‹ L’intoxication fongique: ses causes, ses effets, son traitementChapitre 35 sur 55 · III — CHAMPIGNONS MORTELS · texte numérisé non relu

III — CHAMPIGNONS MORTELS

(SYNDROME PHALLINIEN)

Le début est tardif. Il suceède à une période d’incubation de dix à douze heures, parfois plus, jusqu’à trente heures. Le malade est pris de céphalée, de vertiges, d’éblouissements, d'une sensation de défaillance angoissante. Sa gorge est « comme serrée », il ressent une brûlure d'estomac intense, il souffre d’une soif ardente et inextinguible et de violentes crampes dans les bras et dans les jambes. Rapidement, un véritable syndrome cholériforme s’installe : les douleurs épigastriques sont atroces, irradiant dans tout l’abdomen, les vomissements sont incessants, bilieux. L'intolérance gastrique est à peu près complète; boissons aqueuses et lait sont vomis aussitôt qu’avalés et cependant la soif est des plus vives. La diarrhée est profuse, souvent fétide, elle devient rapidement incolore, constituée uniquement par du liquide muqueux dans lequel flottent de petits flocons riziformes. Parfois ellé est sanguinolente. Elle s'accompagne à bref délai d’épreintes et de ténesme rectal et vésical. Les urines sont rares et foncées. L'oligurie, en général très marquée, peut aller jusqu’à l’anurie. On est généralement appelé auprès du malade à ce moment-là. On le trouve couché assez souvent en chien de fusil, comprimant son abdomen, le visage, parfois violacé, trahissant une anxiété extrême, les pupilles contractées; le corps parfois parsemé de petites plaques marbrées; le ventre et le foie très douloureux à la pression,

INTOX. FONGIQUE 4

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les extrémités froides, couvertes de sueurs. Il y a de l'hypothermie plus ou moins marquée, 369, 35°. Les bruits du cœur sont réguliers mais un peu sourds, le pouls est petit.

Au bout de quelques heures de phase aiguë, il est fréquent de voir survenir une accalmie. Les douleurs s’apaisent, vomissements et diarrhée diminuent, l’état général s'améliore. La famille se rassure et le médecin, bien qu'’averti de ces rémissions trompeuses, a peine à se défendre d’un petit espoir qu'il sait cependant bien illusoire. De fait, après une heure ou deux d’assoupissement, une nouvelle crise survient, aussi ou plus violente que la première. Si la quantité de champignons ingérés a été grande, et par conséquent la dose de phalline importante, les événements se précipitent. Le malade s’affaiblit progressivement, conservant jusqu’au bout sa lucidité, et se plaignant de crampes des plus pénibles. Il tombe dans un état lipothymique, son pouls devient arythmique et filiforme, ses extrémités, de plus en plus froides, sont couvertes de sueurs abondantes et glacées, son visage est livide. Il meurt au cours d’un syncope en un ou deux jours. La dose de phalline absorbée a-t-elle été moindre quoi- ‘que mortelle, le sujet est-il particulièrement résistant, les choses traînent un peu plus. On voit dès lors se succéder les phases d’accalmies et de souffrances. : On peut alors voir apparaître de l’hémoglobmurie transitoire; l’oligurie de plus en plus marquée aboutit rapidement à une anurie presque absolue. Le facies du malade devient légèrement subictérique puis ictérique (ictère hémolytique). Le foie est gros et douloureux. L’oppression et l'anxiété augmentent. Le malade se plaint d’une douleur précordiale singulière et souvent de constriction des mâchoires. L’agitation apparaît. Les crampes se répêtent, les vomissements, la diarrhée continuent. Certains malades

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gardent leur intelligence ; Jusqu'au dernier moment; d’autres, au contraire, tombent dans une prostration et un état de Stupeur dont on ne peut les tirer; d’autres, enfin, tpyAue nent délirants. Quoi qu’il en soit, le cœur ne tarde pas à céder, le malade tombe dans le collapsus et meurt le troisième, quatrième, cinquième ou sixième jour en hypothermie (Stéphen CHAUvET).

Parfois, mais exceptionnellement, on peut voir la guérison survenir; en pareil cas, l’âämélioration est extrêmement lente, et la convalescence interminable.

Il existe un grand nombre de formes cliniques, car, en réalité, il n'y a pas deux cas qui se ressemblent. On a décrit :

19 La forme algide cholériforme, rappelant la véritable attaque de choléra, toujours suivie de mort;

29 La forme adynamique. Le malade est pris brusquement d’une fatigue extrême. Il ne peut faire aucun mouvement. Quelques convulsions, parfois des efforts pour vomir tirent le malade de son assoupissement.

On a décrit également des formes stupéfiantes, léthargiques, méningiliques, comateuses, convulsives et hypnotiques.

Les formes hémorrhagiques, toujours très graves, sont

iréquentes : elles sont caractérisées par des épistaxis, des hémoptysies, des hématémèses, du mælena, du purpura. Le sang de ces malades présente toujours un retard de la coagulation, il est très fluide.

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