ÉGLISES
Cathédrale. — Élevée par Francisco Pizarro, — ainsi que nous l'avons dit précédemment, — cette église dut aux soins de l'archevêque Loaiza de notables améliorations. Les tremblements de terré, joints à d'autres causes, interrompirent sa construction , qui dura quatre-vingt-dix ans, et coûta 594,000 piastres. L'édifice, ayant été détruit de fond en comble par le tremblement de terre de 1746, fut réédifié par le vice-roi, comte de Superunda.
La description suivante, que nous empruntons à un ancien document, donnera une idée de cette basilique : — « Sa façade a 162 vares de largeur; — aux deux extrémités se dressent deux tours magnifiques à trois étages, dont la base, construite en pierre de taille et dans l'ordre toscan, unit la beauté à la solidité. Cet édifice possède des corniches si larges que, malgré son extrême hardiesse, le visiteur peut se promener sans crainte sur toute la partie extérieure.
« Ces tours, hautes de 55 vares et larges de 14, ont chacune un escalier par lequel on monte à leur sommet; cet escalier a 2 vares de largeur au haut de chaque tour. Entre les deux tours on mesure une distance de 41 vares; cet espace est occupé par les trois nefs de l'église, auxquelles correspondent trois portes qui ouvrent sur la place et précédées d'un parvis de 20 vares de largeur. On arrive sous la porche par sept marches en pierre de taille, d'une demi-vare de largeur, et d'un demi-pied de hauteur, munies de chaque côté de parapets en pierre de taille. Une grille, reposant sur un soubas-
sèment et coupée de six piédestaux en pierre, portant des globes de bronze, enferme ce parvis ainsi que les marches du portail principal, et celles du portail méridional du transept.
« La porte principale, — celle du milieu, — qui s'appelle Porte du Pardon, mesure 5 vares et demie en largeur, et à peu près le double en hauteur : elle forme un remarquable frontispice en pierre de Panama , qui est sans contredit la plus belle du royaume. Ce frontispice se compose de trois corps distincts: — le premier
Vue de la façade de la Cathédrale.
est formé de quatre colonnes d'ordre corinthien cannelées , de 2 pieds de diamètre, et d'une hauteur proportionnelle; elles sont surmontées de chapiteaux de leur ordre, d'architraves et de frises ornées de sculptures en bas-reliefs : les entravements portent des denticules et des consoles, servant de base au second corps. De chaque côté, dans l'entrecolonnement, se dressent, dans quatre niches élevées, quatre statues de plus de 2 vares chacune, qui représentent les Évangélistes saint Matthieu, saint Marc, saint Luc, et le grand docteur de l'Église : saint Jérôme.
« La seconde partie, également d'ordre corinthien, est formée de pilastres d'une demi-vare de relief sur trois quarts de large , dont les contours sont chargés de moulures et surmontés de chapiteaux corinthiens, d'architraves et de frises sculptées; ces colonnes forment entre elles deux niches admirables d'ornementation , où l'on voit
les deux statues de saint Pierre et de saint Paul. Au-dessus de la clef de voûte de la porte , entre les deux frontispices principaux , dans une niche d'une magnifique architecture, brille de tout son éclat une image de la Très-Sainte Vierge Marie; au-dessus s'ouvre la fenêtre principale de cette seconde partie, fenêtre où l'on a placé la statue du bienheureux Toribio Alfonso, avec la barrette, le camail et le rochet, donnant la bénédiction à un Indien agenouillé devant lui. Le troisième corps forme un fronton semi-circulaire qui portel'écusson des armes royales et impériales ; cet écusson a deux vares de largeur et trois de hauteur. Toute cette partie est admirablement sculptée.
« Comme couronnement de cette œuvre, s'élève sur un piédestal, au milieu du fronton, la statue de saint Jean l'évangéliste, patron de la cathédrale, avec l'aigle à ses pieds, le livre et la plume entre les mains: cette statue n'a pas moins de 3 vares d'élévation.
« Ce splendide portail est flanqué de deux portes latérales, ouvrant sur les bas-côtés de l'église; elles ont chacune 4 vares et demie de large, sur 8 de haut; leur première partie est d'ordre dorique, la seconde et la troisième d'ordre corinthien. Les fenêtres de ce côté, toutes garnies de pilastres, d'arcades, de frises, de corniches et de frontons en pierre de Panama, — s'élèvent chacune de 19 vares au-dessus de la porte principale, déjà haute de 25 vares.
« L'église se divise en cinq nefs, en comptant les chapelles basses, profondes chacune de 8 vares et demie; si on ne veut pas les compter, on ne trouve plus alors que trois nefs, dont la principale ne mesure pas moins de 1 4 vares et demie de large. Les nefs latérales n'ont que 10 vares et demie. Si, maintenant, nous ajoutons 3 vares pour la place que les piliers occupent, nous trouvons que les trois nefs et les deux files de piliers qui divisent l'église, forment en tout une largeur de 38 vares.
« Chaque nef se partage en neuf travées, dont l'ensemble est d'une solidité et d'une beauté admirables. Dans la première travée, qui se présente à l'entrée de la Porte du Pardon, on a placé le monument de la Semaine Sainte, œuvre admirable composée de trois parties : la première s'élève sur huit colonnes, d'une architecture remarquable. Les trois parties de ce mausolée sacré, construit tout en
marbre blanc poli, avec des reliefs dorés, et pour lequel on a déployé toutes les ressources de l'art, a 22 vares de hauteur. C'est sur le reposoir de la première partie, où l'on arrive par quatre gradins de neuf marches chacun , que l'on célèbre les offices de ces jours saints.
«La nef principale rencontre, en arrivant au chœur, la travée qui forme le centre de la croix. Cette travée centrale, qui mesure 45 pieds géométriques carrés, est flanquée de quatre autres travées, deux de chaque côté, formant les deux ailes du transept. A l'extrémité de chaque aile, s'ouvrent les deux magnifiques portails latéraux, composés de deux portes, et larges de 15 pieds, sur 30 de hauteur. Le premier, situé au midi, laisse pénétrer la fraîcheur et un demi-jour mystérieux dans l'intérieur de la basilique. Il donne également sur le parvis, qui s'étend parallèlement , sur une largeur de 36 pieds, à toute la longueur de l'édifice, et vient entourer, réduit à 30 pieds, l'abside située du côté oriental. Dans l'abside s'ouvrent deux portes qui correspondent aux deux portes latérales de la façade principale. Le second portail du transept s'ouvre sur la cour de los Narunjos (des Orangers), absolument identique à celle de Séville, qui porte le même nom.
«Les deux travées de la nef principale, qui viennent ensuite, comprennent l'espace immense occupé par le chœur, comme à Séville. Il a 24 vares de long sur 13 et demie de large. Il est garni de stalles remarquables, toutes sculptées en bois précieux, tels que le cèdre et l'acajou, et dessinées dans le goût artistique le plus pur. On compte soixante -quinze sièges supérieurs et inférieurs, avec leurs colonnettes et leurs moulures; chaque dossier forme une niche où l'on admire des sculptures en ronde-bosse, représentant le Sauveur du monde et sa Sainte-Mère, les douze Apôtres, les Évangélistes, les Docteurs de l'Église grecque et de l'Église latine, les Pontifes et les Patriarches de ces deux communions, — le tout surmonté d'un couronnement de chapiteaux, architraves, corniches, etc. Le siège archiépiscopal est plus grand, mieux travaillé et plus beau que ceux des chanoines : il est plus riche en ornements, et son dossier a plus d'élévation. La grille de fer, placée à l'entrée du chœur, en face du maitre-autel, est d'une conception
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MONSEIGNEUR J S. DE GOYENECHE
Archevêque de Lima et doyen des évêques catholiques
remarquable, d'ordre corinthien, à deux faces, l'une intérieure, l'autre extérieure. L'œil du visiteur est ravi en présence de tant de beautés, et l'admiration se perd devant une si étonnante exécution.
« En montant cinq marches, on arrive au sanctuaire et au maîtreautel, qui s'élève déplus de 15 pieds au-dessus du sol de l'église : il est aussi vaste que l'exigent la célébration des saints offices et la majesté du culte. Sur les deux premiers piliers qui supportent la voûte, sont fixés deux pupitres qui reçoivent le missel lorsque l'on chante les épîtres et les évangiles. Sur l'autel on remarque un admirable tabernacle, de forme octogone, entouré d'ornements découpés à jour. Ce tabernacle est formé de deux corps, terminé par un superbe couronnement. Les jours de fête, ilestrevêtu d'une décoration splendide, consistant en piédestaux, colonnes, corniches et dôme, en argent massif; le tout proportionné à ses dimensions. Le sanctuaire est entouré d'une grille remarquable. De chaque côté un escalier de onze marches sert de passage aux prêtres et aux autres officiants. »
Dans l'immense cavité qui se trouve au-dessous du maître-autel, existe une crypte très-étendue et partagée en trois compartiments, où l'on pénètre par deux portes situées dans les nefs latérales. Dans ces murailles souterraines , on a creusé des niches destinées à recevoir la dépouille mortelle des archevêques : elles reçurent autrefois celle des vice-rois. Dans ce panthéon se trouvent la tête de Francisco Pizarro , ainsi que les restes de sa fille dona Francisca, qui laissa une riche dotation , instituée pour la célébration quotidienne d'une messe au maître-autel : les frais d'ornements et les autres dépenses du culte occasionnés par cette messe , sont payés avec les mille piastres d'or qui y furent affectés lors de la fondation.
Dans la seconde travée que l'on rencontre derrière le chœur, on vénère l'image de Nuestra Senora de la Antigua, si féconde en miracles, et qui a tant d'attrait pour les personnes pieuses à cause de la beauté de sa chapelle. Cette chapelle est la reproduction de celle de los Remedios , à Séville. Ce fut sur le plan de cette antique basilique, que l'on construisit l'église métropolitaine de Lima. Aussi la ressemblance entre ces deux églises est-elle frappante. Dans chacune d'elles on compte neuf portes, et beaucoup de chapelles sont
sous l'invocation des mêmes saints. Mais si l'un de ces édifices est supérieur en étendue, l'autre l'emporte en ornementation.
Dans l'église et dans les sacristies, on voit des peintures d'un grand mérite. On y remarque également un morceau de la Vraie Croix, envoyé par sa sainteté Urbain VIII, et les reliques de saint Julien, saint Théophile, saint Sébastien, saint Adrien, sainte Marine, saint Saturnin et saint Faustin, martyrs.
Au nombre des peintures qui méritent une mention particulière, on remarque un très-beau portrait de la Véronique, que l'illustre Luna Pizarro légua à son église : ce portrait, œuvre du célèbre Murillo, pour lequel on avait offert à son propriétaire jusqu'à 5,000 piastres, se trouve placé dans la chapelle de Saint-Toribio.
Msr Luna fit encore à la cathédrale le don d'un orgue, le meilleur sans aucun doute de ceux qui existent dans l'Amérique méridionale : il fut exécuté en Belgique et il coûta, y compris son installation dans le chœur, à peu près seize mille piastres.
Entre tous les archevêques qui, depuis l'Indépendance, se sont assis sur le trône archiépiscopal, Mer Luna est le prélat qui a le plus de titres au respect et à la vénération des fidèles.
L'église fut érigée en siège épiscopal sous l'invocation de San Juan Evangelista, par une bulle de S. S. Paul III, du 14 mai 1541, publiée à Lima le 17 septembre 1543, par le premier évêque Dr J. Geronimo de Loaiza. En 1545, elle fut érigée en église métropolitaine.
Les fêtes solennelles qui se célèbrent dans la cathédrale , en présence des membres du gouvernement et des autres autorités, sont les suivantes : la Chandeleur, le Mercredi des Cendres, le Dimanche des Rameaux, le Jeudi et le Vendredi saints, Saint-Joseph, le Dimanche de Pâques ou de la Résurrection, l' Anniversaire de l'indépendance, l'Assomption (sermon de l'archevêque), Sainte-Rose (idem), l'Immaculée Conception, l'Anniversaire des batailles de Junin et Ayacucho, et le jour de Noël.
Le chapitre métropolitain se compose de l'archevêque et du doyen, de l'archidiacre, du maître de chœur, du directeur de la maîtrise et du trésorier, de six chanoiues, de quatre prébendiers
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