‹ Littérature américaineChapitre 15 sur 58 · I.A POKSIE Pr.NDANT I,A DKUMI.IU; l'hlilODE COI.oMAI-Ii · texte numérisé non relu

I.A POKSIE Pr.NDANT I,A DKUMI.IU; l'hlilODE COI.oMAI-Ii

l:i slrrililt» lilléialro do colle époque. De telles railleries ne peuvent ([ii'èhe ('pliénières. On se rappelle mieux, si tant est ([uOn s'en souvienne, sa facétieuse MoiirnfuJ Lanientalion for (lie Sud aiul Dcplo/a/jle Deatlt of Mr. Old Ténor, pasquinadc sur le papier-monnaie du temps, qui a été imitée à notie époque par quelques vers bien connus sur un sujet identique. Grcen lui aussi imita Gray, et il écrivit une élégie sur le chai favori de Byles, éparfrnant ainsi à son ami ce funèbre devoir.

Elle était décidément laïcisée, cette ville de Boston, qui devait bientôt accaparer laltonlion du monde en déchaînant la Révolution. Même dans les villes de province, on observe un changement d'esprit. L'humour yankee ne chassait pas tout à fait l'austérité puritaine; il s'y superposait plutôt. Nathaniel Ames, de Dedham, est une figure plus intéressante que Byles ou Green. ISIédecin et aubergiste, il publia longtemps un almanach qui fut. par bien des traits, un précurseur de l'ouvrage plus connu de Benjamin [''ranklin dans ce genre composite. Ames ne cessa jusqu'à sa mort (L764) de pourvoir ses concitoyens de sélections d'autres auteurs, accompagnées de prédictions assurément aussi fondées que celle de la victime de Swift, Partridge, et de petits essais en prose dont la plupart n'offrent plus d'intérêt. Mais il savait donner à ses vers plus de couleur ([u'on ne s'attendrait à en rencontrer à cette époque.

Ces vers nous conduisent à parler dun autre médecin, John Osborn, de Middletown (Connecticut), dont le Whaling Song fut longtemps populaire parmis les hardis navigateurs du Pacifique. La pèche à la baleine ne lut cependant pas la seule manifestation active qui put inspirer les poètes de la Xouvelle-Angleterre. Les victoires coloniales dans les guerres contre les Français et

les Indiens offraient de plus séduisants sujets. Un patriotisme croissant, un sentiment vraiment national, se remarque dans la littérature de cette période; ce patriotisme, joint à un caractère turbulent, déborde dans les poèmes informes et traînants d'auteurs aussi peu cultivés que John Maylem — diplômé d'Harvard qui se surnomme lui-même « Philo-Bellum » — et d'un certain George Cockings.

Tous deux s'inspirèrent de la prise de Louisburg et, en 1760, Cockings publia la première édition de son poème héroïque ayant pour titre IVar. 11 fut assez modeste pour déclarer : « Je ne prétends pas être un poète de premier ordre; peut-être ne mériterai-je jamais le titre de poète ». Mais, pour excuser ses 190 pages in-octavo de strophes et d'annotations pleines de descriptions militaires, il invoque l'exaltation dont l'emplit le succès de sa mère-patrie et du roi qu il a longtemps révéré en humble et lointain sujet. Cette exaltation mérite bien que nous lui donnions un souvenir aujourd'hui'.

Le patriotisme colonial et l'esprit d'imitation ressortent bien davantage dans le mémorial publié par Harvard en 1762 et intitulé Pietas et Gratnlatio Collegii Cantahri-

1. Cockings a été sévèrement exclu des ranj^s des poètes américains, même par le professeur Tyler et par Griswold, qui semblent souvent avoir procédé à leur recrutement d'après les principes immortalisés par Falstaff; il mérite de ne pas être oublié, car il est l'un des premiers représentants d'une classe d'écrivains que l'Amérique, à cause de ses conditions démocratiques, a vu naître en plus grand nombre qu'aucun autre pays — écrivains qui se croient nés poètes, poètes qui confondent le cauchemar avec un beau délire, et qui contribuent à former ce que l'on peut appeler la classe des écrivains sub-littéraires. Le nombre de poèmes épiques produits par tous ces braves gens qui se sont trompés sur leur vocation, est surprenant. Citons, entre autres, la Fiedoniad, or Independcncc prcscrved — an Epie Poirn o tlie War of iSll, par un certain Richard Emmons, qui exerçait la médecine et cultivait la poésie dans le Kontucky en 1826, et dédia ce poème, qui débute par un conclave aux enfers, à l'illustre Lafayette.

LA l'OliSlE PENDANT LA UIOIINIEIIK PERIODE COLONIALE «5

i:^iensis apud Nov-Anglos. Ce mémorial est surtout intéressant pour l'historien de la littérature parce qu'il témoigne des rapports étroits qui subsistaient entre la culture britannique et la culture américaine.

Ces rapports s'aKirment également dans les vers du D'' Benjamin Church, qui collabora à la Pietas ei GraLulatio et qui est le dernier des poètes coloniaux de la Nouvelle -Angleterre dont nous nous occuperons ici. Church naquit en 1739; il devint célèbre à Boston même, sa ville natale, comme médecin, comme poète et comme prosateur; au début de la Révolution, il professa des opinions Avhig qu'il abandonna pour passer dans le clan tory, ce qui le fit, comme Waller, accuser de trahison et lui valut un court emprisonnement. A rencontre du poète anglais, il ne put longtemps se réjouir d'avoir recouvré sa liberté, car, par un curieux rapprochement avec le sort de Falconer, auteur de The Shijjivreck, il s'embarqua en 1776 sur un navire dont on n'entendit plus jamais parler.

L'œuvre la plus connue de Church est sa satire, The Times, écrite peu de temps après la promulgation de la loi sur le timbre et qui possède quelque peu de la vigueur caractéristique du « grand Churchill », que l'auteur apostrophe dans les vers du début. Huit ans auparavant, il avait publié un poème beaucoup plus intéressant au point de vue de la culture intellectuelle des colonies : The Choice — a Poetn after the Manner of Mr. Pnnifret. T/auteur y donne la liste des écrivains qu'il aimait lire ou se promettait de lire. A Homère, Virgile, Horace, Ovide, Juvénal, Lucain, Martial, Térence, Plaute, il ajoute « le majestueux Pope... barde sans rival », Milton, Addison, Lytlleton, Dryden, Young, Gay, Waller, Thomson, Tillotson, Butler, NcAvtou, I.oeke. Pas un mot sur

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Cotton, Hooker, les Mather, ou même sur le grand Jonathan Edwards. C'est la littérature « polie » et non la littérature sacrée qui séduit le jeune colonial de 1757, et il est probable que la plupart des noms qu'il cite se seraient présentés à l'esprit du versificateur britannique contemporain qui aurait voulu établir une liste du même genre.

Nous arrivons maintenant à Benjamin Franklin, qui, également coupable d'imitation littéraire dans sa jeunesse, allait bientôt devenir l'un des esprits les plus originaux de la Nouvelle-Angleterre. Nous devons toutefois signaler que le seul poème de quelque importance, relatif à la New York de l'époque coloniale, est la Philosophie Solitude (1747) de William Livingston, par la suite gouverneur de New Jersey, homme d'État et historien de la Révolution; ce poème possède un certain mérite, sans qu'on puisse dire qu'il égale ou dépasse son peu séduisant modèle, The Choice, de John Pomfret, imité par maint autre barde colonial.

Benjamin Franklin — nous avons déjà eu l'occasion d'en faire la remarque — n'était pas un poète; mais quelques-uns des jeunes gens dont il s'entoura pendant sa jeunesse, à Philadelphie, se livrèrent à des essais prosodiques. Le mieux connu est James Ralph, qui accompagna Franklin en Angleterre, où il eut un certain succès comme folliculaire et conserve une certaine importance dans les annales des origines du journalisme. Le principal titre de gloire de Ralph, outre qu'il figure, d'une façon assez peu flatteuse d'ailleurs, dans Y Autobiography àe Franklin, est d'être cité par deux fois dans la Dunciad et une fois par Churchill. Il a écrit un poème sur la « Nuit » et une satire sur Swift et Pope ; mais ce dernier usa de dures représailles en écrivant :

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