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ARISTOTE ET LA GRAMMAIRE DU XX^ SIECLE

vaines, attestant une curiosité inutile propre à l'état d'esprit des grammairiens de la vieille école. Soit. Mais enfin, il a existé des règles dans le passé, qui subsistent partiellement dans le présent, même dans le langage parlé, et qui, sans être peut-être d'un grand intérêt philosophique, n'en demandent pas moins une explication, comme tous les faits linguistiques, comme tous les faits réels. Sur ces règles et sur d'autres du même genre les grammairiens d'aujourd'hui ont écrit de volumineux ouvrages de caractère historique, et dont l'intérêt est justement et uniquement d'être historique. Pour « remettre ces règles au milieu des faits qui les expliquent » (//'., 38), pense-t-on qu'il soit utile de commencer par dépouiller les faits de ce qu'ils offrent de tangible, et de suivre les vicissitudes des règles dans les vagues catégories de l'Espace, du Déterminé, de l'Indéterminé, de la Caractérisation ?

Il importe, nous dit-on, de rompre définitivement avec Aristote et de briser les cadres désuets de la grammaire antique : « Après épreuve, après des années passées à chercher la solution du problème, j'ai été amené, écrit M. Brunot (th., XXIX, I, 166), à penser qu'aucune retouche à l'ancien plan ne pouvait suffire, qu'aucun reclassement des phénomènes grammaticaux ne saurait échapper aux défauts inhérents à la classification d'Aristote. Les parties du discours ont fait leur temps. Cest une scolastique qui doit à son tour disparaître ».

Un pareil manifeste remplira d'émoi les esprits prudents, qui ne voient pas très bien en quoi peut consister la grammaire d'une langue indo-européenne, sans verbes, sans substantifs ou sans adjectifs. Briser les cadres, monter sur la borne Aristote, et annoncer aux foules l'abolition des cinq parties du discours, voilà un programme inquiétant. Mais qu'on se rassure. S'il fait une révolution, l'érainent auteur de V Histoire de la langue française tient compte des

situations acquises. Il ajoute prudemment : « Je ne veux pas dire bien entendu que demain il n'y aura plus de noms, de verbes ou d'adjectifs. » Et nous applaudissons avec enthousiasme à cette déclaration.

Car enfin, s'il y a un énorme filtras dans Aristote et chez les grammairiens postérieurs, jusqu'à, et y compris, ceux du xx^ siècle, et s'il est vrai que nous verrons disparaître avec plaisir l'encombrant attirail de certains exposés dogmatiques, il faut reconnaître que l'homme de Stagire, en appliquant à l'étude des langues ses facultés d'observation et de raisonnement exceptionnelles, nous a rendu de signalés services.

Il est heureux qu'il soit né en Macédoine, et non en Chine, en Indo-Chine, ou ailleurs encore, et que tout lefFort de son analyse ait été appliqué à l'étude d'une langue comme le grec, assez comparable après tout dans sa structure aux langues néo-latines qui nous occupent. Les plus grands réformateurs des temps modernes ne feront pas que l'homme cesse d'être un animal à deux pattes et, somme toute, raisonnable, comme il l'était déjà du temps d'Arlstote. Ils n'arriveront pas non plus à nous convaincre que les catégories des « noms », qui désignent les choses, et des « verbes », qui désignent les procès, soient de pures inventions d'un philosophe qui n'avait aucun sens des réalités objectives.

La distinction du nom et du verbe n'est pas, il est vrai, aussi perfectionnée dans toutes les langues qu'elle l'était dans le grec que parlait et que lisait Aristote, mais enfin c'est un fait qu'il n'y a pas d'idiome, au moins parmi nos langues occidentales, où cette distinction ne s'exprime toujours par quelque procédé grammatical (v. Meillet, Ling., 175). Même en anglais love « amour » et love « aimer », qui sont identiques formellement, ne se confondent pas, puisqu'on dit tbe love, s'il s'agit d'un nom, I love, you love, to love, s'il s'agit d'un verbe. La valeur et la fonction de

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