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Édition de 1881, Leipzig, Breitkopf

pliquer à une race aussi nomade et aussi mal connue que les tziganes ; en second lieu le terme d' « épopée » est impropre à désigner la série des Rhapsodies. Le mot de corpus leur conviendrait mieux, s'il pouvait s'assouplir et admettre les fantaisies de la stylisation. Les explications de Liszt trahissent du reste le flottement de sa pensée; il prend beaucoup de précautions pour amender, corriger, déformer les termes dont il fait usage : « Par le mot Rhapsodie nous avons voulu désigner Télément fantastiquement e/;t^ae que nous avons cru y reconnaître. Chacune de ces productions nous a toujours semblé faire partie d'un cycle poétique ... Ces fragmens ne narrent point de faits, il est vrai; mais les oreilles qui savent entendre, y surprendront l'expression de certains états de l'âme dans lesquels se résume l'idéal d'une nation. » Voilà pour le terme de Rhapsodies ; mais pourquoi hongroises puisqu'elles évoquent la « nation » tzigane ? Liszt va nous répondre : « Nous avons appelé ces Rhapsodies hongroises^ parce qu'il n'eût pas été juste de séparer dans l'avenir ce qui ne l'avait point été dans le passé. Les Magyars ont adopté les Bohémiens pour leurs musiciens nationaux... S'il a fallu des chantres aux uns, les autres n'eussent pu se passer d'auditeurs. La Hongrie peut donc à bon

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droit réclamer comme sien cet art, nourri de son blé et de ses vignes, mûri à son soleil et à son ombre... si bien enlacé à ses mœuri, qu'il se lie aux plus glorieuses mémoires de la patrie, comme aux plus intimes souvenirs de chaque Hongroise » L'explication est adroite, mais elle est spécieuse : c'est de l'ethnographie à la Metternich. Elle n'a pas contenté tous les Hongrois : lorsque sonnera pour le peuple magyar et le royaume de Saint Etienne l'heure des revendications politiques nationales, plus d'un reprochera à^Liszt d'avoir d'abord confondu Magyars et bohémiens, et d'avoir ensuite, au Conservatoire de Budapest, germanisé l'art hongrois.

Hongrois ou tzigane, magyar ou bohémien, quelles sont donc les séductions qu'exerce sur Liszt cet art singulier? 11 en aime la matière sonore, si piquante, si savoureuse pour des oreilles nourries de tonalité et d'harmonie classiques, ces « gammes mineures avec quarte augmentée, sixte diminuée et septième augmentée » ; il aime cette « luxuriance multiforme du rythme » et le chatoiement exubérant de l'ornementation sonore dont ses mouvements endiablés secouent les tintinnabulantes paillettes; il aime cette indépendance tonale, cette sauvage

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