LA SCIENCE LIXGUISTIQ.UE
qui relèvent delà fantaisie personnelle et du goût collectif, on peut concevoir, et l'histoire nous montre en fait, que des révolutions profondes ont été acceptées par les générations nouvelles, parce que la fantaisie est ailée, et que le goût est chose essentiellement variable dans le temps et dans l'espace, quoi qu'en aient pu dire certains théoriciens étroits. En France, les productions de Monet et de l'école impressionniste ont tout d'abord fait hurler le public, à qui on les présentait dans des salons d'Indépendants, et qui maintenant les admire au Luxembourg, voire au Louvre. Comme l'œil a fini par s'habituer aux procédés d'analyse propres aux peintres de la lumière, l'oreille moderne s'est faite peu à peu aux dissonances, aux rythmes quinaires, aux brisures des cadences, par quoi les Debussy et les Albeniz l'ont d'abord déchirée puis charmée.
Tout, ou presque tout, est possible dans le domaine du goût comme sans doute dans celui de la politique. A priori il n'est pas de forme d'état ou de société qui ne puisse s'établir et durer au moins un certain temps, même la forme anarchique.
En matière de science, cette liberté sans frein devient inadmissible, parce que la vérité scientifique échappe aux variations du goût, aux évolutions des mentalités individuelles ou collectives. Sans doute la vérité scientifique n'est pas éternelle : les progrès mêmes de la science attestent qu'elle n'est jamais parfaite. Mais ces progrès dépendent de ce qu'il y a de plus stable en nous : de la raison. Ils sont inconciliables avec l'arbitraire qui se donne plus ou moins libre cours dans les arts, dans les lettres, ailleurs encore.
La vérité linguistique, comme toute vérité scientifique, ne sortira ni d'une recherche maladive ou enfantine de la nouveauté, ni d'un chambardement général desconnaissances et des méthodes.
Ici, plus qu'ailleurs peut-être, l'utopie, l'intuitionnisme et en même temps le vain étalage d'une fausse précision scientifique, voilà les ennemis.