‹ Linguistique et dialectologie romanes problèmes et méthodesChapitre 71 sur 149 · PRETENDUES « EXCEPTIONS · texte numérisé non relu

PRETENDUES « EXCEPTIONS

théories telles que celle des Mirages phonétiques. Qu'il y ait même un rapport de nécessité entre les différents éléments dont se compose un système phonétique déterminé, c'est ce qui apparaîtra aussi sans doute, mais à la condition qu'on veuille bien faire une distinction entre deux notions voisines qui sont trop souvent confondues, la notion de tendance phonétique et la notion de loi.

Nous nous attacherons à définir sommairement ces deux notions ; mais auparavant il importe d'éliminer certaines interprétations fautives qui, si elles étaient acceptées sans vérification, risqueraient d'obscurcir le débat.

On a signalé bien souvent des « exceptions » aux lois phonétiques ; mais ces exceptions, purement apparentes, ne font qu'attester un défaut d'analyse de la part de ceux qui les ont formulées. Les conditions dans lesquelles se produisent certaines évolutions de phonèmes sont parfois extrêmement complexes, et, faute de les avoir déterminées avec précision, certains ont cru se trouver en présence d'exceptions, là où ils n'avaient affaire qu'au produit normal du mécanisme phonétique propre à lidiome. Nous l'avons indiqué à propos du passage de ^ à / en vieux provençal (R. l. )'., LVII, 189-203) et du traitement de e dans le patois de Labouheyre (ib., LX, 73-96). Ce dernier exemple montre d'une manière significative la nécessité dans laquelle se trouve le romaniste départir du latin pour expliquer les faits en apparence les plus modernes des patois romans.

Pour avoir négligé de suivre cette marche, les dialectologues de la jeune école ont souvent brouillé, au lieu de les éclaircir, les faits qu'ils prétendaient expliquer. Le cas de essoin au lieu de essaim <C excimeii, où la tonique repose sur il latin, est bien différent du cas de avoine pour aveine << ûvenaui, où la tonique repose sut e (^Abeille, iir-2). Les /îlV/ « faire », inîve:^d « maison » ont beau avoir un f a pré-

cédé d'une labiale », comme Jiuè « foin » etavwen « avoine » (/'/'., 203), ils n'en sont pas moins foncièrement différents.

L'auteur de l'Abeille (201-3) souligne les embarras ou les contradictions des romanistes qui ont essayé de rendre compte du vocalisme des mots fohi, moins, avoine, en regard de mène, peine, veine. Pour les uns, les trois mots en oi sont dialectaux; pour les autres, deux seulement le sont : foin et avoine ; moins (et moindre^ ne le sont pas. Selon M. Gilliéron, M. Meyer-Lûbke a eu tort de « désolidariser » ainsi ces mots au gré des explications, « car ils présentent un cumul de points communs qui exclut formellement toute interprétation ne les englobant pas ».

Ce « cumul de points communs » qu'on oppose à l'auteur de la Grammaire des langues rojnanes, n'empêche pourtant pas minus et viinor de se classer à part avec *mïnat, puisque, dans ces trois mots, Vé latin -|- nasal est bien précédé d'une labiale, comme dans les autres, mais que cette labiale est nasale. Or pour *mmat, comme pour minus et niinor, oi est attesté dans les textes du moyen âge : moigne subj. de mener, Tristan de Béroul, 1934. Il n'y a donc aucune inconséquence de la part de M. Meyer-Lùbke, à séparer le cas de minus des cas de fènuni et avenant. Sa véritable inconséquence a été d'une part de confondre *mïnat avec venam et pënam et d'autre part de ne pas avoir distingué ces deux derniers de nfuius et nùnor.

On conçoit aisément que m ait favorisé le développement d'un élément lu, là où p et même v étaient impuissants à le faire. Il s'agit d'un phénomène d'assimilation : dans minus, minor, *minat, la force d'induction labialisante contenue dans Vm a été augmentée par le fait que la voyelle tonique se trouvait non seulement précédée de labiale, mais encore à la fois .précédée et suivie de nasale. La labiale m, étant une nasale, préparait la nasaliré de Vu subséquente, et tendait par là-même à maintenir son articulation totale, d'où le degré labial sous lequel apparaît le

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premier élément de la diphtongue : moins, moignc, moindre mais veine, peine.

Quant à foin et avoine, il est bien difficile de renoncer à l'explication par un emprunt aux dialectes de l'Est (Lorraine et Bourgogne), où ei a passé à oi même devant nasale : ploin <. plénum, poine <^plnam, etc. Jusque vers le xvi^ siècle, le français connaît /m? et aveine, dont se ser\'ait encore Racine.

L'observation aussi exacte que possible des conditions dans lesquelles se trouvent les phonèmes dont on étudie le développement, est une nécessité dont la linguistique romane — non plus que toute linguistique — ne saurait se dispenser impunément.

Une de ces conditions essentielles est la place de l'accent. A peu près tout le vocalisme roman et une bonne partie du consonantisme reposent sur la distinction des syllabes toniques et des syllabes atones. Cette distinction explique les différences considérables qui régnent dans le traitement des voyelles et de certaines consonnes durant toute la période romane primitive avant l'apparition des premiers textes.

Ces différences sont dues, comme on l'admet en général, à la nature de l'accent, qui, en roman commun, a été un accent d'intensité, alors que, dans le latin littéraire, tout nous indique qu'il avait la valeur d'un accent de hauteur musicale.

Les conditions de l'accentuation du roman commun sont-elles restées les mêmes durant la période historique de la vie des langues romanes ? Et, si l'accent des idiomes romans attestés depuis la fin du haut moyen âge jusqu'à nos jours est toujours un accent d'intensité, ou du moins comporte une part d'intensité, a-t-on le droit, quand on étudie l'évolution phonétique de ces idiomes postérieurement à l'époque romane primitive, de ne tenir aucun compte de la place de l'accent ?

A ces questions, sans se prononcer d'une manière précise au sujet de la nature de l'accent, M. Terracher a répondu par l'affirmative, du moins en ce qui concerne l'histoire du français {B. S. L., XXI, 152) : « Personne à ma connaissance n'a découvert qu'une voyelle ou une diphtongue du plus ancien français, se soit, au cours de l'histoire du français, développée différemment, selon qu'elle se trouvait dans une syllabe portant en latin l'accent d'intensité ou dans une syllabe ne le portant pas : 1'^ du plus ancien français arbre ne s'est point transformé autrement que Va du plus ancien français argent; l'ai de mai n'a pas eu un autre sort que l'ai de maison ; nieis est devenu mois, comme nieisson moisson : le 01 des deux premières syllabes de entendre est identique ; etc., etc. »

Voilà encore une belle découverte !

D'abord, que le traitement de ei ait été indépendant de l'accent durant l'histoire du français, rien n'est moins sûr. VEulalie ayant ei pour é tonique Çconcreidre) et pour c atone Çpleier^, mais le fragment de Jonas ayant noieds ■< necatos, on peut légitimement conclure que le passage de ei à 0/, fait relevant de la période historique de la langue, s'est produit d'abord en syllabe atone et plus tard seulement en syllabe tonique.

Mais laissons ce point particulier. La question est assez grave pour demander un examen d'ensemble. Si rapide soit-il, cet examen va nous montrer que la proposition de M. Terracher n'est acceptable en aucune façon.

En s'appuyant sur des faits où l'action de l'accent a été presque nulle dès l'origine, et sur d'autres où cette action, très réelle à une époque ancienne, est terminée depuis longtemps, on nie l'influence de l'accent, laquelle en réalité reste toujours capitale dans l'histoire du français moderne. Car enfin, si meis <C mcnseni doit son ei à la présence de l'accent sur Yc latin à une époque préhistorique, et si mesure <Z mênsûram doit son e initial à l'absence

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ci 'accent vers la même époque, si Vei de meis une fois constitué a peut-être évolué indépendamment de l'accent (ce qui n'est nullement certain, comme on vient de le voir), et si le sort de Vei <C ê tonique (jneis) a été lié dans la suite à celui de ei < e atone -|- y (jueisson), ces circonstances n'empêchent en aucune façon que l'accent ne continue, au cours même du développement historique du français, d'exercer une influence prépondérante sur le sort des voyelles, comme le montrent tout aussi bien Ve initial que IV final du mot mesure.

Je ne sache pas que Tamuissement de 1'^ final mesurée), représentant V-a du latin, ni surtout celui de Ve initial, représentant Ve du latin, an fur et à in{e)sure, soient des phénomènes remontant à la phase préhistorique de l'évolution du français. Ce n'est que durant la période movenne de la langue que Ve « caduc » a vraiment commencé à s'effacer, d'abord dans les cas d'hiatus en position protonique non initiale, anneiire, puis, dans les mêmes cas, en position initiale, ineiïr, puis à la finale. Malherbe lui donnait encore une valeur syllabiquedans l'hémistiche : Anihée dessous lui ou dans l'octosyllabe : Quand on parle avec raison. Actuellement encore il est maintenu dans la prononciation la plus rapide sous certaines conditions, dont la formule a été découverte par M. Grammont (^Le Patois de la Franche-Montagne et en particulier de Daniprichard, Paris, 1891 ; cf. depuis Fron. fr., 105 suiv.).

L'amuïssement de Ve « caduc » est donc un fait qui concerne de la manière à la fois la plus intime et la plus générale l'histoire du français considéré dans son développement moderne. Ce fait a eu et aura des conséquences prodigieuses dans l'évolution de la langue. Depuis trois ou quatre siècles, l'affaiblissement progressif de 1'^ caduc a non seulement supprimé une foule de syllabes atones dans un nombre incalculable de mots, mais encore, ce faisant, il a mis en contact des consonnes, jadis séparées, aujourd'hui

réunies en groupes : la p{e)lii{c^, il Ta j{e)lé,f t'écrivais, c(e) beau papillon, r{e)tire:;^ vous, Fuieilleur moyen, etc., etc.

Il ne faut pas croire que tout doive se borner à la cliute d'une syllabe. Le heurt des consonnes et la production de groupes insolites, -jt-, sb-, lui-, ri-, etc., ne vont pas sans entraîner, dans le système consonantique général du français littéraire, des modifications profondes, dont l'importance ne peut que croître avec le temps. Les conséquences de la chute de Ve final sont telles qu'elles bouleversent le type même de la langue, qui, depuis le moyen âge, tend de plus en plus à réaliser une accentuation oxytonique, après élimination successive, d'abord, des proparoxytons {angele, aneiiie du xi^ siècle, sont des restes savants d'un état ancien), puis des paroxytons.

Ainsi donc, et sans fiiire état des différences de quantité qui séparent en réalité, quoi qu'on en dise, Va tonique de arbre et Va atone de argent, — différences que quelques expériences à l'enregistreur de la parole suffiraient à établir mathématiquement — ■ nous ne pouvons que rejeter d'une manière absolue, comme privées de tout fondement sérieux, les critiques dont M. Terracher croit accabler certains ouvrages « qui s'intitulent ou à peu près Phonétique historique du français », et qui continuent de distinguer les voyelles toniques des voyelles atones. Négliger une telle distinction, ce serait méconnaître l'influence prédominante que l'accent d'intensité a toujours exercée sur le vocalisme et le consonantisme de toutes sortes de langue.

On objectera peut-être que le traitement de Ve caduc n'est plus actuellement en relation avec la place de l'accent; que l'influence de l'accent a pu exercer une fois pour toutes, à une époque ancienne, pour transformer des voyelles atones de toutes provenances en cette voyelle labio-palatale de timbre eftacé qu'on nomme e caduc ; mais que, ce résultat une fois atteint, Ve caduc a suivi ultérieurement ses destinées propres qui sont inhérentes à sa nature, à son timbre, et indépendantes de l'accent.

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La meilleure réponse à une telle argumentation serait d'énumérerles cas, moins rares qu'on ne pense ài'ordinaire, où un e dit « caduc » porte l'accent. Après un impératif, le pronom le est accentué en français moderne, s'il ne l'a pas toujours été au cours du développement du français : mets-le, prends-le, fais-le entrer. Cet e, par le fait qu'il porte l'accent tonique, est rendu aussi solide que n'importe quelle autre voyelle affectée de l'accent. Mais, si^ par aventure, il perd son accent dans certaines positions syntactiques, il redevient caduc : mets -l{e)-moi sur la table (y. Grammont, Pron. fr., 116).

Inversement des prononciations telles que oui p'pa pour oui papa, à m'man pour À' maman, montrent que 1'^' n'a pas la propriété exclusive de l'amuïssement en position atone.

Par conséquent, à ne considérer que l'histoire du français, nous sommes amenés à reconnaître le rôle capital que l'accent continue d"y jouer. Jusqu'à l'époque la plus moderne la chute ou le maintien des syllabes sont conditionnés par la place de l'accent tonique, et le contraire surprendrait ceux du moins qui ont lu avec attention les observations pénétrantes de M. Meillet (M. S. L., XI, 165), établissant que les voyelles non intenses perdent une partie de leur durée et tendent vers le degré zéro, qu'elles atteignent souvent.

L'histoire d'une langue romane gagne, comme on l'a vu, à être confrontée avec celle des idiomes congénères. L'étude du français littéraire ne peut guère être séparée de l'étude des parlers populaires de la France septentrionale. « Ce qui se passe dans l'enclos » ressemble beaucoup « à ce qui se passe hors de l'enclos ».

En lorrain moderne, dans la région des Vosges méridionales étudiée par M. Bloch, la vo3^elle nasale issue d'^ latin devant n, m -\- consonne apparaît, à la tonique, sous une forme d, qui est ancienne et conforme au témoignage des textes médiévaux, tandis qu'en syllabe protonique le point

d'aboutissement est a puisi^, par suite d'une évolution complexe que M. Bloch rapporte à la période moderne (Blocli, Fo.,13,23).

De son côté M. Bruneau a souligné le rôle capital de l'accent du mot ou même de la phrase sur la diphtongaison dans les parlers des Ardennes (Bruneau, Phon., 460). Main reste sans diphtongue à l'intérieur d'un groupe syntactique : la main gauche ; isolé, ou en fin de groupe, la main, blessé à la main, il aboutit à miyé. « Un beau jardin », /' bé mé, s'oppose à « il est beau », // è biyé. « Agent créateur », dans le sud, vers la région lorraine, l'accent possède au contraire « une puissance destructive » dans la portion wallonne du domaine étudié. « L'énergie de l'accent et sa place, conclut l'auteur, constituent l'élément le plus important dans l'histoire des parlers ardennais. »

Il faut en dire autant de la langue littéraire. C'est pourquoi en s'attaquant à la distinction traditionnelle des syllabes accentuées et des syllabes atones, pour montrer les progrès que la phonétique de l'avenir doit réaliser en bouleversant les cadres soi-disant surannés, M. Terracher a eu la main plutôt malheureuse.

Il n'a pas été mieux inspiré dans le choix du second exemple destiné à illustrer une théorie, qui a peut-être l'inappréciable mérite d'être révolutionnaire, mais qui a sûrement le tort de méconnaître la vérité !

« Les consonnes initiales des mots latins, écrit-il, se sont modifiées autrement dans le passage au français que les mêmes consonnes placées entre deux voyelles : mais, quoique personne n'ait encore signalé aucune différence dans l'évolution des consonnes françaises selon qu'elles étaient initiales ou intervocaliques dans le plus ancien français (le tcb de champ devient r/.mon moins que le tch de vache, etc., etc.), on continue, en des livres censés traiter de la phonétique historique du français, à distinguer soigneusement

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les consonnes initiales des consonnes intervocaliques. — Comment des choses aussi évidentes n'ont-elles pas encore fait modifier résolument la méthode d'exposition ? «

Pourquoi modifierions-nous ce qui a toujours été et reste excellent? Personne, nous dit-on, n'a jamais signalé depuis l'ancienfrançais de différence entre le traitement des consonnes initiales et des consonnes intervocaliques. Mais, tout le monde sait, sauf ceux qui ne veulent pas savoir, qu'une s suivie de consonne à l'initiale des mots entrés tardivement dans la langue amène dans la prononciation populaire d'aujourd'hui des additions vocaliques^ dont il n'y a pas d'exemples pour 1'.^ située entre voyelles : estation, estatiie, etc. ; franc, local de Amendée sœplendidement ; wall. suhàl, sikàl de scholam (Bruneau, Phon., 309), etc.

Sans insister sur les faits de ce genre qui appartiennent à la période la plus moderne de la vie du français vulgaire, rappelons maintenant le traitement des dentales dans « le plus ancien français » littéraire. Les textes du xi= siècle, le Saint Alexis par exemple, qui écrit credance, tiiude:^^, perdiide, etc., attestent apparemment qu'il y a eu quelque chose de changé durant l'histoire du français dans la phonétique des consonnes françaises intervocaliques : et je ne sache pas qu'aucun exemple de chute analogue ait jamais été signalé pour les consonnes initiales.

On nous répondra peut-être que le d de mitde:^ était une spirante, qui ne se confondait ni dans la prononciation ni même, selon certains manuscrits (celui de Hildesheim ; cf. Stengel, Auscrah. 11. Abhand., I), dans l'écriture, avec le d initial demeuré occlusif; que nous avons aftnire par conséquent à deux consonnes différentes, qu'il v a avantage à étudier séparément.

A quoi nous répondrons que tel est justement le cas de toutes les consonnes intervocaliques lorsqu'on les compare aux consonnes initiales, et cela quelle que soit l'époque considérée. Phonologiquement non plus que phonétique-

ment un d intervocalique n'est identique à un d initial, et il en est de même pour t, k, g, etc. L'expérimentation, s'il en était besoin, viendrait convaincre les plus sceptiques de l'influence qu'exerce sur les consonnes leur position entre voyelles. M. Rousselot a reproduit des tracés graphiques montrant le passage moderne des sourdes intervocaliques aux sonores correspondantes ÇModif., 109). Mais, à défaut même de la phonétique expérimentale, la phonétique générale nous enseigne que, au point de vue de l'aperture et au point de vue de la sonorité, les consonnes intervocaliques sont exposées à des altérations profondes (Meillet, Ling.,

Les inventions les plus merveilleuses de la linguistique

de demain n'annuleront pas des faits qui ont existé de tout temps et qui ont une raison d'être profonde à la fois physiologique et psychique (J. van Ginneken, Princ. ling. psych., 448 suiv.). Ce que l'on constate dans les idiomes les plus divers, depuis le grec ancien et le celtique jusqu'au bantou, ne peut être supprimé du jour au lendemain par les stériles spéculations du criticisme ou de l'hypercriticisme. Partout, ou peu s'en faut, en vertu du principe de moindre effort et de la tendance à l'assimilation qui en découle, les consonnes intervocaliques inclinent d'une part à rapprocher leur degré d'aperture du degré d'aperture vocalique, d'autre part à se sonoriser comme les voyelles elles-mêmes avec lesquelles elles sont en contact.

Cette tendance, qui s'est exercée sur une vaste échelle dans les langues romanes durant la période préhistorique, continue à s'affirmer dans des temps plus modernes, et nous avons vu déjà qu'il y a avantage à éclairer l'histoire d'un idiome roman particulier par l'histoire des idiomes congénères. La chute du d dans la prononciation familière espagnole de la terminaison -ado est un phénomène récent qui dépend du tempo et du ton du discours. Cette même chute s'observe entre d'autres voyelles dans des formes

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