LA POESIE PENDANT LA DERNIERE PÉRIODE COLONIALE
La période que nous allons étudier s'étend de l'avènement de Guillaume d'Orange et de Marie au trône d'Angleterre jusqu'à la promulgation de la loi sur les droits de timbre; à bien des égards elle diffère de la période, d'une longueur presque égale, qui va de la fondation de Plymouth au début de ce double règne. Pour la Nouvelle-Angleterre et au moins pour New-York, c'est, h l'extérieur, une période de luttes contre les Français et les Indiens qui s'efforcent d'entourer de toutes parts les colons, de façon à les cerner entre les monts Alleghany et l'Atlantique. Intérieurement, c'est une période pendant laquelle la population et la richesse s'accroissent en même temps cpic se produit une transformation mentale et morale considérable. Nous avons déjà vu que la thé()(ualie puritaine commença à décliner avant la fin du xvn" siècle ; un tel changement ne pouvait se produire dans les colonies du Centre, dans lesquelles la religion n'avait pas pris autant d'importance; mais lélémont britannique piédomina peu à peu sur les
autres souches originelles, et la fertilité du sol, les cours d'eaux abondants et Tavantage de leur situation géographique donnèrent aux colonies du Centre une importance plus grande que n'en pouvait avoir la Nouvelle-Angleterre, plus isolée. Philadelphie devint et resta jusqu'à la fin du siècle la ville la plus prospère de tout le continent. Dans les colonies du Sud, peu non plus de changements appréciables; elles restent des assemblages de plantations exploitées par d'aristocratiques propriétaires d'esclaves. A vrai dire, la population était plus dense dans le sud que dans les autres régions, surtout après les troubles des deux Carolines et la fondation de la Géorgie (1733); mais la présence d'un grand nombre de nègres et l'absence de diversité dans les occupations mirent les colonies du Sud h l'arrière-plan, pour ainsi dire, jusqu'à ce que la guerre avec les Français et la rébellion contre la Grande-Bretaffne eussent fourni un champ d'activité à ces précieuses qualités de direction et de commandement dont les aristocraties ne sont jamais dépourvues.
Nous ne serons pas surpris de constater que la littérature de cette période, à part l'œuvre de Franklin et celle d'Edwards, possède un intérêt intrinsèque moins considérable que celle du siècle précédent. La Nouvelle- Angleterre, qui a produit la plupart des écrivains et des livres que nous avons eu l'occasion de mentionner, a perdu beaucoup de son ardeur imaginative et commence à s'intéresser moins à ses sermons qu'à ses cargaisons — caroraisons d'esclaves souvent et de matériaux destinés à ses manufactures de rhum. Non pas qu'elle ait rien perdu de sa vaillance morale — la Révolution devait le prouver — mais jusqu'à cette résurrection religieuse connue sous le nom de « Grand Réveil », et même après, il y eut un