En anglais : Keltle, bouillotte
à un maître révéré, donna à son fils le nom du grand professeur écossais, William Cullen.
La première instruction du jeune garçon lui fut surtout donnée par son père, qui favoiisa la précocité poétique de son fils, 'i'ous, du reste, versifiaient dans cette famille. Quelques-uns des vers qui naquirent de cet encouragement furent récités h l'école et imprimés dans une feuille locale en 1807. L'année suivante, — il avait quatorze ans, — Bryant publia à Boston une satire sur les efforts de Jeff'erson pour empêcher la guerre : The Embargo^ or Sketches of thc Times. En 1809 parut une seconde édition qui contenait, outre de nouveaux poèmes, un avertissement certifiant l'extrême jeunesse de l'auteur, que l'on avait contestée.
Bryant entra en 1810 au collège Williams, où il ne resta pas longtemps; faute de moyens pécuniaires il ne put entrer h l'Yale, mais il se mit à étudier la littérature anglaise et commença à apprendre le droit. Par bonheur, nous savons quelles furent ses premières lectures, ce qui nous donne un aperçu du niveau intellectuel des bonnes familles américaines de l'époque. \' Iliade de Pope ne tarda pas à remplacer les Ilijmnea de Watts. Puis suivirent Pleasures of Hope de Campbell, les œuvres de Kirke White, The Grave de Blair, La Mort, de l'évêque Porteus, et les poèmes de Southey et de Cowper; de ce dernier, principalement, The Task. Il relut The Faenj Qiieene à plusieurs reprises; mais le charme de cette pièce ne paraît pas avoir diminué le goût du jeune garçon pour la meilleure poésie qu'offrît alors son pays, celle de Freneau. Cependant, tous ces favoris s'inclinaient devant les Lyrical Ballads, dont le Dr. Bryant, au cours d'un de ses nombreux séjours a Boston, où il siégeait comme membre du Sénat de l'État, devait avoir acheté
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un exemplaire de la réimpression faite à Philadelphie en 1SÛ2; et nous avons d'abondants témoignages de l'enthousiasme avec lequel le jeune poète fit, grâce à ce recueil, la connaissance de WordsAvorth.
Pendant qu'il poursuivait ses études de droit, il écrivit, sous l'inlluence de ^Vords^vorth, un poème : Tlianatopsis^ et sans rien dire, il en glissa une copie parmi des papiers que son père ne trouva qu'ensuite. Si l'on en croit la version généralement admise, le docteur tut si impressionné à la lecture du poème qu'il l'adressa à la Xorth American Revieiv. Cette revue, qui devait avoir une longue carrière, avait été fondée, en 1815, par une réunion de jeunes gens de Boston, désireux de rivaliser avec le succès des grandes revues d'Edimbourg et de Londres. L'un de ses directeurs, Richard Henry Dana, qui se lia par la suite très intimement avec Bryant, et lui-même poète, douta qu'un si bon poème eût pu être écrit par un Américain, et, se méprenant sur la personne, il se rendit au Sénat de l'Etat, où se trouvait alors le docteur Bryant, pour tacher d'y entrevoir l'auteur. La tradition veut qu'il n'ait pas été très rassuré après avoir scruté la physionomie de l'estimable Dr. Bryant. Néanmoins, Thanatupsis fut accepté et parut dans le numéro de septembre 1817, en même temps ([ue d'autres vers de son auteur authentique. Six mois après, la revue publia les strophes vigoureuses et nettes de To a Waier Fowl, et Bryant fut définitivement consacré poète.
Ce succès presque prématuré paraît avoir détourné le jeune homme de la carrière du barreau. Mais, peu après, il contracta un très heureux mariage, et publia un mince volume de vers (1821). Encourage probablement par le succès de son livre, Bryant composa, de 1823 à 1825,
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quelques-uns de ses meilleurs poèmes, par exemple The Forest Hymn et The Lapse ofTime. Cependant, le succès lui-même ne put le rendre prolifique; le total de ses productions poétiques pendant sa longue existence, bien que moins faible que celui des œuvres de Gray, n'est pas suffisant pour donner h ses admirateurs une conviction absolue de sa grandeur. Il faut en retrancher ses traductions. Celles qu'il fit de l'espagnol ne furent pas sans inlluence sur la poésie contemporaine. Au point de vue pécuniaire, il n'apparaît pas que le jeune poète ait été fort encouragé à se faire imprimer, ni qu'il ait estimé ses œuvres ii un très haut prix. Il consentait à écrire pour The United Slates Lilerary (iazette de Boston, au taux de deux dollars par poème; mais le généreux directeur d'alors le paya un peu plus. Bryant s'était fait de dévoués admirateurs à New York; ce sont eux qui le persuadèrent, en 1825, de venir dans cette ville pour collaborer à la création d'un nouveau magazine, entreprise qui ne réussit pas. Les amis lui restèrent cependant; parmi eux se trouvaient Gulian C. Yerplanck (1786-1870), justement apprécié de son temps comme critique et commentateur de Shakespeare; le brillant Robert C Sands, et le poète, encore connu h l'heure actuelle, Fitz-Greene Halleck. Il passa ainsi deux pénibles années, mais en 1827 il trouva une position temporaire h V Evening PosL. Ce journal, né avec le siècle et déjà influent, devait bientôt passer sous la direction de Bryant, qui lui imprima la marque de sa personnalité et le fit servir au bien de la littérature et de la vie publique.
Les vingt années qui suivirent l'arrivée du poète à New York ne furent pas propices à son art. Elles forment dans son œuvre comme une période de transition, où il écrivit peu de poèmes marquants et où l'on constate des
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signes (le raffalblissement de son inspirntioti. Dans le choix même de ses développements, on sent qu'il était ;i court de sujets, et certains indices révèlent qu'il lut parfois tenté d'imiter des poètes aussi contraires à son tempérament que Byron et Moore. Pourtant, le poème sentimental Dcath oftiœ Flowers, la romanesque Doinsel of Peru et le patriotique Song of Marions Men appartiennent h cette période; de même que ces nobles compositions : Tlie Past et Earth, et les douces et rêveuses stances : To a Fringed Geniian, trois poèmes qui représentent bien la note personnelle de son inspiration. Et si ces vingt années n'avaient apporté que ses fameux vers sur la Vérité et lErreui-, dans The Battle-Field (1837), elles n'auraient pas été perdues. Ce fut la valeur morale bien plus que la valeur esthétique de la poésie de Bryant qui firent sa popularité, et c'est encore aujourd'hui, avec son importance historique ce qui lui mérite une étude sérieuse et une analyse favorable de son œuvre.
Pendant la dernière partie de sa vie, de 1845 jus(|u'aa 12 juin 1878, date de sa mort, Bryant s'affranchit un peu des labeurs de sa situation et récolta les honneurs dus à sa carrière bien remplie.
En 1813, quatre ans après avoir débuté dans sa précoce carrière d'acteur, le dramaturage John Howard Pavne (1792-1852) publia un volume de poèmes de jeunesse. Toutes les poésies de Payne, ses nombreux drames, sa vie vagabonde et tourmentée n'auraient pas sauvé son nom de l'oubli; mais un seul chant, Home, Sweet Home, de son médiocre opéra, Clari or The Maid of Milan (1823), lui donna une immortalité qu'il serait mesquin, si peu méritée qu'elle soit, de lui conteste)-. Nous avons déjà mentionné l'œuvre de James Kirk Paulding, mais nous pouvons noter ici son grand poème intitulé : The
Backwooclsman (1818), lequel, avec The Foresters de rornithologiste Alexander Wilson (1766-1813), tend h prouver que Cooper ne fut nullement le premier à s'apercevoir que les pionniers de l'Ouest pouvaient fournir aux auteurs américains une mine aisément exploitable de sujets littéraires.
Mais les principaux versificateurs newyorkais antérieurs à Bryant furent deux amis, Fitz-Greene Halleck (1790-1867)' et Joseph Rodman Drake (1795-1820), dont les noms sont aussi intimement unis dans la mort qu'ils l'ont été de leur vivant. Halleck était né à Guildford, Connecticut, où il fut commis pendant six ans avant de venir chercher fortune à New York. Grâce à la régularité de sa vie et à l'amitié de son patron John Jacob Astor, il acquit une aisance modeste qui lui permit de renoncer à un emploi fixe. C'est peu après son arrivée h New York qu'il avait rencontré Drake, et tous deux se lièrent d'une amitié qu'allait bientôt briser la mort prématurée du plus jeune. Toutefois, avant ce triste événement, ils provoquèrent dans la ville une émotion littéraire comparable à celle que causa l'apparition de Salmagandi. \J Evenins^ Post publia leur série d'adroites satires en vers sur des célébrités locales, satires réunies sous le titre de The Croaker Papers (1819). Quelques poèmes d'un ton plus sérieux, des mêmes auteurs, sont à bon droit mieux connus. Drake, qui était médecin, laissa manuscrites plusieurs œuvres en vers qui furent publiés par sa fille, en 1835, sous le titre The Culprit Fay and other Poems.
Halleck pleura la mort de son ami dans une simple élégie qui, telle quelle, n'a probablement pas été surpassée dans la littérature qu'ils s'efforcèrent tous deux de perfectionner.
Dans les autres poèmes qu'il écrivit, Halleck ne
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retrouva jamais de tels accents. Son Marco Bozznris, de forme vive, quoique peut-être un peu long, parut en 1827, en même temps que ses vers sur Burns et sur Alnwick Castle, en un volume qui prit le titre du dernier de ces poèmes.
Il n'y a pas d'autre Newyorkais qui mérite d'être rappelé ici, si ce n'est l'ami de Bryant, llobert Charles Sands (1799-1832), dont la mort prématurée lut déplorée plus que ne l'avait été celle de Drake. Sands posséda d'assez remarquables talents. Il fut très versé dans le droit, écrivit les biographies de Cortez et de Paul Jones, s'essaya h divers poèmes et nouvelles, dirigea des magazines, des périodiques annuels et un quotidien; enfin, il commit, aux dépens des lecteurs graves de New York, plusieurs espiègleries littéraires tout h fait dignes de « Father Prout ». Il n'y a pas h douter de son habileté, et guère moins des funestes résultats que produisit sur lui et d'autres contemporains la vie étroite, provinciale et, dans le domaine des idées, assez chaotique qu'il fut obligé de mener. Il vaut lu peine de jeter un coup d'œil sur son Yamoi/den, poème écrit en collaboration avec un ami; la partie intitulée To tJie Manito of Dreams, tout imitée qu'elle soit de Byron, dénote une très grande facilité poétique. I^es petites poésies de Sands sont fort louables, mais c'est dans la nouvelle qu'il excella. L'une d'elles, A simple Taie., qui glose d'amusante façon sur les cancans de village, est un retour vers Irving et n'est pas indigne de lui. D'autres ofïVenl plus d'intérêt; l'on y voit comme l'annonce des Ilawthorne et des Poë. Mais Sands fit peut-être son œuvre la plus utile en composant ses Scènes at WasJiington, si vides et délayées qu'elles soient; car c'était un fait important qu'un Américain né, et non d'origine étrangère, pût apprendre au peuple des
Etals-Unis à rire des bizarreries de l'existence américaine telles qu'on les découvre chez leurs politiciens et dans la capitale nationale.
Cependant la Nouvelle-Angleterre, abandonnée par Bryant et Ilalleck, se préparait au grand mouvement littéraire des années comprises entre 1840 et 1860, tout en ne manifestant que relativement peu de progrès ou même de promesses dans ses productions poétiques. Les successeurs immédiats de Robert Treat Paine adoptèrent pourtant de meilleurs maîtres que ne l'avait fait ce poète, encore que leurs œuvres ne soient guère plus à retenir que les siennes. La même remarque est applicable au groupe de versificateurs du Conneclicut qui héritèrent des lauriers des « Beaux Esprits » d'Hartford.
Le premier parmi les poètes du Massachusetts fut Richard Henry Dana, l'aîné (1787-1879), [qu'il ne faut pas confondre avec son fils du môme nom (1815-82), auteur d'une œuvre très connue : Two Years before the Mast (1840), et commentateur compétent des questions de droit international]. Dana le père ajouta au renom d'une famille distinguée plus peut-être par la dignité de son caractère et par sa culture personnelle que par ses œuvres en vers et en prose, qui pourtant ne manquent pas de valeur. Il publia, en collaboration, un recueil de mélanges intitulé The Idle Alan (1821-22), puis, en 1827, lança un volume de vers qui obtint quelque faveur. Vingt-trois ans plus tard, il publia ses Œuvres, en deux volumes, et vécut loin du monde tout le reste de sa loneue existence. A première vue, sa modeste fécondité et le caractère peu attrayant de ses écrits ne sembleraient guère expliquer la haute situation dont il jouit parmi ses contemporains, à moins qu'on n'accuse ceux-ci d'indigence intellectuelle : un tel jugement serait injuste et pour lui et pour
eux. Ses essais critiques, afTranchis de l'esprit de servilité coloniale, ont beaucoup d'importance pour la littérature américaine dans ses étapes de formation. Sa meilleure œuvre originale, The Buccaneer, encensée par Wilson dans le Blackivood's et plus ou moins réputée en Amérique, ne mérite pas autant d'éloges.
Au nom de Dana s'associe naturellement celui de son beau-tVcre, le peintre Washington Allston (1779-1843); ce dernier, quoique né dans la Caroline du Sud, passa la plus grande partie de sa vie à l'étranger ou en Nouvelle- Angleterre. Allston goûta l'amitié de Coleridge, qui professa une haute opinion du caractère et des facultés générales de l'Américain. Les vers du peintre-poète, cependant, ne justifient pas entièrement la faveur qui les accueillit. Les Sylphs of the Seasons, qui parurent, à Londres et à Boston, en 1813, sont un ingénieux développement d'un thème fort ancien — la dispute des saisons — et, pour le style, se rattachent plus au xviu* siècle écoulé qu'au xix* naissant. La même remarque s'applique à presque tous les autres poèmes de ce mince volume, où, comme dans les vers posthumes publiés en même temps que quelques conférences sur l'art, on reconnaît l'influence des poètes romantiques anglais. Quelques-uns de ces poèmes lyriques sont jolis, mais les sonnets sont d'une construction défectueuse, et le séjour d'Allston en Italie ne le servit pas mieux à cet égard que pour son piètre roman, Mo na Idi (iS^i).
Ln dépit de leur foule innombrable, on peut sans dilliculté négliger les autres versificateurs du Massachusetts. La plupart de ceux qui ambitionnaient la renommée de Kettell sont morts sans espoir de retour. D'autres, comme Charles Spraguc (1791-1875) et Maria Gowen Brooks (1795-184.5) sont tout juste h citer. Sprague a
attiré l'attention par des ouvrages primés dans des concours, des prologues, une ode sur Shakespeare et un poème sur la Curiosité. Il sut aussi toucher ses lecteurs par des appels au sentiment de la famille, comme The Famihj Meeting et / see thee still, élégie consacrée à sa sœur. Mrs. Brooks reçut une bonne instruction et vécut d'abord dans l'opulence; mais, s'étant mariée de bonne heure, elle lut réduite à une pauvreté relative et se consola dans la poésie. Son œuvre la plus importante, Zophiël, or The Bride of Seven (1833), fut commencée, pendant son veuvage, à Cuba, et le premier chant en fut publié à Boston en 1825. Elle se mit ensuite h voyager et termina son poème h Keswick, cédant aux instances bienveillantes de Southey, qui la baptisa du surnom de « Maria del Occidente » et lui déclara qu'elle était « la plus passionnée et la plus imaginative de toutes les poétesses ». La postérité ne s'est pas rangée h cet avis.
Le public d'alors apprécia mieux, certes, les accents familiers de Mrs. Sigourney (1791-1865). Cette femme exemplaire, le plus populaire des écrivains américains de son temps, était née Lydia Huntley. En 1815, elle publia, sous le patronage d'un ami bien intentionné, un livre intitulé Moral Pièces in Prose and Verse, qui certainement justifie son qualificatif. Jamais livre plus innofcnsif ne fut imprimé. Quatre ans après elle se maria, mais les soucis domestiques ne l'empêchèrent pas de poursuivre sa carrière littéraire et de nous laisser une instructive relation de sa vie dans ses naïves Letters of Life, publiées après sa mort, en 1866. Elle put composer tout en tricotant des chaussettes pour sa famille, et il est h espérer que son tricotage fut aussi abondant que ses vers. A cette époque, les publications annuelles, les
maefazines et les journaux plus ou moins éphémères toisonnaient, les directeurs ne cessaient de solliciter des articles, et Mrs. Sigourney était trop généreuse pour refuser. A cette époque, foisonnaient aussi les lecteurs sentimentaux qui imploraient de leur poétesse favorite des chants nuptiaux ou des élégies. En réponse, elle écrivit plus de deux mille poèmes et articles, dont le recueil ferait frémir un lecteur de nos jours. Pour nous, Mrs. Sigourney sera toujours un phénomène plutôt qu'un auteur. Ballades, élégies, poèmes descriptifs coulaient d'elle avec une sereine abondance qui fut rarement égalée. Elle composa même un poème en cinq chants sur les Traits ofthe Aborigines of America ; mais, à tout prendre, elle était mieux dans son élément quand elle s'adressait aux enfants malades et aux pasteurs. Il n'y a pas lieu de critiquer cette femme douce et pure, tant fut répandue son excellente influence. Dans les poèmes de sa meilleure manière, comme Indian Nanies, elle réussit mieux que certains de ses collègues masculins.
Le plus important d'entre ces derniers fut James Gates Percival (1795-1856), également du Connecticut, qui fut instituteur et enseigna la médecine. Morbide bien plus que sentimental, il s'essava de bonne heure à la poésie héroïque et à la tragédie, et il est maintenant presque oublié. Il se dépensa en études de toutes sortes, se spécialisant dans les travaux scientifiques et plus particulièrement la géologie. ^lais si l'omniscience fut son faible, la poésie fut son fort et il n'aimait pas se voir préférer d'autres poètes. Il sut acquérir une jolie réputation, qu'un article de Lowell finit cruellement par démolir. Il n'y a pas lieu d'examiner ni d'énumérer ses publications, qui, commençant en 1820, comprennent un long poème intitulé Prometheus et des compositions
lyriques sur tous les sujets possibles dans presque toutes les lornies métriques connues. Il imita Byron, Moore, Sholley, Wordsworlh et les Minnesingers; il écrivit des Classic Mélodies et des Sangs for National Airs. De ses strophes innombrables, et particulièrement dans son dernier livre, TJie Dream of a Day (1843), un anthologiste, capable d'afïronter l'ennui d'une telle lecture, pourrait extraire quelques bonnes choses. Un de ses poèmes lyriques, « To Seneca Lake » est pourtant resté dans la mémoire de bien des gens.
Tout aussi sérieux, mais moins morbide quePercival, un autre écrivain du Connecticut, James Abraham Hillhouse (1789-1841), peu connu de nos jours, et à juste titre, a apporté à la littérature de son pays un consciencieux tribut qui mérite au moins une mention. Dans son œuvre presque entièrement dramatique, une seule pièce, le drame sacré liadad (1825), doit être retenue; c'est sur elle, en efllet, que ses admirateurs, Bryant entre autres, fondèrent leur opinion du génie d'Hillhouse.
Plus intéressant qu'Hillhouse et comme lui encore originaire du Connecticut, John Pierpont (1785-1866) lut, durant sa longue existence, professeur, avocat, commerçant, pasteur, apôtre de la tempérance et de l'antiesclavagisme, aumônier militaire et enfin employé du Trésor h Washington. Une telle carrière laissait peu de place à la culture de l'art poétique; cependant Pierpont a écrit un volume de vers qui soutient très favorablement la comparaison avec la plupart de ses contemporains. Son plus long poème, Airs of Palestine (1816) fut réimprimé en 1840.
Dans toutes ces œuvres se révèle un lent travail de désagrégation du calvinisme, et l'on constate une évolution de même nature dans les sphères politiques des
provinces du Sud. Avec Monroe prenait fin l'antique lignée des hommes d'Etat virginiens; la question de lesclavage était ii l'ordre du jour; la vie de planteur qui, bien que contraire h toute production littéraire, n'excluait pas la culture, devint moins idyllique, et le parti rétrograde mit toutes ses énergies à défendre une institution dont la morale civilisée avait décrété l'abolition. Vers 1820 même, quelques hommes clairvoyants, tels que John Randolph et le juge Beverley Tucker, auteur d'un ouvrage curieusement prophétique, intitulé 77<e Partisan Leader (1836), avaient prévu la tournure (ju'allaient prendre les événements; mais, au fond, les gens du Sud ne s'occupaient que de la politique courante et de la pratique de la loi, et quand ils écrivaient c'était en amateurs. De 1809 à 1829, à peine produisirent-ils une œuvre de prose de quelque importance, en dehors de rares histoires locales et des volumes déjà signalés de William Wirt. En poésie, ils firent davantage, mais peu, cependant. Laissant de côté les premières œuvres de Poe, nous ne voyons pas plus d'une douzaine de versificateurs, dont le nom, d'ailleurs^ n'intéresse que les érudits, et parmi lesquels deux seulement méritent une brève remarque. Francis Scott Key, du Maryland (1780-1843), à propos de ce fait que les Anglais, dans leur attaque de Baltimore en 1814, n'avaient pas fait baisser le pavillon du fort Me Henry, écrivit un poème patriotique, The Star-Spangled Banner, qui est reste populaire parmi ses concitoyens contents de peu. Les autres poèmes de Key possèdent peu de mérites et ne nous font pas regretter la stérilité de sa muse. Les amis de la poésie regretteront toujours, par contre, que la mort ait si tôt fait taire la voix d'un autre poète originaire du Maryland, le meilleur des poètes du
Sud avant Poe, Edward Coate Pinkney (1802-28), fils brillant d'un père remarquable, William Pinkney, orateur et diplomate. La vie de ce poète fut assez romanesque pour expliquer le caractère de sa poésie, si l'influence de Byron n'y suffisait pas. Doué d'un pareil tempérament, aurait-il jamais réalisé les espérances que put faire concevoir sa poétique jeunesse, c'est une question que personne ne peut résoudre. Mais s'il est facile de louer à l'excès sa poésie, qui, somme toute, est juvénile et imitatrice, il serait difficile de trouver parmi les poètes d'Amérique un plus véritable « chanteur », dans le sens à la fois le plus strict et le plus charmant, que ce talentueux jeune homme. La plupart des admirateurs de Pinkney, cependant, préféreront établir ses droits à l'immortalité sur les strophes qu'il intitula A Health, et qui sont en effet d'une poésie très pure.
Les nouveaux territoires de l'Ouest n'ont rien produit qui nous retienne, ni en prose ni en vers, si ce n'est les intéressants Recollections of ten Years passed in the Valley of tlie Mississippi (1826) du Rév. Timothy Flint (1780-1840). Cet auteur qui, parmi ses nombreux volumes, a donné l'un des premiers romans se déroulant au Mexique, Francis Berrian, était toutefois un New Englander par sa naissance, fait qui nous rappelle que jusqu'ici les grands hommes d'action et de pensée de l'Ouest — ses Andrew Jackson, ses Henry Clay, — lui sont venus de l'Est. Mais Abraham Lincoln est né, et déjà en 1829 nous trouvons un annuaire publié h Cincinnati, dont toute la matière est fournie par des écrivains de l'Ouest. A vrai dire, pendant cette période, ce pays, malgré ses effusions sentimentales et sa susceptibilité provinciale, a fait preuve d'une énergie et d'une vitalité merveilleuses, et il a produit des livres qui, bien
que soilant du cadre de la littérature proprement dite, ne sont pas entièrement négligeables. Inchiquin, the Jesitit's Letlers (1810), de Charles Jared Ingersoll, est une eliicace réplique aux absurdes observations des voyageurs étrangers. Ilcnrv Wheaton commence ses remarquables écrits sur le droit international. Joseph E. Worcester entame ses travaux de lexicographie. Edward Everett et Daniel Webster débutent dans leur carrière d'orateurs. James Kent écrit ses Commenta ries on American Lcuv. Henry R. Schoolcraft fait œuvre de pionnier en ethnologie, et le Rev. Jared Sparks en histoire. George Ticknor, pendant ce temps, pousse les Américains h rechercher l'inspiration dans la culture allemande, bien que son Histonj of Spanish Literalure n'ait paru qu'en 1849. John James Audubon publie le catalogue des Birds of America, en 1827. Enfin, les magazines et les journaux de la région se lancent vers un avenir iuoui; peu importe si des centaines d'entre eux ne naissent que pour mourir. En 1818, TJie American Journal of Science est fondé par Benjamin Silliman. Neuf ans plus tard, The Atnerican Quarterhj Review de Philadelphie commence sa rivalité de dix ans avec The North American Review de Boston, Un an après, il Charleston, un groupe d'hommes résolus décident que le Sud ne restera pas en dehors du mouvement, et inaugure The Southern Revieiv, laquelle, bien qu'elle n'ait duré que quatre ans, démontre d'une façon concluante qu'en aucun point de l'Amérique il n'y avait disette de bon sens et de savoir et, ce qui valait mieux, que le sentiment patriotif[ue avait résolu de laire participer toutes les forces du pays h son développement intellectuel. De plus, en tenant compte du grand nombre des journalistes et de l'activité littéraire déployée pen-
dant cette période, on peut soutenir que la culture générale du peuple fut tout autant, sinon plus, développée par les discours, les sermons, les allocutions patriotiques qui ne manquèrent jamais d'auditeurs enthousiastes, que ces ouvrages soient ou non aujourd'hui un objet d'irritation ou d'amusement pour le lecteur. Dans l'histoire de la culture intellectuelle, des discours comme ceux que prononcèrent Daniel Webster et Edward Everett à la mémoire d'Adams et de Jefferson, ont une bien plus grande importance qu'ils n'en ont dans l'histoire de la littérature.