‹ L’ISochondodendrine Alcaloïde du Parreira BravaChapitre 6 sur 20 · HISTORIQUE · texte numérisé non relu

HISTORIQUE

Décrire une histoire simple de l'Isochondodendrine, ülcaloïde admis aux honneurs de la Thérapeutique, n’est pas une lâche possible. Car cette histoire est, on le verra plus loin, celle des curares. L'alcaloïde en question, perdu au milieu de la masse de ses congénères, dans la racine ou la tige de plantes dont la classification botanique elle-même nest pas absolument codifiée, dont les habitats géographiques ne sont pas rigoureusement circonscrits, a connu sans doute un premier usage empirique entre les mains des Indiens des régions Nu Est de Rio-de-Janeiro, qui se servalent d'infusions d’'« Abutua-Abutua » comme fébrifuge, el calmant de le urinaires où dominait probablement l'élément spastique.

« Abutua-Abutua » désignait, en langage autochtone, la poudre sèche de racines de « bush-ropes », lianes wéantes croissant! en abondance dans la région qui ‘s'étend de Rio

à Bahia. Les premiers botanistes qui s’aventurèrent en ces FRE dès après la conquête ibérique, parlèrent de Radix

Pareira » Brava (ou mieux « Parreira », selon l'orthographe portugaise).

La poudre de Radix Parreira Brava passa les frontières brésiliennes du moment, traversa Mexico et les Antilles, parvint en Europe où elle trouva des consommateurs. C'était une « drogue », un des innombrables simples dont la pharmacie naissante des apothicaires se montr ait fort friande. Mais on ne savait pas son origine végétale, on ignorait sil s'agissait d’une seule ou de plusieurs : racines ou tiges, on était encore beaucoup plus loin d'imaginer que cette ma-

tière bénéfique présentait avec les curares mortels des belliqueux indiens de l'Amazone un voisinage chimique proche de la gémellité.

Pourtant, à ce dernier propos, dans l’histoire du curare, remarquablement condensée par Mc Intyre, qui fait appel aux textes authentiques des explorateurs et des pionniers des siècles passés, on ne trouve pas trace d'une allusion à des poisons de flèches dont se seraient servis les Indiens des régions sud-brésiliennes où dominent les Chondodendrons fournisseurs du Parreira Brava.

L'utilisation que pouvaient faire autrefois les indigènes de la racine de ces Chondodendrons à des fins guerrières, reste problématique, car il semble certain qu'ils aient préféré au Parreira Brava des poisons plus sûrs, puisque aussi bien ils disposaient, dans les vastes espaces qui s'étendent de l’Amazone au Rio-de-la-Plata, d'une inépuisable variété de curares hautement toxiques.

Il faut indiquer cependant que les Indiens Warrau de la Guyane anglaise, dont les embuscades coûtèrent si cher aux conquérants, empoisonnaient leurs flèches avec des extraits de Chondodendron Candicans, l’une des sources connues ide l’Iso-Chondodendrine. On sait aujourd'hui que l'alcaloïde y voisine avec d'authentiques curares toxiques, et les informations martiales, romancées par Jenman et Sandwith, n'entachent pas le passé paisible du Radix Parreira Brava.

Ajoutons ici quelques données géographiques propres à dissocier le destin de la drogue de celui des curares de chasse et de guerre.

La distribution géographique de Chondodendron Pla- Lyphyllum et Chondodendron Microphyllum, sources de l'Isochondodendrine et fournisseurs essentiels du Parreira Brava, n'est pas celle de Chondodendron Tomentosum et de Strychnos Toxifera, d'où l'on tire les curares dont les Indiens avaient fait une arme gnortelle,

Ces derniers, sur la carte du Continent sud-américain, peuplent le vaste réseau du fleuve Amazone dont ils débordent les branches occidentales, au delà de la Cordillère des Andes, vers les côtes dlu Pacifique, en Colombie, en Equaleur et au Pérou.

Leurs représentants les plus méridionaux, qui semblent

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déjà n'appartenir plus qu'à des groupes isolés, se relrouvent aux abords du lac Titicaca et du Mont Hlimanr.

On ne sait encore si l'on pourrait récolter de la Tubocurarine à partir des espèces de Chondodendrons natifs du plateau du Matto-Grosso, dernière « terra incognila ».

Or, ce centre géographique, qui marquerait hypothc6liquement la limite inférieure des « curares de guerre » est largement au Nord des zones sud-brésiliennes où lon récolte en abondance ‘Chondodendron Platyphyllum et Chondodendron Microphyllum.

Enfin, et pour anticiper, la chimie à fait le reste en permettant l'isolement, puis l'étude des alcaloïdes du Parreira Brava, bebeerines, chondrines, isochondodendrines (1), coclaurines, dont aucun n'est curarisant à Fétat naturel. I faut une méthylalion pour transformer la bebeerine en un Curarisant vraiment nocif, et tout porte à croire que lies Indiens des régions de Rio et de Bahia n'avaient aucun moyen de créer à partir de la bebeerine un curarisant dont ils se seraient servis comme d'une arme, à l'instar de leur congénères des rives de FAmazone.

Ainsi, le groupe des alcaloïdes du Parreira Brava apparait-il dégagé, pour le biochimite de nos jours, du groupe général des curares. I y va de l'insuffisance lde renseignements botaniques, les spécialistes n'ayant pas encore elassifié les lianes géantes d'Amérique du Sud, si le Parreira Brava s'est trouve mêlé aux recherches qui ont abouli à lisolement et à la connaissance des drogues curarisantes, Ce sont en fait les chimistes qui ont apporté la clarté, en obligeant à reconsidérer une systématique incomplète ou inexacte, Mais i! reste que l’enfantement de cette classification. laquelle exigea plusieurs siècles, ne s'est pas fait sans douleur. Nous en rappelons ci-après les principales étapes.

On retrouve dans l'Histoire Générale des drogues écrite en 1694 par Pomet (p. 69), une première allusion au Parreira Brava ; l'auteur indique que la drogue a 6lé apportée

(1) On ne sait encore s'il fäut écrire : Chondodendrine ou Chondrodendrine, Nous nous rallions à l'orthographe adoptée par Seba.

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en Europe par des Portugais et qu'elle provenait du Mexique, des Antilles et du Brésil. L'information, telle quelle, ne faisait que retracer purement et simplement urc ligne de transit, dont le point de départ était le Brésil : on sait aujourd'hui que Chondodendron Platyphyllum n'est ni mexicain, ni antillais.

Poimet disait déjà les bienfaits du Parreira Brava dans ic traitement des calculs.

Pourtant, quelque temps avant, Piso, en 1648, (De faeuHatibus simplicium, 4-94) et Marggrav (Historia plantarum 1-25) avaient décrit le Caapeba, plante du nouveau Continent à laquelle ils aitribuaient des proririétés thérapeutiques fort semblables à celles que Pomet devait conférer plus tard au Parreira Brava.

King, dans son mémoire, fait bien remarquer que la confusion s'est prolongée pendant de longues années par la faute de Linné (1553) qui avait appelé le Caapeba: Cissampelos Parreira, entretenant ainsi une cause d'erreur rominale.

Les iuportateurs des 150 dernières années semblent donc avoir trafiqué des Parreiras en général, sans se soucier d'une classification botanique, alors inexistante, et la varié'é des échantillons qui pouvait tomber entre des mains inaverties a probablement découragé tous essais de: travail chimique sérieux.

Si l'on en croit Mc'Intyre (in « Curare » 1947), une autre erreur avait été commise par Hanbury (« on Parreira Brava », Pharm,. Journ. 4, 81 et 102, 1873) qui avait reçu de Rio, à la fois du Parreira Brava, et des spécimens botaniques de Chondodendron Tomentosum, producteur de curare de guerre où domine la d-tubocurarine, et avait attribué à cette dernière espèce le rôle de source unique de Parreira Brava.

Au début de ce siècle, donc, on connaissait de fort fonglemps une drogue dénommée Parreira Brava, ou en langage indigène Abutua-Abutua, s'offrant au regard sous la forme de racine sèche entière ou divisée, dont l'origine botanique vraie était obscure, et dont lutilisation thérapeutique ne devait qu'à l'empirisme des Indiens. Gela explique son caractère flou et généralisé. C'est ainsi que dans le « Dictionaria des plantas uteis do estado ide Sao-Paulo »,

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le Parreira Brava est indiqué comme étant utilisé « en bains contre les hernies », tandis que le classique traité de Perrot (Edition 1943, p. 873) signale l'emploi du Parreira «comme lonique et diurétique dans le catarrhe vésical ». De leur côté, Lebeau et Courtois, résumant dans leur traité de Pharmacie chimique (1945) le travail de King, assignent au Parreira Brava un « rôle fébrifuge ».

C'est à Scholtz que revient le mérite d'avoir éclairé d'une première lumière la nature des composants chimiques du Parreira Brava dans une série de mémoires publiés de 1896 à 1910. La querelle qu'il entretint, à ce propos, avec Faltis, ne fut pas infructueuse, puisque les deux chercheurs S'acharnant à s'affirmer réciproquement la solidité de leurs conceptions, furent conduits à pousser le problème à fond en utilisant les procédés d'isolement et de caractérisation chimiques les plus fins. Ils reconnurent d'abord dans Parreira Brava la présence d'un alcaloïde, la bebeerine dont la méthylation fournit un curarisant hautement actif que son comportement pharmacologique apparente très étroitement à la d-tubocurarine. |

Scholtz a donné, d'autre part, la description d'un autre alcaloïde tiré de la même source, qu'il appelle chondrine puis Isobebeerine et enfin Isochondrodendrine et qu'on peut identifier maintenant à l'Isochondodendrine, Il semble bien en définitive, que cet auteur puisse revendiquer la paternité du premier isolement chimique de l'alcaloïde auquel nous nous intéressons.

Cependant, les travaux en question n'avaient pas, pour autant, clarifié le problème le la classification botanique, el Scholtz lui-même, lorsqu'il écrivait textuellement dans ies premières lignes d'un de ses mémoires, que « la racine de Parreira (chondodendron tomentosum) contient 4 alcaloïdes : la d-bebeerine, la l-bebeerine, la bebeerine racémique et Ta chondrodine (1) », commettait lui aussi, la confusion entre, Parreira et Chondodendron tomentosum.

Diels (in Engler Pflanzenrich, 1910, 4, 41) considère que Parreira Brava est d'origine strictement brésilienne, alors que Chondodendron tomentosum ne provient pas de

(1) La Chondrodine citée ici, appelée par Faltis Isobebeerine, est l'Isochondodendrine,

ce pays, et qu'au contraire, Chondodendron Platyphyllum et Chondodendron Microphyllum se trouvent en abondance dans les régions de Rio et de Bahia.

Mais il a fallu attendre le travail de Krukoff et Smith (Bull. Torrey Bot. Club, 64, 4or, 1937) pour obtenir la certitude que le Parreira Brava, au moins tel qu’on le connaissait par son emploi thérapeutique empirique et par les travaux de Scholtz et Faltis, dérivait seulement de Chondodendrons brésiliens et plus particulièrement de Chondodendron Platyphyllum.

Enfin, l'excellent travail de King (Journ. Chem. Soc. 737, 1940) en même temps qu'il complétait les premières recherches des Allemands, a donné toutes les précisions voulues sur les différents alcaloïdes qu'on peut extraire des Chondodendrons Platyphyllum, Microphyllum et Candicans, sur les lieux de récolte de ces plantes, et sur la partie du végétal d'où l'on obtient les meilleurs rendements d’extraction. Ce faisant, il dissociait une fois pour toutes ce groupe d'alcaloïdes de celui, beaucoup mieux connu alors, des « curares de guerre », dont la source fondanientale reste Chondodendron Tomentosum et Strychnos Toxifera.

EMYDIO DE MELLO FILHO — CHONDODENDRON BRESILIEN

£Mdio dé/Mello Priho — O genero Chandedendron no Braëïft 139

Chondodendron platyphyllums (St. Hili Mers segundo a “Flora Brasiliensis” vol. XIII, 1, tab 48, sub Botryopris pletyphyile Habito e analise :

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