‹ LimaChapitre 41 sur 75 · NÉCROLOGIE · texte numérisé non relu

NÉCROLOGIE

Personne n'est mauvais après sa mort : c'est là une vérité comme un dogme de l'Église, parce que la mort enlève à l'homme le pouvoir

(1) On donne ce nom à tous les articles qui ne sont pas écrits par les rédacteurs.

de continuer à être ce qu'il a été; mais cette cause n'est pas la seule. Il y a bien peu d'hommes qui s'en vont de ce monde sans laisser quelqu'un qui les ait aimés; et même celui qui n'a pas eu le bonheur de trouver beaucoup d'affection pendant sa vie, s'il laisse un bon testament bien en règle, jette par là les fondements d'une brillante renommée posthume. Les pierres fuuéraires qu'on trouve dans le monde entier sont la preuve de cette assertion. Aucun mort n'a sur sa tombe une inscription rappelant ses vices ou ses défauts : ce serait manquer à la charité ou tout au moins à la reconnaissance. Toute jeune fille trépassée est un modèle de pureté et de candeur; toute femme mariée, un exemple de fidélité et d'amour maternel; tout soldat, un illustre défenseur de la patrie; tout prêtre, un exemple de vertu et d'humilité; tout enfant, une espérance perdue; tout usurier, un chrétien à la porte de qui un malheureux ne frappa jamais en vain. Toutefois, nulle part les morts ne sont plus heureux qu'à Lima. En effet, non-seulement la pierre tumulaire d'un grand nombre retrace les vertus dont les gratifie le sculpteur, mais nous avons encore le Comercio qui publie pendant trois ou quatre semaines des nécrologies bien senties, écrites avec toute l'ardeur qu'inspirent l'amitié ou le grand désir du rédacteur de faire parade de son style élégant et facile. Personne ne meurt à Lima, sans la consolation d'avoir un nécrologiste , à moins d'appartenir à une condition humble : cependant nous avons vu le portier d'un collège qui a écrit en vers un article nécrologique sur sa malheureuse épouse, dont il avait été séparé, pendant plus de douze ans, pour incompatibilité d'idées et de sentiments.

UN COMUNICADO (I).

Un comunicado est, ou, pour mieux dire, était il y a peu de temps, à Lima, un sujet de crainte et de terreur pour la personne contre laquelle il était dirigé ; mais on a tant abusé et on abuse encore tant de cette arme perfide et offensive, que son tranchant s'est émoussé. Elle frappe aujourd'hui sans faire ni bien ni mal,

( I ) ComunicadOf voir la note de la page précédente,

La menace la plus terrible qu'on pouvait faire au débiteur retardataire , au fonctionnaire public , et en un mot à tous ceux dont on attendait ou réclamait quelque chose, c'était de leur dire : Je vous mettrai dans le Comercio; je vous afficherai dans les feuilles publiques; je vous donnerai un coup de plume dans la presse; je révélerai votre conduite au public, etc. , etc. Au moyen du comunicado on faisait courber la tête à l'homme le plus courageux, parce que, craignant d'un côté pour sa réputation, il se voyart de l'autre dans la nécessité de se défendre, ce qui est toujours une vilaine nécessité. L'ancienne formule du comunicado était : « Messieurs les éditeurs : Veuillez donner place dans les colonnes de votre illustre journal au fait suivant : Monsieur un tel a commis tel ou tel acte ; c'est un drôle, un râleur, etc., etc. »

M. un tel commençait sa réponse par : « Dans le numéro de

cet illustre journal, et sous la. rubrique , M. N. N., qui est un

pas grand'chose, m'adresse mille injures; ceux qui nous connaissent, lui et moi, savent de quel côté se trouve la justice; en attendant, si j'ai pris la peine de répondre, c'est par respect pour le public illustre , et non pour faire plaisir à mon calomniateur, que je méprise profondément, etc. »

Les comunicados, qui pendant un certain temps causèrent bien des tourments et procurèrent plus d'une nuit sans sommeil, passent aujourd'hui inaperçus; ils n'enlèvent ni ne donnent aucune réputation.

Quelques victimes du comunicado ont adopté un système de défense si bref, qu'il a l'avantage d'arrêter la polémique à son début. Elles prient le public (toujours illustre) de suspendre son jugement sur les faits qui leur sont imputés. Des années et des années se passent, et le jugement du public se trouve ainsi usque in œternum, suspendu ou oublié.

Comme le comunicado le plus violent ou le plus mordant peut être adressé à l'imprimerie par toute personne qui se porte garante de sa publication, bien souvent le comunicadista (t) lance la pierre et cache la main; alors, si le blessé l'attaque, il supplie Messieurs les

(1) Auteur du comunicado.

éditeurs de dire si c'est lui qui a lancé le boulet rouge en question, et qui en a répondu. Messieurs les éditeurs, disant la vérité, assurent sur un ton sentencieux que ce n'est pas M. un tel qui l'a lancé et l'a garanti; là-dessus la société doit se donner pour satisfaite de ce que celui qui a émVla chose n'en est pas Hauteur.

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