PREMIERE PARTIE
Le conquérant Francisco Pizarro fonda, le 18 janvier 1535, sous le nom de Ciudad de los Reyes ( Cité des Rois ), la ville qui est aujourd'hui la capitale du Pérou.
La capitale de l'ancienne vice-royauté était la ville de Jauja, dont les principaux habitants, d'accord avec la municipalité et les jvsticias (1), représentèrent à Pizarro que le peu d'importance de cette ville ne permettait pas que l'on continuât à en faire la résidence du gouvernement.
Pizarro nomma des commissaires chargés de reconnaître la vallée de Pachacamac, dans le district du cacique de Lima. Ayant trouvé le territoire que baigne le Rimac tout à fait propice , à cause de la proximité de la mer, et pour d'autres avantages encore , il décréta que l'on élèverait en cet endroit la capitale , à la date indiquée plus haut.
Configuration et étendue de Lima. — Le plan de la ville est
(1) On désignait sous le nom de justicia tous ceux qui exerçaient une autorité judiciaire ou administrative.
Vue de Lima, prise de la tour de Santo-Domingo (Saint-Dominique).
irrégulier et ressemble beaucoup à un triangle, dont le plus grand côté ou la base s'appuie sur la rivière, qui coupe la capitale en
Vue de lArrabal ( faubourg ) de San-Lâzaro.
deux parties : l'une haute , l'autre basse et anciennement appelée YArrabal (faubourg) de San-Lâzaro.
Le plan présente en longueur deux tiers de lieue, et sa plus grande largeur est de deux cinquièmes de lieue.
L'étendue de Lima fut primitivement de vingt-deux madras (1) de l'orient à l'occident, et de quatorze du nord au sud; aujourd'hui elle est de 13,343,680 vares castillanes carrées, dont 2,438,000 sont occupées par des jardins et des muladares (2) dans
Vue de Lima, prise de l'Are du Pont.
la partie haute; — 2,412,320 par des jardins, dans la partie basse; — 126,150 par des places grandes et petites, — 674,552 par des églises et des couvenls; — il en reste 7,692,658 pour les habitations. Toule la partie haute est entourée de solides murailles qui furent construites en 1683, sous le gouvernement du duc de la Palata, vice-roi du Pérou.
Situation géographique et topographique. — La \ille se trouve
( i ) La cuadra vaut de 120 à 1 îo varës espagnoles. La vare égale 0œ,82 environ. (2) Muladar est un terrain sans construction et où l'on dépose les immondices.
souslel2°2' 1" de latitude australe, et le 70° 50' 51 "de long, occid. au méridien de Cadix ; cette longitude, calculée sur les autres méridiens, donne : — pour le méridien de l'île de Léon, 70° 38' 38" de long, occ; — pour celui de l'observatoire de Greenwich , 76° 51' 30" de long, occ, et pour le méridien de Paris, 76" 20' 12" de long, occidentale.
Lima est située au sud-ouest; mais, quoique protégée par les montagnes à l'est et au nord, elle demeure exposée aux vents du sud et de l'ouest.
Ces montagnes se rattachent à la grande Cordillère des Andes, qui descend du nord au sud, à vingt lieues à l'ouest de la capitale. Celles de l'est descendent en diminuant du nord au sud et forment plusieurs vallées; celles du nord suivent de l'est à l'ouest la rive droite du Rimac, dont elles se rapprochent plus ou moins. En face de la partie haute de Lima, elles reviennent sur ellesmêmes, et les flancs d'un monticule (San-Cristobal) au pied duquel le Rimac entre dans la ville, s'allongent jusqu'à YArrabal de San-Lâzaro. Les cimes des mamelons de San-Cristobal et des Amancaes sont les plus élevées de toutes; la première est de 470 vares castillanes au-dessus du niveau de la mer, et la seconde de 960.
A l'ouest, la ville regarde le Pacifique, dont elle n'est éloignée que de deux lieues; au sud-ouest on découvre l'île de San-Lorenzo, au sud le Morro-Solar ou Morro de Chorrillos. Du sud à l'est, s'élèvent plusieurs collines de sable qui augmentent graduellement et vont se réunir aux ramifications de la Cordillère.
Qualités du sol. — Diverses couches de sable et de cailloux se superposent au-dessus du terrain solide que l'on rencontre à une certaine profondeur. Cette nature du sol, semblable à celle que l'on observe au fond des mers, permet de croire que, durant une une certaine période, les eaux s'avançaient à deux ou trois lieues au-delà des rivages qu'elles baignent aujourd'hui. Les coquillages qui se rencontrent au sud et au nord, entassés sur les collines , formées à leur tour de sable et de détritus marins, font, ainsi que beaucoup d'autres indices, supposer que, il y a peu de siècles, la
mer couvrait ces montagnes de granit, dont les ramifications descendent de la Cordillère.
Saisons. — On peut dire qu'il n'existe réellement à Lima que deux saisons bien marquées : l'hiver et l'été. Quoique le froid et la chaleur ne soient pas aussi iutenses que sous bien d'autres climats, ils se font cependant sentir avec une égale force. Le printemps commence aux derniers jours de septembre, l'été à la fin de décembre, l'automne à la fin de mars, et l'hiver aux premiers jours de juillet. Les jours caniculaires commencent le 23 janvier et durent jusqu'au 8 mars.
Vents. — Le vent du sud domine sur la côle; le vent du nord souffle par interruption suivant les heures du jour et les saisons de l'année. Au lever du soleil, se fait sentir régulièrement un agréable vent d'ouest, qui tourne au sud vers le milieu du jour. Le vent du nord que l'on ressent à Lima est celui du N. 0. ; c'est de ce côté que se dirige en effet la chaîne de montagnes de cette région : il commence entre une heure et deux heures du matin, pour cesser de neuf à dix.
La marche diurne des vents suit une direction opposée à celle du soleil.
Pluies. — Lima n'a pas ces pluies abondantes qui tombent dans l'intérieur de la montagne ou dans quelques contrées de l'Europe. Entre les derniers jours du mois d'avril et les premiers jours du mois de mai, les gantas (1) commencent, et continuent jusqu'en novembre avec plus ou moins d'interruption. Pendant le reste de l'année, elles se répètent aux changements de lune.
Pendant l'été il pleut souvent, mais par grosses ondées de trèspeu de durée.
Tremblements de terre. — Lima est sujette à de fortes secousses qui l'ont ruinée à différentes époques ; c'est généralement entre le printemps et l'été que ce phénomène se manifeste, quoiqu'on le ressente également en automne. La direction ordinaire des tremblements de terre est du sud au nord, en suivant la chaîne
(I) Garuas, pluies très-fines.
des montagnes. Parmi ceux qui ont causé les plus grands dommages à la population, il fautciter les tremblements de 1630, 1687, 1746, 1806 et 1828. Ces phénomènes se produisent dans la proportion moyenne de huit par au.
Rues. — La coupe des rues de Lima, par leur disposition et leur aspect, est agréable à l'œil, bien que quelques-unes d'entre elles soient enlaidies par les égouts à ciel ouvert qui les traversent,
Vue de la cille (rue) De las Mantas (aujourd'hui Callao).
le manque d'uniformité dans l'extérieur des édifices, et le système de balcons mauresques que les Espagnols y ont introduit. Aujourd'hui on a remplacé les anciennes jalousies de bois, qui faisaient ressembler ces balcons à des cages d'oiseaux, par des châssis vitrés mobiles. Mais l'inégalité d'élévation de ces masses lourdes, qui dépassent les façades d'une vare castillane au moins, ne contribue certes en rien à la beauté des rues.
Pizarro, quand il traça le plan de la ville, adjugea des terrains aux premiers fondateurs, qui, à cause de leur petit nombre, se bornèrent à occuper trois madras, dont la première forme le côté de la
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cathédrale, connu sous le nom de Calle de los Judios (rue des Juifs). Les rues actuelles sont au nombre de trois cent cinquante-six, sans compter quelques voies déjà ouvertes, mais où il ne s'élève encore ni maisons ni édifices; pour le tracé de ces rues, on n'a pas pris la direction des quatre points cardinaux. Les rues sont droites, tirées au cordeau, et coupées à angle droit par d'autres rues transversales, ce qui fait que, pour la majeure partie, elles forment des carrés presque parfaits, appelés manzanas. La longueur des rues
Vue de la calle del Teatro (rue du Tht'ùtre), aujourd'hui Huancavelica.
est de 120 à 140 vares; quelques-unes, au reste, varient plus ou moins en longueur et en largeur.
Dans chaque *rue, vingt ou trente portes appartiennent à des maisons grandes ou petites, et à des habitations ou à des magasins accessoires. La régularité des rues et le grand nombre de tours que possède la capitale, forment un magnifique coup d'œil pour l'observateur placé sur une des hauteurs voisines, quoique la forme des toits diminue un peu la beauté du panorama. La rareté des pluies n'oblige pas à incliner les toitures ni à les couvrir en tuiles: aussi sont-ils parfaitement plats.
Il n'y a pas encore longtemps, chacune des rues de Lima avait un nom particulier, et il serait intéressant de rechercher l'origine de quelques-uns de ces noms, par exemple de Borricos, Pericotes, Ya Parié, Albaquitas , Patos (1), etc..
Aujourd'hui, quoique plusieurs rues, placées sur une même ligne, portent un nom uniforme, on peut dire que la municipalité n'a pas montré beaucoup de tact en approuvant ces noms; car, bien que tous soient ceux, des capitales de départements et des villes de l'intérieur, il en est beaucoup que les étrangers, les Anglais surtout, ne prononceront jamais, parce que ce sont des mots de la plus pure quichua (2).
Maisons. — Les maisons de Lima ont un aspect joyeux que présentent difficilement celles des autres pays. A l'intérieur, elles of-
Vue de l'Hôtel de l'Univers. •
frent généralement de grandes commodités ; et, quant aux ornements, à la propreté, à l'élégance et même au luxe, elles ne le cèdent en rien aux habitations des contrées les plus civilisées. On
(1) Borricos, baudets, bourriques; Pericotes, souris; Ya Pariô, elle vient d'accoucher; Albaquitas, Patos, canards, etc.
(2) Quichua, langue indienne primitive que parlaient les habitants du Pérou, même avant l'arrivée des Incas.
Façade de la maison de l'ancien,
ne saurait, par exemple, adresser le même éloge aux façades; construites en dehors de toutes les règles de l'architecture, sans égalité dans l'élévation et capricieusement peintes, elles sont loin de répondre au goût qui caractérise l'habitant de Lima.
Les maisons sont peu élevées : plusieurs ont deux étages, un très-petit nombre en ont trois; si les propriétaires ne leur donnent pas plus d'élévation , c'est par la crainte des tremblements de terre; cependant cette crainte disparaît chaque jour davantage , depuis que des architectes habiles ont adopté la précaution de donner aux maisons la solidité nécessaire en faisant entrer le fer et la pierre dans la construction.
En 1793, le nombre total des portes de Lima était de 8,222, appartenant à 3,641 maisons; en 1857, ce nombre était de 13,093; en 1860, de 14,002; et en 1865, de 14,209.
En 1860, le nombre des portes se divisait ainsi : 164 à des établissements publics, y compris les collèges et les hospices; 3,603 à de grandes maisons; 2,621 à des maisons moyennes et petites; 471 à des callejones de cnartos (1); 5,742 à des boutiques et à des magasins; 499 à des remises ; 326 à des altillos (2); 92 à des écuries et à des terrains dépourvus de constructions; 318 puertas falsas (3), et 166 portes murées; ce dernier nombre diminue considérablement chaque année à cause des constructions nouvelles.
Portes de la ville. — Comme nous l'avons dit, toute la partie haute de Lima était ceinte de murailles qui ont douze portes ; celles du Callao, de San Jacinto, de Martinete , de Maravillas, de Barbones, de Cocharcas, de Santa Catalina, deux de Guadalupe. de Juan Simon, et deux de Monserrat. La partie basse, complètement entourée de montagnes, a deux entrées : Guia et la Piedra Liza.
Les portes qui offrent le plus beau coup d'œil et qui sont d'une
(1) Le Callejon représente à peu près les cités ouvrières d'Europe.
(2) Altillo, petits entre-sols , auxquels donnent accès une porte et un petit escalier sur la rue.
(3) Puertas falsas : on désigne ainsi les portes qui, en dehors des portes principales, sont destinées au service.
construction plus grandiose, sont celles du Callao et de Maravillas. Par la première, on pénètre, au sortir de la capitale, dans une très-belle allée d'arbres. La porte fut bâtie et l'allée plantée sur l'ordre du \ice-roi O'Hinggins en 1797, et le consulat de Lima fournit les fonds nécessaires pour ce travail, qui coûta 343,000 piastres. La façade était très-belle : au-dessus de l'arc du milieu, qui est le plus grand, on plaça les armes royales avec cette légende : » Jmperante Carolo IV » ; sur celui de droite on plaça les armes de Lima, et sur celui de gauche les armes du consulat. Ces différents écussons et les ornements sur lesquels ils reposaient furent enlevés il y a quelques années, et on ne conserva plus qu'une simple corniche.
Places et petites places. — On compte à Lima trente-trois places, et à l'exception de la Plaza May or (Grande place), de celle de la Independencia et. de celle de Siete de Setiembre (du Sept septembre), toutes sont situées autour des églises dont elles portent le nom.
La seule qui, par son étendue, mérite le nom déplace, c'est la principale ou Plaza Mayor. située au centre de la ville; son étendue est d'une fanègue (1) de terre. Au sud-ouest el au nord-ouest, elle est ornée de colonnes et d'arcades en pierre, qui forment ces superbes portiques construits en 1693 par décret du vice-roi comle de la Monclova : celui du sud s'appelle le portique des Botoneros(2), à cause du privilège qui, depuis un grand nombre d'années et il y a peu de temps encore, était concédé aux passementiers pour y établir leurs ateliers; l'autre est connu sous le nom de portique des Escribanos (3), parce que, dans les temps anciens, ces corbeaux avaient établi leurs nids en cet endroit.
Les magasins situés sous les arcades offrent à la dame la plus élégante et la plus capricieuse tout ce que produit la mode européenne de plus nouveau et de plus riche.
Vis-à-vis les arcades des Escribanos s'élève la magnifique façade de la cathédrale, et devant celles des Botoneros l'édifice qu'on appelle le Palais du gouvernement .
(i) La fanègue vaut environ un hectare.
(2) Passementiers.
(3) Notaires.
Paris Imp Goâjrd r du Jardin?* i?
Porte de Maravillas
La municipalité a ses salons et ses archives placés au-dessus des arcades des Escribanos et à l'un des angles de la place.
Rivières. — La seule rivière qui traverse la capitale en la divisant, ainsi que nous l'avons déjà dit, en deux parties, c'est le Rimac. Ses eaux augmentent considérablement en été , et ne peuvent cependant suffire à arroser les vallées qu'il traverse. La direction de son cours est du nord-est au nord-ouest.
Vue du jir.nl de Lima.
Pour faciliter la circulation d'une partie à l'autre de la ville, on construisit en 1554 sur le Rimac un pont de bois qui fut, en 1610, remplacé par le pont de pierre que l'on voit encore aujourd'hui, et que fit bâtir le vice-roi, marquis de Montes Claros. La longueur de ce pont est de cinq cents pieds géométriques; il est soutenu par six arches qui ont chacune cent quatre-vingt-dix vares d'élévation. L'ouvrage tout entier est construit en pierre de taille.
A la partie sud du pont s'élève un arc de trente coudées de haut. Au milieu des deux tourelles qui décorent chaque côté de la partie supérieure, on avait placé la statue de Philippe V. Elle fut renversée par le tremblement de terre qui frappa Lima en 1746.
A la place de la statue du roi d'Espagne on a mis celle du Temps, et, dans la niche qu'occupait, avant la catastrophe, une image de la -vierge de Belen, on voit aujourd'hui une très-belle horloge à deux cadrans transparents.
Les habitants de la partie basse de la ville avaient à souffrir de nombreuses et très-fortes inondations : pour y remédier, on construisit, en 1637, de puissantes digues en pierre, qui coûtèrent la somme de cinquante mille piastres.
Eaux potables. — Les eaux de la rivière, celles des fontaines publiques et des puits particuliers, contiennent une très-grande quantité de sels calcaires, et principalement du sulfate de chaux. En général, on peut dire qu'elles sont pures et salutaires.
Fontaines. — Avant qu'il ne s'établît à Lima une entreprise pour donner de l'eau dans les habitations, au moyen de tuyaux en fer, on comptait dans toute la ville 61 fontaines: 17 grandes et 10 petites fontaines publiques; 19 dans les couvents et monastères, 6 dans les hospices et les béguinages; et 19 dans les collèges et autres établissements. Il y avait, en outre, 167 puits dans les maisons particulières. Le nombre des fontaines situées sur les places ne s'est pas augmenté, mais celui des maisons et des établissements publics s'est accru d'une manière considérable.
La plus grande fontaine de la capitale est celle qui se trouve au centre de la Plaza Mayor. Elle repose sur une assise en maçonnerie, de trois pieds et demi d'élévation au-dessus du sol de la place, de quinze vares de large de chaque côté, garnie de gradins en pierre détaille et entourée d'un aqueduc découvert qui sert à l'écoulement des eaux. Sur cette assise repose la vasque principale de neuf vares de diamètre, soutenue par huit lions et autant de griffons. Au centre de cette vasque principale s'élève un piédestal de dix-huit pieds de haut, composé de trois corps ; c'est là-dessus que repose la seconde vasque de trois vares de circuit, qui laisse échapper l'eau par la bouche de plusieurs mascarons. De cette seconde vasque s'élève une colonne de deux pieds de diamètre sur deux vares de haut, agrémentée de feuillages et d'ornements divers, avec quatre carteronnes qui soutiennent la troisième vasque de six vares et
fanent wà
\mt> Go&ai
Fontaine de la place principale de Lima
deux tiers de circonférence; dix séraphins lancent l'eau qui retombe dans cette vasque. Une dernière colonne de deux varcs soutient la vasque de feuillage, que surmonte une statue de la Renommée. La fontaine est en bronze, et d'une hauteur totale d'un peu plus de quinze vares (c'est-à-dire environ 45 pieds).
A chaque angle de l'assise en maçonnerie, il y a un réservoir reposant sur un socle garni de moulures.
La fontaine coûta 85,000 piastres et fut inaugurée le 21 septembre 1578.
Tout récemment la municipalité a fait dessiner autour de la grande fontaine un superbe jardin entouré d'une grille en fer, et construire d'autres petites fontaines aux quatre angles de la Plaza Mayor, notablement embellie, et pavée avec soin; des statues et des vases de marbre, ainsi que des bancs également en marbre, y ont été placés.
Pavage et dallage. — Le pavage du milieu des rues est dans son genre le pire qu'on puisse imaginer; formé de pierres rondes, il ne présente pas une superficie plane et égale, et cène sont pas seulement les piétons qui en souffrent d'une manière impossible à décrire, mais aussi les animaux et les voitures. 11 n'est pas une bête qui, au bout d'un certain temps, n'ait les pieds endoloris, et la conservation d'une voiture est doublement coûteuse à cause des accidents qu'occasionne chaque jour l'inégalité du pavé. A ce désagrément il faut ajouter encore celui-ci. Plusieurs rues sont traversées par des égouts à ciel ouvert, dont les eaux débordent au moindre obstacle qu'elles rencontrent dans leur cours, et forment de grandes flaques d'eau qui rendent la circulation impossible, ou tout au moins passablement ennuyeuse.
Pour remédier à de pareils inconvénients, le gouvernement proposa de renouveler le pavage des rues et de construire des égouts souterrains, qui, donnant un cours aux eaux qui traversent la ville, pussent recevoir aussi les eaux ménagères au moyen de conduits. On fit un essai de pavage et de canalisation dans une rue, ensuite on en repava deux autres avec des caniveaux, mais sans avoir construit d'égouts souterrains.
L'ancien dallage des trottoirs était aussi mauvais que le pavage,
mais depuis 1847 ou a commencé le dallage actuel, qui donne aux trottoirs une vare et demie de large, et les recouvre de pierres d'ardoise apportées d'Europe. 11 y a aujourd'hui peu de rues qui n'aient pas un bon dallage.
Eclairag-e. — Les rues sont éclairées au gaz par suite du privilège concédé par le gouvernement à une compagnie, qui doit procurer du gaz aux particuliers qui en font la demande.
Population. — Les premiers habitants de Lima ne furent qu'au nombre de soixante-dix : onze accompagnèrent Pizarro , trente arrivèrent quelque temps après de San-Gallan, et vingt-huit venus de Jauja se réunirent à eux. Les onze compagnons du fondateur furent : le trésorier Alonso Riquelme, l'inspecteur Garcia de Salcedo, Nicolas de Rivera l'aîné, Nicolas de Rivera le jeune, Rodrigo Mazuelas, Juan Tello, Ruy-Diaz, Alonso Martin de D. Benito, Cristobal Palomino , Cristobal de Peralta et Antonio de Picado, secrétaire du gouvernement.
Aujourd'hui la population s'élève, d'après les derniers recensements, à 121, 362 habitants, dont 26,619 sont nalifsdeLima; 55,992 venus des différents points de la République, et 38,761 étrangers.
Comme nous l'avons dit, le nombre des premiers babitants, y compris le fondateur, fut de 70; en 1820, ainsi qu'il résulte des documents officiels, la population s'élevait à 64,000 habitants. Elle s'était donc augmentée, dans l'espace de 285 ans de colonisation, de 63,930 habilants, et, pendant les 45 années de l'indépendance, de 57,362. Ce fait permet d'établir la moyenne suivante : par chaque année de colonisation , la population a augmenté de 224 individus 90/285, et, par chaque année d'indépendance, de 1,274 individus 32/45.
Les registres des naissances et des décès prouvent qu'en moyenne il naît dans l'année 3,200 individus, et qu'il en meurt 4,000. Il est bon de faire remarquer que dans ce nombre de décès figurent beaucoup de voyageurs et de nationaux, venus des départements voisins dans les hospices de Lima.
Nous parlerons plus tard de la manière dont est composée la population actuelle, eu égard aux différentes races.
Monuments publics. — Les premiers édifices construits par Pizarro sont : la Cathédrale, le Palais du gouvernement, le Palais archiépiscopal et l'Hôtel de ville.
Palais du gouvernement. — Ce monument renferme : le cabinet et les appartements privés du président de la République; les cinq ministères ou secrétariats d'État; la cour suprême delà République; la cour du département, avec leurs secrétariats et leurs archives ; la direction générale des finances; la cour des comptes; la trésorerie générale; le dépôt de papier timbré ; l'état-major de la place ; la préfecture du département; la sous-préfecture de la province et l'imprimerie nationale.
L'édifice conserve encore aujourd'hui sa forme primitive, qui est bien loin, certes, de convenir au siège du gouvernement du Pérou. Nous nous abstenons de toute description, parce que notre plume se refuse à faire une peinture aussi triste et aussi désagréable. On a fait, il est vrai, quelques réparations et des modifications dans les appartements du président et dans les ministères, mais ells n'ont point changé l'aspect fâcheux du monument qui devrait être le premier de la capitale.
Le palaisa étéoccupé, depuis 1335 jusqu'en 1821, par trois gouverneurs, dont le premier a été le conquérant Pizarro, et par quarante-trois vice- rois, dont le dernier fut D. José de Lacerna, qui capitula en 1824 devant l'armée républicaine, victorieuse à Ayacucho.
De 1821 à 1865, ont résidé au palais cinquante-trois chefs de l'État avec des dénominations différentes. Le premier chef de la République qui, sous le titre de protecteur du Pérou, exerça la dictature, fut le général D. J. San Martin. De ces cinquante-trois cbefs de l'État, six présidents seulement ont dû leur nomination aux élections populaires.
Le Palais archiépiscopal, où sont les appartements de l'archevêque, les bureaux et les archives de la cour ecclésiastique, est contigu à la cathédrale et n'a rien non plus de remarquable.
Depuis 1543 jusqu'à nos jours, vingt-deux archevêques y ont habité. Le premier fut le Dr D. F. Geronimo de Loaiza, qui prit pos-
session de l'évêché de Lima en cette année 1543, et le titre d'archevêque en 1548. Le dernier est Mer D. D. José Sébastian de Gojeneche, doyen de tous les évêques catholiques qui existent aujourd'hui dans le monde.
Les autres monuments ou établissements publics sont :
Soixante-sept églises , qui comprennent la cathédrale, cinq paroisses et deux succursales : six appartiennent aux couvents des communautés existantes, deux aux congrégations de religieux réguliers, treize à des monastères existants, quatre aux béguinages; six sont des chapelles publiques de réguliers; treize sont des églises on chapelles publiques ; quatre sont des maisons d'exercices spirituels; une appartient à des religieuses hospitalières, et dix à des couvents supprimés.
Le Cabildo (conseil municipal), où sont situés les salons pour les sessions, le secrétariat et les archives.
L 'Hôtel des monnaies, avec tous les bureaux et ateliers nécessaires à la fabrication de la monnaie. Le tribunal des Mines se réunit dans un appartement de cet hôtel.
JJ Université, où se trouvent les salles pour les exercices littéraires ; dans l'une d'elles se réunit l'illustre Collège des avocats, et dans la chapelle se tiennent les sessions de la Chambre des députés.
Une Chambre pour les sessions du sénat.
La Bibliothèque nationale, dont une partie est occupée par le Musée des antiquités et celui à' histoire naturelle.
Huit Collèges nationaux. Un pour l'étude de la jurisprudence; un Séminaire conciliaire; une école de Médecine et de sciences accessoires; un collège pour les différentes branches d'instruction secondaire; une école Normale; une institution Navale militaire; une école d'Obstétrique et une école des Arts et Métiers.
Un hospice d'orphelins à la mamelle.
Une maison d'orphelines.
Un dépôt pour les personnes mises en jugement.
Un pénitencier (la Penitenciaria).
Un abattoir général.
Cinq hôpitaux. Un pour les hommes, un pour les femmes, un pour les militaires et deux pour les incurables.
Un hospice pour les aliénés des deux sexes.
Un cimetière général.
Un hospice pour les pauvres veuves de commerçants.
Un consulat ou tribunal de commerce.
L Administration générale des postes et la Direction de la bienfaisance n'ont pas d'édifices qui leur soient propres.
Comme rendez-vous de plaisir Lima possède :
Un théâtre (delà Municipalité).
Un cirque pour les combats de coqs (propriété particulière).
Un cirque pour les combats de taureaux (appartenant à l'administration de la Bienfaisance).