TOUJOURS
Tout est mensonge : aime pourtant, Aime, rêve et désire encore; Présente ton cœur palpitant A ces blessures qu'il adore.
Tout est vanité : crois toujours.
Aime sans fin, désire et rêve; Ne reste jamais sans amours, Souviens-toi que la vie est brève.
De vertu, d'art enivre-toi; Porte haut ton cœur et ta tête; Aime la pourpre, comme un roi, Et n'étant pas Dieu, sois poète 1
Rêver, aimer, seul est réel :
Notre vie est l'éclair qui passe, Flamboie un instant sur le ciel, Et se va perdre dans l'espace.
Seule la passion qui luit Illumine au moins de sa flamme Nos yeux mortels avant la nuit Éternelle, où disparaît l'âme.
Consume-toi donc, tout flambeau Jette en brûlant de la lumière; Brûle ton cœur, songe au tombeau Où tu redeviendras poussière.
Près de nous est le trou béant :
Avant de replonger au gouffre.
Fais doncflomboyer ton néant; Aime, rêve, désire et souffre I
CHANTS DE l AMO'JR ET DE LA MORT
TT{ÉLUVE
Tu ne me connais pas, tu ne sais qui je suis. Tu ne m'aperçois pas, le soir, quand je te suis, Quand se perd ma pensée en tes lueurs de femme, Quand je m'en vais, noyant mes sens, noyant mon âme Dans les candeurs et les fraîcheurs de ta beauté. Tes regards clairs, pareils à des matins d'été, Si chastement encor s'arrêtent sur les choses : Tu n'as jamais su voir le trouble que tu causes, Jamais tu n'as su voir, en passant devant moi. Que je m'émeus et souffre, et pâiis près de toi I A qui donc seras-tu? Qui boira la lumière De tes yeux? Qui verra; Pivresse printanière De ton premier amour? Un soir, quel bienheureux Te tiendra sur; son coeur comme un oiseau peureux? Oh! qui déroulera ta jeune chevelure?
Qui viendra respirer, ô fleur, ton âme pure, Et par de; long baisers courant sur tes bras nus Fera passer en toi les frissons inconnus ?
Et moi, qui si longtemps t'ai cherchée et rêvée, Je dois donc te quitter, lorsque je t'ai trouvée!
io l'illusion
Vo4<BSEfrÇTE
Je suis comme un pêcheur qui se prend à rêver D'une perle dormant sous les vagues profondes, D'une perle sans prix que nul n'a su trouver, Pareille à des yeux clairs, à de grands yeux de blondes,
Je cherche ainsi des yeux que nul n'aura su voir, Très calmes et très doux, très tendres et très pâles, Ayant, comme dans l'air les étoiles du soir, L'éclat mystérieux des troublantes opales.
Et je cherche des seins, comme la chair des fleurs, De douceur infinie et de clarté si blanche, Que les lys, les lys seuls ont de telles pâleurs, La pâle tubéreuse ou la pâle pervenche.
Et j'appelle une enfant que je ne verrai pas, Dont l'ensorcellement, les philtres et les charmes, Ou les candeurs d'amour, m'arrachant d'ici-bas, De mes yeux desséchés feraient sourdre des larmes.
CHANTS DE L AMOUR ET DE LA MORT SI
F\ISSOC^S T>E FLEURS
es soirs d'été les fleurs ont des langueurs de femmes, Les fleurs semblent trembler d'amour,comme des âmes; Palpitantes aussi d'extase et de désir, Les fleurs ont des regards qui nous font souvenir De grands yeux féminins attendris par les larmes, Et les beaux yeux des fleurs ont d'aussi tendres charmes. Les fleurs rêvent, les fleurs frissonnent sous la nuit; Et blanches, comme un sein adorable, qui luit Dans la sombre splendeur d'une robe entrouverte ' Les roses du milieu de l'obscurité: verte, Tandis qu'un rossignol par la lune exalté | I?our elles chante et meurt sous cette nuit d'été, jljes roses au corps pâle, en écartant leurs voiles, Folles, semblent s'offrir aux baisers des étoiles.
SÈl{Ê^(ic4VE éMÈLodDHiCOUQUE
Tes grands yeux doux semblent des îles Qui nagent dans un lac d'azur :
Sous la paix de tes yeux tranquilles, Fais-moi tranquille et fais-moi pur.
Ton corps a l'adorable enfance Des clairs paradis de jadis; Enveloppe-moi du silence De ton corps blanc comme les lys.
Je souffre, j'étouffe,! je pleure :
O mon amour, fais de tes bras, Pour que je m y perde et j'y meure, Un tombeau que tu m'ouvriras!
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CHANTS DE l'aMOUR ET DE LA MORT !}
tAD *Rj4 T 1 &<l
Je voudrais t'entourer de parfums angéliques, Je te voudrais bercer en d'anciennes musiques, Dont le charme trop doux ferait couler tes pleurs; Je te voudrais parer de fleurs rares, de fleurs Souffrantes, qui mourraient pâles sur ton corps pâle; Et je voudrais à l'heure où la mystique opale > La lune monterait dans le bleu firmament, ïe voudrais près de toi me pencher, et t'aimant, Lorsque ton âme alors serait tout attendrie; I
Par la nuit! languissante et' d'étoiles fleurie, \ Te murmurer, frôle! par tes cheveux soyeux, Des propos, caressants et doux comme tes yeux.
CHcAP^SOZ^ TRISTE
Dans ton cœur dort un clair de Iune ; Un doux clair de lune d'été, Et loin de la vie importune, Je me veux perdre en ta clarté.
J'oublierai les douleurs passées, Mon: amour, quand tu berceras Mon triste cœur et mes pensées Dans le calme aimant de tes bras.
Tu prendras ma tête malade, Oh ! certain soir sur tes genoux^ Et lui diras une ballade Qui semblera parler de nous;
Et dans tes yeux pleins de tristesses, Dans tes yeux alors je boirai Tant de baisers et de tendresses, Que peutr être je guérirai.
CHANTS DE LAMOUR ET DE LA MORT
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LE 7SIG<A&<IE T>c4&QS Lc4 LUC^E
C'est un vieux conte de Bohême :
Sur un violon, à minuit, Dans la lune un tsigane blême Joue en faisant si peu de bruit-,
Que cette musique très tendre.
Parmi les silences des bois.
Jusqu'ici ne s'est fait entendre Qu'aux amoureux baissant la voix.
Mon amour, l'heure est opportune La lune éclaire le bois noir; Viens écouter si dans la lune Le violon chante ce soir 1
h ILLUSION
&CUIT TD'HTéMÈ^QÉE
A la nuit de notre hyménée J'avais convie les oiseaux :
Pour qu'elle fût illuminée, La lune aussi sortit des eaux.
La lune monta souriante, Et pendant que tremblait ton cœur, La mer au loin chantait brillante, Les vents t'apportaient sa langueur.
Les violettes, les jacinthes, L'âme brûlante de désirs, Envoyaient à tes lèvres saintes Leurs! ivresses et leurs soupirs.
Les feuilles chuchotaient entre elles ; Je; tenais tes mains à genoux; les oiseaux mêlaient des bruits d'ailes A leurs sérénades pour nous.
CHANTS DE LAMOUR ET DE LA MORT
Le profond minuit les fît taire ; Les cieux s'étendaient solennels; Des clartés d'amour sur la terre Pleuvaient des astres éternels;
Et pâle, sous la nuit immense^ Tu sentis sur ton front béni Descendre; à travers ce silence, Le grand baiser de l'infini !
iS l'illusion
LES Ho4\ e PES DE Vc4VIV
La nuit se déroulait splendide et pacifique ; Nous écoutions chanter les vagues de la mer, Et nos cœurs éperdus tremblaient dans la musique : Les harpes de David semblaient pleurer dans l'air,
La lune montait pâle, et je faisais un rêve; Je rêvais qu'elle aussi chantait pour m'apaiser, Et que ses flots aimants ne venaient sur la grève, Que pour mourir sur tes pieds purs et les baiser;
Que nous étions tous deux seuls dans ce vaste monde. Que j'étais autrefois sombre, errant, égaré, Mais que des harpes| d'or en cette nuit profonde M'avaient fait sangloter d'amour et délivré y
Et qu- tout devenait pacifique, splendide.
Pendant que je pleurais, le front sur tes genoux, Et qu'ainsi que mon cœur le ciel n'était plus vide, Mais que l'âme d'un Dieu se répandait sur nous 1
CHANTS DE l'aMOUR ET DE LA MORT
o4I\ <DE SCHUMfcAZX.?^
u fermes les yeux, en penchant Ta tête sur mon sein qui tremble:
Oh ! les doux abîmes du chant, ) OÙ nos deux cœurs roulent ensemble !
Ohl les notes qui font souffrir, Et les adorables supplices, Lorsque l'ame se sent mourir En de si profondes délices!
D'où venons-nous, pâles ainsi,
De l'avenir, du passé sombre?
Tu souffres, et j'étouffe aussi ;
Que contemplent nos yeux dans l'ombre?
T\ÈS VE La4 éME\
coûte la chanson des flots.
Leurs rires, leurs cris, leurs sanglots,
En chantant ils rongent dans l'ombre Les os blanchis de morts sans nombre.,
Rires confus, cris ou sanglots.
Entends-tu la clameur des flots?
Joyeuse,! plaintive, ironique ; Elle est si vague, leur musique.
Rires confus, cris ou sanglots, Écoute la chanson dés flots.
la nuit vient : les deux et la terre.
Sont; tout effrayants de mystère*
CHANTS DE L AMOUR ET DE LA MORT
Entends-tu la chanson des flots, Leurs rires, leurs cris, leurs sanglots?
Nous contemplons la mer immense; .». Où va notre amour qui commence?