‹ Littérature américaineChapitre 4 sur 58 · LES ANNALISTES AU XVIP SIECLE · texte numérisé non relu

LES ANNALISTES AU XVIP SIECLE

En prose comme en vers, les premiers efforts des colons eurent pour but d'engager, par des descriptions et des relations attrayantes, d'autres immigrants à venir se joindre à eux dans le Nouveau-Monde. En ce genre de compositions, la True Relation of such Occurrences and Accidents of Note as hath happened in Virginia, par le capitaine John Smith, publiée à Londres a la fin de 1608, est la première en date sinon en intérêt. La True Relation, lettre-pamphlet d'un soldat de fortune, possède cette vigueur d'allures qui distingue la prose maladroitement charpentée des manieurs de plume et d'épée du temps d'Elisabeth. Les querelles des colons, les vicissitudes de la colonie fournirent au capitaine, avec ses propres aventures au cours de ses explorations, d'inépuisables sujets, et il écrivait sans autre secours que son enthousiaste énergie. Si la littérature est uniquement une question d'art, il faut alors abandonner la True Relation à l'historien, avec les autres publications de Smith dont la plus importante est la General Ilislonj of Virginia, New England and the Suninier Isles (1G24)- Si

22 LA PtltlODE COLONIALE (1607-1764)

cependant la littérature doit aussi comporter du mouvement et de Taction, on ne saurait livrer le soldat écrivain aux féroces érudits qui l'accusent de toutes sortes de crimes et d'infamies pour cette raison qu'ils ne retrouvent pas dans la True Relation la moindre mention de la délivrance du Capitaine grâce à l'intervention de la reine Pocahontas, incident raconté avec force détails dans la General History. Il est indéniable que les livres de cet aventurier sont informes, gauches et inartistiques, mais le souffle de vie qui les anime rachète leurs imperfections.

Il existe beaucoup d'autres ouvrages du même genre sur lesquels nous n'aurons guère à nous étendre. Ainsi sera-t-il suffisant de mentionner les Good News froni Virginia du Rév. Alexander Whitaker, qui se recommande à notre sympathie par le zèle désintéressé avec lequel il travailla à relever le niveau moral des Indiens, et par sa fin tragique. Moins sympathique certes nous apparaît le facétieux John Pory, ex-membre du Parlement anglais, que ses narrations nous révèlent comme une sorte de grandiloquent Tartarin qui n'aurait pas sur les charmes de la vie coloniale les illusions de ce comique personnage.

Après les luttes des premières années, la Virginie obtint une constitution relativement indépendante (1619) et entra dans une période plus florissante. Ni son nouvel état de colonie de la couronne, ni son droit d'importer des esclaves nègres, ni l'appoint des malandrins de tout genre qui vinrent de la mère-patrie grossir sa population, ne put retarder son développement quand il devint certain que ses plantations de tabac devaient fournir d'opulents revenus. La production littéraire subit ensuite un ralentissement très marqué; aucun ouvrage impor-

Page 1