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LES VERSIFICATEURS DU XVIP SIECLE

On s'est souvent demandé pourquoi les contemporains de Shakespeare qui fondèrent Jamestown et ceux de Milton qui fondèrent Boston et Providence n'ont pas réussi à laisser une littérature qui fût à quelque degré digne de l'admiration de la postérité. Les admirateurs fervents de tout ce qui touche l'Amérique ne manquent pas d'invoquer en réponse les effets déprimants de la fatigue physique de ces hommes dont tout l'effort était absorbé par le défrichement des forêts, les attaques des Indiens, la culture des champs de tabac et de maïs. A première vue, cette réponse semble assez plausible.

Mais il n'est nullement évident que les vicissitudes du XVII® siècle, ou plutôt le monotone développement matériel de la première moitié du xviii^, aient privé les colonies américaines de beaucoup d'écrivains. Ceux des aventuriers qui avaient des dons poétiques trouvaient le temps de s'y adonner : nous en avons la preuve en George Sandys, poursuivant sa traduction des Métamorphoses au milieu des marécages de Jamestown. Les poètes élégiaques, ecclésiastiques pour la plupart, trou-

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valent, malgré la longueur de leurs sermons, d'abondants loisirs pour courtiser la lugubre muse, et ils n'étaient pas h court de sujets.

A l'époque correspondante en Angleterre, le puritanisme produisait des hommes comme Milton, Baxter et Bunyan, mais il existait aussi une infinité d'autres poètes sans valeur, et c'est à ces derniers (ju'on peut comparer leurs contemporains de la Nouvelle-Angleterre.

Dans la Virginie, la production poétique n'est pas meilleure. Les « Cavaliers » d'Angleterre se targuent de noms tels que ceux de Carew et de Suckling, poètes de cour bien plus qu'interprètes de leur classe sociale; mais la cour des gouverneurs de Jamestown n'était qu'une pâle copie de celle des Stuarts.

Le canon de Dunbar et deWorcester n'eut qu'un bien faible écho sur les rives du James et du Potomac, et la « Rébellion » de Bacon, bien qu'elle ait inspiré un bon poème, n'était pas suffisamment héroïque pour convertir la Virginie en un « nid d'oiseaux gazouilleurs ». Maintenant que nous avons passé en revue quelques-unes des raisons pour lesquelles l'Amérique ne compte aucun grand poète dans sa littérature du xyii*^ siècle, nous allons examiner l'œuvre de quelques-uns de ses versificateurs.

Il est fort naturel que les colons de Virginie aient consacré leur talent îi dépeindre leur condition et à encourager d'autres aventuriers à braver les périls de l'Océan. La plupart ont écrit en prose et nous y reviendrons plus loin; mais l'une au moins de ces relations fut rédigée en vers par Richard Rich qui entreprit, pendant l'été de 1609, le voyage de Virginie, retourna en 1610 en Angleterre et voulut par la suite revoir encore le Nouveau-Monde. Il se dénomme, dans la préface de ses Newes froin Viii^inia (1610), « un soldat brutal et sin-

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cère » et déclare qu'il écrit en vers « simplement pour satisfaire sa propre fantaisie ». Peut-être espérait-il tirer assez d'argent de son poème pour payer le prix d'une seconde traversée ; mais rien n'indique que Rich soit retourné en Virginie pour y cultiver à la fois sa muse et ses plantations de tabac; il n'est donc pas sûr que la littérature américaine puisse légitimement réclamer son nom. D'ailleurs il est loin d'éveiller autant de revendications que George Sandys qui, de 1621 à 1625, suivant en cela le conseil de Drayton, travailla à achever la traduction des Métamorphoses qu'il avait entreprise avant de quitter l'Angleterre. 11 devait se passer bien des années avant qu'on écrivît en Amérique, soit en Virginie, soit dans les colonies du Nord, une poésie aussi élégante et aussi expressive.

Sans être aussi imparfaits que la ballade de Rich, les premiers essais prosodiques des Pèlerins et des Puritains étaient peut-être moins honorables pour leurs auteurs, personnages plus ou moins doctes et non pas seulement soldats de fortune. Les méditations historiques versifiées du gouverneur delà colonie de Plymouth, William Bradford ; la description de la Nouvelle-Angleterre en hexamètres latins, par le Rév. William Morell {Noi'a Anglia, iG'2.')), que leur auteur traduisit en distiques anglais; les étranges poèmes descriptifs de William Wood, topographe émérite qui enjoliva son New EngiancCs Prospect (1634) d'une nomenclature des arbres, des poissons et des animaux indigènes qu'aurait pu envier Walt Whitman; les anonymes New EnglancVs Annoyaiices, tout cela, réellement dénué de mérite poétique, peut s'énumérer sans regret. Mais c'est dans le fameux Bay Psalm Book que nous trouverons un intéressant exemple d'excessive imperfection. Cette curiosité littéraire, le pre-

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micM- -( livre » (|ui ait paru clans rAmérique brilannique, lut publiée par les soins de Richard Mathcr, 'ihonias Welde et le fameux John Eliot, et imprimée l\ Cambridge en 1640 par Stcphcn Daye qui, rannéc d'avant, avait monté la premirro imprimerie du Nouveau -ÎNIonde. (^omme on pouvait s'y attendre, cette œuvre était plus Iruste encore que celle de Sternhold et d'Ilopkins , mais comme le recueil satisfaisait les consciences sensibles de ceux qui désiraient « à leur guise chanter dans Sion les louanges du Seigneur », il atteignit le but que visaient ses éditeurs et il ne méritait pas tout le ridicule dont on l'a couvert par la suite. Pourtant il ne satisfaisait pas tout le monde, car, dix ans plus tard, le célèbre Rév. John Cotton se crut obligé de publier une singulière brochure pour montrer que le fait même de chanter les psaumes dans une version littérale était un exercice divin. Sans la sincérité religieuse qui l'inspira, le J3ai/ Psalm Book représenterait le comble du grotesque. Ayant eu sa pieuse utilité, il peut être à présent relégué aux a débarras » des curiosités littéraires.

Pendant la Période Coloniale en Nouvelle-Angleterre, ce sont les épitaphes, les élégies, les pièces commémoralives qui eurent le plus de vogue. Beaucoup de ces productions apparaissent à la même époque dans la vieille Angleterre, mais sans qualités beaucoup plus marquées. Bien que quatre ou cinq des plus grands poèmes anglais aient appartenu h ce genre de poésie, il en est probablement du vers élégiaque anglais comme du vers grec, c'est-h-dire qu'aucune autre forme poétique ne tolère plus de médiocrité de la part du poète ou du versificateur. Ce fait, et aussi les rapports évidents entre les méditations sur la mort et les caractéristiques religieuses des Puritains, expliquent suifisamment l'abondance en

Nouvelle-Angleterre des vers commémoratifs. L'un des premiers qui s'adonnèrent à ce genre d'élucubration fut un ecclésiastique, John Cotton. Le poème panégyrique qu'il consacra à la mémoire de son collègue de Hartford, Samuel Stone, peut être cité comme un spécimen du tribut que la Nouvelle-Angleterre apporta à l'ensemble de cette poésie « fantastique n, dont les meilleurs exemples se rencontrent dans l'œuvre du poète anglais John Donne. Les ecclésiastiques qui se permirent ces concessions à l'art méprisé du calembour et du jeu de mots se montrèrent cependant capables de rivaliser avec leurs frères britanniques, particulièrement dans un genre plus inférieur encore, celui de l'anagramme. L'allusion de Cotton Mather à l'habileté du Rév. John Wilson dans ce dernier sfenre

est digne d'être citée :

His care to guide liis flocks and feed his lambs

By words, works, prayers, psalms, altns, and anagrams'.

La gradation est suggestive; mais il ne faut pas la pousser trop loin.

11 y a lieu de noter, dans cet ordre d'idées, que beaucoup de poèmes de cette époque se sont trouvés conservés dans des ouvrages en prose, dont nous parlerons dans les chapitres suivants. Sur les passages assez fréquents où les auteurs de ces ouvrages insèrent des vers de leur propre fabrication, la critique fera bien de garder le silence. Pour cette raison les divagations poétiques de Nathaniel Ward, dans son Simple Cobbler of Ai^awam, ne méritent aucune attention, mais les vers qu'il écrivit en tète de The Tenth Muse de Mrs. Bradstrcet et dans lesquels il la qualifie, avec plus de vérité

1. •< La sollicitude qu'il apporta à guider ses troupeaux, et à nourrir ses agneaux avec des paroles, des œuvres, des prières, des psaumes, des aumônes et des anagrammes. »

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que de poésie, de « vraie fille de Du Bartas », nous conduisent à examiner la seule figure qui, dans les origines de notre poésie, offre un intérêt appréciable.

Anne Bradstreet, née en Angleterre en 1612, était la fille de Thomas Dudley, plus tard gouverneur du Massachusets. Très versée dans les études classiques et familière avec les principaux écrivains de son temps, Anne Bradstreet subit surtout l'influence de l'école « fantastique » de Quarles et de Sylvester et, par ce dernier, de Du Bartas. A seize ans, elle épousa Simon Bradstreet, type de puritain éclairé qui, par l'éducation qu'il avait reçue à Cambridge, était le mari tout désigné d'une femme si bien douée. Deux ans plus tard, en 1630, le ménacre émiçfra en Nouvelle-Ansfleterre et s'établit fina-

lement près d'Andover en 1644. Tout en écrivant un grand nombre de poésies, Mrs. Bradstreet était devenue mère d'une nombreuse famille, et son mari avait acquis cette réputation de modération et de bon sens qui devait faire de lui le gouverneur de la colonie. En 1650, les poèmes d'Anne Bradstreet furent publiés à Londres sous un titre dont la première phrase prouve suffisamment dans quelle haute estime la tenaient ses contemporains : The Tenth Muse, lalehj spj-ung np i?i America. Il est juste d'ajouter que 1' « aimable auteur » n'était en rien responsable de cette tentative de glorification du génie féminin, et cependant elle avait de son sexe une excellente opinion, comme le prouvent clairement ses vers « En l'honneur de la reine Elisabeth ». Au cours d'un séjour qu'il fit à Londres, son beau-frère, le Rév. John Woodbridge, soucieux de la gloire de la Nouvelle- Angleterre, avait cru faire plaisir à sa belle-sœur en publiant, avec un certain nombre de ces poèmes lauda-

tifs alors à la mode, des compositions qui, selon ses propres paroles, avaient « fait tant d'impression sur son cerveau aride ». Mais la poétesse rougit de ces compositions quand elle les vit imprimées, et elle écrivit une sorte d'envoi où elle parlait de son livre comme d'un « enfant égaré ». Elle avait perdu pied dans ce flot de bizarre afFectation qui, parti d'Espagne et d'Italie, avait balayé la France et l'Angleterre avec les eflets les plus désastreux. Le « profond savoir », la « sévère théologie » qu'elle rencontra dans Tencyclopédique Création de Du Bartas, l'avaient éblouie, ainsi qu'elle le confesse dans le poème qu'elle écrivit en l'honneur du poète français; et cela d'autant plus, comme l'ont justement fait observer ses commentateurs, que ce Français était un disciple de Calvin,

Fidèle à ses concepts puritains sur la valeur didactique de la poésie, et à l'exemple de ses maîtres anglais, Mrs. Bradstreet s'attacha surtout à décrire « les quatre éléments, les constitutions, les âges de l'homme, les saisons de l'année ». A ce vaste plan elle joignit « un épitome exact des quatre monarchies, savoir : les Assyriens, les Perses, les Grecs, les Romains ». Elle offrit encore aux lecteurs « un dialogue entre la Vieille et la Nouvelle-Angleterre à propos des troubles récents » et divers autres poèmes plaisants ou sérieux. Cette poésie peu délectable, si bien adaptée cependant aux goûts de l'époque, n'a plus à présent aucune valeur sinon pour l'historien littéraire.

Bien que Mrs. Bradstreet ait été le meilleur poète de l'Amérique du xvii^ siècle, ce n'est pas elle pourtant qui écrivit le meilleur poème. Si Nathaniel Bacon, le hardi rebelle de la Virginie, était descendu dans son obscur tombeau sans VEpilaph uiade bij his Man, la poésie coloniale américaine eût été privée de son plus beau,

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sinon peut-ùtre de son unique joyau. Car en cette épitaphe nous possédons très probablement le seul poème dans le vrai sens du mot — le seul produit d'un art poétique soutenu — c[ui ait été écrit en Amérique au cours du siècle et demi qui suivit la fondation de Jamestown. Et Andrew ÏNlarvell n'aurait pas eu i\ rougir de ces vingt-deux strophes si on avait pu les lui attribuer. C'est par une ironie de la destinée que ce dévoué frère d'armes — qui, dans un milieu plus favorable, aurait ajouté l'éclat de sa gloire à la pléiade des poètes de la Restauration, — n'a laissé après lui, non seulement aucun autre poème connu, mais pas même son nom. Quoi qu'il en soit, ces strophes nous restent, avec la vive réfutation satirique qu'elles provoquèrent, et il a rempli la tache qu'il s'était imposée de défendre dignement le caractère énigmatique de son chef.

Revenant maintenant h la Nouvelle-Angleterre, nous ne pouvons manquer de mentionner les vers souvent cités que Benjamin Woodbridge composa sur John Cotton :

— living, breathing Bible; tables where Bolh covenants at large engraven were i.

Bien quil ait été le premier diplômé de Harvard, Woodbridge retourna si vite en Angleterre que son hyperbolique tribut appartient plutôt h la littérature anglaise, qui n'en a pas besoin. Un autre diplômé de Harvard, qui devint par la suite le président de cette Université, Urian Oakcs (1631- 1687), qu'on surnomma le Lactance de la Nouvelle-Aiirrleterre, a consacré à la mémoire du Rév. Thomas Shepard (1677) une élégie qui est un produit attardé de l'école « fantastique » et mérite assez

1. ■■ ... Bible vivante, tables où l'une et raulrc loi sont gravées tout au long. »

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mal les éloges enthousiastes qu'on lui a parfois décernés.

Après de telles élégies, c'est un soulagement de se tourner vers la simplicité des poésies du grand-père maternel de Franklin, Peter Folger, dont le Looking- Glass for the Times fut publié en 1677. Ce poète est rOrm et son œuvre est VOrmulum de l'Amérique '. On a découvert dans VOrmulum une effusion poétique à propos d'un agneau, mais aucun élan inspiré n'éblouira les lecteurs du prolixe Folger. Toutefois il faut se montrer indulgent à l'égard d'un champion aussi résolu de la liberté de conscience; le petit-fils, qui s'est montré généreux, nous a dit que le poème de son ancêtre était écrit « avec une mâle franchise et une agréable simplicité », et, à condition d'enlever à l'épithète d' « agréable » toute idée de charme, nous admettrons ce jugement émis par un personnage absolument dénué de sens poétique.

Nous arrivons au premier barde né en Amérique, le « savant maître d'école, médecin et poète renommé de la Nouvelle-Angleterre », ainsi qu'il est désigné sur sa pierre tombale : Benjamin Tompson né h Braintree, Massachusetts, en 1642, mort à Roxbury en 1714. « Mortuus sed Immortalis » comme le déclare encore son épitaphe. Cette immortalité dépend bien plus de sa primauté de naissance que de la constante popularité de sa New England's Crisis, récit épique de la guerre du roi Philippe, qui échappa longtemps aux recherches des érudits modernes. Il est dilficile de trouver dans ce poème un passage qui vaille d'être cité; l'auteur se lamente sur le croissant débordement des mœurs du temps et l'abandon des simples et solides vertus de

1. h' Ormulurn est une paraphrase versifiée des Evangiles et des Actes des Apôtres, composée au xil° siècle par un moine augustin, Orm, ouOrmin, et imprimée à Oxford en 1852, d'après le manusci'it de la Bodléienne.

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jadis; brel, il nous doniio ;i conclure (ju'au xvii siècle le monde se comportait tout comme il se comporte encore au xx^ Wallei' avait traversé l'Atlantique, et la vogue des Quarles et des Sylvester était passée, La monotone versification du xviii* siècle nous menace déjà, mais non son style ampoulé, car Tompson ne manque pas d'une certaine vigueur réaliste qu'accompagne un style humouristique et familier.

Mais si Tompson est le premier versificateur qu'ait produit notre sol et s'il annonce une ère poétique nouvelle, MicHAEL WiGGLEswouTH (1631-1705) cst sùremcnt le poète type de la Nouvelle-Angleterre puritaine. Né en Angleterre, il vint de bonne heure en Amérique et prit à vingt ans son diplôme de bachelier à Harvard. Il enseigna pendant quelque temps à l'Université, puis il embrassa la carrière sacerdotale. Sa mauvaise santé interrompit fréquemment ses travaux et l'amena à étudier la médecine; ses études — il est charitable de le supposer — furent plus profitables aux autres qu'à luimême. Il nous est difficile de voir le peintre des terrifiantes horreurs du Jugement Dernier sous les traits d'un malade sociable et débonnaire, objet de l'affection de ses épouses successives et de tous ceux qui le connurent. Une théoloorie calviniste strictement orthodoxe n'avait pas enlevé à Wigglesworth toute humaine bonté, pas plus qu'à John Eliot ni qu'à maints autres puritains. Il est vrai qu'avec nos conceptions modernes nous ne voyons guère trace de ce sentiment, même dans les fameuses stances où l'auteur s'applique à adoucir le sort éternel des enfants non baptisés; mais nous devons nous garder d'interpréter d'après nos idées l'œuvre puritaine qui fut longtemps populaire en Nouvelle-Angleterre. The

Day ofDoom, oi- a Poetical Description of the Great and Last Jitdgjnent parut pour la première fois en 1662; c'est une version poétique, dans le style de Sternhold et de Hopkins, des textes de l'Ecriture relatifs à ce sujet redoutable qui plaisait à l'àme puritaine.

Bien que The Day of Doom soit l'œuvre capitale de Wigglesworth, les stances intitulées « Vanité des Vanités », ajoutées à la troisième édition du premier poème (1673), témoignent davantage en faveur du talent poétique de l'auteur. Le quatrain héroïque, dont Davenant et Dryden s'étaient déjà servi avec succès, est employé ici pour traiter un sujet morose. Ces stances dépassent le niveau de la production ordinaire des poètes locaux et, en outre, elles ont des qualités de force et d'élégance qui donnent l'impression d'être originales.

Wigglesworth, plus fécond qu'aucun de ses contemporains, à part Mrs. Bradstreet, est aussi l'auteur de deux autres longs ouvrages en vers : l'un, God's Controversy with New England, écrit au moment de la grande sécheresse de 1G62, dans un style que l'on devine; l'autre, Méat ont of the Eater, traité théologique rimé (1669).

Samuel Wigglesworth, fils du précédent, écrivit à vingt ans A Fanerai Song pour commémorer la mort de son ami Nathaniel Clarke, qui mourut en mer. Avec ce poème vraiment touchant, composé en 1709, nous sommes loin du Bay Psalm Book. Les communautés puritaines perdaient de leur sentiment religieux; la vie n'était plus seulement une série de vicissitudes; l'amour de la richesse et du confort supplantait peu à peu la crainte du Seigneur. En un mot, le xviii*^ siècle commençait. Il nous reste à examiner les ouvrages en prose dans lesquels les colons trouvaient une forme d'expression plus adéquate à leur génie.

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