I. Des Bohémiens, etc., pp. 537, ^^S
liberté de la forme qui permet au « Zymbalier » les plus audacieuses improvisations; il aime l'alternance bondissante de ces Lassan et de ces Friska. D'ailleurs, d'autres avant lui ont senti la beauté de cet art violent et ingénu : Beethoven semble, dans ses dernières œuvres, avoir eu l'intuition de l'art bohémien ^ ; Schubert l'a policé dans son Divertissement hongrois ; Liszt veut, par un effet de l'art, lui laisser son beau désordre. Il ne s'agit pas seulement, au reste, de faire connaître l'art bohémien ; il faut le sauver, car il est en grand péril. Les Bohémiens, de nomades qu'ils étaient, deviennent des « commis-voyageurs », des« sujets d'Alcazar^ ». Ce drapeau quelque peu bariolé qu'ils menacent de prostituer, Liszt veut le reprendre et le conduire à la victoire. Cette vocation qu'il se donne est chez lui affaire de piété filiale envers le pays où il a vu le jour. Rappelons-nous les tableaux qui ont frappé son imagination d'enfant, « ces visages cuivrés... ces danses molles et élastiques, rebondissantes et provocantes, saccadées et impétueuses ^. » Voilà par quels « intimes souvenirs » l'art tzigane tienl au cœur « de chaque
I. Il convient de laisser à Liszt la responsabilité de cette -affirmation à tout le moins très hasardée.
a. Op. cit. y pp. 5io, 5ii.