‹ Liszt (volume 2)Chapitre 28 sur 78 · FRANCK · texte numérisé non relu

FRANCK

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L'agitation qui trouble, au second acte de la Walkyvie, le sommeil de Sieglinde, n'est-elle pas celle qui tourmente le docteur Faust dans la symphonie de Liszt?

LISZT (Faust)

ÉÉ

— =332° llit*

Et le Voyageur de Siegfried ne s'avance-t-il point du même pas qu'Orphée, dans le poème de Liszt qui porte ce nom?

LISZT (Orphée)

mp sost.

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WAGNER (Siegfried)

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Mais, si piquants que puissent être de tels détails, il ne convient pas de s'y arrêter trop longtemps. L'héritage de Liszt offre d'autres

richesses que ces petits legs de fortune. Genre, forme, style, la musique qui est venue après lui doit à son œuvre quelque chose de tout cela : au moins a-t-il indiqué toutes les directions que nous voyons aujourd'hui essayées ou suivies par l'art musical.

On sait la place qu'occupe, dans Fart contemporain, la musique à programme : les douze Poèmes Symphoniques et la Faust-Symphonie sont pour elle ce que les symphonies de Mozart ou de Beethoven sont pour la musique pure. Lorsque M. Camille Saint- Saëns, auteur du Rouet cVOmphale, de Phaéton, de la Danse Macabre, de la Jeunesse d'Hercule, dédie en 1886 « à la mémoire de Franz Liszt » sa symphonie en ut mineur, lorsque M. Richard Strauss auteur du Heldenleben, d* EulenspiegeL de Zarathustra met au programme de ses concerts du Beiiiner Tonkùnstler Orchester (1901-1902) , les douze Poèmes Symphoniques, ce sont là des hommages d'une haute signification où s'atteste par la piété admirative de deux grands artistes — si différents! — la dette de toute une époque.

Si nous passons du « genre » à la « forme » et au ce style » , la musique symphonique de Liszt contient deux principes qui ont fait par la suite une fortune inégalement brillante , le leitmotiv du drame wagnérien, et la forme cyclique

d'une certaine musique française actuelle. La confrontation des dates et l'examen des textes nous montrent que, dans l'emploi symphonique de thèmes caractéristiques, notamment au moyen de variations concentrées, la Sonate en si mineur et certains des Poèmes Symphoniques précèdent la Tétralogie de Wagner. Lorsque, plus tard, Liszt appliqua cette méthode à la Messe de Gran, à Sainte-Elisabeth, au Christus , on lui reprocha d'imiter Wagner, alors qu'il avait simplement suivi son propre chemin où Wagner s'était engagé après lui. — Quant à la « forme cyclique », à cette construction d'une œuvre entière au moyen d'un thème qui en jalonne les deux extrémités, qui en fait l'exorde et la pérorafson, César Franck en avait donné, dès 1840, un bel exemple connu de Liszt. Mais il est aisé de montrer que la poétique des Poèmes Symphoniques — et celle de la Sonate, simple « poème » "sans titre, pour piano — est issue des Années de Pèlerinage, antérieures au trio de Franck. D'autres procédés, plus particuliers, et qui ont fait fortune dans la musique contemporaine, se rencontrent déjà dans l'œuvre de Liszt. La polyphonie de Franck applique au piano le chromatisme de l'orgue : mais Liszt l'y avait appliqué déjà dans ses Variations sur le nom BACH ou sur le thème de Bach. Dans plus d'une œuvre

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dramatique ou symphonique récente, dans les beaux drames musicaux de M. Vincent d'Indy, Fervaal et l'Etranger, nous voyons des thèmes grégoriens emprunter à leur caractère liturgique une force de symbole : n'avons-nous pas vu Liszt — comme Berlioz avec le Dies irœ de la Fantastique — donner cet exemple dans la Bataille des Huns, dans la Procession nocturne, dans Sainte-Elisabeth, dans le Christus, etc?

On doit se garder d'indiquer et moins encore d'insinuer par là que tant d'artistes sont allés piller Liszt, parmi ceux mêmes qui font profession de le moins estimer. Une pareille conclusion dépasserait les prémisses les mieux établies par la réalité historique. 11 faut observer simplement que l'œuvre de Liszt, très diverse et variée, ne l'est pas seulement par ses origines, mais par ses tendances, non pas seulement par ce qu'elle a reçu ou réalisé, mais par ce qu'elle a donné. En dehors de sa beauté propre, de son éloquence, de sa couleur, elle nous intéresse parce que nous trouvons annoncées en elle toutes les directions que, depuis cinquante ans, a prises la musique.

Après avoir connu en plus d'un pays la triple conspiration du silence, du dédain et des sarcasmes, l'œuvre de Liszt reprend son rangdepuis que l'on peut mesurer son action sur les des-

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tinées de la musique d'hier et sur celle d'aujourd'hui : c'est malheureusement à l'heure où un art issu d'elle sans doute ou qui du moins lui doit beaucoup, mais plus proche de nos sentiments actuels, risque avant qu'elle soit tout à fait historique et fixée dans le recul majestueux des choses définitives, de nous la laisser paraître un peu démodée. Elle vient ainsi à l'ordre du jour pendant cet ce âge ingrat » de la postérité, si redoutable à tant de renommées. Mais ce serait manquer tout ensemble de goût, de justice et de sens historique que de lui en tenir rigueur.

Au contraire, la figure et l'œuvre de Franz Liszt doivent aujourd'hui se dégager peu à peu des apparences qui les ont trop longtemps déguisées. Les prouesses diaboliques du virtuose, la pompe de ses manières, les singularités de son costume, les vestons de velours aux larges manches tombantes, les bottes à l'écuyère, le sabre d'honneur, la lévite sont autant d'accessoires d'un intérêt périssable. Ne retenons de Liszt que le souvenir de sa puissante, de son irrésistible séduction, la hardiesse de son esprit, la magnifique largeur d'une intelligence ouverte à toutes les grandes idées, cette générosité faite d'enthousiasme et d'abnégation dont il répandait au loin les bienfaits avec une magnificence de souverain et une bonté d'apôtre.

S'il n'a pas été le plus grand musicien du siècle qui a vu Beethoven et Wagner, il en a été, sans conteste, la plus grande autorité musicale. Gomme sa personne, son œuvre où il convient de négliger bien des pages hâtives, trop complaisantes à des modes aujourd'hui oubliées, son œuvre est trop diverse pour n'être pas inégale et surtout trop hardie pour être toujours réalisée avec une entière sûreté. Mais elle renferme des beautés de premier ordre, neuves et fortes et qui ont agi sur le développement ultérieur de l'art musical à la façon de véritables découvertes. Ainsi Franz Liszt, qui ravissait la société parisienne de i83o par son air de jeune magicien, Liszt qui, d'un esprit avide, ne cessa de fouiller tous les trésors de l'art, de la philosophie, de la littérature pour enrichir la musique d'un timbre ou d'un écho inconnu, Liszt qui, s'il n'a pas eu le don de perfection plastique de Vinci, rappelle par plus d'un côté l'universelle curiosité de Léonard, Liszt, parmi les grands musiciens entre lesquels il faut le compter, nous apparaît surtout comme un prodigieux et génial inventeur à qui nous devons aujourd'hui une bonne partie de nos richesses.

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