‹ LimaChapitre 30 sur 75 · M. LOUIS E.ALBERT · texte numérisé non relu

M. LOUIS E.ALBERT

Secrétaire de 1 CJase Je la légation du

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Quant aux pauvres, ils ne font pas grand bruit, et n'envoient guère de messagers pour annoncer la naissance d'un malheureux de plus sur la terre. Nos montagnardes accouchent sur les chemins, et au milieu des cordillères froides et désertes. Aussitôt après l'avoir mis au monde, elles prennent leur nouveau-né, l'enveloppent non d'une toile fine brodée, mais d'une étoffe de laine grossière, et le placent sur leur dos pour continuer leur route.

Que le riche fasse du bruit pendant sa vie, c'est là un fait qui n'a pas besoin de démonstration : diners, bals, concerts, chevaux, voitures, etc., etc., voilà autant de moyens de faire du bruit. Qu'il en fasse quelques jours avant de mourir, nous en avons la preuve à Lima dans ces processions nombreuses qui accompagnent le curé de la paroisse, lorsqu'il va porter les derniers secours de la religion au malade à qui le médecin a laissé entendre la sentence fatale : // n'y a pas de remède à cette maladie.

La sortie de Nuestro Amo (Notre-Seigneur) s'annonce dans la paroisse par le tintement d'une petite cloche, aux sons de laquelle accourent tous les confrères qui se sont imposé par dévotion le devoir d'accompagner et d'éclairer le Bon Dieu. Si le malade est de condition ordinaire, il y a peu d'éclaireurs, les lanternes sont petites, et c'est à peine si l'on entend les voix de deux ou trois chantres; mais, s'il appartient à la haute volée [pisaba fuerte), à part le grand nombre d'amis qui, le cierge à la main, forment la procession, los alumbrantes (les éclaireurs) de la paroisse sont très-nombreux, et, revêtus d'élégantes capas (manteaux) de couleur rouge, ils portent ce jour-là les grandes lanternes bien ornées; il y a également des zahumaduras (I), et un détachement de musique militaire complète le cortège. Les passants et les désœuvrés, les uns afin de pouvoir passer pour des amis del viagero (du voyageur pour l'autre monde), et les autres parce qu'ils ne savent que faire de mieux, se mêlent à la procession et viennent encore augmenter la foule. C'est de cette façon que le fidèle liménien quitte la terre, et, comme tous les fidèles du monde entier, il ne renonce à ses pompes que lorsqu'elles l'ont elles-

(I) Zaliumadora.t, femmes qui portent dans la main un petit réchaud allumé, sur lequel elles jettent de l'encens et d'autres parfums.

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Alumbrantn (porte-lanterne) accompagnant le viatique.

;Para In eera de Nuestro Amo ! (Pour les cierges de Notre Seigneur!)

* Seine 57J>ans

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