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A ces tristes accents succèdent le silence
Qui vient parfois glacer la nature d'effroi.
Le canot de la mort est là qui se balance
Et des esprits s'empare un indicible émoi.
A travers les guerriers, marchant vers les abîmes.
Recouvertes de fleurs et de leurs habits blancs,
S'avancent maintenant les augustes victimes ;
Et toutes deux ainsi se meuvent à pas lents,
Comme une vision qui vient de l'autre monde.
Que vois-je ? A peine aux bords leurs pieds ont-ils touché
Qu'aussitôt Lionel plonge sa main dans l'onde
Et, verse, radieux, sur le doux front penché
De celle qui l'attend, l'eau régénératrice !
O spectacle sacré des rives du Jourdain,
Tu reparus alors aux bords du précipice»
Et l'œil crut voir planer encor l'oiseau divin !
L'astre du jour lançait ses lumineuses gerbes
Et, comme si les cieux se fussent entr'ouverts,
Tout rayonna soudain : depuis les monts superbes
Jusqu'au profond abîme en ces lointains déserts ;
Et dans l'espace, où la vapeur va se dissoudre
En nuage argenté, qu'ai-je donc entendu ?
Est-ce ta voix, Dieu, qui, comme un éclat de foudre,
A de l'éternité de nouveau répondu ?
Que cet acte sembla solennel et sublime !
De l'immense merveille empruntant la grandeur
Lionel apparut tel que, sur une cime,
L'élu vers qui le ciel abaissait sa splendeur.
Ministre de la grâce, il confère une vie
Plus précieuse encor que celle qu'ici perd
Sa chaste Liola. Que son âme est ravie !
Pour elle bien des fois son cœur avait offert
Son riant avenir, tout ce que l'homme envie :
Et voilà qu'en ce jour ses vœux sont accomplis,
Que de l'onde elle sort comme l'or de la flamme.
De quel nouvel éclat ses traits sont embellis !
C'est qu'un rayon divin se reflète dans l'âme
Ainsi que le soleil dans le cristal des flots.
Et maintenant il n'est plus rien qui les sépare :
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C'est l'union de l'âme ! Et leurs désirs éclos Vont chercher l'infini tels qu'une voile, un phare. Comme instinctivement leurs mains se sont tendues. Leurs voix, obéissant à ce brûlant transport, Dans un même soupir sont aussi confondues : " A toi seul pour toujours ! A la vie ! à la mort ! " Se jurent-ils l'un à l'autre en quittant la rive.
Le jongleur s'est tourné vers le Père des eaux
Et prie, en regardant le couple à la dérive.
De ses mains tout à coup partent deux blancs oiseaux.
" O manitou ! " dit-il, " reçois ce sacrifice.
Puisse-t-il monter, mieux que ces ailes, vers toi !
O Niagara, sois-nous pour toujours propice !
Nous sommes tes enfants et, toi, sois notre roi î "
Et là-bas le canot s'éloigne des rivages
Déjà loin sur les eaux, plus rapide qu'un trait, Et comme deux lis qui, battus par les orages,
Se penchent l'un vers l'autre, aux spectateurs paraît La forme des époux dont les tremblantes têtes Cherchent à s'appuyer sur leurs cœurs frémissants. Et l'écume à leur côté jaillit des blanches crêtes, Comme en signe d'adieu — baisers retentissants ! Tandis que devant eux un nuage de brume S'ouvre au souffle des airs en un flottant linceul : C'est pour les recevoir ! Ici îa chute inhume
Les corps qu'elle engloutit sous son terrible écueil. Ils ont atteint la courbe et, sur le gouffre immense,
Se penchent un instant, puis regardent le ciel
Et tout est fini ! ,
Non ! maintenant tout commence ! !
O terre, ne prends pas pour eux ton deuil cruel. Exhale, voix des flots, ton hymne triomphante ! Vapeur, laisse flotter ton voile virginal ! Car aujourd'hui la mort au bonheur les enfante. Ces colombes, là-haut, fendant l'air matinal, Pour se trouver un nid aux îles de lumière,
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Ne sont pas les oiseaux tout à l'heure échappés : Ce sont leurs âmes qui changent notre poussière Pour ces mondes d'azur longtemps anticipés. La terre disparaît : tout ce qui naît et change, Et meurt avec le jour. Pour eux le temps n'est plus Et, s'envolant aux lieux des plaisirs sans mélange, Ils laissent de la chair les langes superflus : C'est la fin des soupirs ! c'est la noce éternelle ! Comme l'insecte d'or par la brise emporté, L'amour en ses élans les soutient sur son aile : C'est la vie et la joie et pour l'éternité ! Pourraient-ils regretter ce qu'ici-bas s'altère ? Le bonheur, c'est la fleur, au parfum immortel, Dont le tendre bouton s'entr'ouvre sur la terre, Mais ne s'épanouit qu'au souffle pur du ciel !
(i) En 1660, seize jeunes Français, commandés par Daulac, furent attaqués par sept cents Iroquois, dans un méchant fort de pieux, au pied du Long Sault, avec l'aide d'une cinquantaine de Hurons et d'Algonquins, ils repoussèrent tous les assauts pendant dix jours. Mais abandonnés à la fin par la plupart de leurs alliés, ils ne purent résister à une attaque et succombèrent. L'un des quatre Français qui restaient encore avec quelques Hurons, lorsque l'ennemi pénétra dans l'intérieur du fort, voyant tout perdu, acheva à coup de hache ses compagnons blessés, pour les empêcher de tomber vivants entre les mains du vainqueur. Le dévouement de Daulac arrêta les premiers efforts d'un orage qui allait fondre sur le Canada, car les ennemis qui avaient essuyé des pertes très considérables, furent si effrayés de cette résistance, qu'ils abandonnèrent une grande attaque qu'ils venaient faire sur Québec, où la
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nouvelle de leur approche avait répandu la consternation. Après s'être emparés de cette ville, leur projet était de se rabattre sur Trois-Rivières et sur Montréal, et de mettre
tout à feu et à sang dans la campagne (Garneau,
Histoire dit Canada).
(2) M. Chaumeday de Maisonneuve fonda en 1642 la ville de Montréal qui fut alors nommée Ville-Marie et est aujourd'hui la métropole commerciale du Canada.
(3) La partie du fleuve St- Laurent, qui se trouve à Test du lac Ontario, est remplie d'un grand nombre d'îles aux formes les plus variées. Sur plusieurs d'elles sont construites maintenant d'élégantes villas qui servent de résidences pendant l'été.
(4) Au centre de ce bois s'étendait une arène, ou l'on sacrifiait les prisonniers de guerre.
(5) Plusieurs tribus sauvages avaient l'habitude de placer leurs morts sur des branches d'arbres et c'était un déshonneur que de les laisser gisant dans la poussière.
(6) La plus célèbre de toutes les pêches était celle de l'esturgeon. Elle s'ouvrait par le mariage du filet. Six guerriers et six matrones portant ce filet s'avançaient au milieu des spectateurs sur la place publique, et demandaient en mariage pour leurs fils, le filet, une jeune fille qu'ils désignaient.
Les parents de la jeune fille donnaient leur consentement et le couple était marié par le jongleur avec les cérémonies d'usage : le doge de Venise épousait la mer !
Des danses de caractère suivaient le mariage. Après la noce du filet on se rendait au fleuve au bord duquel étaient rassemblés les canots. La nouvelle épouse, enveloppée dans le filet, était portée à la tête du cortège ; on s'embarquait après s'être menu de flambeaux de pin.
A l'entrée de la nuit, on allumait dans les pirogues des flambeaux dont la lueur se répétait à la surface des eaux.
A minuit le jongleur donnait le signal de la retraite.
On chantait alors l'épichalame du filet : le filet dans toate la gloire d'un nouvel époux était déclaré vainqueur de l'esturgeon. (Châteaubriant. Voyage en Amérique).
(7) Les Indiens avaient une religieuse vénération pour la chute Niagara, qu'ils regardaient comme une vraie divinité. Ils lui témoignaient leurs adorations en jetant leurs calumets, des colliers et d'autres objets dans les rapides et l'on dit qu'ils se croyaient obligés d'offrir tous les ans à l'esprit de la cataracte le sacrifice de deux victimes.