‹ Liszt (volume 2)Chapitre 4 sur 78 · En particulier à Mme Adam (Juliette Lamber · texte numérisé non relu

En particulier à Mme Adam (Juliette Lamber

1. Quelques années plus tard, il lui fit aussi cadeau d'une pipe.

3. Il y a d'ailleurs dans les aventures successives de George Sand une continuité et comme une solidarité curieuse : Musset

Le voyage à Chamonix et le séjour de Liszt à Nohant, pendant l'intérim entre Musset et Chopin, étaient de nature a inquiéter Mme d'Agoult: George Sand, qui se connaissait et se savait connue, éprouva de nouveau, par la suite, le besoin de prévenir les soupçons et d'affirmer derechef la pureté de ses rapports avec Liszt en donnant l'argument qui, de sa part, pouvait en effet sembler le plus décisif : « Il m'aurait été aussi impossible d'aimer Liszt que les épinards. » Mais peut-être cette répugnance ne doit-elle s'entendre que des épinards trop verts. Autrement, elle avait, Dieu merci, assez bon estomac pour que, si les épinards l'éloignaient de Liszt, Liszt la convertît aux épinards. Du moins Mme d'Agoult en eut grand peur et les deux amies se quittèrent en juillet 1837 \

lui présente Liszt et Liszt lui présente Chopin. Je ne puis me défendre de sentir que Chopin, dans sa Barcarolle, a chanté les promenades faites par George Sand sur les lagunes de Venise avec le frêle Musset et le robuste Pagello : on distingue là un transfert de la sensibilité très intéressant. C'est presque le lampada tradunt de Lucrèce, mis en français par le capitaine Clavaroche. En revanche, il faut lire dans les souvenirs de Mme Janka Wohl [op. cit.) la scène, digne de Poë, où en 1847, déjà empoisonné d'alcool, Musset, après trois verres de Bordeaux bus chez Liszt et après une improvisation de celui-ci au piano, supplie son ami de le réconcilier avec Sand et où Liszt, reconduisant Musset en fiacre rue du Bac le voit, au lieu de rentrer chez lui, entrer dans un mauvais cabaret.

1. Liszt ne devait plus revoir George Sand. Ils échangèrent encore quelques lettres cordiales et aussi quelques observa-

Liszt et la comtesse gagnèrent par étapes Bellaggio pour y attendre la naissance dès lors prévue d'un enfant. Ce fut une fille, qui vint au monde au mois de février i838 et, étant née sur les bords enchantés du lac de Corne, reçut le prénom de Cosima. Dans le calme de cette belle nature italienne, Liszt composa sa Fantasia quasi una sonata « après une lecture de Dante », dont le poème était déjà et resta toute sa vie pour lui un livre de chevet; et il remania ses modestes exercices de 1826 pour en faire les douze formidables Etudes d'exécution transcendante. Dès le printemps de i838, il reprenait son existence de virtuose errant par une tournée qui le conduisit notamment à Milan où il eut quelques démêlés avec la presse, et à Venise. Ayant appris, dans cette ville, que de violentes inondations du Danube ravageaient l'Autriche,

tions aigres-douces relativement à Chopin, dans le Chopin de Liszt (à propos de Lucre zia Floriani, roman où Sand se défendait d'avoir mis en scène Chopin sous les traits du prince Karol) et dans Y Histoire de ma vie. Plus tard il blâma les idées de George Sand, « ses incursions ravageuses contre les croyances et les pratiques catholiques » ; ce qui ne l'empêche pas, la même année (i855), de lui présenter par lettre la princesse de Sayn-Wittgenstein et de l'appeler encore Piffoël comme en i836 à Chamonix. Et, lisant en 1882 la correspondance de George Sand, il vante à MmG Malwina Tardieu les lettres politiques de Sand en i85a, « chefs-d'œuvre de jugement et de divination » où respire le « génie d'un grand cœur ». La brouille entre George Sand et la comtesse d'Agoult entrava singulièrement les relations de Liszt avec Chopin.

il résolut de partir immédiatement pour Vienne et d'y donner des concerts au profit des sinistrés. Arrivé à Vienne le 7 avril, il y joua plus de dix fois en un mois : il n'y avait point reparu depuis quinze ans, depuis sa présentation à Beethoven. Son talent inouï, la générosité avec laquelle il le prodiguait excitèrent un enthousiasme énorme. Lui-même paraît avoir aimé le séjour de cette ville voluptueuse et musicienne ; le génie de Schubert et la séduction des valses viennoises l'enchantèrent. Il écrivit ses Soirées de Vienne, et acheva les deux premiers recueils des lieder de Schubert transcrits pour le piano. Désireux de revoir son pays natal, il songeait à pousser jusqu'en Hongrie, lorsqu'une maladie de Mme d'Agoult le rappela à Venise, où il arriva le 27 mai.

Après un été passé à Lugano et une tournée de concerts à Modène, Florence, Bologne, etc., Liszt, à la fin de janvier 1839 s'installait à Rome avec la Comtesse. Leur séjour qui se prolongea jusqu'au mois de novembre, interrompu par une villégiature à Lucques et à San-Rossore, fut désastreux pour leur amour déjà ébranlé, mais profitable au génie de Liszt. Un esprit aussi avide que le sien, une sensibilité aussi plastique devaient s'imprégner à Rome d'émotions infiniment riches, embellies par la ma-

jesté de cette Ville Eternelle dont le caractère sacré imposait à une âme d'où la piété, voilée souvent par des nuages désordonnés, n'avait cependant point disparu. Au Vatican, Liszt dévorait les partitions des vieux maîtres de la Renaissance religieuse, Palestrina, Allegri, Vittoria ; l'étude de cet art catholique l'affermissait dans les idées entrevues par lui dès i834 sur la musique d'Eglise et l'acheminait ainsi, sans que lui-même alors en eût conscience, vers cet idéal d'une réforme musicale qu'il espéra réaliser plus tard en prenant l'habit. Mais il dut surtout à Rome son initiation aux arts plastiques, la révélation de Michel-Ange, de Vinci, de Raphaël, de Raphaël surtout dont il parle à d'Ortigue avec tant de chaleur. « Le beau, dans ce pays privilégié m'apparaissait sous ses formes les plus pures et les plus sublimes. L'art se montrait à mes yeux dans toutes ses splendeurs; il se révélait à moi dans son universalité et dans son unité. Le sentiment et la réflexion me pénétraient chaque jour davantage de la relation cachée qui unit les œuvres du génie. Raphaël et Michel- Ange me faisaient mieux comprendre Mozart et Beethoven ; Jean de Pise, Fra Beato, Francia, m'expliquaient Allegri, Marcello, Palestrina ; Titien et Rossini m'apparaissaient comme deux astres de rayons semblables. Le Golysée et le

Campo Santo ne sont pas si étrangers qu'on pense à la Symphonie héroïque et au Requiem. Dante a trouvé son expression pittoresque dans Orgagna et Michel-Ange; il trouvera peut-être un jour son expression musicale dans le Beethoven de l'avenir1. » Ingres était alors directeur de l'Ecole française : on sait du reste qu'il jouait du violon et moins mal, selon le jugement assez qualifié de Liszt, que ne le veut une renommée proverbiale. Leurs enthousiasmes se croisèrent, Ingres se passionnant pour la musique avec Liszt, Liszt se passionnant pour les beaux-arts avec Ingres. Un pareil commerce invitait Liszt à concevoir l'union, dans une musique nouvelle, de Tharmonie colorée avec l'harmonie sonore; non pas que la musique pût évoquer des couleurs ou figurer des traits; mais, sans être descriptive, elle pouvait rejoindre par ses propres moyens la sensibilité du peintre, du sculpteur, du poète, nous replacer dans une intuition originelle* commune à tous les arts, et dont chacun offre seulement une solution particulière, divergente des autres; Telle était, à l'égard d'un Byron ou d'un Sénancour, l'inspiration des pièces qui, en Suisse, avaient formé la première des Années de Pèlerinage; telle est celle de quelques pages

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