ACTE QUATRIÈME
Ii'eSTRIGAUD.
Où prenez-vous la grande œuvre ?
SAINTE-AGATHE
Aveugle et ingrat! Qui dispute le terrain pied à pied? qui est depuis trois cents ans l'àme et le nerf do la résistance? qui soutient dans leurs défaillances les dépositaires mêmes de l’immuable vérité? qui leur impose l'obstination et l'énergie dans leur lutte contre les idées nouvelles? est-ce vous?
I> ESTIUGAUD, pensif.
En effet, tenir le progrès en échec, ètro le génie do l'immobilité , cela ne manque pas de grandeur... dans son genre... Sur ma parole, si je n'étais d'Estrigaud...
SAINTE-AGATHE
Vous voudriez être Sainte-Agathe?
u'estrigaud.
Non! je ne suis pas né soldat, je suis né général.
SA INTE - AGATHE, s'asseyant près de la table.
Eli bien, général, tous êtes bloqué : il faut capituler.
D ESTRIGAUÜ, s'asseyant en face de lui.
C'est juste. Voyons vos conditions.
SAINTE-AGATHE
Je retourne votre proposition. Vous m'offrez de paver vos
billets le jour do voire mariage avec Catherine; moi, je vous offre de vous rendre lettres et billets le jour du mariage de Catherine avec Adhémar.
d’bstrigaud.
Marché conclu. ( Ile se donnent ln main.)
SA1NTE-AGATII E.
Et maintenant, à l'ouvrage, car il y a péril en la demeure. . J'ai une idée.
d’ EST R IG A l' D.
Je pense bien : vous n'ètes pas homme à crier Eurêka pour un mouchoir de poche.
SAINTE-AGATHE
Mon élève vous doit quinze mille francs; il m'a chargé de vous les payer.
D'EST RIGA lil).
Vous n’allez pas m’offrir de mon papier, j'espère?
SAINTE-AGATHE
Rassurez-vous. Mais je n'ai pas les fonds sous la main...
d'estrigaud.
Qu’à cela ne tienne; je vous donne du temps.
SAINTE-AGATHE, souriant.
Gardcz-vous-cn bien!... Si j’avais du temps, je ne serais pas obligé d'avoir recours à mademoiselle do llirague; elle ne serait pas obligée, n'ayant pas la somme dans son tiroir, de me