LA POKSIE PENDANT LA DEHNIERE PERIODE COLONIALE C
Clicvtj Chase. Peut-être le gouverneur Roger Wolcott, major général et juge suprême du Connecticut, eût-il conscience de celte infériorité quand il écrivit sou faux poème épique intitulé : .1 Drief Account of tlic Agency of the Honorable John Winthroj), Iistjiiirc, in tlie Court of Kini^ Charles II, A. D. 1(jIj2 when he obtained a Charter for the Colony of Connecticut. Il est surprenant qu'il ne l'ait pas appelé The Winthropiad. Mais il est moins surprenant que cette œuvre informe, comprenant 1 500 vers, et le reste de ses Méditations (1725) n'aient été pendant longtemps connus que des historiens. L'influence de Pope est responsable d'un grand nombre de sottises rcorettables en matière de versification: mais elle n'a probablement rien produit de pire que, dans le poème de Wolcott, le discours soigneusement élaboré où Winthrop décrit h Charles II la fondation et les origines historiques du Connecticut.
Si l'admiration publique fut épargnée à ce chef-d'œuvre de Wolcott, il n'en fut pas de même des vers du Rév. John Seccomb. Lorsqu'il étudiait h Harvard, en 1730, celui-ci écrivit sur la mort d'un employé subalterne du collège quelques strophes humoristiques qui plurent tellement au gouverneur Belcher qu'il les envoya en Angleterre, où elles parurent a la fois dans The Gentlemans et dans The London Magazine. Naturellement, puisqu'on regardait comme de simples facéties les compositions de ce genre — tel, par exemple, l'inventaire que fit le D"" Sheridan des richesses de Swift — les lecteurs britanniques ne manquèrent pas d'estimer que cette pièce, transmise officiellement, devait représenter le niveau de la culture américaine du temps.
Après ces méritoires efforts pour ridiculiser inconsciemment la littérature de son pays, Seccomb garda un
silence relatif pendant le reste de sa longue existence. Il est agréable de pouvoir lui opposer Mrs. Jane Turell, qui hérita des talents poétiques de son père, le distingué Dr. Benjamin Colman, et qui avait comme lui un faible pour les sujets bibliques, subissant elle aussi l'influence de Pope. Elle avait assez de goût cependant pour admirer Waller, dont elle fit un brillant panégyrique, louant tout ensemble sa politique et sa poésie, chose remarquable pour une puritaine de sa race.
Les aperçus que nous avons ainsi sur les vers coloniaux du début du xviii" siècle suffisent probablement ii montrer qu'il s'y glisse quelques notes plus laïques et que les poètes, s'ils sont encore des imitateurs, ne sont pas par trop retardataires. Toutefois il n'est pas nécessaire de discuter longuement leurs œuvres et nous ne mentionnerons leurs noms que dans des cas exceptionnels.
Pourtant une étude de la poésie coloniale ne serait pas complète si l'on ne s'arrêtait un instant sur deux personnages de Boston, lesquels jouirent d'un grand renom parmi leurs concitoyens. Il s'agit du Rév. ^lather Byles (1707-88) et de son rival en verve, Joseph Green (1706-80), négociant prospère d'un type qui devint assez commun dans la capitale de Nouvelle-Angleterre, durant le XVI 11*^ siècle.
Bien qu'adonné surtout à la plaisanteiie et aux bons mots, Byles fut pris fort au sérieux comme littérateur. Cependant, il fut plus qu'un mauvais poète ou qu'un joyeux ecclésiastique ; il se montra capable de prêcher des sermons émouvants, et la façon dont il rabroua sa congrégation quand elle lui reprocha sa fidélité h George 111 prouve qu'à certains égards il était un homme énergique.
Malgré son habileté, la figure que fait Green parmi le groupe des versificateurs coloniaux montre clairement