M.AZ.AN, MADAME ROURE, MONSIEUR ROURE
.MADAME ROURE, diclOnt.
« D’uno grosse d’éloles soie et or. »
uouiu;.
.Aladame Roure!
MADAME ROURE
Mon ami! ‘
MAZAx, écriva it
« D’étoles soie et or. »
ROURE
Chut!... tout à l'heure! Madame Roure, je vous ai quelquefois parlé de mon neveu Maximin, qui était dans la marine?
MADAME ROURE
En elTet, oui, je crois me rappeler... Hlst ce qu’il arrive?
ROURE
Non, il est mort.
MADAME ROURE
Oh I mon Dieu !
ROURE
Le malheureux était à bord du Janva-Cœli, qui s’e.sl perdu corps et bien le treize moi mil huit cent seize, il y a cinq mois, sur les côtes du .Mozambique. Le Tnulonnais de ce matin donne la nouvelle du désastre et le nom de toutes les victimes... le sien y est tout au long : .Maximin Roure, aide limonnier. (.4rcc un soupir.) Pauvre Maximin!... C’était de son vivant un vaurien de la pire espèce, mais enfin la miséricorde de Dieu est infinie. Espérons qu’il aura eu à ses derniers moment.s une minute de sincère contri-
LTSE tavernie;r. 7
tion... Quelquefois, le Seigneur n’en demande pas davantage,.. {changeant de ton subitement.] Est-ce qu’il y a des lettres ?
MADAME ROüRE, regagnant sa place.
Des leltres ? non !... C'est-à-dire si... En voilà deux. Je vous demande pardon. Cet affreux malheur m’a toute bouleversée.
ROURE
Sans doute, sans doute, c’est un affreux malheur, mais il faut savoir respecter les arrêts de la Providence. En somme, le drôle a eu une belle mort, et cela valait mieux pour lui que de finir au bout d’une vergue ou à l’hospice du bagne... Nous lui ferons dire une messe, et, .si vous voulez bien, nous n’en reparlerons plus jamais... Jamais, vous m’entendez !...
MADAME ROURE, doucement.
Oui, mon ami.
ROURE
Voyons ces lettres, {fl prend les lettres et lit debout devant la caisse.]
HAZAXi à part.
En voilà un qui a été vile enterré, par exemple.
ROURE, lisant.
Ah 1 oui... Connu J... Je sais ce qn’il demande, celui-là. Mais non! mais non!... Voilà trois fois que je lui renouvelle son billot... C’est assez.
MADAME ROURE
Oh! mon ami, je vous en prie... Sa paroisse est si pauvret... il est si charitable !
ROURE
Oui m’ainour, oui, mon ange, c’est un hbmme très-charitable... nous savons ça... mais voyez vous, je n’airao pas bien qu’on fasse le saint Vincent de Paul avec mon argent. Vous écrirez à l'abbé Salignon que nous .sommes très-gênés en ce moment, que les rentrées sont pénibles, et que je ne renouvelle rien.
USE TAVEHNIER.
HADAMB ROURE.
Pourtant, il me semble...
ROURE, terrible.
Vous dites ?
MADAME ROURE
Rien, mon ami.
ROURE, décachetant la deuxième lettre.
Ce serait trop fort, par exemple. Je veux bien être la providence des curés de campagne, donner ma marchandise à crédit, avancer môme des petites sommes à des taux apostoliques, mais me laisser mettre sur la paille par les paroissiens de ces messieurs... ah ! mais non. {Regardant la lettre). Tiens 1 tiens I qu’est-ce que c’est que cela ? « Mon.sieiir, j’aurai l’honneur de me présenter chez vous demain, dans l’après-midi, pour vous entretenir d’une affaire très -importante... Signé : Lise Tavernier, des Clastres. n Les Clastres I... mais c’est le pays de Mazan, ça. Est-ce que tu connais quelqu’un de ce nom-là ?
Quel nom, patron ?
ROURE
MAZAN,
Je crois bien que je la connais... c’est une ancienne soeur du couvent des Ursulines... 11 paraît que, du temps de la grande révolution, quand les Marseillais sont venus brûler le couvent, la dame envoya son béguin au diable et s’en vint au pays pour essayer de s’y marier. Mais, quoique ce fût un beau brin de fille, personne ne voulut d’elle... Vous pensez, une défroquée!... Alors, chassée de partout, méprisée de tout le monde, elle s’est fait construire une maisonnette en dehors du villag(‘, sur les ruines mômes de son ancien couvent, et depuis elle a vécu là toute seule comme une bôte sauvage. Jamais elle ne sort... Quand jiar hasard elle traverse le pays sur sa mule, les enfants lui jettent des pierres et on l’appelle : Ma sœur I... ma sœur!... pour la faire enrager.
ROURE
Elle aurait mieux fuit de quitter le pays.
LISE TAVERNIER. f»
HAZAN, .se levant.
Ah I voilà I 11 paraît, {baignant la voix) il paraît que ce qui la retient, c’est un trésor qui est caché dans le couvent... Elle reste là pour le garder comme le fameux dragon de la mythologie... Comment le maître appelait-il donc ça?... Le dragon... de... de... ahi oui, le dragon désespéré.
ROUBtî.
Imbécile !
HAZAN.
Dame I vous savez, patron... ce sont des choses qu’on dit dans le pays... mais moi je n’y ai jamais cru. D’abord on a fouillé le couvent de fond en comble et jamais on n’y a rien trouvé.
BOIBK.
Ah ! on a fouillé le couvent ?
MAZAN.
Oui, dans le temps... 11 y a des gen.s qui ont été assez osés pour y aller voir. Dame ! c’est que ce n’est pas un bon endroit ce couvent des Clastres. Il paraîtrait que la nuit les UrSulines reviennent en chantant avec des cierges.
MADAME RovRE, se signant.
Donne mère.
MAZAN, enchanté.
Oui, madame Roure, avec des cierges 1 aussi je vous * réponds qu’on ne va guère de ce côté-là ! Il faut une enragée de l’enfer comme cette Lise pour oser vivre dans ce voisinage.
ROUBE, rêveur.
Tiens ! tiens !
MADAME ROURE, vîvement.
J’espère bien que vous n’allez pas laisser cette méchante femme arriver jusque chez nous.
ROURE, arec un sourire.
Oh 1 oh ! Mais comme elle est donc bavarde aujourd’hui, cette petite maman 1 Ce n’est pas étonnant, ensuite, si on tousse... tenez! ma mie, faites-moi un plaisir, donnez cette lettre à Mazan. Il est assez grand garçon pour répondre... et puis montez de suite d^ns votre chambrette.
io
LISK TAVEUMKH.
MADAME nOlHE.
Mais, cepeiidanl...
RouRE, terrible.
Tout de suite.
MADAME ROCRE.
Oui, mon ami... (Elle se 1ère prècipilamment et monte par le petit escalier de bois.]
MAZAX.
Patron I patron 1 voilà la Tavernier qui arrive avec sa mule.
ROURE
c’est bon! achève ta lettre et pas un mot ! [Parle vitrage du fond, on roit une mute harnachée à la provençale s'arrêter devant la boutique. Une femme en descend, attache la mule à la porte et entre suivie d’une petite Artésienne. La femme est vêtue presque monastique ment et coiffée d’une grande capeline qui lai cache à moitié la figure.)