‹ L’intoxication fongique: ses causes, ses effets, son traitementChapitre 28 sur 55 · ONCE · texte numérisé non relu

ONCE

Les vomissements se répétèrent très violents, avec sueur froide, pouls petit, faciès pâle et anxieux, yeux excavés, pupilles contractées, etc., bref, tous les symptômes d’un empoisonnement à forme de gastro-entérite cholériforme, car des évacuations alvines se produisirent également, mais plus tardivement.

Le malade, mis au lit, fut réchauffé; des grogs chauds, du café chaud, d’abord vomis, furent enfin tolérés, et le malade, très abattu, finit par tomber dans un engourdissement presque comateux, interrompu par des tranchées persistantes. Le lendemain, toutefois, la guérison était complète.

Ce cas d’empoisonnement banal par les Russules, offrant les symptômes bien connus de l’intoxication par les substances narcotico-âcres, n'offrirait guère d'intérêt sans les constatations assez précises dont 11 a été l’objet.

M. le capitaine Lucaud, appelé auprès du malade en même temps . Que moi, examina également les débris d’épluchures des champignons et le reste de la cueillette. Nous y reconnûmes, entre autres, les espèces de Russula sanguinea, parfois assez communes aux environs d’Autun,

en même temps que la À. lepida, comestible, et d'apparence très

voisine.

Or, M. Deb... avait déjà consommé impunément cette espèce, à tel point que, dans un travail récemment publié par la Société d'Histoire naturelle d’Autun (Dr Gillot et L. Lucaud, Catalogue raisonné des champignons supérieurs (Hyménomycètes) des environs d'Autun, 1891, p- 142), nous avions précisément signalé l’usage alimentaire de cette espèce, qui passe pour vénéneuse, mais qui paraît perdre «ses qualités nuisibles par la cuisson ».

Le cas de M. Deb... en est l’évidente démonstration. En eftet, la cuisson prématurée des champignons à peine passés à l’eau chaude, leur avait conservé leurs propriétés toxiques, naturellement enlevées par le blanchiment prolongé à l’eau bouillante.

Cette élimination du principe toxique n’est pas, comme on l’a dit, le fait de la cuisson seule, mais de la dissolution dans l’eau bouillante et de légouttement consécutif. On peut donc rapprocher ces faits de ce qui se passe dans l’appropriation industrielle des racines de certaines

Aroïdées et de Maniocs, qui renferment des sucs extrêmement véné-

neux dont on les débarrasse par des procédés sûrs et employés en grand et qui donnent comme résultat des fécules alimentaires estimées et journellement employées sous le nom d’Arrow-root et de Tapioca. I est à remarquer, en outre, dans le cas de M. Deb.…., qu’il avait mangé de la salade après les champignons et que, contrairement à un

préjugé très répandu, le vinaigre n’a en aucune façon empêché ni

retardé les accidents toxiques.

AN de.

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