SCÈNE III
LISCHEN,
C’est de la Fontaine.
FRITZCHEN.
La musique doit être fraîche, puisqu’elle vient de la fontaine... Ah! ahl ah! ah! la fable! la fable !
LISCHEN.
Air.
Un Jour un rat de ville Invita le rat des champs, l)’une manière fort civile,
A manger des plats friands,
Sur un cachemir des Indes,
Le couvert se trouva mis,
Restants de gigots, de dindes Quell’ noc’ pour les deux amis,
Le régal fut fort honnête,
Mais les médaill’s ont des revers ;
Or quelqu’un troublant la fête.
Les fit avaler de travers.
C’est du côté de l’alcôve Qu’ils entendirent du bruit;
Le rat de ville se sauve.
Le rat des champs le suit.
Le bruit cesse, on se hasarde.
Le citadin veut revenir,
Et dit à la campagnarde :
Y a le croupion zà linir.
Non ! dit l’autr’ je reprends ma route,
Demain vous viendrez chez moi De vrai, j’ n’ai que d’ia choucroute,
Au lieu de vos morceaux de roi ;
Mais mes joies ne sont pas fausses Je mang' sans tribulations.
Et je m’ fiche de bonnes sauces Qui donnent des indigestions.
Bravo, la chanteuse, bravo! vous chantez comme un pelit rossignol! c’est vrai, ça, mais ce qui est plus vrai encore, c’est que vous êtes un petite rate à croquer, (a part.) Ohl je suis dans le ravissement de l’amour jusqu’à la pointe des cheveux... je vous ai pas assez payée, il faut que je vous embrasse encore.
LISCHEN.
Du tout, du tout, vous me payez trop de celte monnaie-là.
FRITZCHEN.
Eh bien, voyons, rien qu’un pelit baiser, (il veut l’embrasser.) LISCHEN, saisissant ses balais.
Ah 1 vous savez qu’il me reste des balais.
L1SCHEN ET FRITZCHEN.
FRITZCHEN.
Bigre! elle est sage la payse, c’est une vertu. C’est égal, ça ferait une jolie petite femme tout de même. Dites donc, est-ce que vous avez un amoureux?
LISCHEN.
Non, mon Dieu!
Non! eh bien, nous allons faire roule ensemble, je vous conduirai dans votre famille, j’ai un projet, et là je verrai à voir ce que j’aurai à faire... Topez-y t’y, vous?
LISCHEN.
Qué dit, qué fait, topez !
FRITZCHEN.
C’est ça, faisons nos paquets pour nous mettre en route, (iis font leurs paquets.) Et votre village, cest 9
LISCHEN.
Brumath.
FRITZCHEN.
Comment que vous dites ça?
LISCHEN.
Brumath.
FRITZCHEN.
Tarteifle ! c’est aussi le mien.
LISCHEN.
Vraiment ?
FRITZCHEN.
Oui ! et voire père, c’est qui ?
LISCHEN.
Non, le vôtre ?
FRITZCHEN.
Non, vous?...
Mais je m’appelle Lischen Freulisch.
FRITZCHEN.
Et moi Fritzchen Freulisch.
LISCHEN.
Mon frère !
FRITZCHEN. tombant assis.
Ma sœur!...
LISCHEN.
Ah ! comment c’est là la joie de retrouver une petite sœur que tir n’as pas vue depuis dix ans !
FRITZCHEN.
Pardonne-moi, vois-tu, la joie, l’émotion, la labié!... et puis je m’attendais si peu !... Sais-tu que tu es joliment changée ?