INTRODUCTION
Au centre. urologique: de la XIV® région, nous avons été à même d'observer cinq cas de calculs formés dans l'urétre, plus ou moins longtemps à la suite de plaies de guerre de ce canal. Sur les conseils de M. le professer Rochet el de son assistant, M. le docteur Boulouneix, nous avons recherché dans les publications anciennes si quelques cas analogues à ceux que nous relatons avaient été signalés, et à notre grand étonnement nous n'avons-pas trouvé de cas semblables. Nous avons pensé alors à présenter dans notre lhèse ces quelques cas, et de faire part de nos donsidérations à leur sujet, espérant que leur publication pourra amener la recherche systématique des caleuls urétraux. posttraumatiques et par suite inciter les chirurgiens à Ja publication de nouveaux cas. Peut-être sera-teil permis à ce moment-là de faire une éiude d'ensemble beaucoup plus complète que la nôtre et de donner une appréciation plus autorisée au sujet du mode «le formation de ces. calculs et de l'évolution de cette Hthiase autogène, car diverses phases de l'évolution de celte affection nous échappent et seules de nouvelles observations nous permettront de résoudre les nombreux points qui restent
encore obscurs sur ce sujet,
La formation de calculs autochtones de l'urètré est bien connue et a été signalée à maintes reprises jadis, mais néanmoins cette lithiase urétrale constituait une rareté pathologique et à peine si, en remontant dans les publications antérieures, nous voyons, après ceux d’Ambroise Paré et de Morgagni, quelques cas cités ‘par Guyon, lequel ne fait qu'en parler comme d'un cas parliculier des calculs échappés de la vessie et en rétention dans l'urètre. Nous relevons encore les observations bien connues de Cowper et Civiale, quoique quelques-uns de ces Cas paraissent dus à une lithiase secondaire amenée par la présence d'un calcul descendu de la vessie et formant obstruction de l’urètre. Albarran cite quelques observations de lithiase urétrale,; mais il paraît les avoir constatées surtout dans les poches vides laissées par l'énucléation d'un adénome prostatique. :
Legueu signale en 1895 des calculs formés aussi dans la poche prostatique, puis successivement Englisch, Garouville, parlent de calculs extraits de lurètre prostatique et périnéal.
Plus près de nous une série de publications appellent l'attention sur des calculs d'origine urétrale, mais ces calculs sont fréquemment trouvés chez l'enfant, quelquefois chez l'adulte rétréci. Malgré ces publications, le ealcul urétral formé sur place, et qui n'est pas un calcul descendu du rein après une colique néphrétique et arrêté dans l’urètre par sa grosseur, ou derrière un rétrécissement, n'est pas bien fréquent : l'empressement de chaque auteur de signaler les cas observés montre du reste bien le peu de fréquence relative de pareille Jithiase,
Depuis la guerre, feuilletant les comptes rendus des
[ac
centres urologiques de France, autres que celui de Lyon, nous consta‘ons la publication de deux cas de calculs urétraux faits par la XVT région : un de l'urètre périnéal, l'autre de provenance prostatique, mais aucun d'eux ne paraît être post-lraumalique et consécutif à une plaie de guerre.
Pour notre part un heureux hasard, où peut-être la recherche systématique des concrétions qui peuvent se former derrière les plaies de guerre de Purètre, nous à permis de relever cinq obsérvations que nous donnons maintenant,
OBsERvATION I :
F... Pierre, blessé le 6 juin 1916, à Mazéville. Premier pansement de suite à l'ambulance de Froideterre.
H est muni du billet d'évacuation suivant :
« Ambulance auto-chirurgicale n° 12.
« G juin : plaie par éclat d'obus. Orifice d'entrée: partie posléro-supérieure de la cuisse gauche (transfixion de la cuisse avec lésion du nerf sciatique). Section complèle de l'urètre périnéal. Séton des bourses. Vaste hématome des bourses, Intervention le 6 juin, 11 heures (par M. le docteur Geanbrau, de Montpellier) :
« 1° Incision médiane des bourses, Evacuation des caillots. Fémostase.
« 2° Transdrainage de la cuisse après écouvillonnage avec une gaze imbibée d’éther.
« 3° Taille hypogastrique de dérivation. Pansements poslérieurs. Suiles opératoires bonnes : le drain de la cuisse 4 été enlevé le 20 juin. Le tube a fonctionné à peu près normalement.
€ Urotropine à partir du 21° juin.
« Evacué sur l'arrière le 26 juin, »
Ai Die
Le
Arrive dans le service le 28 juin 19167: premier pansemént. On remet ün petit drain dans la plaie dé kr fesse gauche,
20 juillet. — Opération : les trajets qui suppurent sont drainés.en anse lous les trois. Le trajet de gauche correspondant à la plaie de la euisse ouvre sur un foyer de rétention dans là masse des adducteurs avec un petit foyer d’ostéite traumalique sur l'ischion, Le cathétérisme de Furètre se fait faeilement à la sonde métallique n° 14. Grâce au drainage hypogastrique de dérivation des urinés, la rupture urétrale, proba- . blement incomplète, a l'air de fort bien se réparer d'ekenième. RACE
16 août. — Le malade fait une poussée de tempéralure et évacue deux pelits calculs.
17 août. — Dilatation progressive sous anesthésie. On passe sur conducteur filiforme les bougies n% 12, 14, 16, 18.
17 août au soir. — Retour de fièr re, 393. Douleur dans la fossé iliaque gauche et la région lombairé du même côté. Rien ‘de particulier’à la palpalion, sinon une violente douleur déferminée par la préssion, probablement due à des coliques néphrétiques.
20 août. — Le blessé élimine un calcul. On fait une radiogräphie de là région rénale qui ne montre aueun caléul.
Malgré cela, le blessé élimine plusieurs caleuls petits, déchiquetés, les jours suivants. Dès ce moment-à, la température baisse et redevient normale.
1% seplembre. — On‘passe sur conducteur filiforme une bougie n° 18. |
17 seplembre. — Nouvelle poussée fébrile à 40, L'explorateur Thompson ne permet pas de constater de caléul dans la vessie,
Du 14 au 30 octobre, (rois sondages sont faits ramenant chaque fois des urines troubles avec un résidu épais, purulent à la fin. | |
Où fait pendant plusieurs jours des lavages de vessie au permanganale de polasse.
20 norembre, — Dilatation sous ancéthésie, Cette dilatation
est particulièrement difficile à partir du n° 16, à cause de fa résistance du canal. On passe cependant sur conducteur jusqu'à la bougie n° 20, en forçant la dilatation, ét à ce moment-là on sent très nettement des concrélions calculeuses dans l'urètre postérieur. Malgré qu on ail passé la bougie n° 20 sur conducteur, on passe une métallique n° 14, puis le 16,.18, 20, et avec} explorateur Thompson on ne sent pas de gravier dans la vessie, mais des rugosilés calcaires dans l'urètre postérieur. C'est donc bien une inerustation calcaire en arrière du r'étrécissement.
Après a séance de dilatation; Le malade c a uriné ; pendant plusieurs jours «le pelits graviers, dont les uns élaient même.gros comme de petits haricots plats.
Quelques jours après la dernière dilatation, exploré à nou veau par le Docteur Rochet, le malade ne présentait plus rien, de suspect à la sonde.
6 décembre. — Le blessé est évacué avec le billet d hôpital suivant : « La cystostomie s'est fermée peu à peu, la plaie du périnée aussi, et le blessé à actuellement la miction par les voies naturelles, Le canal urétral a une certaine tendance à se rétrécir, Le sujet a même fait de la Hithiase en arrière du rétrécissement avec quelques poussées d'infection vésicale ét même rénale, du côté droit lout au moins.
« Le 26 novembre 1916, sous anesthésie on lui fait une séance de dilatation jusqu'au n° 20.
A renvoyer dans un mois à la consultation. »
Le blessé est revenu à la consultation à la date indiquée et on a trouvé sa cicatrice en bon état, sans augmeñhttion du rétrécissement ni lithiase urétralex
Le malade a été revu après sa réforme, une dernière fois, en févier 1917, Le résultat paraît meilleur qu'on ne pouvait le supposer, en raison de certaines difficultés aux dilatations précédentes. On dilate facilement sans conducteur avec les bougies 14, 16, 18. On ne sent absolument plus d'incrustations calcaires a
L'observation est intéressante au point de vue de lélimination spontanée des graviers quand la dilatation est entretenue.
OsservarioN II n
Sergent R... Victor, blessé le 22 août 1914, à Charlerot, par balle. Prisonnier en Allémagne, rapatrié le 12 juillet 1915.
Les déplacements successifs de ce blessé, d'hôpital en hôpi- Lal, sont à noter. \
Resté trois jours sans soins sur le champ de bataille, 1l a été ramassé par les Allemands le 24 août au soir. Pendant ces trois Jours, rétention complète d'urines. Transporté à linfirmetre de la Croix-Rouge, à Auvelois (Belgique), où 1l a été soigné jusqu'au 2? novembre 1914. Comme renseignements, il nous fournit les suivants : sondé à plusieurs reprises, 1l fait de lPinfection vésicale et reste plusreurs jours sans connaissance. Il est opéré à ce momentdà par un chirurgien belge, et il ne peut fourmr aucun détail sur l'opération effectuée, si ce n'est qu'on lui à fait une cystostomie,
Le blessé est dirigé le 2 novembre 1914 sur l'hôpital miliäure allemand de Namur, où 1l reste en traitement jusqu'au \ 19 novembre. De là, il est évacué sur l'hôpital civil de la même ville, où 1 est soigné jusqu'au 30 juin 1915, époque à laquelle il est de nouveau renvoyé à l'hôpital militaire où 1] reste trois jours. Mais à ce moment-là, il fait parte d'un convoi de rapatiement qui le dirige sur Constance, d'où il repart, le 12 juillet 1915, pour la Suisse et la France. ;
Le 13 juillet au soir, il arrive à l'hôpital Ozanam, à Lyon, où 1] démeure jusqu'äu 31 juillet. Envoyé à l'hôpital japonais, à Paris, il en sort bientôt pour être dirigé, le 23 août 1915, sur le centre de rééducation physique du Grand Palais. H fait une poussée fébrile et on l'envoie immédiatement au Grand Palais V. G. 7, où l'on constate les signes suivants :
€ I reste une plaie de la région coccygienne à la suite d’une grande escarre. :
€ Paralysie de la vessie avec rétention d'urine (il y eut jadis paralysie du sphincter anal),
«€ Parésie du pied gauche,