II MA
s'exaspérait facilement et que les désertions étaient nombreuses.
En campagne, les r a bonus sont de\éritables nuées de sauterelles pour les localités où elles passent ; car elles veulent à tout prix bien nourrir leur soldat. Pendant la marche, elles chargent sur leurs épaules tous les ustensiles de cuisine , le peu de linge malpropre qu'elles possèdent, et leur enfant, si elles en ont un; de plus elles portent dans les bras un chien dégoûtant pour lequel elles ont autant d'affection, sinon davantage, que pour leur héros.
La rabona s'attache beaucoup plus au drapeau qu'à l'homme ; si ce dernier meurt en combattant, elle arrose sa tombe de bien peu de larmes; mais elle en \erse d'abondantes, si pour une cause quelconque il lui faut abandonner son bataillon.
En échange de tant d'attachement, le soldat peigne sa rabona; il
Soldat peignant sa rabona.
la conduit à la promenade les jours de fête ; il lui offre de \achicha, sans oublier toutefois de lui distribuer une bonne volée de coups.
Qui aime bien, châtie bien. Ce proverbe est un axiome pour les femmes de la montagne; à leurs yeux le degré d'amour qu'un homme professe pour une femme doit s'apprécier par le nombre, la répétition et la force des coups qu'elle reçoit. La rabona a une foi dans ce principe qui est poussée jusqu'au fanatisme. Le soldat et sa compagne adorent la chicha, dont ils boivent bien souvent jusqu'à se griser. Il est tout naturel alors que l'Indien veuille donner à sa compagne des preuves de sa tendre affection.
Les coups de pied, les coups de poing, les coups de pierre, les cheveux tirés et autres caresses de ce genre, mettent l'Indienne clans un piteux état : le sang lui sort par les narines, et les blessures qu'elle a reçues lui font entier le visage et la tète. Mais malheur à celui qui, par un mouvement de compassion, voudrait intervenir
Zambo, soldat de cavalerie.
dans cette scène d'amour! L'Indienne, qui reçoit les coups et qui laisse échapper à peine quelques gémissements, s'irrite contre le médiateur officieux et, pleine de fureur, elle l'apostrophe en lui
disant : « Ça ne te regarde pas. Il a raison de me battre; n'est-ce pas pour cela que je suis sa femme ? »
En général, lurabona appartient à l'infanterie, parce que les corps de cavalerie se composent presque entièrement de nègres et de zambos de la côte, et les femmes de leurs villages n'ont pour l'armée ni l'abnégation, ni la vigueur, ni l'amour des femmes de la montagne.