‹ LisztChapitre 10 sur 45 · la nov. 1837 ; pp. 488 et suiv · texte numérisé non relu

la nov. 1837 ; pp. 488 et suiv

a. Briefe, t. I. pp. a6, 37 (du 5 juin iSSg).

indisposa leur calme par tout ce bruit de succès et d'aventures dont il semblait porter sur lui mille grelots. Ils montrèrent peu d'intérêt pour ses compositions. Enfin, Clara Wieck passait pour la première pianiste d'Allemagne et Schumann ne cessait de penser à elle en écoutant Liszt. Ecoutez-le lui-même : « Je n'ai jamais entendu jouer d'une façon aussi bardie, aussi déchaînée... Mais, Clara, ce genre n'est pas le mien ; je ne donnerais pas Fart que tu pratiques, dont je me sers souvent pour composer, ta douce simplicité, pour toute la splendeur de son jeu, dans laquelle je distingue une petite part de clinquant*. » Et le lendemain : « Il est vraiment extraordinaire... Mais ne le prend pas comme modèle, ma Clara Wieck, reste seulement ce que tu es ^. »

Pendant un an, Liszt ne fit guère que courir les chemins : après un mois passé à Paris et marqué par deux concerts privés à la salle Erard, il séjourne à Londres de mai à la mijuin, parcourt ensuite les villes du pays rhénan, retourne en Angleterre, traverse la mer du Nord pour jouer à Hambourg, revient derechef

ï. Lettres choisies de Robert Schumann {1827-18i0), i8 mai 1840, trad. M. P. Crémieux, Paris 1909, Fiscbbacher, p. 394.

a. 20 mai 1840, ibid., p. 295. De ce voyage datent les premières transcriptions, par Liszt, de quelques lieder de Mendelssohu.

en Angleterre et en Ecosse, passe en Belgique (février 1841) pour se retrouver à Paris. La rancune de l'aristocratie à son endroit persistait, armée elle-même, si l'on peut dire, par le malencontreux sabre d'honneur. Pour l'abaisser, on exaltait de nouveau Thalberg, voire même Dôh- 1er ; un Heinrich Heine ne craignait pas de prêter à ce jeu son ironie plus que suspecte ^. De nouveau il fallait lutter ; de nouveau Liszt triompha : son nom se retrouva dans toutes les bouches, son portrait à toutes les devantures.

Une tournée malheureuse dans la province anglaise échoua par défaut d'organisation et fut suivie d'un séjour à Londres qui ne réussit guère mieux. Là aussi, certaines de ses relations inquiétèrent l'aristocratie ; enfin, par une inspiration maladroite de sa jalousie, M™* d'Agoult était venue le rejoindre à Londres. Cette démarche fut deux fois désastreuse. Loin de resserrer leur lien, elle contribua à le dénouer : d'abord, une maîtresse devient incommode et avoue la faiblesse de son empire, si elle impose 8a présence pour s'assurer d'une fidélité que l'absence ne lui garantit plus ; c'est à l'heure la plus désespérée des naufrages qu'on est réduit, pour se retenir, à se cramponner. De plus, le

t. Henri Heirb. De tout un peu (Paris, 1867, Michel Lévy) dans l'article Virtuoses de concert (1837) pp, 3oo et suiv.

cant britannique s'effarouche des situations irrégulières, lorsqu'elles s'affichent : la présence de la comtesse d'Agoult nuisit au succès de son ami. Liszt sut à qui attribuer la responsabilité de son demi-échec : l'amant endossa les griefs du virtuose.

Néanmoins, après une fête musicale à Hambourg, du 4 au 8 juillet, un concert à Kiel et un séjour triomphal à Copenhague, il s'installa, pendant l'été de 1841 *, avec M"* d'Agoult et ses enfants, dans l'île fuselée de Nonnenwerth, sur le Rhin, à la hauteur de Rolandseck, entre Remagen et Bonn. Ils occupaient les bâtiments d'un ancien couvent où restait une petite chapelle. Liszt, depuis deux ans, après s'être tour à tour imprégné d'idéologie française, de nature suisse, d'art italien, venait de reprendre contact avec l'Allemagne, qui était encore la rêveuse Allemagne. Il était d'une sensibilité trop réceptive pour ne pas éprouver profondément, après le tumultueux romantisme français, le romantisme plus calme de la Germanie. Et où. le ressentir avec plus de richesse et de vivacité que dans cette petite île du Vater Rhein, au pied des collines où poussent les ruines des vieux burgs crénelés, au milieu des eaux qui mur-

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