‹ Liola ou Légende indienne [microforme]Chapitre 6 sur 6 · CHŒUR DES GUERRIERS · texte numérisé non relu

CHŒUR DES GUERRIERS

Que nous voulions à la victoire Conduire avant longtemps tes pas !

Et des ivresses de la gloire,

Avec la hache des combats,

Enivrer ton âme indomptable !

Sous ton tomahack redoutable Seraient tombés les ennemis,

Teis qu’un puissant jongleur accable

Les dieux, par son souffle endormis !

Et couvert de leurs chevelures Tu guiderais les prisonniers !

Et quel plaisir, sous les brûlures, De les tuer jusqu'aux derniers !

Mais console-toi : la défaite Souvent à l'ennemi nous jette.

Que ta mort apaise les dieux !

De la tribu qui vous regrette,

Tous deux, recevez les adieux !

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À ces tristes accents succèdent le silence

Qui vient parfois glacer la nature d’effroi.

Le canot de la mort est là qui se balance

Et des esprits s'empare un indicible émoi.

A travers les guerriers, marchant vers les abîmes, Recouvertes de fleurs et de leurs habits blancs, S'avancent maintenant les augustes* victimes ;

ît toutes deux ainsi se meuvent à pas lents,

Comme une vision qui vient de l’autre monde.

Que vois-je ? A peine aux bords leurs pieds ont-ils touché Qu'’aussitôt Lionel plonge sa main dans l’onde

Et, verse, radieux, sur le doux front penché

De celle qui l'attend, l’eau régénératrice !

O spectacle sacré des rives du Jourdain,

Tu reparûs alors aux bords du précipice.

Et l'œil crut voir planer encor l'oiseau divin!

L'astre du jour lançait ses lumineuses gerbes

Et, comme si les cieux se fussent entr'ouverts,

Tout rayonna soudain : depuis les monts superbes

ER TRES CET Jusqu’au profond abîme en ces lointains déserts : Et dans l’espace, où la vapeur va se dissoudre

En nuage argenté, qu’ai-je donc entendu ?

Est-ce ta voix, Dieu, qui, comme un éclat de foudre, A de l'éternité de nouveau répondu ?

Que cet acte sembla solennel et sublime !

De l'immense merveille empruntant la grandeur Lionel apparut tel que, sur une cime,

L'élu vers qui le ciel abaissait sa splendeur. Ministre de la grâce, il confère une vie

Plus précieuse encor que celle qu'ici perd

Sa chaste Liola. Que son âme est ravie !

Pour elle bien des fois son cœur avait offert

Son riant avenir, tout ce que l’homme envie :

Et voilà qu’en ce jour ses vœux sont accomplis, Que de l'onde elle sort comme l'or de la flamme.

De quel nouvel éclat ses traits sont embellis !

C’est qu’un rayon divin se reflète dans l’âme

Ainsi que le soleil dans le cristal des flots.

Et maintenant il n’est plus rien qui les sépare :

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C’est l'union de l’âme ! Et leurs désirs éclos

Vont chercher l'infini tels qu'une voile, un phare. Comme instinctivement leurs mains se sont tendues. Leurs voix, obéissant à ce brûlant transport,

Dans un même soupir sont aussi confondues :

‘ À toi seul pour toujours ! A la vie! à la mort !”

Se jurent-ils l’un à l’autre en quittant la rive.

Le jongleur s’est tourné vers le Père des eaux

Et prie, en regardant le couple à la dérive.

De ses mains tout à coup partent deux blancs oiseaux. ‘O manitou !” dit-il, “reçois ce sacrifice.

Puisse-t-1l monter, mieux que ces ailes, vers toi ! |

O Niagara, sois-nous pour toujours propice !

Nous sommes tes enfants et, toi, sois notre roi!”

Et là-bas le canot s'éloigne des rivages...

Déjà loin sur les eaux, plus rapide qu’un trait,

Et comme deux lis qui, battus par les orages,

Se penchent l’un vers l’autre, aux spectateurs paraît La forme des époux dont les tremblantes têtes Cherchent à s'appuyer sur leurs cœurs frémissants. Et l’écume à leur côté jaillit des blanches crètes, Comme en signe d’'adieu—baisers retentissants ! Tandis que devant eux un nuage de brume

S'ouvre au souffle des airs en un flottant linceul :

C’est pour les recevoir ! Ici ia chute inhume

Les corps qu’elle engloutit sous son terrible écueii.

Ils ont atteint la courbe et, sur le gouffre immense,

Se penchent un instant, puis regardent le ciel...

Pt AOUt ONE MNT lisssrsscesrenvesesermrcenseceéenenne ses Lie & Non! n'aintenant tout commence ! !

O terre, ne prends pas pour eux ton deuil cruel.

Exhale, voix des flots, ton hymne triomphante !

Vapeur, laisse flotter ton voile virginal !

Car aujourd’hui la mort au bonheur les enfante.

Ces colombes, là-haut, fendant l'air matinal,

Pour se trouver un nid aux îles de lumière,

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Ne sont pas les oiseaux tout à l'heure échappés : Ce sont leurs âmes qui changent notre poussière Pour ces mondes d’azur longtemps anticipés.

La terre disparaît : tout ce qui naît et change,

Et meurt avec le jour. Pour eux le temps n’est plus Et, s’envolant aux lieux des plaisirs sans mélange, Ils laissent de la chair les langes superflus :

C’est la fin des soupirs ! c’est la noce éternelle ! Comme l’insecte d’or par la brise emporté, L'amour en ses élans les soutient sur son aile : C'est la vie et la joie et pour l'éternité | Pourraient-ils regretter ce qu’ici-bas s’altère ?

Le bonheur, c’est la fleur, au parfum immortel, Dont le tendre bouton s’entr'ouvre sur la terre,

Mais ne s'épanouit qu’au souffle pur du ciel !

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