‹ Linguistique et dialectologie romanes problèmes et méthodesChapitre 147 sur 149 · ZONES MATRIMONIALES · texte numérisé non relu

ZONES MATRIMONIALES

n'a pas et ne peut avoir la portée générale qu'il lui attribue. Que prouvent les registres des paroisses et des communes sur lesquels les époux et leurs témoins ont apposé leur signature ? Pas grand'chose, pour ce qui concerne la question de l'établissement réel et des pérégrinations des familles nouvellement créées.

Peut-on s'appuyer sur ces documents pour étudier le mouvement véritable des populations ? Les conclusions que l'on tire d'un événement de ce genre, administratif ou religieux, dont la localisation momentanée est bien souvent fortuite, nous paraissent vraiment excessives. Le fc connubium » de Salluste était autrement probant, car il s'appliquait à l'union elle-même, union réelle entre sujets numides et sujets phéniciens, demeurant à Leptis, et non à la célébration de cette union entre personnes éminemment sujettes à se déplacer, et dont on ignore le plus souvent la provenance passée et la destination future.

Nous n'énumérerons pas, n'étant pas sociologue, toutes les conditions si diverses dont il faudrait tenir compte, si Ton voulait avoir une image fidèle et complète des mouvements de la population. Mais, en revanche, nous 'pouvons affirmer que le nombre des phénomènes linguistiques que M. Terracher a suivis sur le terrain pour les étudier en fonction des causes sociologiques, est notoirement insuffisant. Et c'est la deuxième raison pour laquelle l'auteur ne pouvait aboutir qu'à des résultats incertains.

En secantonnant dans l'examen de deux douzaines au plus de. faits morphologiques (voir Atlas, cartes I à XVIII), parmi lesquels on introduit en contrebande quatre ou cinq traits phonétiques ÇAtlas,CcLrte XVII et Aires, p. 113), on restreint d'une manière abusive le champ des phénomènes à observer. Et, ce faisant, on ôte toute valeur aux conclusions générales sur la propagation des normes linguistiques et l'influence des faits sociaux sur cette propagation.

Bien que les rapports entre la linguistique et la socio-

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logie soient intimes, le moment ne nous semble pas encore venu d'instaurer une étude définitive de ces rapports. La science sociologique est peut-être arrivée à un point de perfection qui autoriserait une telle entreprise. Nous l'ignorons.

Mais ce qui est bien certain, c'est que, malgré ses progrès immenses, la linguistique néo-latine qui, — ne l'oublions pas — étudie avant tout, comme toute linguistique, les phénomènes du langage, est encore bien imparfaite. La connaissance et l'interprétation des faits linguistiques, considérés du point de vue purement linguistique, sont encore, si l'on va au fond des choses, assez rudimentaires presque partout dans le domaine roman.

Lorsque les linguistes auront une notion technique suffisante de ces faits et de leurs rapports, il sera temps que la science du langage profite des progrès de la sociologie et de la démographie. Jusque là, traiter les questions de ce genre, c'est proprement battre les buissons au lieu de suivre vers le but véritable le grand et sûr chemin.

Ce but, vers lequel nous devons tendre, n'est pas la vaine gloire d'avoir dit à tout prix « quelque chose de nouveau >^.

Ce sont les vérités nouvelles, ou plutôt c'est la vérité, toujours nouvelle, qui doit nous passionner.

En progressant méthodiquement, du connu à l'inconnu, sans sauts brusques et sans vouloir brûler les étapes, en observant toujours mieux la nature, nous pouvons espérer mettre en pratique la formule d'Herbert Spencer et serrer de plus près /Cette chose insaisissable, cette vérité que la science ne connaîtra sans doute jamais complètement.

La linguistique n'est ni un vain amusement, ni un art, ni une discipline soumise aux caprices des individus ou des multitudes. L'on ne saurait revendiquer pour elle une place trop honorable parmi les sciences.

Dans les lettres, en peinture, dans tous les domaines

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