LES CATEGORIES GRAMMATICALES
cette unité linguistique qu'on peut abstraire et à Liquelle on donne le nom de « mot », ressortent tout autant des éléments qui l'entourent dans la phrase, et de la place qu'elle occupe par rapport à ces éléments (Tu le vois. — Le voistu ?), que de la forme du mot lui-même et des intonations sur lesquelles le groupe syntaxique est prononcé.
Quant aux phrases elles-mêmes, il serait vain, bien que l'entreprise puisse séduire les esprits audacieux, de vouloir abattre la barrière qui a toujours séparé et séparera toujours les phrases nominales et les phrases verbales. L'homme est un animal raisonnable ; Ma patience est à bout sont des phrases nominales,parceque ce sont des phrases qui affirment quelque chose au sujet de quelque chose ou de quelqu'un. Nos illusions s'envolent; Asseye:(-vous là sont des phrases, verbales, parce qu'elles expriment des procès.
C'est en vertu d'un sophisme que l'ancienne « grammaire raisonnée « s'évertuait à ramener les procès aux états ou les états aux procès : Nos illusions sont s'envolani ; Sois là t'asseyant. Les deux types de phrases sont profondément différents en fait, et c'est pure chimère que de vouloir les confondre pêle-mêle dans le même casier conceptuel, au nom de la logique ou des prétendues lois de la pensée. Il serait vain de vouloir faire qu'un nom soit un verbe, et un verbe un nom. La chose peut être déclarée impossible, parce qu'en fait on ne la constate pas linguistiquement parlant.
Un partisan de la méthode nouvelle m'exposait naguère que le substantif, comme le verbe, peut marquer l'action : la crainte des ennemis peut signifier également que les ennemis craignent, ou que l'on craint les ennemis, mais dans un cas comme dans l'autre, ajoutait mon savant interlocuteur, K le substantif marque l'action » et par conséquent la distinction entre le nom et le verbe n'est pas une distinction fondamentale.
Partant de cette idée, on nous démontrera sans doute clair
comme le jourque la peur des coups exprime uneaction et que le substantif peur est un verbe. Cet argument spécieux ne déconcertera point les grammairiens de la vieille école, qui sont rompus depuis longtemps aux secrets du « génitif objectif» etdu« génitifsubjectif ». Et ils n'auraient point de peine à répondre que l'action ouïe procès peuvent être considérés en tant qu'action et procès ou en tant que faits. Dans le premier cas Ion a affaire à des verbes : il a peur des coups, il se tient à l'écart ; on a affaire à des substantifs dans le second : la peur des coups le tient à Fécart. Assurément, en fait, les deux phrases expriment la même réalité de la vie courante. Mais étudier la linguistique, ce n'est pas étudier la vie courante, c'est étudier ce fait qui s'appelle la langue. Les distinctions de temps, de mode, d'aspect, tic. n'ont pas moins de raisons d'être que les distinctions de verbe ou de substantif, etc. Car un procès, se développant toujours dans la durée, peut être considéré à divers stades de son développement, et peut enfin affecter dans un sens ou dans un autre l'attitude mentale du sujet qui parle. D'où il ressort, sans qu'il soit besoin de nouveaux exemples, que beaucoup parmi les vieilles catégories grammaticales, aussi bien celles qui ont été découvertes dans des temps relativement modernes par un nouvel efîbrt d'analyse, que ce41es qu'Aristote ou les grammairiens anciens avaient déjà signalées, sont les cadres inévitables, que la syntaxe révolutionnaire brisera si cela lui convient, mais auxquels elle sera en fin de compte fatalement ramenée.
Les catégories de phrases nominales ou verbales, concessives, conditionnelles, etc., véritables catégories linguistiques, répondent à des groupements types de mots, qui se sont constitués dans les langues par suite du fait même de la répétition des mêmes formules. Ces formules toutes élites s'imposent par leur fréquence à l'attention et à la mémoire des sujets qui les répètent et qui finissent par créer