LIMOGES JUSQU'AU XIII* SIÈCLE
Nous nous sommes proposé de faire ressortir l'importance historique des anciens plans de Limoges et l'authenticité de leurs indications.
Si les anciens plans ne présentent pas la clarté et l'exactitude mathématique des plans modernes, ils nous donnent, en revanche, la physionomie réelle d'une ville ; ils tiennent davantage de l'estampe : ce sont des vues cavalières plutôt que des plans, et c'est ce qui ajoute à leur intérêt. Il est seulement regrettable que Limoges, moins favorisé que d'autres villes, ne possède pas de plan plus ancien que celui de 1594, qui lui-même ne nous donne que le Château, c'est-à-dire le tiers de la superficie totale de la ville.
Avant d'entreprendre l'examen comparatif de chacun des
plans, ou nous permettra de dire un mot sur les origines de Limoges.
A l'époque gauloise, la ville de Limoges, si florissante aujourd'hui, n'était qu'une cbétive bourgade ou oppidum placée sur une éminence qui commandait le cours de la Vienne, en face du gué (1) auquel elle devait son premier nom : Rita (aujourd'hui la Roche-au-Gô). Fortifiée d'abord par la nature, peutêtre entourée, à la façon gauloise, de poutres et de pierres cyclopéeunes superposées, c'est dans cette enceinte qu'au premier cri de guerre la tribu des Lémovikes, désertant ses cabanes, courait se renfermer avec ses troupeaux, ses meubles et ses trésors (2).
Après la conquête romaine, Limoges, entraînée par l'exemple des autres villes, se consacra doublement à César, en prenant le nom dC Aiigustoritiim (par contraction Ausritum). Fécondée par la civilisation intellectuelle et matérielle de l'Italie, la ville prit une certaine importance. Assise sur les deux rives de la Vienne, un peu en amont de son ancienne position, mise en communication par un pont en pierre qui prit plus tard le nom de Saint-Martial, elle présentait un développement de constructions en amphithéâtre qui ne rappelaient plus les cabanes rondes, construites de poteaux et de claies, couvertes de paille hachée pétrie dans l'argile, des premiers Lémovikes. Des jardins, étages en terrasse et soutenus par des murs en petit appareil, dont on retrouve encore de nombreux vestiges, prêtaient leur ombrage discret aux voluptueux patriciens. La cité gallo-romaine, dont l'heureuse position avait frappé les conquérants, était devenue le centre des grandes voies qui se dirigeaient de Lyon sur Bordeaux, de Saintes à Clermont-Ferrand, à Bourges et à Poitiers. Des temples, des palais, des théâtres, des bains, des aqueducs, un amphithéâtre,
(1) Gué, du celtique rith {Dictionnaire celtique, par Ogé). Plus tard on désigna le gué par le mot patois go, ga ou gua.
(2) D'autres bourgades couvraient le territoire, et c'est surtout dans les endroits élevés, à pente rapide et escarpée, au confluent des cours d'eau, qu'on en retrouverait plus aisément la trace. Condat, du celtique ken-daish (confluent); Saint-Priest-Taurion, de thov (lieu de défense, oppidum), furent fondés par les Lémovikes. L'inscription de Rançon établit qu'un clan du nom d'Anâ mulcnscs (littéralement : hommes d'un courage redoutable) occupa ce territoire avant la conquête romaine.
récompensèrent sa fidélité à la foi jurée, son respect pour là hache des licteurs.
D'après le peu de documents que nous possédons sur cette période de l'histoire de notre ville, mais surtout d'après les découvertes que les terrassements ont amenées et les différences de niveau assez sensibles que l'on observe sur plusieurs points (1), il est permis de supposer que l'enceinte de la ville galloromaine, si elle en avait une, était semi-circulaire. La corde de l'arc longeait le bord de la Vienne, depuis la Roche-au-Gô jusqu'aux Vimières, et l'espace renfermé englobait le clos Orphéroux, le clos Mascoussy et la Croix- Verte, c'est-à-dire tout le flanc du coteau qui regarde la Vienne en prenant l'emplacement de l'Hôtel-de-Ville comme point extrême. La ville s'étendait bien au-delà de ces limites, car on a trouvé une foule de vestiges romains en remontant vers l'amphithéâtre (place d'Orsay actuelle), et jusque vers le temple placé au point culminant et dédié à Jupiter, suivant l'usage. C'est le mons Jovis dont on fit plus tard le mons Gaudii après le miracle des Ardents (994) (2). Le cimetière de la ville gallo-romaine couvrait l'emplacement que l'abbaye de Saint-Martial occupa plus tard (place Royale actuelle).
En remontant le cours de la Vienne, on rencontrait le Naveix [navigiam), qui était l'un des principaux faubourgs de la ville gallo-romaine, et près duquel allait s'élever plus tard la Cité du moyen âge. Ce faubourg, ou suburbïum, devait être traversé par une voie romaine, comme semble l'indiquer la borne milliaire de la rue de la Règle, et le monument funéraire romain placé derrière l'abside de la cathédrale, que nous voyons aujourd'hui.
Après les ravag'es causés par les invasions des Barbares, vers le ive siècle, les habitants de la cité gallo-romaine, ne voyant que des ruines autour d'eux et sentant le besoin d'une protection plus en harmonie avec les besoins de l'époque, se groupèrent autour de la basilique de Saint-Etienne, construite sur l'emplacement d'un ancien temple. Ce fut le premier noyau de la Cité
(1) Nous faisons ressortir plus loin, au sujet de l'enceinte du Château du x9 siècle, l'importance que l'on doit attacher à ces différences de niveau.
(2) Voy. le Bull, -de la Société archéologique du Limousin, T. III, p. 105, et
[civitas) placée sous l'autorité du personnage le plus important du municipe, l'évêque, qui prenait alors le beau nom de « défenseur de la cité » [defensor civitatis) (1).
Les habitants de cette deuxième agglomération se fortifièrent; mais on ignore quelles furent les limites de la première enceinte de la Cité, qui se borna peut-être aux habitations groupées autour de la basilique de Saint-Etienne, comme plus tard l'enceinte du château de Saint-Martial (castnim S. Martialis) ne comprit d'abord que les quelques habitations qui entouraient le monastère de Saint-Martial.
La ville gallo-romaine resta privée de murailles, mais elle fut toujours le centre d'une agglomération considérable. Les Chroniques de Saint-Martial la désignent fréquemment sous le nom de : Ville du Pont- Saint-Martial.
Les Annales manuscrites (2), qui, sur bien des points, sont la traduction des différentes Chroniques de Saint-Martial, le P. Bonaventure et les manuscrits de l'abbé Legros, nous disent que vers le vie siècle l'enceinte de la Cité comprenait « despuis la » rivière de Vienne, où [est] le pont Saint-Estienne et le Naveix, » tirant de la Porte-Panet et de là à Saint-Maurice, puis traversant » entre le faubourg Boucherie et la porte qu'on entroit venant » du faubourg Manigne, et tout le longt des murs jusques à la » porte qui est jougnant l'abbaye de la Règle [la porte du » Chêne], laquelle abbaye était fermée de murs jusques à la
(1) « Au ivc siècle, les inquiétudes et les désastres devinrent tels que chaque ville songea à se créer une défense, dont jusque-là le besoin ne s'était pas fait sentir d'une manière aussi impérieuse. La population de chaque ville renversa ses plus beaux monuments pour bâtir des murs d'enceinte. Les tombeaux mêmes furent arrachés de leur base, pour être employés, avec les matériaux provenant des temples, des bains, des prétoires, à construire des murs
de défense, devenus le premier besoin, la première condition d'existence
Il fallut alors condenser les villes, il fallut restreindre le périmètre de l'enceinte à la partie la plus facile à défendre, à une étendue qui pût, avec les matériaux que l'on possédait, être promptement entourée de murailles. On pourrait citer diverses enceintes murales renfermant seulement neuf à dix hectares, tandis que les villes qui les ont construites en occupaient deux cents dans les temps de tranquillité ». De Caumont, Abécédaire d'Archéologie, Ère gallo-romaine, p. 617 et suiv.
(2) Annales manuscrites de Limoges, dites Manuscrit de 1638, éditées par MM. E. Rubcn, F. Achard et P. Ducourtieux, p. 71. — P. Bonaventlrf: de Saint- Amahi.e, Histoire de S. Martial, t. III. p. 124 et 196.
» rivière ». Nous pensons que les Annales se contredisent ellesmêmes (p. 114 et 122) sur la date de l'agrandissement du périmètre de la Cité. C'est plutôt au xe siècle, après les invasions des Normands, qu'il faut faire remonter .cette deuxième enceinte de la Cité, qui coïncide avec la construction de l'enceinte du Château de Saint-Martial. Le pont Saint-Etienne fut reconstruit au xme siècle, en même temps que le pont Saint-Martial, qui avait été détruit par Henri II Plantagenet : l'architecture de ces deux ponts, qui subsistent encore aujourd'hui, est bien du xme siècle.
Les édifices renfermés dans cette enceinte étaient : la basilique de Saint-Etienne, la maison épiscopale, l'abbaye de la Règle, dont une partie des clôtures était commune avec celles de la Cité, les petites égiises de Saint-Domnolet, Saint-André, Sainte- Affre, Saint-Jean, Saint-Genès, Saint-Maurice et la chapelle de Notre-Dame du Puy-en-Velay.
Plusieurs passag'es des Chroniques de Saint-Martial (1) viennent appuyer le dire des Annales. Aussi n'est-ce point sur les limites de l'enceinte et sur les édifices qu'elle comprenait que les écrivains limousins sont en désaccord : c'est sur le nombre des portes de la Cité, leur position et leur nom.
M. Maurice Ardant, dans le travail qu'il présenta au Congrès scientifique, en 1858 (2), crut qu'il était facile de contenter tout le monde en assignant une place à tous les noms de porte qui lui étaient passés sous les yeux. Sans s'in'quiéter si la même porte n'avait pas porté plusieurs noms, sans se demander si l'état des lieux permettait d'ouvrir une porte aux endroits qu'il indique, il ajouta aux cinq portes mentionnées par le plan de Jouvin de Rochefort, en 1680, et qui sont les portes Panet, Saint-Maurice, Scutari, Traboreu et du Chêne, quatre portes de plus (les portes Fermée, las Vig,eiras, Escuronne et las Cossas) ; ce qui faisait un total de neuf portes, séparées par des intervalles d'une centaine de mètres. C'était vraiment abuser des portes.
Nous pensons que, avant de se prononcer sur cette question, il fallait prendre la Cité à une époque déterminée, étudier le système de défense de cette époque, et recueillir les quelques ren-
(1) Chroniques de Saint-Martial, publiées d'après les manuscrits originaux, pour la Société d'histoire de France, par H. Duplès-Agier.
(2) Congrès scientifique de France, 26e session, t. II, p. 273 et suiv.
seignements que nous ont laissés les chroniqueurs contemporains ou plus anciens.
C'est ce que nous avons essayé de faire en observant la Cité à la fin du xiii0 siècle, époque où elle était le plus prospère, avant que le roi n'eût enlevé le droit de justice à ses consuls (1) pour le partager avec l'évêque.
M. de Caumont (2) nous dit qu'au xive siècle les enceintes urbaines étaient très élevées et couronnées de créneaux. Les fossés étaient profonds et souvent remplis d'eau. A l'intérieur de la muraille régnait un chemin de ronde, qui permettait de porter secours aux divers points du rempart. Les tours, élevées et assez nombreuses, affectaient tantôt la forme ronde, tantôt la forme carrée, souvent aussi la forme semi-circulaire à l'extérieur et carrée à l'intérieur, de manière à présenter peu de saillie sur le rempart. Les portes s'ouvraient entre deux tours, ou bien elles étaient pratiquées dans des tours carrées et faisaient saillie sur le mur. Au-dessus de ces portes se trouvait la chambre du guet, où l'on faisait manœuvrer le pont-levis. Quand la rivière passait en dehors des murs et qu'on avait pu l'utiliser pour la défense, les ponts avaient à leur extrémité des tours ou deux forteresses, l'une pour défendre l'entrée du pont, l'autre pour arrêter la troupe qui aurait pu le franchir.
Le pont Saint-Etienne devait être forcément rattaché à l'enceinte de la Cité, depuis le xe siècle.
Au moyen âge, la 'première arche du pont Saint-Etienne n'était pas à sec, comme aujourd'hui. Il existait en amont du pont une digue ou écluse, qui traversait la Vienne en diagonale depuis l'extrémité du ramier actuel, jusqu'à la première arche du côté de la Cité (3). Cette écluse alimentait les moulins situés sous les murs de la Cité, qui appartenaient aux chanoines de Saint-Etienne en vertu de la donation qui leur en avait été faite par le vicomte Adémar, en 1028 (4).
La muraille montait derrière les maisons qui bordent la rue du
(1) Ordonnances des rois de la troisième race, T. VII, p. 205.
(2) De Caumont, Abécédaire d'Archéologie, Architecture civile et militaire.
(3) Plan des ponts Saint-Etienne et Saint-Martial en deux touilles, aux Archives départementales.
(4) Bulletin de la Société Archéologique, T. VIII, p. 42.
Pont, jusqu'à l'endroit où cette rue tourne à angle droit. Là, elle rencontrait la tour Aleresia, placée à peu près à égale distance de la tête du pont et de la porte Panet, qu'elle était appelée à protéger.
D'après les Annales manuscrites, c'est de cette tour qu'aurait été lancée la pierre qui blessa mortellement Henri le Jeune, en 1182 (1). C'est la même tour qu'aurait fait miner le prince de Galles en 1370, et c'est sur ses ruines que les Anglais seraient entrés dans la Cité (2).
C'est à tort, pensons-nous, que l'on a pris cette tour pour une porte. Les récits des deux faits historiques cités plus haut ne laissent aucun doute à ce sujet. Du reste, une porte aussi rapprochée de la porte Panet et du pont n'aurait pas eu sa raison d'être. La direction des voies qui conduisaient les habitants du Naveix vers la Cité nous le prouve. Le plan des villages de Fougeras, les Audoynes, du xvie siècle, et le plan de Jouvin de Rochefort, nous montrent que ces voies se dirigeaient toutes vers la rivière ou la porte Panet, et non vers un point intermédiaire.
La Chronique de Froissart (3) est muette sur la partie de la muraille qui fut minée et par laquelle entrèrent les Anglais; mais le nom de rue de la Mine (4), conservé encore au siècle
(1) « Estant à Lymoges, fist assaillir la Cité en divers endroits; mais ceux de » dedans se prindrent à tirer des pierres sur lui et ses gens, [tellement] que » plusieurs y furent tués et blessés, mesme lui [Henri le Jeune], assailliant une » tour, nommée Aleresias, assize près le Naveix ». {Annales manuscrites, p. 167.)
(2) « Le prince [de Galles] ayant veu la situation de la place de la Cité, par » l'advis de son conseil, fist venir ses hurons, gens bien expers pour miner, » lesquellz mist en besogne du côsté du Naveix, à l'endroit d'une tour appelée » de La Resia, où la muraille estoit bastie sur le tus [tuf] et non sur le roc. » Ce faict, les hurons et pionniers ayant miné et appuyé le mur sur des pilotis » de bois ensouffrés, ils firent tant par leur labeur qu'ils vindrent à bout du » dessaingt de leur ouvrage, laquelle contenait cent coudées de murailles, sans » comprendre ladite tour de YArresia ». (Ibidem, p. 272.)
(3) Au sujet de cette Chronique, l'édition qu'en a donnée Mme de Witt, née Guizot (Paris, Hachette, 1880, p. 367), contient une gravure extraite d'un manuscrit du xive siècle, appartenant à la Bibliothèque nationale. Cette gravure, qui représente l'entrée des Anglais dans la Cité, est aussi fantaisiste que le récit de Froissart est exagéré.
(4) Archives départementales, fonds des Carmes déchaussés. — La rue de la Mine, aujourd'hui fermée par un portail, se trouve à main droite en montant la rue du Pont-Saint-Etienne, à l'endroit où cette dernière fait un coude très brusque pour rejoindre la rue des Petits-Carmes.
dernier à une petite rue, vient confirmer le texte des Annales manuscrites, et fixer l'endroit précis où la tour s'élevait.
La porte Panel était quelquefois désignée « de Saint-André de Panet » à cause de sa position près de la petite église dédiée à saint André, qui était honoré près des portes de plusieurs autres villes (1), ou encore porte du Naveix. Elle mettait en communication avec la Cité les habitants du Naveix, de Saint- Augustin, des paroisses de Saint-Christophe et Saint- Julien. C'est la seule porte que le croquis de la Cité, à gauche du plan des villages de Fougeras, les Audoynes, nous donne. Elle paraît s'ouvrir entre deux tours semi-circulaires. En 1370, les Anglais, entrant par la brèche de la 'tour Aleresia placée au-dessous de cette porte, coururent l'ouvrir au reste de l'armée du prince de Galles.
La porte Saint-Maurice, située au sommet du plateau, devait son nom à la petite église paroissiale près de laquelle elle s'appuyait. Les habitants de la paroisse Saint-Paul-Saint-Laurent et du faubourg Saint-Martin entraient par cette porte.
La porte Scudari ou Scutari était située à l'entrée de la rue Haute-Cité actuelle. Elle devait son nom au quartier des monnayeurs, adscutarios, près duquel elle s'ouvrait. Sa proximité de l'enceinte du Château en avait fait la principale porte. C'est devant elle qu'eut lieu l'acte de soumission de la Cité au roi de France, entre les mains du duc de Berry, le 24 août 1370 (2).
La porte Traboreu, située à peu près dans l'axe du clocher de Saint-Etienne, servait d'accès dans la Cité aux habitants groupés autour de Saint-Michel-de-Pistorie et de Saint-Gérald et au populeux faubourg Manigne.
A partir de ce point, la muraille traversait les jardins de l'évêché actuel, pour aboutir à la porte du Chêne [do Rouvei), située au bout de la rue de la Règle, près de l'entrée de cette abbaye. Cette porte était protégée par deux grosses tours placées tout auprès, à la hauteur de l'ancienne maison épiscopale. Un ancien chemin, que la construction du quai actuel a fait disparaître, amenait à la Cité, par cette porte, les habitants du Pont-Saint- Martial. De ce point, la muraille, qui était commune avec celle de l'abbaye, descendait directement à la Vienne, où elle tournait
(1) Congrès scientifique de France, 26e session, T. I. p. "2t>l.
(2) Cet acte est reproduit dans VAlmanach Limousin d«* 1869, p. *J.
à angle droit, pour rejoindre la tête du pont Saint-Etienne en longeant le bord de l'eau.
Lorsqu'on entrait dans la Cité par le pont Saint-Etienne, on trouvait à gauche la rue de l'Abbessaille actuelle, et en face de soi la rue si rapide qui formait comme la prolongation du pont. Par sa position, cette rue devait être la plus animée et la plus commerçante par conséquent. Elle tournait brusquement, après une cinquantaine de mètres, pour aboutir à l'église Saint- André. Presque en face de cette église, débouchait la petite rue qui conduisait à Saint- Domnolet et au quartier le plus pauvre de la Cité, que dominaient les hautes murailles de l'abbaye de la Règle.
En face de la porte Panet se trouvait la rue du Canal, qui montait vers la basilique de Saint-Etienne et l'église Saint-Jean ; elle devait son nom au ruisseau qui s'échappait de la fontaine de la Cave, placée à sa partie supérieure. En face de celle-ci, s'établit après 1307 le Pariage, tribunal du roi et de l'évêque, situé derrière le chevet de la cathédrale, à l'angle de la rue qui conduisait à l'entrée de la Règle et à la porte du Chêne. Les maisons canoniales bordaient cette rue. Les armes du chapitre se voient encore aujourd'hui sur l'une d'elles. Derrière ces maisons se trouvait la tour de Maulmont, construite par Gérard de Maulmont en 1272 (1), et achetée à ses héritiers par l'évêque Raynaud de La Porte, en 1307. C'est dans cette tour que se seraient réfugiés les trois chevaliers défenseurs de la Cité, lors du siège de 1370.
Ce n'est pas la seule tour que l'on observait dans la Cité à cette époque, car M. Leymarie cite les tours Estoumiau, près le cimetière Saint-Domnolet, Saint-Martin et Amblard, qui appartenaient à des bourgeois (2).
En entrant par la porte Saint-Maurice, on trouvait, d'un côté, l'église Saint-Maurice et, de l'autre, l'hôpital Saint-Maurice, fondé par Jean Roche en 1318, derrière lequel se trouvaient les prisons de la Cité. La rue tournait à droite, entre les ruines de l'église Saint- Genès et la petite chapelle de Notre-Dame du Puy,
(1) «... Et fist bastir dans la Citté de Lymoges, près le Pallais de l'évêque, » une forte tour carrée, qui depuis fust apellée tour de Maumont ». {Annales manuscrites, p. 216, 224 et 273.)
(2) Leymarie, Histoire du Limousin, la Bourgeoisie, T. I, p. 322. Il renvoie au terrier du fonds de Saint-Martin et aux répertoires de titres : 0 Domina et Ac singularem, aux Archives départementales, série G, fonds de l'évêché.
pour aboutir à la place des Bancs- Charniers de la Cité (rue Haute-Cité actuelle). A gauche, elle contournait le verger des prêtres de Saint-Maurice, pour aller rejoindre le chemin de ronde au bout duquel était construit le prieuré-cure de Sainte-Affre.
A la porte Scudari ou Scutari se soudait une rue qui, après une trentaine de mètres, se dirigeait, à gauche, vers la place des Bancs-Charniers, et à droite, vers la basilique de Saint-Etienne et la porte Traboreu (aujourd'hui rue de la Vieille-Poste).
D'après le plan du Château de 1594, les vergers occupaient les deux-tiers de sa superficie. Il est donc permis de supposer que, a même dans une ville fermée et aussi étroitement contenue que » le fut la Cité », l'espace occupé par les vergers était considérable. Le plan de Fayen vient confirmer pour nous l'existence dans la Cité du xive siècle, comme aujourd'hui, de deux vastes emplacements inhabités (1). D'un côté se trouvait les dépendances de l'évêque, et de l'autre, l'espace compris entre les églises Saint-Genès, Saint-Maurice, Sainte-Affre et Saint-Jean. Trois de ces églises avaient leur cimetière sur cet emplacement, et les prêtres de Saint-Maurice y possédaient un verger. Le chapitre possédait aussi un jardin assez grand derrière l'église Saint- Genès. L'absence de rue sur ces deux points est une preuve de plus que les habitations, s'il y en avait, devaient être bien clairsemées.
Les historiens limousins n'ont pas assez tenu compte de la position particulière de ce dernier emplacement, enclavé entre quatre églises, et, d'autre part, ils ont oublié qu'il fut le théâtre des combats désastreux de 1105 et 1182. C'est ce qui leur a fait attribuer au prince de Galles la ruine d'un quartier qui n'a probablement jamais existé sur cet emplacement (2).
Une troisième agglomération commença à se former vers le vie siècle autour du tombeau de saint Martial : c'est le Château ou ville proprement dite, qui par son importance devait plus tard absorber la Cité et la ville du Pont-Saint-Martial.
Le corps de saint Martial reposait dans le cimetière de la ville gallo-romaine, sur l'emplacement du théâtre actuel. On avait construit sur son tombeau une petite église appelée Saint-Pierre-
(1) Bulletin de la Société' Archéologique, T. XXV, p. 309.
(2) Id., Ibid., p, 319 et suiv.
du-Sépulcre, et on avait institué des gardiens de ce tombeau. Ces gardiens se transformèrent en chapitre, et ce chapitre en abbaye au milieu du ixe siècle (848).
Le nombre considérable des pèlerins qui venaient s'agenouiller devant le tombeau de saint Martial ne tarda pas à grouper autour du monastère de nombreuses habitations, dont les abbés se dirent les seigneurs, en vertu de la donation du Château de Limoges (castrum Lemovicense) (1) faite à Saint-Martial par Louis le Débonnaire. Il paraît donc bien naturel que, lorsque les villes eurent un blason, le Château de Limoges ait mis dans le sien le buste de celui auquel il devait sa naissance.
Le Château ne comprenait autre chose à l'origine que le monastère de Saint-Martial et les habitations groupées autour de lui dont nous venons de parler. C'était le Castellum Sancti Martialis, comme le désignent presque toujours les Chroniques de Saint-Martial.
Mais les moines de Saint-Martial, qui avaient été obligés de transporter le corps de leur saint à Solignac, puis à Turenne, pour échapper aux dévastations des Normands, en 848 et 895, ne voulaient plus s'exposer à une ruine complète. Les abbés, usant donc de leurs droits seigneuriaux, poussèrent ceux qui habitaient autour de l'abbaye à se fortifier. Il ne faut pas croire que cette première enceinte consistât dans de hautes et puissantes murailles, flanquées de nombreuses tours.
« Du xe au xie siècle, nous dit M. Yiollet-le-Duc (2), les éta- » blissements militaires devaient ressembler à des camps fortifiés, » entourés de palissades, de fossés et de quelques talus de terre. » Le bois jouait un grand rôle dans les fortifications du moyen » âge. Le sol de la ville était plus élevé que celui du dehors et » presque au niveau du chemin de ronde ». D'après M. de Caumont (3), beaucoup de villes de cette époque étaient entourées d'un rempart de terre sans maçonnerie, qui devait être surmonté de palissades en bois, et dont l'approche était défendue par un fossé plus ou moins profond.
(1) Chroniques de Saint-Martial, publiées, pour la Société d'histoire de France, par M. Duplès-Agier. — Paris, imp. Nation., 1874.
(2) Viollet-le-Duc, Dictionnaire d'architecture : Architecture militaire, T. Ier.
(3) De Caumont, Abécédaire d'Archéologie : Architecture militaire, p. 392 et suiv.
Les indications de ces deux savants archéologues sont confirmées par les Chroniques de Saint-Martial :
Dans la chronique d'Adémar de Chabannes, du xi° siècle, nous lisons : « Avant 936, l'abbé Etienne, qui avait fait placer sur l'autel de la basilique de Saint-Sauveur un tabernacle d'or, de pierreries et d'argent, appelé mimera, fit construire deux portes dans le Château de Saint-Martial, la porte Org-olet, du côté du quartier des inonnayeurs, et la porte Fustinie, du côté des Arènes. Il voulut même donner son nom au Château de Saint-Martial, et l'appeler Stephanopolis ou ville d'Etienne (1).
Un peu plus loin, dans la Chronique de Bernard Itier, du xiii° siècle, nous trouvons :
« En 902, mourut Fulbert, auquel succéda Etienne, pendant » dix-sept ans, et il fit la palissade frnorenam), et la tour de la » Courtine, et la maison aus eschausiers » (2).
C'est probablement parce que l'abbé Etienne paraît terminer les fortifications sur certains points, que l'auteur des Annales manuscrites lui attribue la construction de l'enceinte entière.
On nous objectera que c'est à tort que nous traduisons morenam par palissade, sachant que l'abbé Etienne a fait placer sur l'autel de Saint-Sauveur le tabernacle , mimera désigné par le mot morena dans un autre passage où Bernard Itier donne la nomenclature des moines qui ont fait des dons au monastère de
(1) Chroniques de Saint-Martial, publiées d'après les manuscrits originaux pour la Société d'histoire de France, par M. Duplès-Agier, p. 3 : « Septimus abbas Stephanus prefuit annis xvn : obiit xvm kalendas decembris. Hic composuit super altare Salvatoris ecclesiam ex auro et gemmis et argento, quam vocavit Muneram. Hicturres in castello Marcialisduasfecit, unam contra
Scutarios, nomine Orgoletum, alteram contra Arenas, nomine Fustiniam ,
et ex nomine suo ipsum castellum rominavit Stenopolim. (A), quasi Stephani civitatem. »
(a) « In catalogo Gallico eorumdem S. Martialis abbatum emendatius dicitur Stephanopolis, et portas dicuntur, non turres. » (Note de Labbe.)
(2) Chroniques de Saint- Martial, p. 40 : « Anno gracie d. ccec. ij, obiit Ful- » bertus, cui successit Stephanus, annos xvij, et fecit morenam et turrem de
» cortina et domum aus eschausiers ». Il résulte de la transaction passée
entre le vicomte Gui VI et l'abbé de Saint-Martial (29 août 1245). que la maison aus eschausiers, plus tard YEchauserie, était située entre la maison de Pierre Paba, jusqu'à celle d'Aymeri Galan, chevalier, dans la rue de Beauvoir. (Arch. de Pau, F. de la vicomte de Limoges, reproduit par Mahvaud, Histoire des vicomtes et de la vicomte de Limoges, T I, p. 304.)
Saint-Martial (1) ; qu'il s'agit d'une seule et même chose, le tabernacle.
D'abord, l'abbé Etienne pouvait très bien faire construire en même temps le tabernacle et la palissade. C'est ainsi que Du Cange Ta compris, et nous pensons qu'il a raison pour les motifs suivants (2) :
Dans les deux passages cités, il e3t à remarquer que muneram appartient au xie siècle et morenam au xnie siècle. Ces deux mots sont les mêmes pour le sens comme pour Fétymologie. Du Cange définit mimera (féminin) : Cïborium quoaltare tegebatur. C'est le tabernacle avec ses différentes formes, et le verbe munerare, formé de munera, est défini par lui : Munire, instruere. Avec le verbe munerare, nous retrouvons le sens de munera, pluriel neutre de munus : bâtiment, construction, édifice, temple (du Theil). Munera, pluriel neutre, est devenu, dans la basse-latinité, munera, féminin se déclinant sur rosa, puisque le latin vulgaire confondait le plus souvent la terminaison a du pluriel neutre avec celle des noms féminins [granam, grain ; pecoram et pecoras).
Passons à morena. D'après la définition de Du Cange, morena signifie : Contexlus et séries palorum vel materiatura, une palissade ou toute autre construction qu'indique materiatura; le sens de marena et de morena est donc le même, et ces deux mots doivent être rapprochés du pluriel neutre de munus, munera. Reste à établir la transformation de muneram en morenam : ù accentué de muneram s'est renforcé en o, comme dans
(1) Chron. de Saint-Martial, p. 287 : « Stephanus abbas fecit la Morena ».
(2) Du Cange, Glossarium mediœ et infimœ latinitatis, T. IV. (Paris, Didot, 1845) :
MORENA, Contextus ni fallor, et séries palorum vel materiatura, Gall. Charpente,
Vide Morrenum. Vêtus Chron. S. Martialis Lemovic. ms. : Anno 902 obiit Fulbertus (abbas S. Martialis) et successit Stephanus anno xvn et fecit Morenam et turrem de cortine. Vide mox Morenare. Chroniques de Saint- Martial, Chronicon B. Iterii, p. 40.)
MUNERA, [Ciborium, quo altare tegebatur. Vide in hac voce.] Ademarus Cabanensis, in AbbatibusS. Martialis Lemovic., de Abbate Stephano : Hic composuit super altare Salvatoris Ecclesiam ex auro et argento, quam vocant Muneram. Chroniques de Saint-Martial, Commemoratio Abbatum, p. 3.
MUNERARE, Munire, instruere.
MORENARE, Palos ligno transverso munire, ligare. (Charta ann. 1347, T. I.)
iindam, onde; Murocinctnm , Morsan (Eure) (voy. Bailly, Phonétique). En même temps le fait régulier de la métathèse s'est produit pour la liquide r, qui a passé avant la voyelle qu'elle suivait, comme dans pro, devenu pour; Derventum, Drevant (Cher), et nous retrouvons ainsi dans morenam la transformation de muneram avant de devenir dans la langue romane la morena, la palissade de la courtine : « Steplianus abbas fecit la morena ».
Le mot français sorti de morena sera morne, nom donné aux montagnes des Antilles qui s'avancent dans la mer et servent à la côte de véritable défense, comme dans le travail de la courtine.
Mais ce qui vient renforcer notre opinion, que le mot morena a désigné à la fois la palissade de la courtine comme le tabernacle, c'est la forme de ces tabernacles à l'époque même de celui qui est en question. Le Dictionnaire du Mobilier (1) nous apprend en effet que les tabernacles du vie au xe siècles avaient la forme de tours ou de dais encourtinés, et il cite plusieurs exemples. On ne s'étonnera donc plus que le mot morena, pris dans le sens de courtine, ait désigné tout à la fois la courtine de pieux et le tabernacle, qui en était l'image, la reproduction. L'abbé Etienne aura probablement donné un tabernacle rappelant par sa forme la courtine qu'il venait de faire construire.
Avant 986, le roi Lothaire, étant à Limoges, ordonna à l'abbé Gui de faire construire les murs du Château (2).
Avant 1040, l'abbé Odolric racheta deux églises aliénées, et fit rebâtir les murs et le château. C'est la traduction que donne la chronique de Geoffroy de Vigeois des mots : Redemit duos ecclesias, muros et castellum. L'abbé Nadaud explique qu'il racheta la propriété du Château de Limoges, que le vicomte Gui avait vendu à son frère, l'évêque Gérald (3).
Avant 1045, l'abbé Auterius fait réparer Yagger, ou chaussée défensive qui entourait le château de Saint-Martial (4).
Avant 1048, l'abbé Pierre aurait fait construire la porte Mont-
(1) Viollet-le-Duc, Dictionnaire du Mobilier, T. I, p. 244.
(2) Chroniques de Saint- Martial, p. 5 : « IIujus decimo anno, rex Lotharius » Lemovicas venit, precepitque abbati ut edificaret muros castri ».
(3) Roy de Pierrefitte, Monastères du Limousin, Saint-Martial, p. 28.
(1) Chroniques de Saint- Martial, p. 286 : « Iste [Auterius] reparavit agge- » rem quo munitum est castellum Sancti-Marcialis »,
mailler; M. Duplès-Agier, en mettant cette indication entre crochets, s'est appuyé sur les abbés Nadaud et Legros. Ceux-ci ajoutent, d'après un titre de 1388, que l'abbé Pierre aurait fait entourer de murailles le verger de l'abbaye, Villas Clans, dont on a fait plus tard Viraclaud (1). Malheureusement le titre invoqué ne désigne l'abbé qui a fait construire la porte Montmailler que par l'initiale P., ce qui est bien vague. Aussi ne peut-on guère s'appuyer sur cette donnée. Les Annales manuscrites disent qu'il fit faire le portail de Montmailler pour reclôre le quartier des Combes dans la ville. (Ann. mss., p. 142.)
Enfin avant 1143, l'abbé Amblard ordonne aux consuls de faire construire les murs et les fossés du Château (2).
Ces citations des Chroniques de Saint-Martial nous montrent que les travaux de défense étaient l'objet d'une préoccupation constante pendant cette période tourmentée de l'histoire de notre ville ; elles nous montrent aussi que les abbés s'occupaient exclusivement des fortifications du Château, dont ils étaient à cette époque les seigneurs incontestés. Les consuls dont il est fait mention au sujet de l'abbé Amblard, en 1144, sont soumis à l'obéissance de l'abbé.
Quelles étaient les limites de l'enceinte du xe siècle ? Les Annales manuscrites nous disent (3) : « La muraille d'icelle nouvelle clôture comprenait l'abbaye de Saint-Martial, laquelle, du côté d'orient, outre le mur, estoit recluse d'un estangt, jusques au pont Hérisson, joignant l'hôpital de Saint-Martial, tirant la fosse vers la fontaine d'Enjoumard, laquelle fontaine est de présant au couvent des religieuses de Notre-Dame [place Fontaine-des-Barres actuelle], et de la fontaine susdite tiroit au portai Nimbert, auquel estoient pour lors les prisons, puis à la porte Sustine [Fustinie] près où est à présant Saint-Michel-des- Lions, et par la Motte descendoit à la p'orte Poulaillère [Orgolet] , y comprenant le cimetière et monastère de Saint-Martial, cinquiesme partie du cerne, par quoy l'abbé payoit le cinquiesme des murs et réparation des fossés ».
Bien que le plan de Fayen ne nous indique qu'un seul point
(1) Chroniques de Saint-Martial, p. 9.
(2) Ibid., p. 11. — En marge, on lit : « Qui precepit consulibus ut facerent » muros et fossata castri Lemovicensis ».
de l'enceinte du x* siècle', la porte Poulaillère, au milieu du carrefour formé par les rues des Taules, Fourie, Poulaillère et du Consulat actuelles, nous pensons que l'on peut s'appuyer assez sûrement sur lui pour la déterminer. En effet, ce plan nous montre deux catégories de rues circulaires bien distinctes : les premières, parallèles à la première enceinte, sont séparées de celles qui limitent la seconde par une série de rues et de places convergentes qui forment comme les rayons d'une roue autour de son moyeu.
Que l'on prenne pour point de départ le ruisseau d'Enjoumard, qui formait d'un côté la limite naturelle de l'enceinte du xe siècle, on verra aboutir à cette enceinte les rues des Combes, du Portail- Imbert, Froment et des Ecoles actuelles ; du côté de la place de la Motte, les anciennes rues des Arènes et du Puy d'Eygoulène: puis la place des Bancs, les rues Cruche-d'Or, Poulaillère et du Collège actuelles, enfin la place Saint-Pierre-du-Queyroix et la rue qui conduisait à l'ancienne porte Mirebœuf. Toutes les rues ci-dessus sont indiquées par les Annales manuscrites parmi celles englobées dans la deuxième enceinte en 1182 (1).
Il existe encore un moyen de déterminer les limites de la première enceinte : c'est par l'observation des différences de niveau du sol de la ville du xe siècle avec celui de l'extérieur. On sait que M. Viollet-le-Duc a remarqué ces différences pour d'autres villes. A Limoges, elles sont tellement apparentes sur certains points qu'il est impossible de leur refuser l'importance qu'elles ont dans la question. Toutes les maisons construites sur la limite de la première enceinte sont adossées au sol et se trouvent en contre-bas de deux à huit mètres du niveau de celles construites derrière elles.
Le même fait se produisit en 1765, lorsque Turgot fit abattre les murailles de la deuxième enceinte. Les habitants construisirent le long des anciens fossés transformés en boulevards, et leurs maisons, adossées au sol des anciens chemins de ronde, prirent la place même des murailles. C'est ainsi que certaines maisons du boulevard Sainte-Catherine, du côté de la ville, ont une différence de niveau de près de dix mètres avec celles construites par derrière.
Il dut en être de même au xne siècle, et le sol ne s'est pas tellement modifié que l'on ne puisse s'en assurer aujourd'hui. Que l'on examine le plan coté de Limoges actuel en suivant les limites indiquées plus haut, et l'on fera les remarques suivantes :
Du côté du cimetière de l'abbaye de Saint-Martial (place Royale actuelle), le ruisseau de Joumart, qui formait la limite naturelle de ce côté, coulait à découvert dans un fossé de cinq mètres de profondeur, cotes 269 à 264, niveau du boulevard de la Pyramide actuel. De l'ancienne rue de Guain (1), partant du pont .Hérisson pour passer au-dessous de l'ancienne église des Récollets-de-Saint-François et rejoindre le Portail-Imbert et le Breuil, que la muraille contournait, différence huit mètres (284-276). Du Breuil à l'angle de la rue Pennevayre, presque en droite ligne, différence 3 à 4 mètres (287-283). De l'intervalle entre les rues du Temple et du Consulat et le sol de cette dernière rue, différence constante de trois mètres, avec les cotes de 285-282 dans le haut de la rue et 274-271 dans le bas. De la rue Fourie, qui formait limite, avec le niveau de la rue Rafilhoux, différence deux mètres (271-269). De l'ancienne place Sous-les- Arbres à la place Saint-Pierre, différence, deux mètres (268-266).
Il y a là, nous pensons, une indication sérieuse qui ne se rencontre pas dans les rues avoisinantes.
Ainsi on remarque que les rues du Clocher et du Temple, qui sont parallèles à la rue du Consulat, et qui toutes deux étaient comprises dans l'enceinte du xe siècle, sont au même niveau, tandis que les maisons du côté gauche en descendant la rue du Consulat sont toutes adossées au sol à trois mètres en contre-bas du niveau des cours intérieures. La porte Poulaillère se trouvant au bas de cette rue,. les maisons ont donc pris la place de la muraille qui venait se souder à cette porte.
Les Chroniques de Saint-Martial et les Annales manuscrites ne nous ont conservé les noms que des trois portes du Château suivantes :
La porte Orgolet (2), ad Scutarios, que nous traduisons « près des fabricants d'écus ou monnayeurs » , c'est-à-dire près du quar-
(1) Désignée par rue du Fossé, au xine ' siècle, dans le Premier Registre consulaire ms., appartenant aux Archives communales de Limoges.
(2) Ghroniques de Saint- Martial, p. 3.
tier Vieille-Monnaie, qui touchait à cette porte. C'est probablement en raison de ce voisinage que la porte de la Cité située en face de ce quartier s'appelait Scutari et plus tard Scudari. La porte Orgolet a changé plusieurs fois de noms ; elle est désignée à des époques plus rapprochées de nous : Peyssonnieyra (1), Guallinaria (2), et enfin Poulaillère. Ces derniers noms furent donnés à cette porte parce que c'est près d'elle que se tenait le marché aux poissons et à la volaille, avant qu'il fût transporté au Gras du Queyroix [ad Oradum de Quadruvio) (3).
La porte Fustinie (4), près des étangs d'Aigoulène et regardant les Arènes, était située entre le Breuil et Saint-Michel-des-Lions, dans l'axe de la rue des Prisons actuelle, suivant le dire des Annales (5). Ce qui vient appuyer cette indication, c'est l'angle rentrant que la deuxième enceinte formait en face de cette porte, angle qui semblait isoler le quartier des Combes, relevant de l'abbé de Saint-Martial, du reste du Château.
Le portail Nimbert ou Imbert (6) a dû porter un nom plus ancien à l'origine. C'était bien une porte de la première enceinte , car les Annales nous en parlent à diverses reprises et nous disent que les prisons étaient situées à côté. Il servait d'accès dans le Château aux habitants des Combes, qui y arrivaient par la rue de Beuveyr ou de Beauvoir [de Bellovidere) , au bas de laquelle se trouvait la fontaine Serveira (7).
Les possessions de l'abbaye de Saint-Martial couvraient le tiers de la superficie de l'ancien Château de Saint-Martial ; elles s'étendaient même au dehors, car leur verger couvrait le coteau derrière les maisons de la rue des Combes : cette dernière rue fut même entourée d'une enceinte particulière au xne siècle, et fermée par la porte Montmailler, comme on l'a vu plus haut.
Dans l'intérieur de l'enceinte, l'abbaye comprenait d'abord la basilique de Saint-Sauveur, construite vers le ixe siècle, et dont le transept nord s'appuyait sur la petite église primitive de Saint-
(1) Chroniques de Saint-Martial, p. 141.
(2) Ibid., p. 201.
(3) Ibid., p. 141.
(4) Ibid., p. 3.
(5) Annales manuscrites, p. 124.
(6) Ibid.
(7) Chroniques de Saint-Martial, p. 300.
Pierre- du-Sépulere. Du côté sud de la basilique se trouvait le cloître, au milieu duquel s'élevait la fontaine désignée par fontaine de la Claustre, encadrée par les bâtiments du monastère, dont un côté était parallèle à la courtine. La courtine se rattachait d'un côté à la porte Orgolet, et de l'autre à la tour de la Courtine ou de l'Abbé, située à peu près dans l'axe de la rueDalesme actuelle, près de la maison de l'abbé (1). Cette tour paraissait protéger la muraille, en face du carrefour du Queyroix. Dans l'un des angles du cloître, derrière la tour ci- dessus, se trouvait la petite chapelle de la Courtine. De ce point, l'enceinte du monastère, et de la ville en même temps, contournait la place Sous-les-Arbres (2), derrière la basilique de Saint-Sauveur ; elle décrivait ensuite une seconde courbe pour embrasser le cimetière et le jardin de l'abbaye jusqu'au pont Hérisson, et de là revenir à la basilique, en longeant la rue Pont-Hérisson actuelle.
L'édifice le plus considérable du Château de Saint-Martial était la basilique de Saint-Sauveur. C'était une église romane du ixe siècle aux vastes proportions, dont la forme affectait celle d'une croix. Les moines avaient été autorisés, en 801 , par Louis le Débonnaire, à se servir des matériaux de l'Amphithéâtre pour sa construction. La basilique fut consacrée une première fois, en 1028, par l'évêque Jourdain, et une seconde fois, en 1095, par le pape Urbain II (3). La description complète de la basilique de Saint-Sauveur sortirait de notre cadre ; et, du reste, cette tâche a été bien mieux remplie que nous ne saurions le faire par plusieurs écrivains (4) ; il nous suffira de dire que la basilique occupait l'emplacement où se trouvent aujourd'hui le théâtre, la rue Saint-Martial et une partie des maisons entre cette rue et la rue de la Courtine. Le clocher se trouvait dans l'axe de la rue du Clocher actuelle, qui lui doit son nom ; près de sa base, et longeant la rue des Taules, se trouvaient les trois
(1) Chroniques de Saint- Martial, p. 40.
(2) La petite chapelle de Notre-Dame-Sous-les-Arbres, construite derrière le chevet de la basilique de Saint-Sauveur, s'ouvrait sur cette place.
(3) Chroniques de Saint- Martial, p. 46 et 49.
(4) Desmarets, Ephémérides de 1765; — Texier, Traité de la dévotion des anciens Chrétiens à saint Martial; — Roy de Pierrefitte, Monastères du Limousin; — P. Laforest, Limoges au xvne siècle. M. Emile Molinier, ancien élève de l'Ecole des Chartes, prépare en ce moment un travail considérable sur l'abbaye de Saint-Martial.
portes de l'église, surmontées des statues de saint Martial, de sainte Valérie et du duc Etienne.
Un dessin à la plume du xvne siècle , inséré dans le Recueil factice de la topographie de la France, Haute-Vienne, à la section des Estampes de la Bibliothèque nationale, nous montre la physionomie du chœur de la basilique. La Société Archéologique du Limousin possède aussi dans ses cartons un curieux dessin des fontaines de la ville au xvc siècle, où nous remarquons les détails de construction du clocher et du premier cloître, celui du xe siècle, placé du côté sud de la basilique. Au commencement du xiiic siècle, après l'agrandissement de l'enceinte, ce cloître, ainsi que les bâtiments de l'abbaye, furent construits du côté nord, probablement afin de les mieux isoler du reste du Château par la basilique de Saint- Sauveur.
C'est sous les voûtes de la basilique de Saint-Sauveur, et par les mains de l'évêque de Limoges, que, suivant un antique usage, les ducs d'Aquitaine se faisaient couronner (1).
L'enceinte du xe siècle contenait aussi l'église de Saint-Micheldes-Lions. Cette église n'était primitivement qu'une chapelle placée dans le cimetière du Château, établi sur la hauteur par les moines, pour l'éloigner du centre de leurs possessions (2).
Dès la construction de l'enceinte du xe siècle, les faubourgs qui entouraient cette enceinte devaient être populeux, car, moins de trois cents ans après, les habitants de ces faubourgs en construisirent une seconde qui englobait une superficie trois fois plus grande que la première : c'étaient le Queyroix (quadruvium), qui entourait Saint-Pierre-du-Queyroix ; Vieille Boucherie et Vieille Monnaie (entre les rues du Collège et Manigne actuelles); Vieux Marché (qui occupait le versant du coteau, de la rue Manigne à la rue de la Boucherie actuelles) ; Lansecot (qui comprenait de la rue de la Boucherie actuelle à la Motte). Ces qualificatifs vieux et vieille, déjà appliqués à ces quartiers au xme siècle, sont une preuve de leur existence reculée.
C'est sur la Motte, dont le nom caractéristique s'est perpétué
(1) Besly, Histoire des comtes de Poitou et ducs de Guyenne, p. 1G-17. — Godefkoi, Cérémonial de France. — D. Bouquet, Collection des historiens de France, T. XII, p. 451. — Annales manuscrites, p. 236.
(2) Nadaud, Fouillé du diocèse, ms. au Grand-Séminaire de Limoges.
jusqu'à nous, point culminant de l'agglomération , que s'élevait le château du vicomts, remplacé plus tard par des maisons (1). D'après les Annales manuscrites (p. 158) reproduites par Marvaud [Histoire des vicomtes et de la vicomte de Limoges, T. I, p. 201), ce château aurait été construit par Adémar V vers 1157, alors que, appuyé par Henri II, il serait parvenu à se faire reconnaître comme vicomte par les bourgeois. La construction de ce château est évidemment postérieure à l'enceinte du xe siècle qui paraît n'entourer que les possessions incontestées de l'abbé de Saint-Martial. Au contraire, les quartiers englobés par l'enceinte du xne siècle, sauf celui des Combes, relevaient du vicomte et non de l'abbé. C'est du moins l'opinion exprimée par M. Leymarie (2), et nous nous y rangeons en présence des deux faits suivants, mentionnés par les Chroniques de Saint- Martial (3) : en 1287, les gens du vicomte font transporter sur la place Saint-Michel-des-Lions, près des lions de pierre, les fruits et autres denrées qui se vendaient d'habitude dans le cloître de l'abbaye de Saint-Martial; en 1305, le vendredi après l'octave de la Pentecôte, nouveau changement du même genre : les gens du vicomte font transporter au Gras du Queyroix la vente du poisson qui se faisait à la porte Poissonnière. Deux fois dans l'espace de dix-huit ans, le vicomte, pour mieux lever à son profit les droits sur les denrées qui se vendaient sur le territoire de l'abbé, l'ancien château de Saint-Martial du x° siècle, transfère le marché sur des points de la ville qui relèvent de lui, au Gras du
(1) Il est question de ce château et des possessions du vicomte dans une charte de Charles VII (Allou, p. 155) et dans le procès entre les consuls et le roi de Navarre, reproduit dans les Registres consulaires (T '. I, p. 378, et T. II, p. 305. — « 43 maisons sur la Motte, où était construit jadis le château ». {Archives des Basses-Pyrénées, liasse B. 1819, citée dans la Vicomte de Limoges : géographie' et statistique féodales, par M. G. Clément-Simon. — Périgueux, Cassard frères, 1873.)
(2) Leymarie, Histoire du Limousin, la Bourgeoisie.
(3) « Anno Domini M° CC° octogesimo sexto, mercenaria fructuum et aliarum mercium que vendebantur in Claustro Lemovicensi fuerunt mutata per gentes vicecomitis Lemovicensis ad plateam Sancti Michaelis de Leonibus, circa leones lapideos. » {Chroniques de Saint-Martial, p. 136.)
« Item nota quod die veneris post octabas Penthecostes, anno Domini M° CCC° quinto, vendicio piscium, qui solebant vendi ad portam Peyssonnieyra, fuit mutata ad Gradum de Quadruvio per gentes vicecomitis Lemovicensis. » {Chroniques de Saint-Martial, p. 141.)
Queyroix et place Saint-Michel -des-Lions, près des lions de pierre. Cette dernière place se trouvait même sur ses possessions personnelles, car, après la disparition de l'enceinte du x° siècle , la place de Saint-Michel-des-Lions devait s'étendre jusqu'à la Motte (1).
La commune de Limoges, dont l'importance grandissait sans cesse au xme siècle, ne tarda pas à s'approprier la Motte et à substituer des maisons au château des vicomtes, très peu habité par eux, puisqu'ils ne séjournaient jamais à Limoges et qu'ils étaient presque toujours en guerre ouverte contre les bourgeois. Nous voyons que la vicomtesse Marguerite, lorsqu'elle parvint à se faire reconnaître comme telle par les bourgeois du Château, grâce à l'intervention du roi de France, en 1275, réclama la possession des « moulins, maisons et édifices bâtis en la place de la Motte ». Dans la charte que Charles V accorda aux habitants de Limoges en 1371, il est dit que le roi leur laisse à perpétuité le château et châtellenie, toutes ses appartenances et dépendances, avec la juridiction haute, moyenne et basse, et de plus les cens, rentes, revenus, péages, les maisons, moulins et la Motte de dessus les étangs.
Les étangs de la Motte, comme les étangs de Joumart sur un autre point, remplissaient les fossés de l'enceinte du xe siècle, et lui servaient de défense. Après la disparition de cette enceinte, les consuls songèrent à leur faire un réservoir divisé en deux par une chaussée. Puis, à la suite de l'incendie de 1244 ou 1252, ils firent établir quatre canaux qui menaient l'eau des étangs sur tous les points de la ville. Le travail de 1244 ne fut que le développement des aqueducs qui existaient déjà, une répartition des eaux mieux entendue. Il est possible que le sénéchal Àudier ait contribué pour une part à ce travail ; mais les Annales (2) se trompent en lui attribuant exclusivement la construction des réservoirs de la Motte, l'établissement de la fontaine d'Aigoulène et surtout l'aqueduc depuis la source (à La Borie) jusqu'aux
(1) Tous les écrivains limousins ont dit leur mot sur la présence des lions de pierre en divers endroits du Château : nous pensons qu'ils marquaient l»1^ limites de la juridiction du vicomte ; les vicomtes d'alors appartenaient à la maison de Comborn, qui portait trois lions dans ses armes.
(2) Annales manuscrites, p. 189.
étangs. Cet aqueduc remonte à l'époque romaine et conduisait les eaux d'Aigoulène à l'amphithéâtre des Arènes (1).
Aussi loin que l'on puisse remonter dans l'histoire de la formation du Château, il est fait mention du quartier des Combes. C'est en effet par le ravin auquel ce quartier doit son nom, qu'arrivaient les pèlerins du haut pays vers le tombeau de saint Martial, ravin sur les bords duquel s'établirent les premières habitations du Château. Son origine explique donc pourquoi il formait une prévôté relevant de l'abbaye de Saint-Martial. On a vu que, d'après les Annales manuscrites , l'abbé Pierre Albert aurait donné une enceinte particulière à ce quartier : c'est pour cette raison qu'il fut le premier englobé dans l'enceinte de 1183, qui, au lieu de lui être particulière, fut commune avec celle du Château, comme l'était celle de l'abbaye elle-même.
La rareté des documents et la prudence qu'il faut garder vis-à-vis des annalistes du xvnc siècle nous forcent à terminer ici la description du Château de Saint-Martial au xe siècle.
Dans l'intervalle qui sépare les enceintes du xe et du xne siècles, il se produisit une grande révolution dans les esprits. Les vicomtes de Limoges prétendaient que, moyennant l'hommage et le serment de fidélité à l'abbé de Saint-Martial pour le château, la châtellenie et la monnaie de Limoges, ils étaient dégagés de tout hommage et de toute sujétion envers le duc de Guyenne et le roi de France. De leur côté, les bourgeois du Château refusaient de reconnaître l'abbé comme seigneur et de prêter le serment de fidélité auquel le vicomte avait droit comme seigneur suzerain et justicier. Pour échapper à l'autorité du vicomte, les bourgeois n'entendaient prêter le serment de fidélité qu'au roi de France ou au roi d'Angleterre, en sa qualité de duc de Guyenne. C'est la raison de tous les tiraillements que nous observons pendant les xie et xne siècles.
La Chronique de Geoffroy de Vigeois (2) nous montre l'esprit d'indépendance qui animait les habitants. Elle nous fait assister aux vicissitudes de cette première enceinte, qui fut détruite et relevée trois fois dans l'espace de trente ans, de 1154 à 1184 (3).
(1) Bulletin de la Société Archéologique, T. III et IV. ' (2) Chronique de Geoffroy de Vigeois, traduite par Bonnélye, p. 86, 121, 140, 158, 160 et 170. — Tulle.
(3) En 1154, Henri le Vieux vint à Limoges pendant l'automne, et y fut reçu
A cette dernière date, au moment où les fils d'Henri le Vieux se disputent l'Aquitaine, « les bourgeois, par l'ordre du vicomte Aymard, se réunissent dans l'église de Saint-Pierre-du-Queyroix et jurent fidélité à Henri le Jeune. Ils fortifient le Château, relèvent les murailles, creusent des fossés très profonds, construisent des tours, des machines de bois, pour défendre les murs du Château, ruinent entièrement le jardin de Saint- Martial, rempli d'arbres de diverses espèces qui s'élevaient tout autour du Château, et les arrachent jusqu'à la racine. Mais pourquoi m'amuser à parler d'arbres? L'église de la Vierge- Marie [des Arènes], la basilique de l'hôpital Saint-Géraud, la maison de sainte Valérie, l'église de Sainte -Valérie et plusieurs autres, furent détruites, sans que le respect du lieu divin pût les arrêter un moment ; et, pour comble de douleur, ils brûlent le dôme de bois de l'église, et les statues de saint Martin sont entièrement livrées aux flammes. La tour en pierre du clocher, les murailles, les officines, le monastère et le bourg adjacent sont détruits de fond en comble. On détruisit aussi le faubourg avec l'église de Saint-Symphorien-du-Pont et quelques autres églises. Les habitants du Château, aussi bien que ceux de la Cité,
avec allégresse, comme duc d'Aquitaine, dans la capitale de son duché; il se rendit ensuite à Saint-Martial, où il fut reçu en procession par les moines et le peuple. Depuis ce temps-là, il n'entra plus dans le Château ou monastère. Une altercation élevée entre les bourgeois et les étrangers excita la colère de ce duc. Il fit abattre les murailles du château, qu'on avait bâties depuis peu, et fit même rompre le pont. »
« En 1176, les bourgeois, voyant Henri le Vieux en guerre contre ses fils, pressèrent l'abbé de Saint-Martial, Pierre du Barri, de faire relever une partie des murailles, afin que le duc Richard, une fois la paix faite, ne puisse s'y opposer, ce qui arriva plus tard. Gomme l'abbé ne pouvait faire exécuter rapidement un ouvrage aussi pressant, les bourgeois rompirent le conduit de la fontaine qui fournit de l'eau a la ville. Ils prirent et maltraitèrent les serviteurs de l'abbé. »
« En 1181, le jour de saint Jean-Baptiste, Richard ordonna aux habitants de Limoges d'abattre leurs murailles, ce qui fut exécuté aussitôt. »
« En 1182, les bourgeois se réunissent dans l'église de Saint-Pierro-du- Queyroix et jurent fidélité à Henri le Jeune. Ils fortifient le Château, relèvent les murailles, creusent des fossés profonds, construisent, dos tours, des ma chines de bois pour défendre les murs »
« En 1183, Henri le Vieux, maître du Château, en (il raser tes murailles et combler les fossés; il envoya même son sénéchal pour en presser la des! rurlion. »
concourent à cette destruction ; et, si l'ennemi du roi ne s'y fut opposé, les bourgeois auraient fait la barbe du grand pontife saint Augustin avec le même rasoir dont ils avaient rasé saint Martin. »
Les Annales manuscrites (p. 164) et la Chronique extraite des mss Robert ajoutent que les bourgeois enfermèrent dans la nouvelle enceinte : « les Combes, le Pont, alias l'arbre d'Eigoulène, les Bancz, rue Torte, Vieux-Marché, Ban-Léger, les Pousses, Manigne, Cruchadors, Rafilhoux, Boucherie et tout le queyroys où est l'église Saint-Pierre » (1)."
C'est donc dans les dernières années du xne siècle que le Château reçut l'enceinte qu'il devait conserver jusqu'au milieu du xvme siècle, et dont les boulevards actuels nous donnent la limite, d'après de nombreux passages des Chroniques de Saint- Martial dans lesquels nous trouvons la date de construction de quelques portes et tours.
Mais ces nouvelles murailles vont protéger cette fois la commune franche : elles ne relèvent plus de l'abbaye. Les bourgeois, enrichis par le commerce, soutenus par les princes anglais, s'efforcent de s'affranchir de la tutelle de l'abbé et du vicomte (2) ;
(1) D'après la chronique manuscrite, intitulée Fondation de Limoges, etc., extraite par M. Robert, (T. n°31, p. 371), et que Collin semble avoir aussi copié, cet accroissement de Limoges eut lieu pendant la guerre de Henri le Vieux et de ses (ils, en 1182, après le combat de Naugeat. Ces princes, dit la chronique «.... se retirèrent dans le chasteau de Lymoges, duquel les murailles avoient » estées auparavant abbattues, par ordonnance dudit Henri le Vieux, et com- » mencèrent à faire de grands fossés et puissantes murailles, ornées de » grosses tours, faisant leur ville de la grandeur qu'elle est à présent ; car » enfermèrent dans le circuit d'icelle les Combes, l'Arbre d'Esgoulène, Pousses, » Magninie et Boucherie, et desmolirent un jardin de plaisance appartenant à » l'abbé de Saint-Martial, nommé le Jardin des moynes, scitué au lieu appelé » à présent Vieillas-Claud (Viraclau). Aussi fist abbattre l'esglize et grand » clocher de Notre-Dame, esdifiée au petit cimittière des Aresnes, et l'esglize et » couvent et hospital de Saint-Gérald. » On détruisit de même les églises de Saint-Maurice, Saint-Martin, etc. Tout le quartier du Pont-Saint-Martial fut incendié. (Allou, Description des monuments des différents âges, p. 120.)
(2) En 1269, Louis IX mettait pour condition au mariage de son fils Robert, avec Marie, fille du vicomte Gui VI, que le Château reconnaîtrait l'autorité de la jeune vicomtesse.
« Les consulz firent responce qu'ilz feroient telz homages, qu'il désireroit, » mais non comme estant chef ny partie de la vicomte, car le chasteau de » Lymoges, c'est-à-dire la ville de Lymoges, ilz la tenoient nueument du duc
ils entendent nommer leurs consuls, voter les impôts, diriger la milice et administrer la justice. Lorsque, en 1202, cent coudées de la muraille tombent dans le fossé par la faute des Baglagers (1), ils exigent de l'abbé sa participation dans les frais de reconstruction. L1abbé Hugues II se refusant à accéder à leur demande, il s'ensuivit un procès qui ne se termina que dix. ans après, par la sentence arbitrale du 12 décembre 1212 (2). L'abbé s'engagea à donner annuellement aux consuls dix livres à prélever sur le mas de Saint-Martial, près l'église de Sainte-Valérie, et cette rente le dispensait de toute réparation des murs et des fossés » (3). La Coutume de Limoges, que M. Leymarie fait remonter aux premières années du xme siècle, rappelle l'accord intervenu entre les consuls et l'abbé (4).
Il est à croire que, sans l'appui des Plantagenets, les bourgeois de Limoges, malgré leur énergie et leur amour de la chose publique, ne se seraient affranchis que plus tard de la sujétion où les abbés et les vicomtes prétendaient les tenir. A partir du xine siècle, tout en conservant une piété sincère et une gTande déférence pour les abbés de Saint-Martial, nous les voyons lutter courageusement pour la défense de leurs franchises et de leur liberté.
LE CHATEAU DE LIMOGES AU XVIe SIÈCLE
Le plan du Château de Limoges en 1594, par Fayen, nous montre la physionomie de la ville au moment où le consulat, jouissant de tous les droits seigneuriaux, va disparaître peu à peu devant les empiétements du pouvoir central.
Dans les siècles précédents, il avait suffi aux consuls de
» de Guienne, et non du vicomte de Ségur, exhibant pour contre preuves leurs » anciennes coustumes » (Annales manuscrites, p. 202.)
(1) Chroniques de Saint-Martial, p. 68, 192, 194.
(2) Leymarie, Limousin historique, p. 511 et 512.
(3) Roy de Pierrefitte, Monastères du Limousin, Abbaye de Snint-Mcrtial, p. 49.
(4) Leymarie, Limousin historique, p. 592.
montrer de la fermeté et de la persévérance dans leurs luttes contre les abbés de Saint-Martial ou les vicomtes de Limogés, pour sortir victorieux de ces luttes ; mais en 1544, lorsque Henri d'Albret revendiqua ses droits sur la vicomte de Limoges devant le Parlement de Paris, les consuls eurent le dessous.
La justice, que la perte de ce procès enleva aux consuls, ne tarda pas à passer entre les mains du roi, qui créa le présidial en 1551. La commune obtint cependant la nomination des juges de la Bourse en 1564, et des juges de la police en 1572 (1). Le bureau des finances, établi à Limoges en 1558, enleva encore aux consuls leurs prérogatives en matière de taxe et de voirie.
Le mode d'élection des consuls ne fut pas changé pendant le xvie siècle ; mais ce dernier vestige des libertés communales ne devait pas survivre longtemps. Dès 1602, le roi s'interpose dans les élections, et la commune va perdre peu à peu son autonomie (2).
Le xvie siècle, qui fut une époque désastreuse pour la France, éprouva cruellement Limoges. D'une part, les luttes religieuses, avec les horreurs de la guerre civile (3), la ruine de l'agriculture et du commerce, et, d'autre part,, la peste, qui faisait de trop fréquentes apparitions dans nos murs (4). Ces deux fléaux entraînaient la disette et la misère, que les impôts écrasants ordonnés par le roi n'étaient pas faits pour diminuer.
(1) Registres consulaires, T. II, p. 274 et 325.
(2) Les habitants de Limoges sentirent bien durement la main du roi en 1548, à- l'occasion des troubles pour la gabelle. Ils furent désarmés; on ouvrit une brèche dans la muraille, et on descendit les cloches. Cette punition dura trois ans, après lesquels le roi se laissa fléchir par les prières des habitants, et leur accorda leur grâce moyennant un don de 7,000 livres. {Reg. cons., T. I, p. 447, et Ann. mss., p. 331.)
(3) Les Annales manuscrites (p. 364) nous donnent le récit des batailles livrées dans les rues de Limoges en 1559, entre les ligueurs et ceux qui tenaient pour le roi.
(4) Registres consulaires, T. I, p. 198, 201, 213, 430, 432; — T. II, p. 258, 478. — Annales manuscrites, p. 321, 330, 334, 348, 361, 362. En 1516, l'élection de Pévêque se fait à Saint-Léonard, à cause de la peste qui régnait à Limoges. (Legros, Lim. ecclés., p. 62.) En 1547, la peste fait mourir à Limoges de 6 à 7,000 personnes ; les ostensions sont retardées pour cette raison, l'élection des consuls a lieu sur la place Dessous-les- Arbres. En 1563, elle, fait mourir de 5 à 6,000 personnes. Plus de mille maisons étaient infectées ; la peste s'étendit à quatre ou cinq lieues autour de la ville. En 1585, elle reparaît de nouveau avec une grande intensité, malgré les mesures préventives prises par les consuls de l'année 1581.
Telle était la situation de Limoges au moment où Jean Fayen fit le plan du Château qui nous occupe, et dont nous avons bâte de parler. Nous nous bornerons à faire une description de ce plan, sans avoir d'autre prétention que celle d'en montrer l'importance historique.
Une chose frappe tout d'abord lorsqu'on examine le plan de 1594 : c'est la diversité de forme des tours et des portes de l'enceinte. On entrevoit les nombreux remaniements apportés à cette enceinte à différentes époques et les changements introduits dans la défense par l'emploi des bouches à feu. Les murailles de Limoges subissaient de si fréquentes réparations, que l'on peut dire qu'elles se trouvaient entièrement reconstruites au bout d'un certain temps, non par suite des attaques qu'elles avaient eu à soutenir, mais à cause de leur vice de construction. Elles n'étaient pas assez épaisses pour soutenir le poids des terres des chemins de ronde, ou bien elles étaient minées par les eaux, dont l'écoulement était mal compris.
Comment se seraient comportées ces fragiles murailles, si elles avaient eu à supporter un siège en règle ? Nous n'osons le penser. Heureusement pour la ville, qu'elle n'eut que des alertes, dont elle fut quitte pour la peur (1).
L'emploi des bouches à feu avait totalement changé l'ancien système de défense, et, malgré cela, « les villes tenaient à leurs » vieux murs et ne pouvaient s'habituer à les regarder comme des » obstacles à peu près nuls. Si la nécessité exigeait qu'on les » modifiât, c'était presque toujours par des ouvrages qui avaient
» un caractère provisoire Telle était la force des traditions
» féodales, qu'on ne pouvait rompre brusquement avec elles, et » qu'on les continuait encore malgré l'expérience des inconvé- » nients attachés à la fortification du moyen âge en face de l'ar- » tillerie à feu C'est ainsi qu'on voit longtemps encore, et jusque » pendant le xvi° siècle, les mâchicoulis employés concuremment » avec les batteries couvertes, bien que les mâchicoulis ne fussent » plus que d'une défense nulle devant du canon (2) ». Cette opinion de M. Viollet-le-Duc est en tous points justifiée par ce
(1) En 1523, 1544, 1562, 1567 et 1580 : Reg. cons., T. I, p. 11!». 128, 387; — T. II, p. 237, 344, 450. — Ann. mss., p. 319, 329, 342, 350, 3fl0.
(2) Viollet-le-Duc, Bict ionnaire raisonné de l'Architecture française du xic au xvic siècle, p. 413 et 426.
que nous apprennent les Registres consulaires. C'est bien à ces raisons qu'il faut attribuer le retard dans les transformations de l'enceinte de Limoges par rapport aux autres villes. On n'a pas connu à Limoges les fausses braies flanquées, les retirades, les remparts claionnés de contrescarpe, les bastilles isolées en avant des murailles, les orillons, etc., etc. Du reste, notre ville, par sa position, n'était pas considérée comme un point stratégique, et les consuls disposaient de ressources si faibles, qu'elles leur permettaient tout au plus de faire l'indispensable.
Pour ne parler que du xvic siècle, les réparations de l'enceinte du château préoccupent constamment les consuls. Il ne se passe guère d années où ces derniers ne fassent relever telle ou telle portion de la muraille (1). Il paraît même qu'en 1567, au plus fort des troubles religieux, l'enceinte fut entièrement mise en état de défense et réparée par les soins des seigneurs des Cars et de La Vaug^uyon. En 1569, au moment où les Allemands, sous la conduite du duc des Deux-Ponts, s'approchaient de Limoges, les ouvriers de la ville étaient aidés dans les réparations de l'enceinte par les soldats du duc d'Anjou, chef de l'armée royale (2).
L'impôt du souchet (3), dont personne n'était exempt, accordé spécialement pour subvenir aux réparations et à la garde des murailles ne pouvait suffire à couvrir les dépenses. Les consuls endettaient la commune, et souvent payaient de leurs deniers (4). Ils se remboursèrent cependant en 1562, par la vente des objets précieux des églises de Limoges qu'ils avaient été autorisés à prendre en vertu de l'édit général de Charles IX (5). C'est en vain qu'ils demandèrent, en 1570, que l'on établît un impôt sur les protestants, pour les réparations de la muraille et les frais de garde (6).
L'enceinte du xne siècle avait pour limites la ceinture de nos boulevards actuels, sauf du côté de la place d'Aine. Sur ce point,
(1) Registres consulaires, T. I, p. 129, 188, 213, 243, 244, 255, 276, 294, 362, 418; - T. II, p. 137, 175, 181, 201, 225, 238, 293, 345, 360, 361, 434, 446, 449, 450, 452, 471.
(2) P. Bonavent., T. III, p. 788.
(3) Annales manuscrites, p. 278.
(4) Registres consulaires, T. I, p. 336, 355; —T. II, p. 220, 360.
(5) Ibid.,T. II, p. 249: Livre ms. de la confrairie du Saint-Sacrement de Saint-Pierre, f<> 46, v°, reproduit dans les Annales manuscrites, p. 344.
(6) Registres consulaires, T. II, p. 361.
la muraille formait un angle rentrant, ayant pour sommet l'ancien emplacement de la porte Fustinie, un peu en arrière du point de rencontre des rues du Balcon et Monte-à-Regret actuelles. Sauf cette dépression, l'enceinte avait à peu près la forme circulaire, dont la maison de ville, située rue Font-Graule.u (rue du Consulat actuelle), formait le centre, et dont le circuit mesurait quinze cents mètres (1).
D'après plusieurs pièces, et notamment un procès-verbal d'état de lieu de la tour de la Chaufferette, vendue en 1661 à l'architecte Broussaud (2), et l'arbitrage de l'abbé Jean Cluzeau, prêtre communalistede Saint-Michel-des-Lions, ingénieur et architecte, appelé par les consuls de 1718 pour déterminer les causes de l'écroulement de la muraille entre la porte Boucherie et la tour du Canard (3) , on sait que les murailles se composaient d'une suite de piles soutenant des arceaux d'environ six pieds d'ouvertures. Elles avaient une hauteur moyenne de six toises ou trente-six pieds, et une épaisseur de six pieds. On voit encore aujourd'hui la disposition de la muraille dans les parties conservées qui soutiennent les jardins du boulevard des Ursulines.
La muraille était crénelée, et garnie de mâchicoulis sur certains points. A l'intérieur régnait un chemin de ronde de neuf pieds, dont un article de la Coutume de Limoges faisait une obligation. Depuis l'emploi des bouches à feu, ce chemin de ronde avait été terrassé et exhaussé à la hauteur du parapet pour permettre de placer du canon. Les anciens créneaux avaient été remplacés par des embrasures pour les canons. Il existait, de dizaine en dizaine de brasses, des échelles correspondant à une embrasure de canon ou canonnière, par lesquelles on montait sur le chemin de ronde (4).
En 1562, dans la crainte d'une surprise de la part des protestants, les consuls firent entourer de fossés et fermer la base
(1) Annales manuscrites, p. 389.
(2) Archives du département, Série D, Fonds du Collège, reproduit par M. Leymarie dans l'Histoire du Limousin, la Bourgeoisie, T. I, p. 325.
(3) Registres consulaires, D, f° 179, aux Archives communales dr Limoges»
(4) Registres consulaires, T. I, p. 363; — T. II, p. 137. « Nous avons faicl » faire et réparer pendant nostre année [1557] les murettes gardiennes, vulgai- » rement appelez les machicolis, depuis la porte de l'Arrenno jusqoefl à la » porte Montmailler, icelles reformant, y faisant faire des ranonieres de dix en » dix brasses, des fenestres à repoz, visans dans les lossez. »
des échelles du chemin de ronde, afin d'empêcher ceux qui n'étaient pas de garde de monter sur la muraille (1).
Le plan de Fayen ne nous indique ni les créneaux, ni les échelles ; la muraille paraît entourée d'une ceinture d'embrasures au niveau du chemin de ronde, destinées à recevoir les batteries à feux plongeants.
Les fossés avaient environ 20 mètres de largeur sur 7 de profondeur. Ceux de la partie supérieure de la ville étaient presque toujours à sec. Les consuls y nourrissaient des cerfs, qu'ils offraient aux grands personnages. Ils en offrirent un au gouverneur Galiot de Las Totirs en 1524, et un autre au gouverneur de Montchenu, en 1532(2). Dans la partie inférieure de la ville, entre le fort Saint-Martin et la tour Puy-Vieille-Monnaie, les fossés étaient toujours pleins d'eau et obstrués par les immondices. C'est entre ces tours que s'écoulait le trop-plein de plusieurs fontaines, le ruisseau de Joumart et les égoûts du Château. Les portails par lesquels sortaient les eaux étaient garnies de râteaux pour retenir les immondices, et de grilles de fer pour empêcher de sortir ou d'entrer dans le Château par ces ouvertures. C'est dans cette partie des fossés que se trouvait le vivier, dans lequel les consuls conservaient le poisson « dont ils usaient à volonté », disent les Coutumes. Des portes pleines existaient près de la porte Montmailler pour l'entrée des conduites d'eau qui alimentaient les fontaines des Barres, du Chevalet et de l'abbaye de Saint- Martial.
Les portes, primitivement au nombre de neuf, se réduisaient à quatre depuis 1373. Elles étaient pratiquées tantôt dans des tours carrées, garnies d'un rang de mâchicoulis tressaillants, afin d'écraser ceux qui se présentaient au-dessous , tantôt entre deux tours. La plate-forme était dallée et garnie d'un parapet avec embrasures. Au-dessous se trouvaient deux chambres : l'une où se tenait le guet et où l'on faisait manœuvrer le pontlevis , l'autre qui servait d'arsenal. Chaque porte possédait sa cloche , qui pesait environ de trois à quatre cents livres (3). La herse ou trèbuchet était attachée à un câble qui glissait sur des poulies en bronze. Le pont-levis s'appuyait sur un parapet en
(1) Registres consulaires, T. II, p. 238.
(2) Ibid., T. I, p. 155 et 218.
(3) Ibid., T. I, p. 15, et T. II, p. 421.
pierre, au-delà duquel se trouvait le boulevard. Au xvr siècle, l'importance qu'on attachait à la défense des abords des portes fit remplacer les anciennes barbacanes, beaucoup trop étroites pour recevoir du canon , par des boulevards remparés , terrassés et entourés d'une claie de pieux. On retardait ainsi le moment où les assiégeants pourraient placer une batterie 'afin de renverser la porte.
Le plan de Fayen nous représente les portes des Arènes et Manig-ne accostées de deux tours , et les portes Montmailler et Boucherie s'ouvrant dans une tour carrée. Cependant l'esquisse du Château qui accompagne le plan des villages de Fougeras, les Audoynes , donne à toutes les portes deux tours d'accompagnement. Nous pensons que c'est le plan de Fayen qui est dans le vrai. Les portes, comme les tours, n'ont pas été construites à la môme date ; quelques-unes ont été reconstruites à différentes époques. La porte Montmailler devait être la plus ancienne porte du Château; c'était celle qui primitivement fermait le quartier des Combes avant de servir de porte au Château. Pour cette raison, elle devait avoir la forme carrée beaucoup plus facile à construire. D'après M. de Caumont, beaucoup de localités avaient préféré les portes en saillie dans des tours carrées, parce qu'il était impossible d'ouvrir une porte dans un mur hémisphérique, et parce qu'on trouvait avantage et économie en évitant , par ce système, les tours d'accompagmement (1). Le plan des fontaines du Château , du xvc siècle, donne à la porte Montmailler la forme ronde sans tour d'accompagmement. C'est donc à tort que M. Leymarie présente les portes comme étant toutes défendues par deux donjons qui renfermaient l'arsenal (2).
Les consuls attachaient une si grande importance à la garde des portes , qu'ils ne confiaient les fonctions de garde -porte qu'à des hommes dont l'honorabilité était sans tache. On peut voir, par les nombreuses nominations que les Registres co)isulaires nous ont conservées , combien ils étaient prudents dans leurs choix , et quelles garanties ils exigeaient des titulaires.
Au sujet du nombre des poites, on doit remarquer que les cinq petites portes murées en 1373 étaient toutes du côté de l'ancienne
(1) De Caumont, Abécécl. d'Arch., Archit. milit.. p. 602.
(2) LEYMARIE, Histoire du Limousin, la Hourgeoisie, T. 1. p. 326,
-es-
ville gallo-romaine . c'est-à-dire la cité et la ville du pont Saint-Martial. De plus, chacune de ces portes donnait accès dans les anciens quartiers que l'enceinte du xn° siècle avait englobés. Si l'on trace une ligne partant de l'ancienne porte Mirebœuf et aboutissant à l'ancienne porte Lansecot, on partage le Château à peu près en deux parties égales, dont l'une n'avait que les deux portes Montmailler et des Arènes, et l'autre six portes, ce qui indiquait une circulation très active de cette partie avec la Cité et le pont Saint-Martial. Il semblerait que chacun des anciens quartiers ait mis un certain orgueil à posséder sa porte particulière à l'origine : c'étaient la porte Mirebœuf pour le quartier du Queyroix ; Boucherie, pour le quartier de Vieille-Boucherie ; Puy-Vieille- Monnaie, pour le quartier de Vieille-Monnaie; Manigne, pour le quartier de Manigne ; Pissevache, pour le quartier du Vieux- Marché ; Lansecot ou Saint-Esprit, pour le quartier de Lansecot. C'est en 1373 que, pour faciliter la défense et la perception des péages, on en mura quatre, pour ne conserver que Boucherie et Manigne, qui devaient surtout leur importance aux grandes routes qui y aboutissaient et à leur proximité de la Cité et du pont Saint-Martial.
Les tours présentent des différences de formes assez sensibles suivant la date de leur construction ou de leur reconstruction. Elles contenaient une ou deux chambres, qui reçurent différentes destinations, suivant les événements. Les unes servirent de corpsde-garde, d'autres de prisons ou d'infirmerie, comme nous aurons occasion de le dire plus loin. Au xvie siècle les tours furent transformées de la manière suivante : les anciennes toitures, les Uourds, furent remplacées par des plates-formes dallées, garnies d'un parapet avec embrasures pour les pièces d'artillerie. A toutes les tours correspondait une rue qui les mettait en communication avec l'intérieur de la ville.
Le plan de Fayen ne nous indique que dix-huit tours , mais il y en avait en réalité vingt-deux en 1594. Sur ce nombre, cinq sont encore couvertes en poivrière, probablement parce que leur construction ne se prêtait pas à une transformation , ou que la défense permettait de les laisser dans cet état.
Les forts Saint-Martin et Saint-Martial, tous les deux construits au xvie siècle sur l'emplacement d'anciennes tours , répondaient à toutes les exigences de la défense. Ils étaient moins élevés que les autres tours , ils faisaient une saillie plus prononcée à l'extérieur, et leur plate-forme, placée au niveau du chemin de ronde
était suffisamment large pour contenir une dizaine de pièces d'artillerie. Leurs embrasures latérales permettaient de battre en flanc les fossés dans toute leur longueur. La tour construite en 1570, entre les tours Pissevache et du Saint-Esprit avait surtout pour but de battre en flanc ces deux tours.
Il n'était pas facile de modifier beaucoup les anciennes tours, dont le diamètre intérieur empêchait de placer des pièces de canon : celles-ci ne pouvaient être introduites à travers les escaliers à vis; puis, quand les pièces, placées à l'intérieur, avaient tiré deux ou trois coups, on était asphyxié par la fumée, qui ne trouvait pas d'issue (1).
Il fallait un nombre de pièces d'artillerie considérable pour garnir les portes , les tours et les courtines de l'enceinte. Les consuls, préoccupés de cette nécessité, décidèrent, en 1535. que, au lieu d'offrir un banquet à leurs collègues, les nouveaux consuls feraient don à la ville d'une pièce d'artillerie. Les deux nouveaux consuls de cette année offrirent deux pièces, pesant 100 livres chacune , et leur exemple fut suivi par leurs successeurs .'(2). On ne s'étonnera donc plus si Limoges passait pour être bien approvisionnée en artillerie. Les gouverneurs empruntaient des pièces à la commune de Limoges , mais les consuls faisaient la sourdeoreille et ne prêtaient leurs canons qu'à la dernière extrémité [3 . Les Registres consulaires nous donnent l'inventaire de l'artillerie et des poudres à canon laissées par les consuls de 1575. Il en résulte que la commune possédait, à cette date . soit dans les arsenaux des portes, soit chez les particuliers, soixante-cinq pièces en fonte ou en fer, et 1,300 livres de poudre (4).
Faisons maintenant le tour de l'enceinte :
La porte Montmailler , située à l'entrée de la rue des Combes, et qui servait d'accès à la route de Paris, était la plus ancienne porte de l'enceinte du xnc siècle. Les Chroniques de Saint- Martial en attribuent la construction à l'abbé Pierre Albert, mort en 1048. Elle aurait servi d'abord à fermer le quartier des Combes, qui relevait de l'abbaye de Saint-Martial, et le verger des moines, qui s'étendait par derrière. C'est de cette porte
(1) Viollet-le-Duc, Dîct. rais. cVarchit., T. I, p. 411. <■>) Ihid., T. I, p. 256; —T. II, p. 18.
(3) Ibid., T. II, p. 465.
(4) Ibid., T. II, p. 420.
que nous avons conservé le plus ancien dessin : il figure sur un plan des fontaines du Château au xvc siècle, exécuté peut-être au sujet d'un différend pour le partage des eaux entre les consuls et l'abbé de Saint-Martial (1). La porte Montmailler disputait à la porte Manigne l'honneur des entrées princières. Les consuls reçurent à cette porte, en 1537, Marguerite, reine de Navarre, et, en 1572, le duc de Montpensier et sa fille (2).
En sortant par cette porte, on trouvait à main gauche une première tour carrée, dont nous ne connaissons pas le nom , et à laquelle aboutissait la rue qui descend vers la fontaine des Barres.
Le fort Saint-Martial venait ensuite. Construit depuis 1580, il avait dû succéder à une tour plus ancienne. On fit venir des pierres de Saint-Martin pour sa construction, qui dura quatre ans. A. ce fort aboutissaient deux rues se dirigeant vers le Breuil et le portail Imbert. C'est à tort, pensons-nous, qu'il a été désigné sous le nom de fort Saint-Mathieu (3). Les Registres consulaires, qui reviennent souvent sui; sa construction, l'appellent toujours fort Saint-Martial (4). Comme le fort Saint- Martin , dont nous parlerons plus loin, ce fort est contemporain de Fayen. Sa plate-forme pouvait recevoir dix pièces d'artillerie.
La courtine longeait ensuite la rue des Écoles actuelle, jusqu'en face l'endroit où cette rue rejoint le Breuil, où se trouvait une tour semi-circulaire.
Puis l'enceinte suivait la rue du Balcon actuelle, jusqu'à sa rencontre avec la rue Monte-à-Regret. derrière l'emplacement de l'ancienne porte Fustinie. A ce point, se trouvait une tour carrée, en face de la petite venelle Frègebise, qui existait encore avant l'incendie de 1864 (5).
La porte des Arènes était située à peu près à l'entrée de la rue des Arènes actuelle, et donnait accès aux routes de Bordeaux et d'Angoulême. Comme elle se trouvait dans la partie la plus élevée
(1) Collection de dessins offerts à la Société Archéologique du Limousin par M. Allou.
(2) Reg. cons., T. I, p. 302; T. II, p. 375.
(3) Allou, Descrip. des mon. des diff. âges, p. 202 et 205 , d'après Nadaud et Legros.
(4) Reg. cons., T. II, p. 434, 449, 450 et 471.
(5) Almanach Limousin pour 1865, p. 41 et suiv.
de la ville, c'est dans une de ses chambres que couchèrent les consuls à tour de rôle en 1581, pour mieux observer si les rondes étaient bien faites et quels étaient les absents dans les corps-de-garde (1).
La porte des Arènes, probablement parce qu'elle était entourée de vignes et de maisons en ruines où l'on pouvait facilement se cacher, semble avoir été l'objectif de ceux qui voulaient entrer dans la ville par surprise. Au siècle précédent, en 1426, c'est par cette porte que le consul Gauthier Roy, dit Pradeau, devait introduire dans l'enceinte Jean de Bretagne, sieur de l'Aigie, qui voulait contre toute justice se faire reconnaître pour vicomte. En 1442, François Savoye, au service des Anglais, démasqua le projet de Jean de Montbrun, neveu de l'éveque de Limoges, et capitaine du sieur de l'Aigle, comte de Penthièvre, qui voulait pénétrer dans la ville par la porte des Arènes, alors en réparation.
Immédiatement après la porte des Arènes, se trouvait la tour Chante-Myeule (2), qui fut détruite en 1548, en punition des habitants, lors des troubles pour la gabelle. Après sa reconstruction en 1551, on lui donna le nom de tour de la Brèche (3). C'est à cette tour qu'aboutissaient les anciennes rues du Bélier et du Chaperon.
Bien que le plan de Fayen n'indique qu'une seule tour entre la porte des Arènes et la poterne du Saint-Esprit murée, les Registres consulaires (4) nous apprennent que les consuls de 1536 firent construire, depuis les fondements jusqu'aux créneaux, la tour de Saint-Michel, située entre les tours de Chante-Myeule et la porte du Saint-Esprit.
L'ancienne porte Lansecot ou du Saint-Esprit, qui fut murée en 1373, est désignée par les mots : Porte antiene murée sur le plan de Fayen ; elle était située à l'entrée de la rue du Saint-Esprit actuelle. Cette poterne s'ouvrait entre deux tours. La base de l'une d'elles vient d'être mise récemment à découvert par la démolition de la maison qui formait l'angle de la rue, et qui était construite sur son emplacement. Elle fut ouverte de nouveau en 1548, par
(1) Registres consulaires, T. II, p. 478.
(2) Miaulo, miolar, signifie milan on patois limousin.
(3) Registres consulaires, T. I, p. 417; — Annales manuscrites, p. 331 »'t suivant*
(4) Registres consulaires, T. I, p. 284.
punition des habitants, et elle resta béante jusqu'en 1551. C'est donc à tort que l'abbé Legros (1) dit que le portail du Saint-Esprit fut abattu : on démolit simplement le mur construit en 1373, et la porte resta ouverte comme au xive siècle. Les Registres consulaires (2) ne laissent aucun doute sur ce point.
Tout près de là, et à peu près derrière la chapelle de Saint- Aurélien, se trouvait la tour dont nous avons parlé plus haut (3), que les consuls firent construire en 1570, à la suite d'un écroulement de cette partie de la muraille.
La tour Pissevache (4), qui venait ensuite, était située à peu près dans Taxe de la rue Vigne-de-Fer actuelle ; on la démolit entièrement lors de l'ouverture de cette rue en 1781. C'était une des anciennes portes de l'enceinte du xne siècle, murée en 1373 ; il en est question dans une liste des rentes dues à l'abbaye de Saint- Martial, de 1212 à 1216 (5). Elle s'écroula en 1350 (6). La tour Pissevache est désignée dans quelques titres sous le nom de Poterne de Banleger (7). Fayen l'indique, comme celle dû Saint- Esprit, par Porte antiene murée.
Au-dessous se trouvaient les deux tours des Béjects, construites en 1212 aux frais des Baglagers, qui avaient causé la chute de cent coudées de murailles pour avoir amoncelé des décombres près de cette partie de la muraille. De là le nom de Dejects ou Digiet, donné aux deux tours construites par los Baglangers ou Baglangiers, comme les désignent les Chroniques de Saint- Martial (8). En 1559, les consuls les firent recouvrir à neuf, et ils y mirent une girouette pour remplacer celle qui y était aupa-
(1) Legros, Mémoires en forme d'histoire de Limoges, manuscrit appartenant à M. Pierre Laforest.
(2) Registres consulaires, T. I, p. 424, 448 et 449.
(3) Ibid., T. II, p. 361. « Fust advise..., et que, du couste de la tour de » Pissevache, on feroit une tour que batroit en flanc à lad. tour et à celle du » St-Esperit. Ce que fust faict et exécute. Et, durant que le temps y fust » propre pour la massonnerie, on y feist travailler en grande diligence et par » quantité de maneuvres, tellement qu'en peu de temps la muralhe et lad. tour » furent mises en défense. Et, sans lincommodite du tems, on heusse en peu » de jours mis le tout a perfection. »
(4) Pissevache ou tùe vache, de l'espagnol, pisar, frapper.
(5) Chroniques de Saint- Martial, p. 302.
(6) Ibid., p. 181.
(8) Chroniques de Saint-Martial, p. 194.
ravant, et qui avait été volée (1). En 1563, ils logèrent dans l'une d'elles le chirurgien étranger appelé pour soigner les pestiférés : deux chambres furent garnies de lits et d'ustensiles. Dans l'une, couchait un prêtre qui avait la charge d'administrer les mourants. Le chirurgien et le prêtre moururent trois semaines après et furent remplacés par d'autres (2).
La tour des Anges, reconstruite en 1570, occupait l'angle de la place Haute-Vienne actuelle, en face Saint-Gérald. Fayen n'indique pas cette tour sur son plan. Le P. Bonaventure (3), parlant de la tour des Anges, s'exprime ainsi :
« En 1559, la garnison qui fut mise dans Limoges, travaillant pour achever une plate-forme de terre à la porte des Arènes, dans le petit cimetière, et étant obligée d'aller trouver M. d'Anjou, quatre-vingts pas de muraille tombèrent dans le fossé à l'endroit de la tour des Anges. En creusant les fondements d'une tour, on trouva de la maçonnerie et quantité de mosaïque, ainsi que plusieurs monnaies, très effacées à cause de leur antiquité. On trouva aussi, en fouillant Vautre plate-forme susdite, dans la vigne de Gallichier, une effigie si bien faite, qu'on eut dit qu'elle venait de sortir de la main d'un habile ouvrier. »
D'autre part, les Registres consulaires (4) nous apprennent que les consuls de 1570, qui avaient dû emprunter 2,000 écus pour la solde des soldats qui gardaient la ville, employèrent la plus grande partie de cette somme à faire creuser et monter de terre, bois et gazon la brèche qui avait été faite au mois de novembre précédent par la chute de quinze brasses de murailles devant la terrasse et plate-forme de Saint-Gérald. C'est donc bien sur ce point que se trouvait la tour des Anges et non près de la porte de Arènes.
La porte Manigne, située à l'entrée de la rue de ce nom, était considérée comme la porte principale de la ville, parce qu'elle ouvrait sur le plus riche quartier du Château, et qu'elle donnait accès aux populeux faubourgs Manigne et du Pont-Saint-Martial qui formaient l'entrée de la grande route de Toulouse. Au-dessus de la porte Manigne, et sous une statue de la Vierge, on lisait l'ins-
(1) Chroniques de Saint- Martial, p. 152.
(2) Registres consulaires, T. II, p. 258.
(3) P. BONAVENTI RE. T. III, p. 788.
(4) Registres consulaires, T. II, p. 300.