A LIONEL
Chœur des Vieillards.
Tu n'atteindras pas la vieillesse !
Non ! jamais comme les soleils Ne viendra briller ta sagesse Au milieu de nos grands conseils !
Et, de l'esprit sublime siège, Ton front ne ceindra pas la neige Des couronnes de cheveux blancs :
Tu passeras sans un cortège Pour soutenir tes pas tremblants !
Mais que l'expérience est chère !
Et qu'elle coûte de soucis !
Console-toi : car sur la terre Il est tant de cœurs endurcis !
Bientôt dans ce désert aride Le malheur marque au front sa ride, Prend nos doux espoirs en lambeau Et les ans de leur main livide Courbe le corps vers le tombeau.
Chœur des Guerriers.
Que nous voulions à la victoire Conduire avant longtemps tes pas !
Et des ivresses de la gloire, Avec la hache des combats, Enivrer ton âme indomptable !
Sous ton tomahack redoutable Seraient tombés les ennemis, Tels qu'un puissant jongleur accable Les dieux, par son souffle endormis !
Et couvert de leurs chevelures Tu guiderais les prisonniers ! Et quel plaisir, sous les brûlures, De les tuer jusqu'aux derniers !
Mais console-toi : la défaite Souvent à l'ennemi nous jette.
Que ta mort apaise les dieux !
De la tribu qui vous regrette, Tous deux, recevez les adieux !