MA7,A
Cardeline !
CARDELI.NE.
En voilà une rencontre ! Qu’est ce que tu fais là ? C’est donc ici que tu travailles maintenant ?
MAZAN.
Mais oui... tu vois... je liens les écritures, ce n’est pas aisé !...
CARDE LINE
Ils disaient bien au pays que monsieur le curé t’avait fait avoir une bonne place ; mais je ne savais pas te trouver dans une si belle boutique... Ça reluit-il, mon bon Jésus!... ça reluit-il I
MAZAN, il quitte le bureau.
Eh bien ! et toi, ma Cardeline, qu’est-ce que tu viens doue faire ici avec cette femme?
CARDELINE
Oh! c’est toute une histoire, et bien triste va. Il m’en est arrivé des disgrâces depuis que tu as quitté le pays. D’abord ma pauvre maman est morte.
MAZAN.
Pëcaïré !
CARDELINE
Quand maman a été morte, on a tout vendu à la maison. Je me suis donc trouvée dans le chemin, sans parents, sans' ressourcfs, trop faible avec ça pour le travail delà terre, et ne sachant que faire de mes bras. 11 y avait bien mon oncle Fulcran, mais il est si avare que l’idée de m’avoir avec lui le faisait verdir comme un vieux sou... Alors il s’est rencontré que la Lise a eu vent do la chose et comme elle nous était un peu cousine du côté de mon père, elle m’a otfert de me prendre chez elle. Â quoi maître Fulcan a souscrit des quatre mains, et voilà comment je me trouve au service de cette méchante femme.
LISK TAVEKMEH.
HAZAN.
Elle est mécLaiite?
GARDELINE.
Ça dépend des jours... Mais c’est sa mule qui en a du vice... Tiens! regarde-la ruer, cette maudite béte... si on ne dirait pas Belzébuth. {S’élançant vers la porte.) Brunette! Brunelte!
HAZAN.
Pauvre Cardeline, comme lu dois être malheureuse I GARDELINE, retenant.
Oh oui, va!
MAZAN.
(Juand Je pense qu’il n’y a pas six mois nous dansions de si bon cœur à la Vote de Cassis! Tu l’cn souviens?
CARDELINE
C’est la dernière soirée que nous avons passée ensemble. Et si l’un de nous l’a l’oublié, bien sûr que ce n’est pas moi.
HAZAN.
Ni moi non plus... Et la preuve, c’est que j’ai encore à mon doigt le petit anneau de verre que tu m’as donné ce jour-là.
' CARDELINE
Ah! voyons 1
. HAZAN.
Jamais il ne m’a quitté. Et tous les soirs, quand je me couche, je le baise dévotemeul comme un morceau de la vraie croix.
CARDELINE
Tu m’aimes donc toujours?
HAZAN.
Plus fort que jamais, Ninctte.
CARDELINE, battant des mains.
Ohl que je suis contente... Mais alors, si tu m’aimes toujours, comment as-tu eu le courage de rester si longtemps sans venir là-bas?
HAZAN.
iîst-ce que je pouvais? J’ai tant d’ouvrage à la boutique...
Avec ça que le dimanche il faut aller k tous les olfices... le nation y tient,
CARDELINE
Eh bien l puisque tu es devenu si fort sur les écritures il fallait m’écrire un mot,
MAZAN,
Dame! c’est que,,, c’est qu’il n’y a pas longtemps que je suis fort comme cela, et j’avais peur que ma lettre te fît rire.
CARDELINE
Ah ! ben oui... C’est moi qui ne ris plus depuis longtemps. J’ai joliment désappris do rire, entre cette femme et celte mule. Mais regarde-la donc l’effrontée ! elle va arracher la porte... Brunette, hé! là! Brunelte! Elle a tant de malice. 'Fout ça c’est pour me faire battre.
UAZAN.
Comment celte femme te bat?
CARDELINE
li y a des fois, puis d’autres fois elle m’embrasse. Je n’y comprends rien!
MAZAN. ,
Oser lever la main sur ce bijou-lk! Ah! la coquine!
CARDELINE
Chut! chut! prends garde... si elle t’entendait.
MAZAN.
Oui tu as raison. Ce n’est pas ainsi (ju’il faut s’y prendre... Écoute, Ninette... penche-toi un peu par ici... encore... Fais semblant do regarder les images. Là, maintenant donnemoi ta main... Tu m’aimes, n'est-ce pas?
CARDELINE
Pardi !
MAZAN.
Eh bien, moi, je te jure que je t’arracherai de cet enferlii... Je vais travailler fort et ferme pour arriver à gagner de quoi te nourrir... Alors j’irai te prendre et nous nous marierons. Ça te convient- il ?
Oh!
MSE TAVERMEH.
('ARDELINE.
MAZAN.
En attendant, prends courage. Ne te désole pas trop. Quand je pourrai j’irai te voir... Dans tous les cas, le dimanche matin lu trouveras toujours une lettre de moi chez l’oncle Fulcran... Écris-moi aussi de ton côté... Seulement adresse tes lettres à la grande poste, pas ici, parce que le patron pour ces sortes de choses est encore plus sévère que notre curé!... Et s’il se doutait que... [Rejetant virement la main de la fillette.) Garel les voilai