INTRODUCTION
Les intoxications dues aux champignons sont connues depuis fort longtemps. Une des plus anciennes observations qui nous en soit parvenue est celle d'Hippocrate. Le célèbre médecin de l’île de Cos raconte que «la fille de Pausanias ayant mangé un champignon cru, fut prise de hautle-cœur, de suffocation, de douleurs dans le ventre. Boire de l’hydromel chaud et vomir lui fut utile, ainsi qu'un bain chaud : dans le bain, elle vomit le champignon, et les accidents étant sur le point de cesser, elle sua abondamment (1) ».
Depuis cette époque les accidents se sont multipliés. Pline, S'uétone, Tacite nous en rapportent des exemples parfois tragiques. Nombreux sont les cas mortels d'intoxication au Moyen-Age et aux seizième et dix-septième siècles ; aussi saint François de Sales écrit-1l dans l’'Introduction à la vie dévote : « Je vous dis des danses, Philothée, comme les médecins disent des potirons et des champignons : les meilleurs ne valent rien. Les champignons, selon Pline, estans spongieux et poreux comme ts sont, attirent aisément l'infection qui leur est autour; st que, estans près des serpens, ils en reçoivent le venin... )
Au dix-huitième siècle, les empoisonnements se maultipliaient à un tel point, qu'ils constituaient, dit Paulet, une « péritable épidémie ». C’est à la suite de ces cas que parut
l'ordonnance royale interdisant la vente et la cueillette des
champignons aux environs de Paris.
(1) Hippocrare, livre VII, t. V. Des épidémies, 102. Traduction de Littré, 1846, p. 455. — Hippocrate vivait vers l’an 460 avant J.-C.
Malgré le nombre élevé des victimes, les Grecs et les Romains étaient très friands des champignons. L'Oronge et la Morille faisaient leurs délices : à vrai dire, ces belles espèces ne paraissaient que sur la table des riches familles, car elles étaient d'un prix fort élevé. Les champignons plus petits, tels la Pratelle, étaient servis aux parasites que les grands voulaient bien admettre à leur table.
Quoi qu'il en soit, les champignons sont un mets dont les anciens gourmands étaient aussi curieux que les modernes. La sensualité l’emportant sur le danger, les Romains emprunièrent aux Grecs l'art d'élever ces cryptogames, sur des couches de fumier et même en pleine campagne ; ce procédé permettait de les récolter en toute saison. La culture des champignons à fait peu de progrès depuis cette époque ; le champignon de couche est encore le seul que l’on puisse élever à: l'heure actuelle. Toutefois, M. Matruchot, dans des communicalions récentes à l'Académie des Sciences, a annoncé qu'il était parvenu à cultiver avec succès le Pleurote corne d'abondance (Pleurotus cornupioides 2.) et la Lépiote élevée (Lepiota procera Scop.)
L'avenir nous dira s'il est possible aux jardiniers de compler sur ces nouvelles espèces.
Quelques auteurs vantent avec exagération la valeur alimentatre des champignons qui peuvent constituer, pour certains pays, de véritables ressources.
Toutefois, il ne faut pas s’exagérer la valeur alimentaire des diverses espèces de cryptogames.
D'après Môrner, d’Upsal (1), pour retrouver l'équivalent de l’albumine contenue dans un œuf de poule, il faut :
280 gr. de champignons de couche ; 730 gr. de Lactarius deliciosus: