OBSERVATION IV
Empoisonnement par Amanita phalloides (Dr TassiGx y)
Le 19 août 1912, le nommé M..., trente-huit ans, homme vigoureux, mécanicien de chemin de fer à Mohon (Ardennes), consomme, au repas du soir, un plat de champignons des bois qui lui ont été offerts par un camarade. La nuit se passe sans incident. Le lendemain dans la matinée, plus de douze heures après l’ingestion, se manifestent des douleurs au creux épigastrique avec vomissements bilieux, puis des coliques avec diarrhée séreuse profuse. Ces symptômes vont en s’aggravant et je suis appelé dans l'après-midi pour une « indigestion ». Le commémoratif, ingestion de champignons, est facilement établi, et le traitement classique institué. L’évaéuation, au moment où je
vois le malade, est illusoire, les vomissements spontanés sont pure-
ment bilieux, et il s’agit non pas d’une «indigestion », mais d’une trop bonne digestion du poison qui fait son œuvre après absorption totale.
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J'administre cependant de l’huile de ricin, puis, remède empirique, la poudre de charbon, qui est d’ailleurs mal supportée et vomie. Je prescris une potion avec teinture de belladone, acétate d’ammoniaque et sirop d’éther, puis, les douleurs devenant atroces, je fais une piqûre de morphine. Malgré tout la nuit est mauvaise, la diarrhée et les vomissements continuent, l'agitation est extrême, accompagnée d’oppression; le pouls reste assez bon, mais l’anurie est à peu près totale ; les pupilles sont contractées. La soif est vive, mais lintolérance de lestomac à peu près complète; le lait que j’ai preserit est vomi aussitôt qu’absorbé.
Le lendemain et le surlendemain mêmes phénomènes avec tendance à l’atténuation des douleurs, des vomissements et de la diarrhée, mais avec augmentation de l'agitation, qui devient extrême; des crampes se manifestent dans les mollets et les cuisses; lanurie est toujours presque complète (150 centimètres cubes à peine par vingtquatre heures). |
Le soir du troisième jour, le chat de la maison, qui avait léché le plat de champignons, est trouvé mort, sans qu'on ait constaté, probablement faute d’attention, aucun symptôme préalable.
Le quatrième jour. les douleurs s’apaisent, les vomissements cessent ainsi que la diarrhée; le pouls reste assez bon, mais l'urine est toujours rare et bilieuse; le malade est plus calme et cause posément.
Le cinquième jour, la situation est à ce point améliorée que, bien qu’averti des rémissions possibles et non durables dans les cas analogues, je donne un peu d’espoir à la famille. Un nouveau symptôme toutefois ne tarde pas à apparaître qui, avec la rareté persistante de l'urine, me fait réserver mon pronostic : les conjonctives prennent une teinte subictérique : il est à craindre que le foie, ayant emmagasiné un poison qui n’a pas été éliminé, ne succombe à la tâche, et que n’éclate le syndrome ictère grave, conséquence de l’adultération de son parenchyme.
De fait, les événements se précipitent dans la nuit du cinquième au sixième jour : l'agitation reparaît, plus violente; un délire actif s'empare du malade que plusieurs personres doivent maintenir dans son lit: le lendemain matin, je le trouve anxieux, oppressé, délirant, sans connaissance, et franchement ictérique; le pouls devient arythmique; j’injecte éther et caféine, mais, dans l'après-midi, à cette agitation succède le coma et le malade meurt à 6 heures, dans le collapsus, six jours exactement après l’absorption du poison.
L'espèce toxique a pu être déterminée ; il s’agit de l’Amanita phalloides, dont quelques échantillons, présentés à la famille par M. Har- Jay, pharmacien à Charleville, ont été formellement reconnus.