JOURNAUX
On supposera sans doute que chez un peuple un peu civilisé ou ne saurait manquer d'y trouver cet élément de la vie sociale qui s'appelle journal. Cependant Lima, malgré ses cent mille habitants, ne peut alimenter deux journaux quotidiens. Depuis la création du Comercio, qui compte déjà le chiffre respectable de vingt et un ans d'existence, beaucoup d'autres journaux sont morts presque au berceau. Le Comercio satisfait seul à tous les besoins de Lima : il enregistre le mouvement mercantile de la capitale, insère toutes sortes d'annonces, donne les nouvelles de l'étranger, prête ses colonnes aux écrivains politiques, et par-dessus tout il êmaille ses nouvelles diverses d'une grande variété de faits personnels. C'est le champ de bataille où cueillent leurs premiers lauriers tous les jeunes écrivains d'aujourd'hui ; prose ou vers, ou tout ce qui n'est ni vers ni prose, trouve place dans ce journal. Il forme déjà une collection renfermant l'histoire politique, militaire, littéraire, etc., de presque tout le Pérou, et les mystères de bien des vies privées.
Le mérite que le plus grand nombre de lecteurs trouve dans le Comercio dépend du nombre de comunicados (1). Quand il y en a peu ou qu'ils ne sont pas écrits en style piquant , le Comercio ne présente aucun intérêt.
Les journaux purement scientifiques ou littéraires ne vivent guère longtemps, à cause du petit nombre de lecteurs; mais le pays a un goût décidé pour les écrits satiriques ou mordants, surtout s'ils s'occupent d'affaires politiques et font de l'opposition au gouvernement. D'un autre côté, il est certain que ces fleurs ont des épines, et que, si le journal est bien accueilli, le journaliste s'expose à perdre sa liberté.