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ne fut jamais oublié : toujours il se mêla au point de vue négatif et doctrinaire. Dans sa lutte contre Bakounine qui voulait le renversement sans délai et sans lente préparation de la société bourgeoise Marx mit toujours en. tumière la nécessité d'organisation dé la classe ouvrière et l'impossibilité d’une révolution sans un prolétariat organisé, conscient et robuste. C’est ainsi qu'il en arrivait à introduire dans son programme d’action une série de réformes qui devaient élever la puissance physique et intellectuelle du prolétariat et le préparer à la révolution. x
Aux débuts ce fut certainement le côté révolutionnaire qui domina. La réforme quoiqu'importante n’était qu'au second plan. Mais sous la pression des besoins ouvriers, à mesure quele parti s’agrandissait, qu'il entrait en contact avec la réalité complexe, qu'il se heurtait aux difficultés de la pratique il vit de plus en plus l'impossibilité d'une brusque main-mise sur toute l’organisation politique et économique de la société, et le côté réformateur du programme démocrate-socialiste passa au premier plan. Déjà au congrès de Wyden en 1880, quelque temps après le vote des lois d’exceplion l'extrême gauche révolutionnaire se séparait du parti. Most un de ses chefs les plus intelligents et les plus énergiques allait en Amérique propager l’anarchie. Au congrès international de Chur on insistait sur la nécessité des réformes : on proclamait que la communauté avait la charge du complet développement physique et intellectuel des individus et on adoptait un programme de législation du travail qui ne dévait pas disparaître de l’ordre-du jour.
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D'ailleurs la politique sociale de Guillaume I, sa grande réforme des assurances contre la maladie, les accidents, l’invalidité et la vieillesse prouvaient par le fait qu'une réforme salutaire était possible. Les masses ouvrières groupées derrière la démocratie socialiste ne pouvaient à la longue se contenter de formules théoriques et de vastes espérances. Le parti démocrate-socialiste n'affirma plus aussi dogmatiquement l'impossibilité d’une amélioration du sort des classes ouvrières. En 1885 il proposait au Reichstag un plan complet de législation ouvrière qu'il renouvela aux sessions ultérieures.
Sans doute ce programme eût été à ce moment difficilement réalisable. Jl étendait la protection de la loi non seulement aux fabriques mais encore aux ateliers et à l'industrie à domicile, non seulement à l’industrie mais encore au commerce, aux transports, à l’agriculture. De plus les mesures proposées par les socialistes, telles que la journée de 8 heures, parnrent beaucoup trop hardies. Uniquement préoccupés des intérêts ouvriers, les yeux fermés aux intérêts des autres classes de la population et aux nécessités implacables de l’industrie et de la concurrence internationale, leurs propositions furent souvent plus radicales que ne leur permettaient les conditions économiques. De sorte que leur influence ne fut qu'indirecte sur la marche de la législation industrielle. Leurs propositions ne furent pas acceptées, mais ils réprimèrent un élan vigoureux à la politique de réformes.
Tous ces courants d’idées devaient naturellement se traduire au Reichstag. À peine en effet la loi de 1878 fut elle votée que des propositions nouvelles furent déposées
de divers côtés. Elles visaient surtout, au point de vue qui nous occupe de la limitation légale de la durée du travail, trois ordres de questions : 4° la limitation du travail des femmes, 2° le repos du dimanche, 3° la limitation du travail des adultes.
$ 2. — Nouveaux problèmes
A. — Le travail des enfants avait été réglementé par Ja législation antérieure et les réformes proposées n’étaient qu’un perfectionnement des dispositions en vigueur. Le travail des femmes au contraire n'avait pas été l’objet de mesures sérieuses ; tous les partis étaient maintenant d'accord pour le protéger. Nous avons vu que le nombre des ouvrières de fabriques s’étaient considérablement accru. Les divers partis virent dans cette €industrialisation » de l'ouvrière une possibilité de dangers sérieux pour la famille et pour la race. Mais les points de vue étaient bien différents. Tandis que les « socialistes de la chaire » plus absorbés par les nécessités du moment n'avaient en vue qu’une limitation légale de la journée de travail, cette protection n'était pour les catholiques qu’un premier pas vers une solution bien plus radicale : linterdiction du travail des femmes dans les fabriques. C'était pour eux une condition de vie de famille plus parfaite, un élément de conservation sociale. Acceptant les bases de la vie économique moderne, tablant avec les difficultés de l’industrie et de la
‘concurrence ils’ limitèrent leur prétention à l'exclusion ‘des fabriques des femmes mariées et même pour celles- ‘ei n'était-ce qu’un idéal dont la réalisation était une question d’avenir. Pour le moment ils se rencontraient avec les « socialistes de la chaire » sur un programme de protection. |
C'est sur ce même terrain pratique que se plaça aussi la démocratie socialiste. A ses yeux le travail féminin, loin de constituer un mal redoutable pour les sociétés, était au contraire un instrument d’affranchissement. Par sa libération du foyer domestique, par la vie- de fabrique et le travail indépendant la femme devait: conquérir son indépendance économique et morale. Les rigueurs du travail-industriel devaient être la rançon de sa liberté. Aussi, la démocratie socialiste n’avait-elle pas inscrit sur son programme l'interdiction du travail féminin, mais seulement sa limitation par la loi. Ses propositions ne différaient de celles des autres partis que par l'étendue de la protection qu'elles demandaient.
B. — Le grand nombre de voix qu'avait obtenu en 1878 au Reichstag la proposition d'interdiction du travail du dimanche prouve assez quel intérêt s’attachait à cette mesure. Le Reichstag s'était contenté cependant de re-. produire les dispositions de la vieille ordonnance prussienne du 9 février 1849 qui enlevait toute valeur juridique à l'obligation de travailler le dimanche.
Le travail du dimanche et des jours fériés n’était certes pas général. Sous la pression des autorités ecclésiastiques quelques prohibitions avaient:été faites dans. les divers États. Mais inspirés le plus souvent par des motifs d’or-
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dre religieux, ils n’iaterdisaient le travail que pendant les offices où pendant une partie de la journée. Beaucoup n'interdisaient que les travaux bruyants qui pouvaient troubler le service divin. De 1870 à 1890, une série d’ordonnances avaient interdit le travail du dimanche dans les provinces de Saxe, de Silésie, de Wesphalie, de Posen. Mais des exceptions très nombreuses pouvaient être accordées par les autorités; elles n’étaient pas même déterminées par les ordonnances, de sorte que l'observation du repos du dimanche dépendait de l'arbitraire administratif, ordinairement de la police locale. Seuls le royaume de. Saxe, par sa loi du 10 septembre 1870, et le gouvernement de Düsseldorf, par son ordonnance du 24 juin 1884, avaient introduit des mesures plus rigoureuses et déterminé les exceptions. L'ordonnance de Düsseldorf marquait notamment un progrès considérable et servit de type à la législation de l'Empire.
Une enquête fut demandée par le Reichstag en 1885. Elle fut faite par les soins du gouvernement. 39.261 patrons et 30.651 ouvriers furent consultés au moyen de questionnaires qu'on envoya dans les différentes régions de l'Empire. On consulta en outre des chambres de commerce, des syndicats ouvriers, des caisses de maladie, des corporations, etc. Des dépositions orales furent faites par des patrons et des ouvriers.
L'enquête s'étendait à 30 districts ; elle s’occupait de 500.156 entreprises et de 1.582.591 ouvriers (1).