CHAPITRE I
Asthme
La conception du rôle imputable à l’insuffisance hépatique dans l’asthme connut des fortunes diverses suivant les époques.
Après que LAENNEcC eut établi l'autonomie de la maladie sous le nom d’asthme essentiel, il fallut attendre la fin du siècle dernier pour en voir s’édifier les premières théories pathogéniques. Pour Germain SÉE, et BrissauD, l’asthme était une névrose due soit à une excitabilité réflexe des centres respiratoires bulbaires, soït à une excitation anormale du vague et du trijumeäu. Aucune action spéciale n’était dévolue au foie dans cette théorie : la coïneidence des troubles hépatiques et de lasthme n’y trouvait pas davantage d’explication.
Pendant longtemps cette conception devait s’affronter avec celle de l’asthme-diathèse. Son auteur, Trousseau, décrivant ainsi la diathèse : « Manière d’être particulière d’une maladie générale ayant des expressions locales très diverses. » La maladie géné-
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rale, en l'occurrence, était la goutte ou diathèse urique.
Ici, l'asthme restait lié aux troubles hépatiques dans le cadre de l’arthritisme, ou dans celui des maladies de la nutrition, selon BoucHarD et CHAUFFARD. Simultanément, F. GLéNarD insistait davantage sur le rôle du foie dans cette diathèse, en la démembrant en partie au profit de son Hépatisme.
Après 1902, date où l’anaphylaxie fut mise en évidence par le professeur Ricxer, la théorie de l'asthme anaphylactique ou allergique se place en chef de file : les auteurs se tournent alors vers la recherche des antigènes choquants ou de leurs moyens d'introduction dans l'organisme.
GizserrT et ViLzLaRET rappelaient, en 1906, dans un article sur lhépatalgie des asthmatiques, Pexistence des troubles du foie dans la maladie.
Actuellement, plusieurs doctrines sont en faveur :
19 L’anaphylaxie devient, depuis la connaissance du choc hémoclasique (Wipar et ses collaborateurs), la colloïdoclasie et lidiosynerasie. Ces phénomènes renferment respectivement l’idée de sensibilisation acquise et de sensibilisation innée, caractérisées par une instabilité particulière des colloïdes plasmatiques ressortissant d’une diathèse dite « colloïdo-elasique ».
20 Un trouble nerveux, un déséquilibre vago-sympathique (Danrécorozu, Srcarp. Brzançon, DE Joxc), l'hyper-sympathicotonie (Casreznau), l’hyper-vagotonie (EpprNGer), joueraient pour d’autres auteurs le rôle prépondérant.
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Les Américains semblent s’être ralliés à l’opinion admettant une excitation du vague sur un terrain de toxicose (Dixon) : l'allergie ne serait qu’une conséquence du terrain, tandis que l’épine irritative locale aurait une importance capitale dans la manifestation pathologique. |
30 L'équilibre acido-base a été étudié à propos de Pasthme ces temps derniers, TIFFENSEE (Allemagne) et VaziN voient cet équilibre se déplacer vers l’alcalinité lors de la crise. Marrnës met en valeurl’antagonisme de l’asthme et du diabète, tandis qu’on propose des thérapeutiques acidifiantes (MonTaGnini).
49 Pour Sépizror, l'asthme reste une uricémie respiratoire d’origine hépatique.
59 Des observateurs tels MoncorGé font au contraire ressortir la difficulté qu'il y a d’assigner à Pasthme des facteurs pathogéniques constants.
60 Lumière soutient l’opinion de l'existence d’une floculation des humeurs au moment de la crise.
70 Enfin, pour Lanpouzy, asthme et tuberculose auraient des rapports de cause à effet.
Dermatoses d’intolérance
L’urticaire fournit le meilleur exemple de ces dermatoses, ainsi nommées par TzaNck. |
L’eczéma seul trouvait place dans la vieille diathèse arthritique (G. DE Mussy), les autres affections du groupe furent longtemps considérées comme de
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simples accidents cutanés jusqu’au jour où l’on put les faire entrer dans le domaine de l’anaphylaxie. Voici comment, actuellement, on peut considérer les urticaires, d’après Pasreur VazLéÉRy-RaDorT qui admet éclectiquement les différentes théories en présence : « 1° un groupe d’origine anaphylactique, la sensibilisation étant démontrée par:les tests cutanés et les réactions de Prausnitz-Küstner ; 20 un groupe très étendu d’origine colloïdo-clasique ; 3° un groupe mal délimité qui comprend les urticaires dues à des troubles humoraux variés, agissant secondairement sur le sympathique, ces troubles pouvant être produits soit par des modifications d'équilibre acidobase du sérum, soit par des actions endocriniennes, soit encore par des troubles du chimisme intestinal ; 40 un groupe où l’urticaire est due à une simple exagération des phénomènes vaso-moteurs normaux chez les dystoniques vago-sympathiques » ; 59 et 60 comme dans l’asthme, de SépizLor voit chez l’urticarien ou chez l’eczémateux un intoxiqué uricémique et Lumière soutient le rôle de la floculation du plasma.
En résumé, pendant longtemps, on crut avoir dégagé la notion essentielle des affections qui nous occupent en en démontrant la nature anaphylactique ou colloïdo-clasique et en assignant un rôle aux allergènes. Ces notions sont incontestables dans beaucoup de cas; malheureusement, dans nombre d’autres,
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cette nature anäphylactique ne peut être démontrée : ou bien les sensibilisations ne peuvent être mises en évidence, ou elles varient et disparaissent alors que d’autres apparaissent (Pacnrez).
Mais, «il y a chez l’asthmatique quelque chose qui en fait un individu différent des autres ; le pouvoir de se sensibiliser, ce qui est commun à l’urticarien et à l’eczémateux » (PAGnNIEz).
À propos de l’eczéma, Tzanck écrivait il y a peu de temps : « On ignore absolument en quoi consiste la prédisposition elle-même. »
Nous ne prétendons pas dans cetravail vouloir démontrer que la lésion hépatique est la raison et la seule de cette prédisposition ou « de ce quelque chose » mystérieux : ne nous permettant d'avancer aucune théorie pathogénique nouvelle, notre but est simplement de tenter de mettre en relief à la lumière des faits et d'observations récents, l'importance du facteur hépatique dans les troubles morbides qui font le sujet de cette thèse.