude depuis nombre d'années , ne fut décidée définitivement qu'en 1858; elle ne pouvait s'accomplir sans entraîner avec elle la chute d'une partie de ses anciennes fortifications et l'élévation de fortifications nouvelles dignes de leurs devancières , dignes de conserver à notre ville le premier rang parmi les places fortes ; c'est ce que le Génie militaire a su faire* avec une science et une habileté dont l'es prit de Vauban semble avoir été l'inspirateur.

Par suite de ces travaux , la belle porte de Paris est restée isolée ; ce n'est plus une porte, c'est un monument qui , au moyen d'une restauration et de quelques travaux d'ensemble deviendra de plus en plus digne de rappeler le fait mémorable qui lui donna naissance et l'intérêt que la ville porte à ce grand souvenir historique.

Quant aux anciennes portes de Béthune et de la Barre, elles ont été démolies et reconstruites dans l'enceinte nouvelle , où se trouve aussi la porte de Paris.

Ces trois portes sont d'un style sévère ; elles ont peu d'élévation et présentent trois entrées , la principale pour les voitures et les deux autres pour les piétons.

Il n'est resté debout que les portes de Fives, de Roubaix , de Gand et d'Ypres ; elles ont encore aujourd'hui le caractère qu'elles avaient lors de leur création ; la dernière est surmontée de petits donjons crénelés et porte les armes de Castille ; celle de Gand est remarquable par l'emploi de briques vernies dans sa façade; quant aux deux autres, elles ont des trophées d'armes et un soleil , emblème de Louis XIV.

Au delà des trois nouvelles portes , le Génie militaire a ouvert quatre autres portes fortifiées nécessaires pour le nouveau plan de défense de la ville et qui en dominent les principaux accès.

Le premier coup de pioche reçu par nos vieux remparts a été donné le 8 septembre 1859 , en présence de nos autorités municipales.

(jRAND'GARDE. — 1847. — Ce bâtiment , construit en 1717, est encore un des plus beaux ornements de notre Grande-Place ; son frontispice , son perron antique , son couronnement et tout son ensemble, d'une architecture assez remarquable, lui valent cette distinction. On y monte par un double escalier garni d'une rampe de fer; c'est le poste d'honneur de la garnison.

Dans les moments difficiles il a toujours été occupé par la garde nationale.

Dessous est la partie couverte du marché Saint- Nicolas, avec deux passages voûtés qui conduisent à deux rangées de boutiques parfaitement régulières où nos bouchers exercent leur état , ainsi qu'à deux galeries couvertes qui, les mercredis et les samedis, reçoivent les marchands de volailles et d'oeufs.

1866. — La façade de ce bâtiment est restée ce qu'elle était , mais des changements considérables ont eu lieu dans la partie servant au marché Saint-Nicolas ; aujourd'hui élégamment reconstruit , recouvert d'un lanterneau, ce marché est tous les jours abondamment fourni de viande de boucherie, de volailles, de fruits, de légumes, etc.; l'on trouve là sur le même carré ce qu'on était forcé d'aller chercher en différents endroits.

HoPITAL GÉNÉRAL. — 1847. — Bien que d'une architecture toute moderne, simple et régulière, cet édifice est imposant par sa masse et son étendue.

Il est situé au pied des remparts , en face de l'extrémité du quai de la BasseDeûle, et reçoit en abondance l'air, le jour et le soleil, ces'trois grands éléments de la vie.

La première pierre en fut posée en 1739.

Ç'est la plus considérable de nos fondations pieuses. Sous son toit Hospitalier, 1,358 vieillards et enfants trouvent un asile assuré pour finir ou commencer la vie.

HOPITAL MILITAIRE. — 1847. — Comme monument, ses belles proportions et sa vaste étendue, et comme institution, sa position salubre, les soins qu'on y reçoit, l'extrême propreté qui y règne, la surveillance active qui y veille , assurent à notre hôpital militaire un rang distingué parmi ceux du royaume.

Cet édifice, construit par le Magistrat de Lille en 1605 pour servir de collège aux Jésuites, reçut la destination qu'il a aujourd'hui en 1765 , lors de l'expulsion de cet ordre.

HOTEL DE-V ILLE . — 1847. — Ici encore les souvenirs historiques abondent ; à cette même place s'éleva le palais où le duc de Bourgogne se retira après l'assassinat du duc d'Orléans (1407) , palais que IRhilippe-Ie-Bon agrandit en 1430, où se tint le second chaire de la Toison-d'Or en 1431, où Charles-Quint et le re» d'Angleterre logèrent en 1541 , ce qui lui valut le titre de la cour de l'Empereur, où les magistrats de Lille établirent le siège échevinal après la vente que Philippe IV leur en fit en 1664.

Là ne s'arrêtent point les souvenirs historiques qui se rattachent à ce palais; Louis XIV y dina en 1670, Louis XV vint y loger huit jours en mai 1744; notre première municipalité élective y a été installée le 20 février 1790, enfin la mémorable réponse au cartel d' Albert de Saxe y fut délibérée le 29 septembre* 1792 , et cet ardent amour de la patrie que montrèrent nos pères pendant le bombardement avait là son foyer le plus énergique.

Il serait bien difficile de se faire une idée exacte de ce que le palais de Philippe-le-Bon était lors de sa fondation; il ne nous en restait , il y a peu de temps, pour vestiges que des tours et tourelles en grosse maçonnerie rouge. Aujourd'hui d'anciennes gravures peuvent seules nous le rappeler. -

C'est à cette même place et sur les plans de l'architecte Benvignat, de Lille, que notre vaste Hôtelde- Ville actuel est élevé, «vt^v. /Jf4 J^- %ù£^XjL u^ffi

Ce monument est de ceux dont l'aspect imposant frappe la vue et fait pressentir la haute destination.

La façade principale est percée de neuf arcades et relie l'aile droite à l'aile gauche ; l'étage est orné dans toute sa longueur d'un large balcon en pierre ; l'attique et le couronnement complètent dignement cette partie de l'édifice dont l'architecture est un heureux assemblage des ordres toscan , dorique et ionique. La façade de la rue du Frêne a plus d'élévation sans avoir moins d'élégance, le même motif d'architecture dorique y est reproduit, mais là des pilastres ont pris la place des colonnes de la façade principale.

C'est dans cette partie de l'édifiée qu'est placé le service des octrois.

La distribution intérieure, cette partie si essentielle et si souvent trop négligée , est habilement ménagée dans notre Hôtel- de- Ville et répond à l'importance des différents services qu'elle avait à satisfaire : salons de grande réception , salon du Maire, du Conseil municipal , secrétariat , bureaux , archives municipales , musée des tableaux , statues et objets d'art , galeries pour les collections léguées par Wicar à la ville , etc.

On communique facilement à toutes les parties de l'édifice au mojen d'un grand escalier en pierre et de beaux corridors. Un vestibule spacieux , orné de colonnes monolithes et d'ordre dorique se fait remarquer à l'étage, c'est lui qui donne accès partout.

Toute l'architecture de l'édifice : colonnes, pilastres, entablements, chambranles des fenêtres, etc., est en pierre blanche et se détache agréablement sur les fonds qui sont en briques, et qui rappellent par là nos édifices du XVII 0 siècle, dont l'architecture gracieuse et légère peut encore aujourd'hui servir de guide et de modèle ; sans l'imiter servilement , on en a fait ici la plus heureuse application.

1866. — Depuis, notre Hôtel-de-Ville n'a fait qu'augmenter en importance, en richesses artistiques.

De nouveaux salons ont été décorés, de nouvelles galeries ont été ouvertes et ont reçu un commencement de collection céramique, un remarquable musée industriel ouvert le 3 août 1856 et présentant les procédés d'extraction et de fabrication des matières in-

dustrielles empruntées aux trois règnes de la nature , et un curieux musée ethnographique justement appelé musée Moillet , du nom de son auteur qui , enfant de Lille comme Wicar et généreux comme lui , en fit don à sa ville natale.

Ces deux derniers musées auraient besoin d'un catalogue ; espérons que les commissions qui y sont attachées trouveront dans leur zèle le temps nécessaire pour les en doter.

INTENDANCE (Hôtel de la ci-devant), aujourd'hui PRÉFECTURE DU NORD . — 1 847 . — C'est là que sont établis depuis 1826 la Préfecture du Nord et ses nombreux bureaux.

Ce bâtiment, construit en 1786 sur les dessins de l'architecte Lequeux , notre compatriote, pour y mettre l'Intendance générale de la province , est d'agréable aspect , quoique son architecture n'offre rien de bien remarquable et ne plaise que par la régularité et la simplicité de ses formes modernes.

Des arcades, des grilles, une grande porte bien ouvragée donnent à la façade de la cour sur la rue une certaine élégance , mais ne peuvent néanmoins empêcher qu'on ne s'aperçoive que cette cour, par elle-même , manque d'étendue proportionnellement à l'importance de l'édifice.

1866 . — L'accroissement considérable de l'industrie dans le département du Nord, celui de ses affaires, de ses richesses et de sa population, appelaient en même

temps que l'agrandissement de la ville celui de la Préfecture , dont les divers services se trouvent trop à l'étroit.

Aussi la construction d'une nouvelle Préfecture répondant aux besoins actuels s'élève-t-elle sur la place Napoléon III.

La première pierre en a été posée le 15 août 1865.

L'édifice sort à peine de terre , et Ton ne peut encore juger que de la vaste étendue qu'il aura; mais les plans dus à l'architecte Marteau , enfant de la cité, impriment à cet édifice un caractère où s'allient avec un rare bonheur la grandeur et l'élégance , et en font un monument complet et digne sous tous les rapports de l'importance- de la capitale du nord de la France.

Le plan en relief qui en a été fait donne à ce monument un haut aspect , un cachet de grandeur sévère qui marque sa destination et le met hors les constructions particulières même les plus somptueuses.

JaRDIN BOTANIQUE. — 1847. — Il est dune étendue peu considérable ; il a son entrée vis-à-vis le pont Saint-Jacques et sa sortie rue des Fleurs.

Les bûtiments annexés à ce jardin consistent dans de vastes serres et dans une salle où se donnent les leçons du professeur.

» Si ces bâtiments n'ont rien de bien remarquable , il n'en est pas de même du jardin , qui contient la nombreuse famille des plantes exotiques cultivées dans le département du Nord.

Des collections très-riches de dahlias, de géraniums , de verveines et de calcéolaires viennent , à l'époque de leur floraison, donner à ce jardin un aspect des plus agréables.

1866. — Ici encore l'agrandissement de Lille a fait sentir sa puissance ; ce jardin a été transporté dans un vaste terrain vis-à-vis le square de la Reine-Hortense, et dont l'étendue permet à la science botanique de se montrer là dans toute sa richesse et sa variété.

JARDINS , PROMENADES, SQUARES. — 1866. — Voici toutes créations nouvelles , conséquences de notre immense agrandissement , et pour lesquelles on a consacré 21 hectares.

Les promenades , nous l'avons déjà dit , commencent là où finit l'Esplanade et conduisent les promeneurs jusqu'à la porte de Roubaix ; on les doit à l'initiative du regrettable M. Vallon, Préfet du Nord, et la reconnaissance publique leur a donné le titre de Promenades du Préfet.

Quant à la partie de cette promenade appelée le Bois-de-Boulogne, quant au square du Réduit, à celui de la Reine-Hortense , au jardin de l'Impératrice, à ses massifs d'arbustes rares, de fleurs sans cesse renouvelées, à ses pelouses, à ses nappes d'eau, à sa grotte pittoresque, à sa cascade, je me borne à les mentionner, il faudrait un poète pour les décrire.

Ces lieux sont fort fréquentés ; c'est là où l'ouvrier après une journée de rudes, travaux , trouve l'air frais et pur qu'on lui mesure ailleurs avec tant de parcimonie.

La lettre K , la onzième de notre alphabet et

la huitième de nos consonnes , n'est pas française à proprement parler et se remplace fort bien par le C avant A , 0, U, et par le Q avant E et I. C'est ainsi qu'anciennement on écrivait kalende , Aalendrier, Karolus , etc. , et qu'aujourd'hui nous écrivons calende } calendrier } Carolus.

Quant à ce dernier mot , son orthographe ancienne se lit sur plusieurs de nos monnaies de Charles V, VI , VII , VIII , et même sur quelques-unes de Charles IX.

La lettre K n'est utile dans notre langue que pour conserver aux mots étrangers ce caractère qui les distingue des mots nationaux , ainsi nous écrivons : Kosciusko, Sobieski (noms polonais) ; Stocholm (mot suédois).

(Voir la suite aux Institutions utiles.)

IjILLE. — 1847. — Ici, tout naturellement, Lille se présente à notre plume, et nous pensons devoir faire prendre au principal la place de l'accessoire.

Lille est la première place forte du royaume et la septième de ses villes principales.

Son enceinte intérieure a 2,338 mètres de longueur sur 1,169 mètres de largeur; elle renferme 34 places ou marchés, 25 ponts, près de 200 rues bien percées et garnies de trottoirs, un grand nombre de ruelles, cours et impasses, plus de 8,000 maisons presque

toutes régulières et d'un goût moderne , et plus de 72,000 habitants.

Si d'autres villes ont plus de monuments, d'édifices remarquables , aucune plus qu'elle ne sait s'imposer de larges sacrifices pour la conservation de ceux qu'elle possède et pour de nouvelles créations qui viendront témoigner dans l'avenir de son goût éclairé et de son amour pour les arts.

L'origine de Lille se perd dans la nuit des temps , et on en profite pour jeter sur cette origine tout l'intérêt du merveilleux ; mais l'histoire ne reconnaît Lille, comme ville de quelque importance, qu'à partir du commencement du XI 6 siècle.

Depuis lors, des agrandissements successifs lui ont assigné le rang qu'elle tient aujourd'hui en France , en Europe , dans le monde , et dont elle ne décherra jamais, à moins que le sang lillois ne mente un jour à son origine.

1866. — Lille aujourd'hui a quadruplé son ancienne enceinte;, mais cet agrandissement ne lui a rien fait perdre de sa force comme place de guerre , elle a conservé son rang parmi les plus solides remparts de l'Empire, elle s'est agrandie sans s'affaiblir.

Ses rues, ses places, ses marchés ont augmenté dans les proportions de l'accroissement de son étendue et de sa population ; elle s'est embellie de boulevards , de squares, de jardins, de promenades qui seront décrits en leurs lieux.

Viennent les jours où les promesses, les espérances des temps présents seront réalisées , et Lille par son

industrie , son commerce et sa population , qui déjà compte 155,000 habitants, prendra rang parmi les principales villes de l'Empire.

Lille moderne a conservé bien peu de vestiges de Lille ancienne; ses lourds beffrois, ses élégantes campanilles , ses maisons à pignons , toutes choses indiquant les diverses dominations qu'elle a subies , ont disparu pour faire place à une forêt de cheminées à vapeur, à de nombreuses fabriques, à de riches magasins et à de somptueuses maisons où le goût et l'opulence ont mis leur cachet, où se mêle , s'unit, se confond tous les genres d'architecture pour créer un genre nouveau que j'appellerai fantaisiste, mais qui conserve néanmoins dans ses productions capricieuses ornées de balcons, de balustres, de statues, de figurines, le respect et l'amour du beau ! Un regret pourtant descend de ma plume , c'est qu'on n'ait pas songé un peu plus à la demeure des ouvriers , ces abeilles de notre ruche industrielle.

Ce qui n'a pas changé à Lille , c'est l'esprit actif, intelligent, travailleur des habitants, c'est leur amour de la patrie et leur attachement à leurs institutions municipales.

Lille peut revendiquer à bon droit d'être une ville de travail, d'industrie et de commerce, la spéculation et ses chances hasardeuses y occupent bien peu de place ; le travail peut y languir, mais y périr, jamais.

L'industrie lilloise se recommande particulièrement par la fabrication des fils de lin retors, par la filature des cotons , même des numéros les plus élevés , par

la filature du lin, des étoupes, parla fabrication des cardes , par la teinture , par la fabrication des fers et machines , par celle de la céruse et des produits chimiques , par la raffinerie du sucre et la distillerie , enfin par la brasserie et par la fabrication d'huiles.

Une notice historique relatant toutes les phases de l'existence de notre ville lui sera consacrée à la fin de ce livre , ici elle ralentirait trop la marche de notre travail.

Magasin a blé, ou grand-magasin.—

1847. — Il fut bâti par ordre des Etats de la province , en 1730 , d'où vient qu'il a conservé longtemps le titre de Magasin des États. Il forme une masse vraiment considérable de bâtiments, remarquable par son élévation , sa base , sa solidité imposante et la grande quantité de fenêtres percées sur ses quatre faces. On en porte le nombre à près de 400.

Une cour immense et plusieurs larges perrons facilitent l'entrée et l'emmagasinement des grains. Ce magasin fut érigé dans la prévision d'une disette , d'un siège ou d'une guerre , et des affreux malheurs que ces fléaux traînent toujours après eux.

PoNT NAPOLÉON. — 1847. — Les monuments nous semblent remarquables aussi bien par le but de leur institution et par les souvenirs historiques qui s'v rattachent , que par la beauté de leur architecture et l'ancienneté de leur origine.

C'est à ce point de vue seul que nous plaçons ici le pont Napoléon , jeté d'une rive à l'autre du canal qui traverse notre Esplanade. Ce pont a une forme élégante, et son élévation le laisse apercevoir de toutes les parties de la promenade.

Il fut érigé en 1812 , époque à laquelle les désastres du grand Empereur ne pouvaient se prévoir encore ; aussi des rayons détachés de sa gloire militaire y brillent-ils partout où le moindre espace, dans le bois ou dans la pierre , permettait de les reproduire sous les noms des principales victoires qu'il a gagnées , des traités de paix qu'il avait imposés à l'Europe.

1866. — Ces deux monuments sont restés ce qu'ils étaient en 1847.

PORTES DE LA VILLE. — 1847. — Elles sont au nombre de sept : portes d'Ypres (de Sain t- André ) , de Gand ( de La Madeleine j , de Roubaix ( de Saint- Maurice) , de Tournai (de Fives), de Paris (des Malades; , de Béthune (de Notre-Dame) , de Dunkerque (de la Barre \

Elles sont toutes parfaitement reliées au système général de la défense de la place ; là aussi se montre le génie de Vauban

Trois d'entre elles sont remarquables à plus d'un titre.

La porte de Paris présente à l'extérieur le plus beau morceau d'architecture qui existe en ce genre; c'est un majestueux arc-de-triomphe élevé à la gloire de

Louis XIV après la prise de Lille par ce grand roi. Sa création est de 1682; l'architecte Volans en fit les dessins.

Les portes de Gand et de Roubaix datent de la fin de la renaissance dans nos contrées ; la première rappelle par son couronnement orné de petits donjons crénelés les armes du roi de Castille , et toutes deux ont de remarquable leur construction en briques vernies de différentes couleurs , revêtues d'ornements variés.

186G. — Par suite de l'agrandissement de Lille et du démantèlement d'une partie de ses fortifications , trois de ces portes , celles de Paris , de Bé thune et de la Barre ont été démolies et remplacées par d'autres reliées à l'enceinte nouvelle.

(Voyez l'article Fortifications).

Quartier général de la 16 e division

MILITAIRE. — 1847. — Cet hôtel, qui fut occupé par la Préfecture jusqu'en 1826 , présente une assez grande cour dont l'entrée est fermée par une grille en fer. Les façades extérieures et intérieures sont d'une architecture moderne tout à la fois simple , élégante et correcte.

Le premier étage est pourvu dans toute sa longueur de larges balcons en pierre placés au-dessus de la colonnade qui leur sert de base.

Un beau corridor conduit aux salles de réception

qui sont élégantes et nombreuses , et dont quelquesunes prennent jour sur un charmant jardin.

1866. — La résidence d'un maréchal de France à Lille, en qualité décommandant supérieur du 2 e corps d'armée , a nécessité une restauration récente de cet hôtel , afin de le mettre en harmonie avec les hautes fonctions de son occupeur.

Une galerie orientale d'un goût charmant , d'une élégance parfaite, vient d'être élevée et conduit des salons au jardin.

Rivage. — 1847. — Mot en usage à Lille pour désigner les quais près desquels arrivent et stationnent les bateaux.

Il y a à Lille deux rivages , l'un appelé rivage de la Haute-Deûle , l'autre de la Basse-Deûle. On les appelle ainsi parce qu'ils reçoivent les eaux de la Deûle.

Le premier n'a pour fixer l'attention que l'étendue du bassin qui le forme ; le second , au contraire , se recommande par trois ponts dont le plus remarquable par l'élégance et la légèreté de sa construction est le Pont-Neuf , percé de six arches, deux au milieu pour le passage des bateaux , et deux de chaque côté pour le passage des voitures et des gens à pied.

Le creusement du bassin remonte aux premiers ans de la ville ; mais le Pont-Neuf fut bâti en 1701, par l'architecte Deswerquiens.

Les nombreux bateaux qui stationnent dans son

bassin , les quais qui ornent ses bords et les vastes terrains qui lui servent de lieux de débarquement font de notre rivage de la Basse-Deûle une des dépendances principales de notre commerce.

1866. — Ici encore l'agrandissement de Lille a porté ses fruits.

Le rivage de la Basse-Deûle est resté ce qu'il était en 1847, mais celui de la Haute-Deùle a subi quelques changements par suite du canal de la Deûle et de la route de Dunkerque rectifiés.

Ces travaux ont eu pour résultat d'élargir la rivière en plusieurs endroits, de permettre un stationnement plus considérable de bateaux, de leur procurer des quais de chargement et de déchargement plus vastes, plus accessibles , et de faciliter par là le commerce comme le travail des ouvriers.

SaLLE DE SPECTACLE. — 1847. — Cet édifice , entièrement isolé , occupe le milieu de la place du Théâtre.

Il fut construit en 1785 sur les plans de l'architecte Lequeux , notre compatriote, et sur des dessins pleins de goût et d'élégance. Son porche avait six belles colonnes avec entablement et balustrade , la forme de la salle était agréable et commode, la critique ne s'exerçait que sur son peu de profondeur. Tout cela a subi des changements.

Aujourd'hui la salle a plus de profondeur, il est vrai, plus de faciles dégagements; elle a aussi un

foyer de l'architecture la plus coquette , la mieux parée, mais l'édifice a perdu son porche, son entablement et sa balustrade ; tel qu'il est, néanmoins, c'est encore l'un des plus beaux monuments de la ville

1866. — Cette salle vient de recevoir une décoration intérieure de la plus grande élégance et qui la met à même de rivaliser avec les salles les plus coquettes de province.

Sous le titre de Théâtre des Variétés, une nouvelle salle de spectacle vient de s'ouvrir, rue Esquermoise, qui rivalise d'élégance et de grâce avec son aînée.

STATION INTÉRIEURE DU CHEMIN DE FER. — 1847. — L'immense étendue du terrain qu'elle occupe doit faire présumer que cette station répondra dignement à l'importance de la ville et de son commerce.

1866. — Il n'en a pas été ainsi, et bien que plusieurs annexes y aient été successivement ajoutées , les développements considérables et progressifs de notre industrie et de notre commerce n'ont pas tardé à faire sentir sa complète insuffisance pour les besoins d'un service grandissant sans cesse.

Il fallut donc aviser aux moyens de satisfaire aux besoins du présent et de prévoirmêmeceux de l'avenir.

C'est ce qui donna naissance au projet d'agrandissement aujourd'hui en voie d'exécution et dont la façade monumentale indique l'étendue nouvelle qu'aura notre station.

Ce n'est pas tout : une rue qui portera le nom de rue de la Gare et au/a 25 mètres de largeur, partira de cette façade et débouchera sur la place du Théâtre, juste en face du péristyle, en supprimant dans son parcours la cour du Blanc-Cheval , la grande et la petite place Comines , la rue de l'Eperon-Doré la rue des Douze-Àpôtres , le Marché- aux-Poissons et les Halles.

Ce ne sera pas seulement une œuvre d'embellissement , mais ce sera aussi une œuvre de salubrité , puisqu'elle fera disparaître une quantité de logements contraires en tout à la santé des malheureux qui les habitaient.

Cette rue est destinée à un avenir des plu3 brillants, et recevant les voyageurs à leur sortie de la gare , elle mettra devant leurs yeux le perron de notre belle salle de spectacle et les conduira au centre de la ville par une voie où les hôtels , les cafés et les magasins disputeront de luxe et d'éclat.

Les mêmes motifs ont produit les mêmes résultats pour les stations extérieures servant aux dépôts de marchandises ; là aussi , et là plus qu'ailleurs , leur insuffisance s'est fait ressentir, et pour y remédier, d'immenses bâtiments ont été élevés sur une superficie de plus de 8 hectares, entre les portes de Tournai et de Paris , pour recevoir ces dépôts et les rendre ensuite à leur destination au moyen de voies larges et faciles débouchant sur nos principaux centres commerciaux.

1 RIBUNAUX. — 1847. — Les tribunaux civil , correctionnel et de commerce, leurs greffes, la maison d'arrêt et de correction, le parquet du procureur du roi , etc., se trouvent réunis dans un édifice tout moderne appelé le Palais-de-Justice, élevé sur la partie droite du quai de la Basse-Deûle , où il a son entrée principale par un grand péristyle orné de colonnes et d'un fronton dû au ciseau du statuaire Bra.

Indépendamment de trois salles principales d'audience , l'édifice a une salle des Pas-Perdus artistement décorée en marbre du pays. Il a aussi , à son dernier étage , une chapelle d'architecture gothique où les détenus des deux sexes arrivent par des escaliers différents et habilement ménagés.

Il a une seconde façade sur la place du Palais-de- Justice, et cette façade se recommande par un fronton de M. Lemaire , autre statuaire du département du Nord.

Urbanistes (couvent des), aujourd'hui

HOTEL DES CANONNIERS. — 1847. — Sans doute , comme monument, l'hôtel des canonniers ne commande pas l'admiration ; mais les souvenirs glorieux qui se rattachent au corps militaire de cette arme méritent que nous lui consacrions cet article.

Nos annales historiques font remonter la création du corps des canonniers à 1483 , et on le retrouve depuis lors partout où il y avait gloire et danger. En 1578, les canonniers sauvent Lille d'une surprise

et de ses suites funestes ; en 1581 et 1583 , ils se distinguent aux sièges» de Tournai et d'Audenarde. A découvert et sans gabions sur les remparts de la ville , ils font fuir honteusement les maréchaux de Gassion et de Rantzau en 1645 ; et si en 1667 ils ne parviennent pas à faire fuir l'ennemi , c'est que cette fois, cet ennemi , c'est Louis XIV en personne.

La belle défense de Lille qu'immortalisa le nom de Boufflers en 1707 doit à nos canonniers une bonne part de sa gloire.

Vint le bombardement de 1792! Ici les faits sont trop récents , trop mémorables pour être rappelés , et la gloire qui en jaillit brille encore de tout son éclat.

Pour récompenser tant de bravoure et de patriotisme , le Premier Consul leur fit don en 1804 , pour leur servir d'hôtel, de l'ancien couvent des Urbanistes.

1866. — Cet hôtel s'est enrichi d'un souvenir bien précieux ! Le portrait en pied , le buste en marbre et l'épée du général Négrier, noble victime de ses devoirs et de nos discordes civiles !

Lille , on le sait , réclama le corps du brave général , lui fit de solennelles funérailles , et plus tard lui éleva une statue.

Dans une pièce de l'hôtel , au milieu d'un imposant cénotaphe , un uniforme complet de général avec ses croix , ses épauletles , laisse voir la place où le malheureux Négrier a été frappé.

On ne peut pénétrer dans cette pièce sans éprouver une profonde émotion.

Vieux-hommes (hospice des).— 1847.—

Connu sous le nom d'Hôpital Comtesse.

Il fut fondé en 1243 par Jeanne , comtesse de Flandre, pour recevoir et soigner les pauvres vieillards, et établi dans une partie de son propre palais.

Une façade de peu d'apparence , mais surmontée d'une tourelle terminée en flèche, souvenir, mais bien imparfait, de ces minarets d'Orient dont les croisades avaient rapporté le goût en France , est tout ce qui indique à l'extérieur cet utile établissement.

L'entrée présente une voûte en pierres que l'on peut regarder comme un chef-d'œuvre du temps où elle fut construite.

La chapelle présente aussi des voûtes en bois d'une grande hardiesse ; elle est enrichie de fort beaux tableaux d'Arnould de Vuez.

La grande salle des malades a plus de 60 mètres de longueur sur 15 de largeur , elle est fort élevée et terminée par une voûte en bois d'une construction très-remarquable.

L'ensemble de cet édifice a conservé en général le ton et le caractère de l'époque où il fut construit.

1866. — Récemment restaurée, agrandie, améliorée encore dans son régime intérieur , cette création répond plus que jamais à sa pieuse destination.

WlCAR ;Place et Rue). — 1847. — Notre compatriote Wicar, aux derniers jours de sa vie , fit un

retour, par la pensée, à sa ville natale, à Lille, qui s'était montrée si bonne mère pour lui ; alors , sans doute, des larmes mouillèrent ses veux, et voulant lui laisser un gage immortel de sa vive reconnaissance , il lui fit don , non- seulement de ses inappréciables collections de dessins , mais encore de valeurs converties en rentes , devant servir à aider les premiers pas de jeunes artistes lillois dans la carrière des beaux-arts.

Lille, reconnaissante à son tour envers un si noble enfant, donna son nom à une place et à une large rue qu'elle substituait aux sales carrefours et aux courettes étroites d'une des plus misérables portions du quartier Saint-Sauveur.

1866. — Cette place et cette rue ont reçu depuis 1847 de nouvelles constructions qui ont mis ses maisons au rang des habitations des autres parties de la ville.

Page 1