I.A PKOSE DK LA DEHNIKHE PEUIOOE COLONIALE
tant, quoique le dernier nous fasse le récit d'une visite au Gouverneur SpotsAvood et jette quelques lumières sur les mœurs de l'aristocratie virginicnnc du temps.
Sa relation est plus agréable à lire que le New Voyage to Carolina, ouvrage d'une égale valeur historique, publié en 1700 par un autre membre de la commission, l'Ecossais John Lawson. Le Colonel Byrd — son intéressante correspondance, seule, l'atteste suffisamment — possédait cette grâce facile qui est le fait d'un « écrivain de qualité », et il fut ce que sont rarement les écrivains de qualité, un esprit d'une vaste envergure, avec des tendances presque démocratiques. 11 avait assez conscience de sa valeur et aimait à faire montre de son savoir, qui était étendu; ce fut probablement l'homme de sa génération le plus exempt des défauts coloniaux. Peu de ses contemporains auraient pu, au sujet des croisements de race avec les Indiens, écrire ces lignes :
... « Après tout ce qu'on peut dire, un amoureux gaillard est le missionnaire le plus efficace qu'on puisse envoyer chez de tels infidèles ou auprès de n'importe quels autres... Si, dès le début, de pareilles affinités avaient été utilisées, que d'effusions de sang l'on eût évitées, combien plus populeuse aussi eût été la contrée, et, par conséquent, combien plus importante! L'on ne pourrait non plus, à l'heure actuelle, invoquer comme un reproche la couleur de la peau; car si un More peut être nettoyé jusqu'au blanc en trois générations, h coup sûr un Indien serait blanchi en deux... »
La transition entre le Colonel Byrd et Robert Beverley, cet autre intéressant historien, est toute naturelle, même si elle nous reporte chronologiquement en arrière. Comme Byrd, Beverley était un planteur issu d'une excellente lamille et possédant d'immenses domaines. Lui aussi
avait été élevé en Angleterre, mais il ne subit qu'assez peu l'influence de la culture européenne, et il ne possédait pas les prétentions seigneuriales communes aux opulents planteurs. 11 n'eût sans doute jamais fait acte d'auteur si, lors d'une visite d'affaires à Londres en 1703, un libraire ne lui avait soumis les brochures du British Empire in America d'Oldmixon, ayant trait à la Virginie et aux Carolines. La pleine connaissance qu'il possédait de son pays le mettait à même de redresser les nombreuses erreurs commises par l'écrivain britannique; aussi entreprit-il de les corriger. C'est dans ce but qu'il composa son History and Présent State of Virginia, qui parut en 1705, fut traduite en français, et qui, en 1722, six ans après la mort de l'auteur, fut publiée en une édition considérablement augmentée. L'ouvrage mérite l'accueil flatteur qu'il reçut, non pas tant à cause de sa valeur historique que comme un tableau extrêmement animé, dépeignant une population dont l'existence est elle-même très animée. Beverley écrivait sans la moindre prétention littéraire; aussi son livre sincère nous donnet-il une très exacte représentation de son époque et peut-il être lu encore aujourd'hui avec plaisir.
Un autre Présent State of Virginia, publié à Londres dix-neuf ans plus tard (1724) par le Rév. Hugh Jones, nous apprend que la jeunesse virginienne, bien que d'esprit délié, visait de préférence un but utilitaire dans le choix de ses études.
Des coutumes et des idées différentes commençaient à séparer de la mère-patrie les colonies américaines, puisque celles-ci jugeaient nécessaire de créer pour leur défense une littérature explicative. Les observations de Jones à propos de ses collégiens et de leurs prédispositions de Virginiens, et même déjà d'Américains, à