‹ Limoges d'après ses anciens plansChapitre 4 sur 8 · EV ; E • LAS THOS '. AQEV · texte numérisé non relu

EV ; E • LAS THOS '. AQEV

cription suivante, en grands caractères du xme siècle : dievs

E • S ; MARSALS j LA | GEN DOMNA ; STA • MARIA :. GAR

de ; mainia i am (1). C'est presque toujours par cette porte qu'avaient lieu les entrées des princes ou des grands personnages, pendant le xvie siècle. Les consuls reçurent à la porte Manigne, en 1512, le duc de Bourbon et son frère ; en 1529, Henri d'Albret, roi de Navarre; en 1532, M. Marin de Monchenu, gouverneur ; en 1542, la reine de France; en 1543, M. de Montréal, gouverneur; en 1557, le roi et la reine de Navarre, Antoine de Bourbon et Jeanne d'Albret ; en 1593, M. de Chamberet, gouverneur (2).

C'est aussi près de cette porte qu'auraient été exécutés, en 1563, quatre jeunes gens de Mussidan qui avaient porté les armes pour les huguenots. [Ann. mss., p. 346.)

En 1596, le baron de Sallagnac, gouverneur, accompagné des consuls et du sieur de Bossise, reçut à cette porte les ligueurs, auxquels on avait accordé la permission de rentrer dans la ville. [Ann. mss., p. 376).

Après la porte Manigne, on rencontrait la tour de la Prison, située dans l'axe de la rue du Verdurier. Les restes de cette tour se voyaient encore il y a quelques années lors de la reconstruction de la maison bâtie sur son emplacement. Les prisons n'étaient pas depuis longtemps dans cette tour en 1559 ; car les Registres consulaires nous disent qu'à cette date les deux grandes pièces de campagne furent embraquées, l'une « à la » porte de la Reyne, Faultre à la tour de la prison neufve de la » ville (3) ». A en croire les Annales manuscrites (p. 365), les prisons n'auraient été transférées dans cette tour qu'en 1589.

A la tour de la Prison succédait l'ancienne poterne du Puy- Viei lie-Monnaie, en face de la rue du Canal, murée en 1373 (4). Elle devait son nom à l'ancien quartier des monnayeurs, scutarii, dont nous parlent les Chroniques de Saint-Martial.

(1) Annales manuscrites, p. 93; — Allou, Description des monuments, p. 260; — Texier, Manuel d'épigraphie, p. 204.

(2) Registres consulaires, T. I, p. 57, 185, 218, 339, 359 ; T. II, p. 108 et suiv.; T. III, p. 13.

(3) Registres consulaires, T. II, p. 238.

(4) Annales manuscrites, p. 282.

Les Registres consulaires nous répètent souvent le nom de cette tour à propos du nettoyage des fossés, des réparations d'aqueducs et d'égouts ou de reconstructions de la muraille que les eaux minaient constamment (1). En effet, le trop-plein de la fontaine de l'Arbre-Peint coulait à ciel ouvert dans la rue qui conduisait à la tour Vieille-Monnaie, et en faisait un véritable canal, (par corruption le Canard). Les consuls de 1561 firent construire deux pans de murs et un pilier pour soutenir le chéneau de bois par lequel les eaux du Puy-Vieille-Monnaie étaient déversées de l'autre côté du fossé.

La porte Boucherie, située au bout de la rue du Collège actuelle, autrefois rue Boucherie, devait son nom à une ancienne boucherie située tout auprès, qui dès le xne siècle donnait son nom au quartier Vieille-Boucherie. Les Chroniques de Saint- Martial (2) nous disent que l'on travaillait à sa construction en 1212. C'est de cette porte qu'en 1523 les habitants, grâce à leur artillerie, repoussèrent l'attaque du s1' de Paroutignac, qui voulait loger de force dans la ville avec sa compagnie (3). C'est encore par la porte Boucherie que deux aventuriers, Princay et Dubouschet voulaient se rendre maîtres de Limoges par surprise (4).

Après cette porte, on rencontrait une tour dont nous ignorons le nom ; puis la tour de la Chaufferette ou du Babouit, placée derrière le Collège, près de laquelle passaient les eaux de la fontaine de Joumart et les égouts pour se rendre aux étangs des Tanneries (5). Pierre Mesnager (ms. app. à la Bibl. comm., p. 312) nous dit que cette tour était une des plus hautes de l'enceinte : elle avait 110 pieds, sans comprendre les fondations.

Le fort Saint-Martin, situé près de cette tour, correspondait à l'emplacement de la porte Tourny, démolie seulement depuis 1872. Il avait succédé en 1543 (6) à la poterne de Mirebœuf, qui datait de la construction de la deuxième enceinte. Le vicomte de Limoges aurait fait mettre dans cette tour, en 1202, un instrument

(1) Registres consulaires, T. Ier, p. 277, 364 ; T. II, p. 223 ; T. III, p. 30.

(2) Chroniques de Saint-Martial, p. 80.

(3) Registres consulaires, T. I, p. 128.

(4) Ibid.,T. II, p. 412.

(5) A. Leroux, Inventaire des Archives de la Haute-Vienne, série D. 26, fonds de l'ancien collège de Limoges.

(()) Registres consulaires, T. I, p. 362.

de torture appelé la Dronne, qui servait contre ceux qui ne voulaient pas le reconnaître comme seigneur, ni lui payer les impôts (1). En 1212, elle servait encore de prison au vicomte, d'après une pièce reproduite dans le Limousin historique (2). Le fort Saint-Martin servit de modèle au fort Saint-Martial, construit dix-sept ans plus tard (1560). Comme lui, il présentait une plate-forme suffisamment large pour y placer onze pièces de canons.

La tour de Beauçay, qui se trouvait immédiatement au-dessus, fut réparée et transformée en 1542. On remplaça l'ancienne couverture par une plate-forme dallée, entourée de garde- fous et de gargouilles pour l'écoulement des eaux. Les garde-fous de la muraille, depuis cette tour jusqu'à la dizaine au-dessus du fort Saint-Martin, furent recouverts de pierre de taille, et à la place des anciennes fenêtres, on construisit quinze embrasures de canon ou canonnières (1).

La tour Amblard ou Branlant était placée dans l'axe de la rue Sainte- Valérie, un peu en arrière de celle que l'abbé Amblard fit construire avant 1143, et qui portait son nom ; mais l'enceinte ne s'étendait pas aussi loin du vivant de cet abbé.

Au-dessus de celle-ci, on trouve deux autres tours carrées, placées derrière le quartier Vieillas-Claus, dont nous ne connaissons pas les noms. Puis la muraille se raccordait à notre point de départ, la porte Montmailler.

L'espace réservé aux vergers dans l'intérieur du château, au XVIe siècle, était considérable : outre ceux que possédait l'abbaye de Saint-Martial, presque tous les ilôts formés par les maisons étaient plantés d'arbres. Les Coutumes, en parlant de ces plantations, recommandent qu'elles soient faites à une distance de six pieds de la terre du voisin, sous peine d'être arrachées ou coupées. On peut dire que le tiers de la ville était cultivé en 1594; un des quartiers porte encore aujourd'hui le nom de Verdurier. On accédait à ces vergers par de petites venelles, qui plus tard se transformèrent en véritables rues, par suite de l'accroissement de la population et des dangers que couraient les habitations extra mur os en temps de guerre. Nous reviendrons sur ces transfor-

(1) Ann. mss., p. 179.

(2) Leymarie,- Zim. historique, T. I, p. 354.

(3) Reg. cons., T. I, p. 363.

mations des vergers au sujet des plans des xvn0 et xvme siècles.

Les rues principales du Château étaient celles qui donnaient leurs noms aux dix cantons pour l'élection des consuls, des prud'hommes et des conseillers répartiteurs : c'étaient les rues des Taules, de la Porte (Poulaillère?), Manigne, du Marché (place des Bancs), du Clocher, Fourie, Boucherie (rue du Collège), Lansecot (haut et bas), des Combes, du Vieux-Marché (place du Poids-Public). Il faut y ajouter les rues Bancléger et Ferrerie, qui donnaient leur nom à deux cantons pour la milice bourg-eoise.

Aux quatre petites places de l'enceinte du xe siècle, qui étaient le parvis de Saint-Martial, Dessous-1 es-Arbres, De vant-le-clocherde-Saint-Michel-des-Lions et Devant-le-Breuil, sont venues s'ajouter les cinq suivantes : la place Saint-Pierre-du-Queyroix, oii se trouvaient une fontaine et le Gras, marché aux légumes ; la place des Bancs, où se trouvaient la Boucherie et le pilori ; la place du Vieux-Marché, qui devait son nom au marché placé au milieu ; la place Fontaine-des-Barres, où se trouvait l'arbre de Beauvais, et enfin la place de la Motte, où depuis 1244 ou 1252, à la suite de l'incendie de la rue du Clocher, on avait construit, sur l'emplacement d'anciens étangs, deux réservoirs qui étaient alimentés par les eaux de la fontaine d'Aigoulène.

La Coutume de Limoges nous dit que « les consuls, en leur » nom et en celui de la communauté, font, réparent, nettoient » les étangs du Château, lesquels servent à abreuver, éteindre » le feu et autres choses nécessaires du lieu ci- dessus dit. Ils sont » à la charge de la communauté, et les consuls en gardent les » clefs ».

Les deux étangs étaient séparés par une chaussée qui reliait le Puy-d'Aigoulène à la rue Pennevayre. Le plus grand couvrait la partie de la place qui touche à la rue Bas -Lansecot, et le plus petit s'avançait en forme de delta jusqu'à l'entrée de l'ancienne rue des Fossés. Ils étaient entourés de murettes.

Les étangs étaient un foyer d'infection à cause de la stagnation des eaux et des immondices que l'on y jetait malgré la surveillance des gardiens nommés par les consuls (1). Ceux-ci durent les faire nettoyer à différentes époques, dans la crainte des maladies que les émanations pouvaient engendrer. En 1536, les

(1) Registres consulaires, T. I, p. 176, 213,299, 317, 361, 385.

consuls firent rétablir sur les étangs la cigogne [sigoigne], sorte de machine à tirer de l'eau dont ils se servaient pour punir les boulangers qui avaient trompé le public (1).

Les étangs nous conduisent à la description des cinq principales fontaines publiques indiquées par le plan de Fayen.

Sauf la fontaine des Barres, les fontaines du Château paraissent avoir la même disposition. L'eau arrivait par un tuyau au milieu d'une coupe placée au-dessus d'une margelle assez vaste dans laquelle elle se déversait. La margelle des fontaines servait d'abreuvoir pour les animaux. Les consuls interdisaient, sous peine d'une amende de soixante sous tournois au minimum, d'aller lessiver dans les margelles, si ce n'est cependant les langes des petits enfants (2).

Le plan des fontaines du xvG siècle que possède la Société Archéologique nous a conservé l'image très curieuse des fontaines de l'Abbaye et de la fontaine des Barres ; malheureusement nous n'avons pas la partie de ce plan où se trouvait les autres fontaines du Château.

La fontaine Saint-Martial ou de la Claustre, ou encore du Cloistre Boursier, est la première dont les Chroniques de Saint-Martial fassent mention. Elle était placée au centre de l'ancien cloître de Saint-Martial, qui devint une place publique après la construction des bâtiments de l'abbaye du côté nord de la basilique de Saint-Sauveur, au xm° siècle, construction motivée par l'agrandissement de l'enceinte du Château, et probablement par les empiétements des bourgeois sur les possessions de l'abbaye. Cette fontaine recevait à elle seule autant d'eau que les fontaines du Chevalet et des Barres réunies (3) , qui étaient alimentées comme elle par la source de Combes-Ferrades, au-dessous de la Mauvendière. D'après les Annales manuscrites (p. 147), la margelle de cette fontaine se composait d'un bloc de marbre noir, que l'abbé Pierre II aurait fait conduire, en 1167, de la rue Mazia. Les émailleurs attribuaient des propriétés toutes particulières aux eaux de la fontaine Saint-Martial, et ils s'en servaient exclusivement pour leurs travaux.

(1) Registres consulaires, T. I, p. 299.

(2) Ibid., T. I, p. 4.

(3) Les Registres consulaires (T. I, p. 9 et 15) donnent l'accord pour le partage des eaux entre les consuls et l'abbé de Saint-Martial.

La fontaine du Chevalet, désignée au xmc siècle par fontaine Constantine, comme la fontaine d'Aigoulène, a sa légende à laquelle nous renvoyons le lecteur (1). Elle était placée au bas de la rue des Combes, près de l'hôpital Saint-Martial. L'un des petits marchés de la ville se tenait près de cette fontaine au xvie siècle. Les Annales manuscrites (p. 16) nous en donnent un dessin reproduit par l'abbé Legros, Duroux et Tripon. Les eaux s'écoulaient dans une coupe par cinq ouvertures, et de là dans un bassin en pierre de forme polygonale; le tout était surmonté d'un groupe représentant un cavalier foulant un homme sous les pieds de son cheval.

La fontaine de Saint- Pierre-du-Queyroix était placée entre le parvis de cette église et le Gras. Elle était alimentée par la source d'Encombe- Vineuse. Les Registres consulaires (t. I, p. 238) nous donnent le dessin de cette fontaine en 1534, au sujet de la défense faite par les consuls de ne faire aucune plantation à une brasse de chaque côté des doatz ou conduits, afin d'éviter leur engorgement, sous peine d'une amende de 500 livres. La margelle était un monolithe de 10m de circonférence.

La fontaine Barrée ou des Barres, établie sur l'emplacement de l'ancienne fontaine Servière(Serveira) dont parlent les Clironiaues de Saint-Martial au xme siècle (2), devait son nom aux barres de fer qui protégeaient son ouverture, placée au niveau du sol. On se servait, pour y puiser de l'eau, d'un crochet de douze pieds de longueur (3). La construction de la fontaine actuelle est de 1615. Tout près de cette fontaine se trouvait l'arbre de Beauvais, autour duquel se tenait un petit marché.

La fontaine diAigoulène, dont le nom vient du latin aaua. lents ou du patois aigo leno, eau douce, remonte à l'époque de la construction des réservoirs delà Motte, désignés par les Etangs, vers 1244. Elle reçoit ses eaux de la source de La Borie, près du village de Corgnac (4). Le volume des eaux d'Aigoulène était tel

(1) Annales manuscrites, p. 17, 56, 102, 103.

(2) Chroniques de Saint- Martial, p. 300.

(3) P. Bonaventure, T. III, p. 824.

(4) La source d'Aigoulène est au village de Corgnac, à trois kilomètres du bassin où elle s'épanche. L'eau coule, à 15 et 20 mètres de profondeur, dans un canal de 1™17 de largeur sur l»Hî(i de hauteur. On remarque de distance «mi distance, sur le long parcours de l'aqueduc, des sabliers profonds servant à

au moyen âge, qu'il permettait de remplir les étang\s de la Motte et d'inonder les fossés du Château. La notice de V Atlas de Mercator, au verso du plan de Fayen, fait une remarque qui prouve combien on appréciait cette quantité d'eau à Limoges et quels services elle rendait pour les incendies et pour la salubrité au xvie siècle : « La belle fontaine et estants d'Engoulene ne servoit pas » seulement à la commodité des hommes et abreuvoir des che- » vaux, mais à certains jours et heures de la sepmaine, estans » desbondez, les serviteurs et servantes se tenoient prestz pour » nettoyer les rues et jecter les ordures, lorsque l'abondance de » cette eau passoit devant leur maison... ». Il existait en effet quatre canaux que l'on ouvrait pour le nettoyage des rues.

La fontaine d'Aigoulène était située à l'entrée de la chaussée qui séparait les étangs, à l'angle sud du grand étang dans lequel elle déversait le trop-plein de sa vasque. Elle se composait du bassin monolithe qui existe encore aujourd'hui, dont le diamètre est de quatre mètres, et le poids de dix-neuf quintaux. Les difficultés que le transport et la taille d'une telle masse durent présenter au xiiic siècle constituaient pour le temps un luxe peu commun (1). Le bassin était percé tout autour de douze ouvertures symboliques. Au xvnc siècle, on plaça au centre une statue de saint Martial, aux pieds de laquelle des dauphins rejetaient l'eau. C'est ainsi que les Annales manuscrites (p. 16), reproduites par Duroux et Tripon, nous représentent la fontaine d'Aigoulène (2).

Les sentiments religieux des villes du moyen âge ne se manifestaient pas seulement par les statues de la Vierge placées sur

épurer les eaux, dont la pente totale est de 2m8-3 et le volume de 30 à 33 centimètres cubes. Nous pensons, avec plusieurs écrivains, que cet aqueduc, construit en petit appareil, est d'origine gallo-romaine. Cette opinion est corroborée par les découvertes de médailles et d'urnes cinéraires faites par M. Fayette père dans une des artères de l'aqueduc avoisinant les Arènes. Ces découvertes démontrent que les eaux d'Aigoulène alimentaient l'amphithéâtre et servaient aux naumachies. (Bull, de la Société Arch. du Limousin, T. III et IV.)

(1) Le bloc de granit qui a fourni la margelle est un cylindre de 37 pieds de contour, sur 1 pied 10 d'épaisseur; la solidité de ce bloc est par conséquent de 204 pieds cubiques. Son poids est de 38,360 livres, à raison de 190 livres le pied cube. Le vase qu'on y a taillé contient 80 pieds cubes d'eau (environ 8 hectolitres). —Voyez J.-J. Juge, Changements, etc., p. 70.

(2) Extrait de YAlmanach limousin pour 1865, p. 62 et suiv.

les portes de la ville et aux angles des rues (1), mais encore par les croix ou arbres (2) qu'on élevait à tous les carrefours. Le plan de Fayen ne nous indique que six croix de carrefours ; mais il y en avait neuf dans le Château en 1594.

Quelques-unes de ces croix se trouvaient dans les Andeix 3] ou triangles entourés d'une murette, « où s'exerçait la justice

(1) Parmi les statues de la Vierge qui subsistent encore, nous devons citer, dans l'enceinte du Château, la Vierge de la rue Vigne-de-Fer, enclose dans une niche du xmc siècle; celle de la rue du Saint-Esprit, devant laquelle s'arrête la procession faite en l'honneur de saint Michel; N.-D. des Petits- Ventres, patronne des bouchères, placée vers le milieu de la Boucherie; N.-D. de Lorette (par corruption, du Lorio), au coin d'une venelle en face la rue de ce nom, et qui a aussi les honneurs d'une procession; N.-D. des Langes (loù bouros> rue du Verdurier.

En dehors de l'enceinte du Château, nous trouvons l'ancienne Vierge du faubourg Pont-Saint-Martial ; N.-D. des Paresseuses, rue de la Mauvendière ; la Vierge des Ruchoux, qui partage avec celle des Casseaux le privilège de faire marier les filles qui lui offrent des épingles ; N.-D. de Préservation ou de la Planchette, à laquelle on a construit une chapelle, d'un goût très contestable, au coin du boulevard de la Corderie et de la rue de la Cathédrale; N.-D. du Port, au coin de la rue du Naveix, dans une niche en pierre du xnifl siècle, remarquable par ses vieilles sculptures ; enfin, N.-D. du Battoir, patronne des blanchisseuses, au coin de la rue de l'Abbessaille et de la rue des Roches. C'est une des rares vierges sculptées en Assomption; presque toutes les autres, comme les vierges de l'Orient, comme toutes les vierges du moyen Age, sont représentées en vierge-mère. [IL D.]

(2) L'abbé Nadaud, MM» Maurice Ardant et A. Leymarie, ont pensé que arbre de Beauvais, d'Eygoulène, Ferré, Peint, etc., indiquaient à Limoges un arbre planté au milieu du carrefour. A rencontre de cette opinion, nous pensons, nous, que cet arbre n'était autre que celui de la croix. On disait : l'arbre [de la croix] d'Eygoulène, etc., comme on disait : les Bancs, pour la place des B< charniers, Y Andeix, pour V Andeix de Manignc. Ainsi le voulait la concision du langage populaire. Ce qui a dû égarer les éminents écrivains que nous prenons à partie, c'est: 1° le passage des Annales mss. (p. 18 et 316) où il est dit : « L'an 1507, les consuls firent planter Varbre du triangle de Beuveir »; 2° le paragraphe xxxi de la Coutume de Limoges, ainsi conçu : « Les consuls » font des sièges dans les rues et carrefours, où ils plantent et font planter des » arbres (et nonww arbre) pour donner de l'ombre et de la fraîcheur en temps » d'été, et, quand ils veulent, pour la décoration du Château ». Evidemment, sièges et arbres ne pouvaient convenir à des carrefours à peine suffisants à la circulation. Au surplus, sur tous les anciens plans que nous avons examinés, partout où il y avait un arbre indiqué, cet arbre était invariablement Yurbor crucis delà liturgie. (Almanach limousin pour 1865, p. 51.) [H. 1».|

(3) Andeix, du latin andena, trépied ou triangle d'après Dom Duclou, JHct, du patois limousin, ms. appartenant à M. Roméo Chapoulaud.

» des viguiers, officiers du vicomte, prenant garde aux poidz, » mesures, aunages, mettant prix raisonnable aux bleds, pain, » vin, exerçant la justice et police » (1). Ces andeix servaient aussi de marchés pour les petites denrées que l'on étalait sur les tables de pierres qui recouvraient la muraille du triangle. Le Château comptait quatre de ces petits marchés au xvie siècle, qui furent réunis, vers le milieu du siècle suivant, au Gras du Queyroix pour la vente du poisson et des légumes, à la porte Poulaillère où se tenaient les marchands de volaille et de gibier, et à la Boucherie des Bancs ; ils encombraient trop les carrefours, dont ils interceptaient la circulation.

Le Triangle de Manigne, appelé vulgairement « la croix de V Andeix de Manigne » est mentionné par les Chroniques de Saint-Martial depuis le xme siècle ; ses ferrements furent faits en 1535. Il se trouvait à la rencontre des rues Manigne, Montant- Manigne et Andeix-Manigne.

L 'Andeix du Vieux-Marché est aussi mentionné dans les Chroniques de Saint-Martial dès le xine siècle. Il se trouvait au milieu de la place du Poids-Public actuelle. D'après les Annales ?nanuscrites (p. 16 et 194) qui nous donnent un dessin de ce marché, « l'Àndeix du Vieux-Marché affectait la forme octogonale ; à chacun des angles se trouvait une barre de fer reliée, à sa partie supérieure, à la colonne qui formait le centre. Quelques personnes le désignaient par la Vigne-de-Fer, à cause de la vigne qu'on avait plantée tout autour et qui en rendait l'aspect agréable. Les colonnes avaient été placées en 1236 par Me Thomas Sarlandier, comme l'indiquait l'inscription placée sur l'une d'elles.

h' Andeix ou arbre de Beauvais était placé dans le « cerne » [cercle] des Combes, près de la fontaine des Barres. Les consuls avaient fait planter cet arbre en 1507 (2) au milieu du triangle. « Au corps dudit arbre, il y avoit une barre pour y mettre une » lanterne, et dans lequel triangle y avoit un marché de petites » denrées. »

lu' Andeix de la fontaine du Chevalet était placé entre cette fontaine et l'hôpital Saint-Martial, à l'entrée de la rue Pont- Hérisson.

(1) Annales manuscrites, p. 16, 17, 18 et 194.

(2) Ibid., p. 18 et 316. — Registres consulaires, T. I, p. 14.

Les autres croix isolées étaient celles de la place des Bancs, près le pilori ; Y Arbre d'Aigoulène, près de la fontaine de ce nom ; la croix derrière le Breuil, et enfin la croix Neuve, la plus grande de toutes, érigée en 1513, en face du portail nord de Saint- Michel-des-Lions, en exécution d'un arrêt du parlement de Bordeaux contre les meurtriers de Pierre Bermondet, lieutenant général du sénéchal du Limousin, qui avait été assassiné à Saint-Laurent-sur-Gorre, par le vicomte de Rochechouart- Pontville, Chapelle, Anisy, Indaut et Le Nègre. Le meurtre était représenté en bas-relief sur le socle de la croix (1).

La première place parmi les édifices du Château revient de droit aux édifices religieux, par leur ancienneté et leur importance.

Pour la basilique de Saint-Sauveur, le seul de ces édifices qui ait disparu, nous renvoyons à ce que nous en avons dit plus haut. On remarquait sur le parvis un petit clocheton où Ton mettait des lampes allumées aux vigiles (2). Du côté nord et près de la chapelle Saint-Benoît s'appuyaient les bâtiments de l'abbaye, qui, depuis le xm° siècle, couvraient l'emplacement de la place Royale actuelle et formaient avec l'église un rectangle dont l'un des côtés, celui habité par l'abbé, bordait la rue Pont-Hérisson. Du côté sud, celui que le plan de Fayen nous présente, se trouvaient la porte du Lion, qui devait son nom au grand lion de pierre placé à côté, la petite et la g*rande sacristie, celle-ci de forme circulaire, la maison du marguillier, et le marché au blé, placé dans le coin de l'ancien cloître du xe siècle. Ce cloître était devenu une place publique au milieu de laquelle coulait la fontaine Saint-Martial ou de la Claustre. On remarquait dans l'angle de cette place la petite chapelle de la Courtine, où les religieuses de la Règle se réfugièrent en 1587, au plus fort de la lutte entre les ligueurs et les gens du Roi (3).

La place Dessous-les-Arbres, ou cimetière de l'abbaye, située derrière le chevet de la basilique, et sur laquelle ouvrait la chapelle de Notre-Dame-sou s-les-Arbres, servait aux prédications à certaines fêtes et aux représentations des mystères. Les bourgeois de Cahors y représentèrent les miracles de saint Martial en 1290

(1) P. BONAVENTURE, T. III, p. 748.

(2) Jbid.,T. III, p. 182.

(3) Ann. mss., p. 370.

et 1302; leur exemple fut suivi plus tard par les bourgeois de Limoges et le clergé. Les Registres consulaires nous donnent l'accord intervenu en 1521 entre l'abbé de Saint-Martial et les consuls, d'après lequel ces derniers avaient seuls le droit de police et de justice sur la place Dessous-les- Arbres pendant la durée de la représentation des mystères (1). En 1533 on représenta le mystère de sainte Barbe et de Théophile pendant neuf jours. C'est aussi sur cette place qu'eurent lieu les élections des consuls de 1547, à cause de la peste (2).

Le beau jardin de l'hôpital Saint-Martial, indiqué par le plan de Fayen, faisait suite au cimetière de l'abbaye et le séparait du quartier de Vieillas-Claus.

L'église de Saint-Pierre- du-Queyroix devait ce nom à sa position au milieu d'un carrefour, et aussi pour la distinguer de celle de Saint-Pierre-du-Sépulcre, accolée à la basilique de Saint- Sauveur ; elle se présente à nous à l'ouest et au sud. Sur la place, devant le clocher, étaient la fontaine Saint-Pierre et le Gras. Le parvis était planté d'arbres. Dans le cimetière qui entourait le côté sud se trouvait une petite chapelle.

L'église de Saint-Michel-des-Lions, ainsi désignée à cause des lions de pierre placés près de son portail méridional, et pour la distinguer de la paroisse extràmuros de Sain t-Michel-de-Pistorie, avait son cimetière derrière le chevet. En 1560, le chanoine de Chansat fit construire la chapelle de Notre-Dame-des- Aides, en expiation d'un sacrilège commis par les protestants. Ceux-ci avaient renversé la statue de la Vierge placée à l'un des angles extérieurs, et désignée par Notre-Dame de la Place, et lui avaient coupé la tête sur le pilori des Bancs (3). Legros dit que la chapelle fut construite à l'occasion d'un meurtre commis auprès de cette église pendant les guerres religieuses (4). La chapelle faisait saillie sur la place de la Préfecture actuelle; on la démolit en 1854 pour dégager cette place.

La chapelle de Saint-Aurélien , annexe de la paroisse de

(1) Chroniques de Saint-Martial, p. 137 et 138. — Registres consulaires, T. I, p. 110 et 226.

(2) Ann. mss., p. 330.

(3) Ibid., p. 342. — La statue décapitée de la Vierge existe encore. M. Pinot, curé-doyen de Saint-Michel-des-Lions, Ta fait placer derrière le maître^auteL

(4) Legros, Recherches sut Saint-Michel-des-Lions, p. 33.

Saint-Cessateur, nous apparaît, comme aujourd'hui, au fond d'une petite place, vers le milieu de l'ancienne rue Torte (rue de la Boucherie actuelle;. Elle fut reconstruite en 1475 (1), sur l'emplacement de celle où avaient été déposés, en 1315, les restes de saint Aurélien, deuxième évêque de Limoges, qui est en très grande vénération dans le quartier de la Boucherie.

11 est à remarquer qu'en 1594, date du plan de Fayen, il n'y a encore aucune communauté religieuse établie dans l'enceinte du Château.

Parmi les édifices civils, la première place revient à la Maison- Commune ou le Consulat, qui, en 1594, était située au milieu de la rue de Font-Grauleu (rue du Consulat actuelle). D'après M. Louis Guibert (2), la Maison -Commune s'était établie, au commencement du xiiic siècle, au-dessous du cimetière de l'abbaye de Saint-Martial, près de l'entrée de la rue Saint-Nicolas actuelle, puis, dans l'ancienne rue des Fossés, qui passait au-dessous de l'église des Récollets de Saint-François, et enfin, avant 1487, rue de Font-Grauleu. La Maison-Commune était d'une modeste apparence ; elle s'ouvrait sur une cour intérieure pavée, qu'un mur couronné de créneaux fermait du côté de la rue. Au rez-dechaussée se trouvait une salle obscure et basse, de vingt pieds de long sur huit de large, qui servait de chambre du conseil, et d'une grande pièce mal close où se tenaient les assemblées générales de la commune. Il fallait que la commune fût bien pauvre en 1529, pour être réduite à affermer une partie de sa Maison, afin de se procurer la somme nécessaire pour ses réparations (3).

Derrière la Maison-Commune se trouvait un petit jardin qui avait une sortie sur la venelle delà Barrer ette ; celle-ci partait de la rue Cruche-d'Or, pour aboutir dans le bas de la rue Montant- Manigne. C'est par cette venelle qu'en 1591, à l'occasion de l'émeute causée par les Verrouillais, qui troublaient les élections consulaires, les consuls et l'intendant Turcant firent sortir les troupes qui cernèrent la rue de Font-Grauleu (4).

Les Grands Jours du Parlement de Bordeaux se tinrent

(1) Annales manuscrites, p. 227 et 309.

(2) Almanach limousin pour 1882.

(3) Registres consulaires, T. I, p. 17G. (1) Annales manuscrites, p. 373.

dans la Maison-Commune de la rue Font-Grauleu en septembre et octobre 1541 (1).

Le Palais, où depuis 1551 siégeait le présidial, s'élevait sur l'emplacement de l'ancienne maison des frères de Pérusse, achetée en 1316 par le vicomte Gui. Cette maison, qui touchait à Saint- Michel-des-Lions du côté nord, était devenue la maison curiale de cette église. Elle fut échangée en 1551, avec le curé, contre les dîmes de Saint-Lazare (2).

Le Brenil (préfecture actuelle), situé à côté, se composait d'une grande maison qui servait de résidence aux princes et aux grands personnages de passage à Limoges. Au xvie siècle, il reçut : en 1512, le duc de Bourbon et son frère ; en 1542, le président du Parlement de Bordeaux, qui présidait les Grands Jours à Limoges, et la reine de France; en 1543, le gouverneur de Montréal ; en 1556, le roi et la reine de Navarre ; en 1570, le gouverneur de Ventadour et le marquis de Villars ; enfin en 1597, le gouverneur d'Epernon (3).

Le Breuil paraît avoir supplanté l'ancien logis royal du xve siècle, la grande maison de Guillaume de Julien, appelée le Bastiment ou la Bayardère, où étaient descendus Charles VII et Louis XI, pendant leur séjour à Limoges. C'est dans cette maison que s'établirent plus tard les Récollets de Saint-François (4).

Le Collège, d'abord établi par les consuls de 1525 entre l'église Saint-Pierre- du-Queyroix et les murs delà ville, s'agrandit en 1555 de la maison de Jean et Aymeric Veyrier, située rue Boucherie, que les consuls exproprièrent en vertu d'un mandement de Henri II (juillet 1555) qui leur donna le droit d'imposer les habitants pour subvenir aux frais de la nouvelle construction. En mars 1561, les consuls obtinrent de Charles IX un nouveau mandement qui leur permit d'employer les biens et les revenus des confréries de la ville et de la sénéchaussée pour couvrir les frais de la construction. Antérieurement au collège de 1525, l'instruction supérieure était donnée par quelques prêtres séculiers sur la place Saint-Gérald, indépendamment des Carmes et des

(1) Annales manuscrites, p. 326.

(2) Ibid., p. 227 et 334.

(3) Ibid., p. 317, 326, 327, 328, 335. — Registres consulaires, T. I, p. 337, 339, 359 ; — T. II, p. 103, 108 et suiv. 362, 365 ; — T. III, p. 35.

(4) Chroniques de Saint- Martial, p. 203 et suiv.

Jacobins. L'instruction primaire était donnée par plusieurs maîtres des petites écoles, qui apparemment devaient se trouver dans la rue qui porte encore le nom de rue des Ecoles aujourd'hui ; mais les Registres consulaires ne nous disent rien à ce sujet (1). En outre des" quatre petits marchés ou Andeix dont nous avons parlé plus haut, le Château possédait :

Le marché de la Porte-Ponla illcre , pour la volaille et le gibier, sur remplacement de l'ancienne porte de ce nom, seul point de L'enceinte du x° siècle que Fayen indique par un astérisque, et qui se trouvait au milieu du carrefour formé par les rues des Taules, Poulaillère, Fourie et du Consulat.

La Boucherie, au milieu de la place des Bancs actuelle, autrefois place des Bancs-Charniers, où les boucliers étaient tenus d'apporter toute la viande mise en vente, dès le xui° siècle.

Le Gras, marché aux légumes et aux poissons, placé au milieu de la place Saint-Pierre, et qui remontait aussi au xm° siècle : les consuls de 1536 en firent relever les murailles et élargir les deux portes (2).

Le marché au blé ou la Claustre, ou encore le Cloistre Boursier, s'était installé dans l'ancien cloître de l'abbaye Saint- Martial, près de la basilique, et derrière une maison qui bordait la rue des Taules.

L'hôpital Saint-Martial, dont les Registres consulaires (I, 25 nous donnent une curieuse image, était construit sur remplacement de la caserne des Pompiers actuelle. C'était le seul établissement charitable renfermé dans l'enceinte du xvi° siècle. Les Chroniques de Saint-Martial font remonter la construction de l'hôpital Saint-Martial de 1209 à 1211 ; c'était le plus important des hôpitaux de Limoges qui existaient alors. Le Pom7tédeNadaud nous en donne une description faite en 1604 : « Vous y voyez dans » le réceptacle une chapelle avec son autel où se dit messe deux » ou trois fois par semaine, et tout joignant à la grande salle » garnie de lits à quatre rangs, bien couverts, avec deux che- » minées et autres chambres de lessive. Par le haut, il y a Là » grande salle bien garnie de lits couverts, avec les chambres des

(1) fagtStm consulaires, T. I, p. '2?.); - T. II, ». M. 829, - BOHAY., T, III.

p> 759. — Lbroi \, lurent, dès Arch. de la Haute-Vienne, iôrie D, fonds de l'ancien collège de Limoges.

(2) Registres consulaires, T. I, p. 276*

» prêtres de l'hôpital et autres pour les nécessiteux. Ou avait le » moyeu de loger tous les jours 300 pauvres. » L'hôpital Saint-Martial avait un très beau jardin qui s'étendait jusqu'au cimetière de l'abbaye.

Limoges possède bien peu de maisons du style de la Renaissance. Dans son Histoire de la peinture sur verre en Limousin , M. l'abbé Texier signale la maison de Voyon, place des Fossés, construite en 1564, et que l'incendie du 15 août 1804 a fait disparaître. Plusieurs maisons des rues du Temple et du Consulat furent transformées au xvic siècle. Lorsqu'on entre dans les cours de ces maisons, on est surpris de l'élégance de leurs larges escaliers en pierre et de la beauté de leurs colonnes aux chapiteaux artistement fouillés.

Plusieurs maisons possédaient des tourelles : l'édition française du plan de Fayen, donnée par Jean Leclerc en 1621, nous en montre : places Saint-Pierre et Fontaine-des-Barres ; rues Boucherie, du Canal, Manigne, Cruche-d'Or, Poulaillère, du Mûrier, du Clocher, des Arènes et des Combes.

En résumé, Fayen nous donne bien la physionomie du Château à la fin du xvie siècle. S'il a fait quelques omissions de peu d'importance, c'est qu'il aura craint de rendre son plan confus. C'est à dessein, nous le pensons, qu'il a omis quelques-unes des tours et qu'il n'a pas multiplié les renvois pour des édifices qui se confondaient avec les maisons avoisinantes : la chapelle de la Courtine, la Bayardère, les petits marchés des Andeix, et quelques croix de carrefour. Toutes les indications fournies par ce plan viennent appuyer l'histoire de notre ville.

En terminant cette étude topographique de Limoges au xvi" siècle, on nous permettra d'extraire de la notice sur le Limousin imprimée au verso du plan de Fayen les passages suivants, qui ont été reproduits littéralement par presque tous les géographes du xvne siècle :

« H y a quantité de vin aux environs de Limoges, mais

» verd et peu agréable ; toutes fois on y en boit d'assez bon qui » vient du Bas-Limosin. Le pain, la chair, les fruits, le gibier, » la venaison et choses semblables y sont à bon prix, tellement » qu'il fait du tout bon vivre à Limoges

» Le mesnagement des Limosins est si grand, qu'aujourd'hui » Limoges se voit autant marchande qu'autre qui se puisse voir. » Elle abonde non-seulement en bons artisans de tous mestiers,

» mais aussi en peinture faite en esmail (1), estant surtout » bornée d'homes doctes et curieux. Bref, ceste ville est une vraye » boutique de diligence et prison d'oisiveté. La chasteté y est » en recommandation aux femmes, et la miséricorde. »

Les vers de Jean Puncteius, qui suivent, rendent hommage eux aussi à l'aptitude commerciale des Limousins (2).

L'image du Château de Limoges au xvie siècle, avec son enceinte garnie de vingt-deux tours et ses grandes églises, met parfaitement en saillie la foi et le patriotisme de ses habitants.

Page 1