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CHAPITRE XIX

A bien des points de vue, la période qui s'étend depuis Jackson jusqu'à Lincoln représente l'âge d'or des historiens et des orateurs; elle compte, de plus, à son actif d'importants ouvraoes de théologie, de droit, de sciences politiques et naturelles, et elle inaugure très convenablement l'érudition littéraire et la critique. 11 sera intéressant et précieux d'examiner rapidement ces utiles travaux, ne serait-ce que pour montrer le sens essentiellement démocratique de leur utilité et les éléments durables de l'intérêt qu'ils présentent.

En ces divers genres, les auteurs les plus importants pour nous sont les historiens.

Loin de perdre des lecteurs dans leur propre pays, les historiens américains en recrutent sans cesse de nouveaux et à l'étranger; on s'intéresse à eux bien plus qu'à leurs compatriotes orateurs, théologiens et critiques. Seule l'histoire locale reste locale, et bien des récits historiques, quoique excellents dans leur genre, n'ont pas dépassé les limites des États-Unis ou même les divisions de certains de ces États; mais toutes les fois que

les Américains ont choisi des thèmes d'un intérêt historique de réelle portée, leur réputation s'est répandue d'autant.

Les principaux historiens américains : Bancroft , Prescott, Motlev et Parknian, appartiennent tous quatre au même Etat, le Massachusetts. A l'exception de quelques noms récents, les trois quarts des grands représentants de la littérature historique de l'Amérique au XIX* siècle furent originaires de cet Etat. On peut même dire que la muse de l'Histoire américaine a choisi le Charles, qui coule entre Boston et Cambridge, comme fleuve sacré, et la Bibliothèque publique de Boston comme temple favori.

Une autorité compétente en matière d'histoire américaine, le professeur J. F. Jameson, lui-même natif de Massachusetts, a voulu expliquer celte curieuse localisation : les recherches historiques se développèrent en même temps qu'eut lieu la renaissance littéraire de la Nouvelle-Angleterre et particulièrement du Massachusetts, a l'époque du transcendantalisme. En outre, les bibliothèques de Boston et de Cambridge répondaient à peu près seules aux besoins de ces curieux de l'histoire qui avaient résolu d'égaler les grands historiens européens. Il ne signale pas cette autre raison, que dans aucune autre région de l'Amérique, pendant la première moitié du xix'^ siècle, il n'exista autant qu'à Boston et à Cambridge des conditions de culture et de fortune susceptibles de se rencontrer chez un même sujet favorisé. Le goût de l'investigation historique est un luxe que tout homme, même doué, ne peut pas se permettre ; si Motley, Parkman et Prescott avaient eu besoin de gagner leur vie, ils n'auraient pas pu consulter autant de manuscrits.

Jusqu'à ce qu'Irving se fût intéressé à l'Espagne,

aucun ouvrage historique olFranl une réelle valeur n'avait été publié; et quelle que soit leur importance comme modèles d'habile narration, les travaux d'Irving ne furent pas de la grande histoire, au sens moderne du mot. La Life of Was/tington, de Marshall, certaines bonnes histoires d'Etats et la création de sociétés historiques, prouvent que l'on prenait intérêt à l'histoire de la Révolution et de la nouvelle République. Pourtant, après la guerre de 1812, le peuple américain s'occupa plutôt de faire de l'histoire en colonisant l'Ouest, et en transformant l'Est de pays commerçant en région manufacturière, que d'écrire des ouvrages historiques. Mais pendant la troisième décade du siècle, la visite de Lafayette et la mort de grands personnages de la Révolution, tels que John Adams et JefFerson, — outre qu'elles offrirent aux orateurs Webster et Edward Everett l'occasion de célébrer le passé en des discours brûlants de patriotisme, — tournèrent les regards du peuple vers l'héroïque époque à laquelle il devait le développement magnifique de son territoire et de son industrie. Contemporain d'Everett et de Webster, Jared Sparks (1789- 1866), du Massachusetts, perpétuait la mémoire des pères de la République d'une façon plus laborieuse. II entreprit en 1825 de rassembler et de publier un ouvrage documentaire sur Washington. Trois ans plus tard, il commençait ses premières investigations dans les archives européennes. En 18.32, il faisait paraître douze volumes de Diplomatie Correspondance of the American Résolution. La biographie et les écrits de Washington (1834- 1838) en demandèrent le même nombre ; dix autres furent nécessaires pour le compte de Franklin. Auparavant, il avait écrit une biographie de Gouverneur Morris, en trois volumes. De 1830 à 1850 Sparks trouva le temps de

surveiller la compilation d'une Lihrarij of American Biograpliy, en vingt-cinq volumes, et huit des copieuses biographies qu'ils renferment sont de sa plume. Et ce n'est pas là toute son œuvre strictement historique. Si l'on ajoute qu'il dirigea quelque temps la Norlh American Review, et qu'il fut tour à tour clergyman unitarien, professeur d'histoire à Harvard, puis directeur de ce collège, on admettra qu'il déploya une activité surprenante. Les critiques ne lui furent pas épargnées; on lui reprocha d'altérer ses originaux dans l'intérêt de l'élégance et de la convenance du stvle, et il n'est certainement pas le modèle des compilateurs. Pourtant ses fautes sont insignifiantes en regard de l'intérêt qu'il sut attirer sur l'histoire de l'Amérique et des importants documents qui furent conservés grâce à lui.

Contemporain de Sparks, George Baxcroft (1800- 1891) le devança bientôt dans la faveur du public et reste encore aujourd'hui, dans l'esprit populaire, l'historientype de son pavs. Cependant, malgré sa longue existence et ses douze énormes volumes, son récit ne dépasse pas la date de l'adoption de la Constitution.

Bancroft fut le produit de son temps, surtout par ses idées politiques. Fils d'Aaron Bancroft, clergyman libéral du Massachusetts, auteur lui-même d'une biographie de Washington, le jeune Bancroft obtint son diplôme h Harvard, suivit Ticknor à Giittingen, où il fit de bonnes études et reçut le grade de docteur en 1820; résolu h se faire historien et à continuer ses travaux d'érudition, il retourna en Amérique et, tour à tour, enseigna à Harvard, publia un volume de poèmes et ouvrit une école. Il refusa toutes les oflVes politiques qui lui furent faites, pour se consacrer à son but; le premier tome de son histoire parut en 1834 et fut accueilli avec faveur. C'était une œuvre

de haute rhétorique, oratoire pour ainsi dire, et pleine de cette confiance en soi-même qui caractérise l'époque jacksonienne. Ce caractère séduisit les premiers lecteurs d'autant plus qu'il se cachait sous l'écorce d'une philosophie libérale toute démocratique. Instruit, plein d'une tlamme semi-poétique, Bancroft était une sorte d'orateur populaire, de démocrate acharné, tout a fait le genre d'historien qu'il fallait à l'Amérique, bien que, par ses idées politiques, il eût été précisément de ceux que les vieux Fédéralistes de Boston détestaient cordialement. En 1837 parut le second volume de son ouvrage; l'année suivante il lut nommé receveur du port de Boston. Le troisième volume vint en 1840; alors suivirent douze années largement consacrées à la politique, durant lesquelles il fut secrétaire de la Marine puis ministre en Angleterre. Cette dernière situation lui permit de réunir quantité de documents historiques, et à son retour il put rassembler sur place des matériaux de toutes sortes. Il fixa sa résidence à New York, et donna son quatrième volume en 1852; les cinquième et sixième parurent les deux années suivantes. Les autres s'espacèrent davantage : en 1858, en 1860 et 1860. En 1866, il fut envoyé comme ministre en Prusse ; il resta jusqu'en 1874 à Berlin où il reconstitua amplement son stock de documents; aussi, l'année de sa démission, publia-t-il le dixième livre de son histoire, dont le rétùt se poursuivait à travers la Révolution. Huit ans après, deux volumes ayant pour titre Hislonj of the Forinntion of tlie Constitution of the United States complétèrent l'œuvre, et le vieillard entreprit alors la revision du labeur de toute sa vie. La rhétorique fut élaguée et l'ensemble réduit à six volumes (1883-1885). l^es œuvres secondaires de Bancroft consistent en une courte biographie de Martin Yan Buren

(1889), quelques articles et quelques pièces oratoires. Le premier rival de Bancroft, Richard Hildreth (1807- 1865), également du Massachusetts, ne peut lutter avec lui pour la popularité; mais il se rattrape par l'intransigeance de ses vues anti-démocratiques. Hildreth fut homme de loi et directeur de journaux, et il trouva le temps d'écrire des relations de voyages, des dissertations sur la finance et la morale et des anathèmes anti-esclavagistes. On n'a de lui qu'une œuvre vraiment littéraire, un roman intitulé The Slave or Memoir of Archy Moore (1836). En 1852, cet obscur avant-coureur d'Uncle Toms Cabin fut réédité, comme pour se mettre en ligne avec ce dernier ouvrage, sous le titre de The White Slave. Sous ce titre il fut, il n'y a pas longtemps, publié à nouveau en Anoleterre. Mais le chef-d'œuvre d'Hildreth fut son Histo7-y of the United States, en six volumes (1849-1856), ouvrage aride mais exact, sauf pour la seconde moitié de sa narration, — de la fin de la Révolution à 1821, — que gâte sa partialité pour le parti fédéraliste. George Tucker (1775-1861) qui, en Virginie, correspond à Hildreth, a reçu les éloges des historiens pour l'excellence soutenue avec laquelle il relate l'histoire du pavs au point de vue démocratique, mais il n'eut que peu de lecteurs. Le même sort fut non sans raison dévolu h la très savante History of New England, de John Graham Palfrey (1796-1881), du Massachusetts, de même qu'aux utiles travaux de nombreux autres chercheurs. Un historien du Sud vaut cependant de ne pas être passé sous silence. Charles Etienne Arthur Gavarré (1805-1895), de la Nouvelle-Orléans, se distingue par une bonne histoire de la Louisiane. Il écrivit divers autres ouvrages, dont quelques-uns en français, mais une exubérance naturelle gàtc un peu la première partie de son intéres-

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saut récit des vicissitudes de la Louisiane sous les dominations française, espagnole et américaine. Ses tentatives dramatiques et satiriques sont pour le moins malheureuses. Mais un de ses romans, Fernando de Lemos, dénote que l'auteur avait hérité de quelques-uns des agréments que donne la culture du vieux continent.

Loin de suivre le sentier qu'avait tracé Washington Irving, tous ces historiens furent plutôt les successeurs des chroniqueurs coloniaux et révolutionnaires. Nous avons vu déjii que la conquête du Mexique avait attiré deux ou trois écrivains. Mais Irving fut probablement l'unique inlluence qui présida h la fondation de ce que Ton pourrait appeler la seconde école d'historiens en Amérique,- les écrivains ayant à leur tête Prescott et Motley, qui ont porté leur choix sur une période ou un épisode romantique de l'histoire étrangère, les traitant avec assez d'intelligence et de talent pour produire des œuvres honorables et, dans certains cas, un tribut admirable à la littérature historique universelle. Entre les écoles nationale et cosmopolite se tient Francis Parkman, qui se fit l'historien des luttes entre la France et l'Angleterre pour la possession de l'Amérique du Nord. Il apparaît dès à présent que, pour la période antérieure à la guerre civile, ce sont les histoires étrangères ou semi-étrangères qui attireront le lecteur ordinaire, sinon le chercheur de documents. Après que la guerre de l'Union eut exalté le sentiment national et ouvert les yeux sur l'intérêt considérable que présentait le heurt des partis, des historiens se levèrent qui, sans sacrifier l'exactitude scientifique, se préoccupèrent davantage de la forme littéraire. On refit aussi et on rendit plus intéressante l'histoire coloniale et révolutionnaire. Il suffit de rappeler dans cet ordre d'idées les histoires de John

Fiske et Edward Eggleston, qui réussirent d'ailleurs tous deux dans d'autres genres de compositions.

Le premier des successeurs d'Irving qui s'acquit une certaine popularité à la fois au dedans et au dehors, est William Hickling Pf.escott (1796-1859), du Massachusetts. Il naquit à Salem, d'une lamille distinguée, fut diplômé à Harvard, perdit presque la vue par accident, maintint avec une fermeté remarquable sa détermination de se faire une existence littéraire à l'imitation de Gibbon, poursuivit des études approfondies, fit choix de la période de Ferdinand et Isabelle comme premier domaine de ses travaux, et enfin publia ses trois volumes h la fin de 1837. On sait ce qu'il raconte lui-même sur la façon dont on lui faisait la lecture pendant des heures entières, comment ses notes étaient prises et classées et comment il se servait d'une machine h écrire primitive et encombrante. L'ouvrage fut accueilli avec une faveur extrême aussi bien en Amérique qu'en Europe, car le sujet avait été bien choisi, préparé avec les documents nécessaires, l'œuvre admirablement construite, écrite dans un style facile et plein de dignité. Encouragé à juste titre, Prescott choisit un autre sujet pittoresque convenant à son talent de narrateur, et, en 1843, fit paraître VHistorji of tlie Conquesl of Me.rico, qui est probablement son œuvre la plus remarquable au point de vue de la valeur littéraire. Quatre ans plus tard suivirent les deux volumes de VHistory of the Conquest of Peru, pendant l'élaboration desquels sa vue, qui avait paru s'améliorer, s'aflaiblit de nouveau. Dans l'intervalle, il réunit en volume les savants articles qu'il avait composés à ses moments perdus pour The North American Review, et il V ajouta une esquisse biographique consacrée à

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Charles Brockdeii Bro^\n, écrite h l'origine pour la u Liljrarv » de Sparks. Un court voyage en Kurope, en 1850, fut le seul répit que se permit le célèbre auteur pendant qu'il travaillait à son Ifislonj of the Heign of Philip II, ([ue la mort vint interrompre. Les deux premiers livres de cet ouvrage, qui va jusqu'à l'année 1580, parurent en 1855; le troisième, en 1858, après que Prescott eut écrit un supplément pour la nouvelle édition du Charles the Fi/t/t, (le Robertson. La même année, il eut une légère attaque de paralysie, et au début de 1859 une seconde attaque lui enleva la vie.

La réputation d'écrivain de Prescott a probablement moins baissé au cours des années que sa réputation d'historien érudit. Ses brillantes peintures historiques appellent la comparaison avec Macaulay et Michelet; au point de vue de l'érudition historique, Prescott a plus soulFert qu'aucun de ses émules. Nul n'a apporté plus de zèle à rassembler les matériaux ni plus de conscience à les utiliser, mais il visait l'intérêt littéraire plutôt que l'intérêt psvchologique et scientifique, et, pour ses deux ouvrages populaires, il fut malheureusement forcé de s'appuyer sur des textes riches en couleur mais pauvres en vérité.

John Lothiîop Motlev (1814-1877) fut, à tous les points de vue, le successeur de Prescott, car il prit, avec l'approbation de ce dernier, un épisode du règne de Pliilippe H comme thème de son premier ouvrage historique. Fils d'un commerçant prospère doué de goûts littéraires, Motlev naquit dans un faubourg qui fait il présent partie de Boston. Par sa mère, il tenait il la caste « brahmine » autant que pouvait le désirer son ami et futur biographe, Holmes. Son intelligence précoce lui permit de recevoir de bonne heure une solide

instruction. Après avoir étudié à l'école qu'avait fondée Bancroft, il entra à Harvard, et de là, muni de son diplôme, il alla suivre des cours h Berlin et a Gottingen. En cette dernière ville, il se lia intimement avec Bismarck. De retour en Amérique, il épousa une sœur du poète Park Benjamin et pul)lia un récit, Mortons Hope (1839), qui, avec son roman de mœurs coloniales Merry Mount (1849), n'est pas sans intérêt pour l'amateur de curiosités littéraires. Dans l'intervalle, Motley avait tàté de la diplomatie à Saint-Pétersbourg et de la législation à Boston ; il avait en outre écrit pour The Nortli American Review des articles qui, selon ses amis, annonçaient un grand talent. On retrouve ces promesses de talent dans ses premières lettres, publiées en 1889 par son ami George William Curtis. et qui comptent parmi les plus intéressantes de la littérature américaine. Cependant elles s'occupent tellement des célébrités anglaises, et Motley lui-même, grâce aux mariages de ses sœurs, lut si mêlé à la société britannique, que les deux volumes présentent un intérêt plutôt international. Le récit des occupations personnelles de l'auteur, des réceptions, etc., enlève à sa correspondance beaucoup de sa valeur morale ou psychologique, mais les lettres écrites pendant la guerre civile sont dignes d'un homme supérieur.

C'est vers trente-deux ans que Motley commença à prendre intérêt à l'histoire de la Hollande et se mit à l'étudier sérieusement. Embarrassé devant le petit nombre de documents dont il disposait, il fit voile vers l'Europe en 1851, avant de pousser plus avant son œuvre. Il travailla à Dresde, h la Haye, à Bruxelles, puis vint à Londres où il prépara la publication de son ouvrage, The Rise of the Dutch Republic. !Murray le lui ayant

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relusé, Motlev l'éclila à ses frais en 1856. Le cloute sur sa réussite le lourincutait grandement, mais à tort, car il s'enleva, dit-on, en Angleterre seulement, dix-sept mille exemplaires la première année. Ce lut un concert de louanges et il reçut les compliments de Guizot, de Prescott, de Cancroft et de Fronde, sans parler de \Vashington Irving et de Holmes. Après un court passage en Amérique, l'historien désormais célèbre revint en Europe pour reprendre, h la date de 1584, la suite de son ouvrage et établir les bases de son History of the United Netherlands. Il travailla de nouveau ii la Haye, où il reçut les lélicitations et l'aide des historiens hollandais. Les deux premiers volumes des United Netherlands parurent en 1860 et maintinrent sa réputation. Dès lors, sa république natale devint l'objet de ses préoccupations. Les deux lettres qu'il envoya au Times de Londres pour la défense de l'Union eurent un poids considérable dans l'opinion et firent certainement ressortir l'intensité de ses sentiments de patriote, passionné de liberté. Pendant l'été de 1861, il revint en Amérique et prit une certaine part dans les affaires publiques, à Washington. L'automne suivant il se rendit à nouveau en Angleterre, en route pour Vienne, où il devait occuper la légation d'Autriche. En 1867, il démissionna et revint à Londres. L'année d'après paraissaient les deux derniers volumes des Unilcd Netherlands ; puis l'exilé volontaire reprit la route de son pavs, pour revenir encore à Londres en 1869 comme chargé d'affaires. L'année suivante, on le rappela soudainement sans autre explication. 11 se consola en voyageant et en écrivant, et, en 1874, il publia la suite biographique de son histoire de Hollande sous le titre de The Life and Death of John of Barneveld. Vers cette époque sa femme mourut, et sa santé commença

à décliner. Il traîna jusqu'à la fin de mai 1877 et mourut sur le sol anglais qu'il aimait tant et où reposent encore ses cendres.

L'éclat, la perfection, l'intérêt dramatique, l'enthousiasme sont les qualités distinctives des œuvres de Motley; pourtant la minutie de sa narration indispose parfois, ses qualités de composition artistique sont inférieures à celles de Prescotl, et il emploie souvent des couleurs trop sombres ou trop éclatantes dans ses portraits. Si l'on avait à caractériser par une seule épithète Motley et son œuvre, il faudrait employer le mot « éloquent ». Motley fut éloquent de toute l'ardeur de son amour pour l'Amérique et pour la liberté civile et religieuse, amour qu'il appliqua par sympathie à la vaillante petite République et h son héros Guillaume le Taciturne. Mais il n'est pas toujours bon de se fier aux amoureux éloquents lorsqu'ils traitent do gens ou d'événements qu'ils n'admirent pas. C'est pourquoi les historiens hollandais, tout en reconnaissant la brillante et profonde érudition de Motley, se sont trouvés contraints de déplorer sa partialité envers les Calvinistes en particulier.

Prescott, étant mort avant la guerre civile, semble devoir être rapproché d'Irving, qui lui survécut; Motley, lui, paraît plus près de nous, mais c'est aussi une figure qui setface. F'rancisParkman (1823-1893) de Boston est de près de neuf ans plus jeune que Motley, mais comme il lui survécut jusqu'en 1893, et comme il se montre par ses méthodes d'investigation aussi moderne qu'un professeur d'université germanique, il a l'air d'appartenir à notre génération. Comme les autres historiens originaires du Massachusetts, il était d'une bonne famille et fit ses études h Harvard. Enfant assez délicat, on le laissa errer

en nomade dans le pays et il acquit ainsi un amour prolond de la nature et de lu vie des bois. Au lieu donc, lie s'embarquer pour l'iuirope, ses études terminées, il partit de Saint-Louis en IS'il) pour explorer les solitudes de l'Ouest. 11 vécut quelque tcnq)s dans un vilhiire sioux, et apprit une inlinitc do choses sur les mœurs des Indiens et des trappeurs, l'in 1847, il réunit en un volume les articles de magazines qui relataient ses aventures. Cet ouvrage modeste, intitulé T/ie Oregon Trait, était écrit dans un stvle charmant et rempli de bons portraits, de descriptions pittoresques, d'une science profonde et d'un sentiment intime des beautés de la nature. 11 a gardé sa iraicheur jusqu'à ce jour et il a des chances de rester la source classique d'information en ce qui concerne le Far West, à la période intéressante où celte région sauvage fut acquise à la civilisation. Parkman ne se faisait pas spécialement remarquer pour l'humour ou la clarté des idées, mais il donnait de belles espérances littéraires, notamment dans les pages où il décrivait les dangers ([u'il eut à courir.

Sa santé se ressentit toujours des suites de ce vovaee aventureux; mais toute sa vie il fit preuve, au cours de ses travaux, dun héroïsme comparable à celui dePrescott. Il lui advint aussi d'être immobilisé pendant des années entières et, lorsqu'il pouvait travailler, il lui était impossible de lire ou décrire plus de quelques minutes de suite. Il lut donc obligé de faire lire près de deux cents volumes in-folio de documents qu'on avait recueillis sur ses indications; de cela et d'une quantité de sources imprimées, il tira la matière de onze volumes de son cru; il y donna tout ce qu'il avait appris dans les solitudes, ses études et ses relevés topographiques, ses trouvailles personnelles dans les archives européennes et sa

fidèle oliseivation de la nature. Il relate ainsi l'épisode le plus important du développement de l'Amérique entre la découverte du continent et la Révolution, Chaque phase de la lutte entre la France et la Grande-Bretagne pour la suprématie dans le Nouveau-Monde y est analysée avec une concision remarquable; chaque acteur du drame v est strictement étudié et vivement présenté; chaque scène peinte avec toute la vérité de détail qu'il est possible d'atteindre. En un mot Parkman, en choisissant un thème considérable pour les Américains, se plaçait lui-même à la tête de l'école des historiens nationaux, et, en même temps, traitant un sujet abondant en pittoresque et en romanesque, intéressant pour l'Ancien-Monde, il se rattachait à l'école cosmopolite. Par la protondeur de sou exposition il répondait aux exigences du chercheur, et par le brio de son interprétation artistique il touchait profondément l'amateur de bonne littérature. C'est pourquoi il passe, aux yeux de beaucoup, pour le plus grand historien de l'Amérique,

Une critique séparée de chaque volume serait ici hors de propos. La série ne fut entreprise sérieusement qu'après l'apparition, en 1851, de deux volumes sur la révolte des Indiens à la suite de la prise de Québec de 1763. Cet ouvrage, intitulé The Conspiracy of Pontiac, bien qu'excellent dans son genre, n'est pas comparable pour le style ou la technique avec ceux qui suivirent, comme par exemple Montcalm and Wolfe (1884). Le style de Parkman s'assouplit par la pratique au point de devenir ce mélange de charme, de force et de souplesse presque inégalé par les auteurs américains de son temps. Sa puissance d'analyse, son talent de recherche et d'ordonnance de ses matériaux se développèrent à un point que peuvent apprécier pleinement ceux qui

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étudient de près certains admirables chapitres de Montcalin and Wolfè, comme le chapitre de début où il décrit l'Europe au commencement de la guerre de Sept Ans, comme le dénouement de la situation en Acadie, et les portraits de Montcalm et Bigot.

Quatorze ans s'écoulèrent avant la publication des Pioneers of France in the Nen' World (1865). Puis vinrent The Jesnits in North America (1867); La Salle and the Discovery of the Grcat West (1869); The Old Régime in Canada (1874) — le morceau le plus philosophique de Parkman, à en croire Mr. Fiske; Count Frontenac and New France iinder Louis XIV (1877); et A Half-Century of Conjlict (1892). A côté de cette noble série d'ouvrages, Parkman, qui adorait les fleurs et avait été professeur d'horticulture à Harvard, écrivit une étude sur les roses. Il avait aussi publié un essai de roman : Vassall MortoniiSoÇ)), curieux assemblage d'autobiographie, de descriptions d'Harvard et d'incidents sauvagement romantiques.

Attribuer un rang à chacun des trois grands historiens que nous venons d'analyser brièvement n'est pas une tâche aisée. Le sujet qu'à traité Parkman offre des attraits particuliers pour les Américains et n'est pas dépourvu d'intérêt pour le reste du monde, mais dans un certain sens il n'est pas aussi impressionnant que celui que choisit Motley, et il n'est pas non plus aussi bien proportionné ni aussi homogène que les deux sujets que préféra Prescott. Si les récits de Parkman ont le mérite de vastes dimensions, ceux de Motley ont celui des petites choses amplifiées, si l'on peut dire. Si l'œuvre de Parkman est pittoresque et romantique, celle de Prescott ne l'est pas moins, avec, en plus, un élément de majesté, peut-être même de somptuosité. Ni Parkman,

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ni Prescott n'ont l'élévation de Motley, provenant de son enthousiasme pour la liberté et de son choix d'un héros aux proportions vraiment nobles. L'indépendance religieuse et politique intéresse plus Motley que le sort des Hollandais, et si Parkman envisage lui aussi une phase de l'histoire de la liberté, cet aspect de son œuvre est moins vivant pour le lecteur. Parkman a probablement peint de plus jolis portraits, mais ceux de Motley, comme il sied à un historien affranchi de l'influence de Macaulay, semblent plus frappants et sont naturellement plus complexes. Les mouvements et les intrigues que retrace Motley sont plus subtils que ceux dont s'occupe Parkman qui, lui-même, y prend plus d'intérêt et les conduit mieux que Prescott. D'un autre côté, Motley et Parkman peuvent paraître trop prodigues de détails, et ce dernier se répète souvent dans ses descriptions d'attaques en forêt et de tortures indiennes. Prescott, moins diff'us, est peut-être supérieur à ses rivaux pour le pouvoir artistique, sinon pour la perfection scientifique et la profondeur philosophique. S'il avait été de quinze ou vingt ans plus jeune, il aurait pu leur inspirer une émulation fructueuse. Somme toute, le lecteur reconnaissant doit avoir des lauriers en abondance h leur distribuer à tous trois.

La transition de la science historique et littéraire à la critique est rendue particulièrement facile et toute naturelle en passant par George Ticknor (1791-1871). Sa fameuse History of Spanish Literature (1849) le rattache aux historiens cosmopolites ; sa biographie de Prescott (1864) l'en rapproche encore; ses propres Life, Letters and Jounials (1876) ont depuis longtemps pris place parmi les œuvres les plus intéressantes en

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leur genre. Encore plus ([uc la correspondance de Motley, elles appartiennent autant à TAngleterre et à D'Europe qu'à l'Aniérique, car Ticknor lit, pendant sa longue existence, la connaissance d'un nombre extraordinaire de grands lioninics. Cependant ces volumes eussent été plus intéressants s'ils n'avaient traité que de Ticknor seul. Fils d'un nuuchand philanthrope, il naquit à Boston. Elève précoce, il obtint son diplôme à Dartmouth en 1807, poursuivit ses études dans sa tamille et, en 1813, lut reçu au barreau. Mais la situation d'homme de lettres l'attirait davantage et il résolut bientôt d'aller en Allemagne pour se perfectionner dans l'art littéraire. L'accomplissement de ce dessein fît de Ticknor le premier savant américain, au sens technique du mot, et sa formation lui fait d'autant plus d'honneur que, malgré sa jeunesse, on le considérait déjà comme une « lumière littéraire ». Il avait même collaboré avec des légistes distinffués à l'édition des sermons du fameux Buckminster! C'est la lecture de M""* de Staël qui le poussa à choisir l'Allemagne comme foyer d'études, et il fut attiré à Gottingen par une brochure qui vantait la bibliothèque de cette Université. Désirant, avant de s'embarquer, se perfectionner quelque peu avec la langue allemande, il eut recours aux leçons d'un Alsacien, professeur de mathématiques, emprunta une grammaire franco-allemande, prit u la bibliothèque de Jolin Quincy Adams un exemplaire de Werther et fit venir du New Ilampshire un dictionnaire allemand. Telles étaient les difficultés que rencontrait un futur savant dans le Boston de 1814. Pendant l'hiver de 1814-1815, Ticknor fit un vovage jusqu'en Virginie où il rencontra des hommes comme Jefferson, Madison et John Randolph, l'élite d'une civilisation très diilérente de celle où il avait

grandi et de celle au milieu de laquelle il allait bientôt se trouver. En avril 1815, il s'embarqua pour l'Angleterre où il fit la connaissance de personnages aussi dissemblables que Roscoe, le Dr. Parr et Lord Byron, Pendant deux ans il étudia à Gottingen, et voyagea pendant deux autres années. De retour, en 1819, avec une vaste provision de livres, il assuma la tâche de professeur de langues et de littératures modernes à Harvard. Ses cours paraissent avoir été une sorte de révélation, et sa pénétration pédagogique aurait opéré une révolution dans les méthodes du collège s'il en avait eu le pouvoir. Il se démit de son poste en faveur de Longfellow, en 1835. Ses autres voyages en Europe, ses grands travaux sur la littérature espagnole, la part qu'il prit a la fondation d'une bibliotiièque publique à Boston, à laquelle il fit don de ses livres espagnols, ses encouragements aux savants américains et l'intérêt patriotique qu'il témoigna au sort de son pays sont des faits connus que doit cependant mentionner le biographe. Son History of SpanisJi Literalure qui, de nos jours, a quelque peu vieilli, était pour l'époque une œuvre accomplie, solide, érudlte; mais, avec tous ses mérites, ce n'était pas une œuvre lumineuse et intéressante. Elle reste encore la plus vaste esquisse d'ensemble qui existe sur le sujet, esquisse qui fut d'ailleurs considérablement augmentée et corrigée par la suite.

Le lecteur a dû s'apercevoir que la critique proprement dite ne fut pas précisément florissante pendant cette période. Les louables efforts de Griswold pour encourager les écrivains nationaux, l'œuvre plus nette de Margaret Fuller et de son groupe, les attaques sans mesure mais utiles de Poe, nous ont suffisamment retenus.

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Par-ci par-lii. nous trouvons des rociieils d'articles, comme ceux du romancier Simins, mais, à vrai dire, la critique désintéressée d'un ordre élevé fut rare en Amérique avant la guerre civile. Lowell avait, il est vrai, fait ses débuts dans la critique, et son ami Francis J. Child (1825-96), plus tard professeur à Harvard, travaillait à son j^rand recueil de ballades anglaises et écossaises. Deux frères, Evert A. et Georges L. Duyckinck, de New York, avec leur Cyclopivdia of American Literatiire, et le Dr. Samuel Austin Allibone, avec son Whaviews. Dictionary of Britisli and American Authors, étaient d'utiles pionniers dans leur genre. Beaucoup de professeurs traitèrent des sujets littéraires et certains d'entre eux, comme le Kév. Henrv N. Hudson, encouragèrent activement la lecture de Shakespeare. Pareil service fut rendu à Wordsworth par les travaux du professeur Henry Rééd. Tout cela, sans être d'un ordre élevé, fut d'un prix inestimable pour un pays neuf peuplé d'esprits curieux certes, mais d'une culture médiocre.

La carrière de Hudson (181 'i-1886) est cependant digne d'un moment d'attention par son caractère particulièrement américain. Il était originaire du Vermont et fut boulanger et charron avant d'obtenir son diplôme dans un petit collège, h l'âge de vingt-six ans. Après quoi, comme tant d'autres New Englanders, il se fit instituteur dans le Sud. Là il fit la rencontre d'une amie qui citait continuellement du Shakespeare, lui réponse h ses naïves questions, elle lui conseilla de lire le grand dramaturge; il le lut et trouva sa vocation. Ses conférences reçurent un accueil enthousiaste quand il les fit et quand il les publia; son édition de Shakespeare se vendit à grand nombre, et jusqu'à nos jours, on lit encore Hudson de toutes parts avec admiration. Des trois autres critiques

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qu'il nous reste à mentionner, le premier, Henry Théodore Tuckerman (1813-71), natif de Boston, plus tard fixé à New York, esta présent presque oublié; mais il fut de son temps fort populaire pour ses aimables travaux sur la littérature et l'art. Son Italian Sketch-Book (1835) continuait la tradition d'irving; ses TJioughts on tJie Poets et d'autres ouvrages rendirent service h un grand nombre de lecteurs. Richard Grant White, de New York (1821-1885), a laissé des œuvres critiques plus vigoureuses et plus importantes. Pendant de longues années chef de bureau dans l'administration de la Marine, sa situation lui laissa des loisirs qu'il emplova h des travaux d'érudition. 11 débuta dans ce genre avec l'examen des corrections trouvées dans le folio de Collier, qui furent réimprimées dans le Shakespeaî-es Scholar [iSb^). De 1857 à 1865, il annota une édition de Shakespeare en douze volumes qui, bien que vieillie, a encore une certaine valeur et fut, pour l'époque, une œuvre très honorable. Nous avons cité son humoristique satire The New Gospel of Peace according to St Benjamin; son roman The Fate of Mansfleld Humphreys (1884), dont l'intérêt n'est pas purement américain, contient une très amusante description des bouffonneries d'un soi-disant type de l'américanisme vulgaire dans une maison de campagne anglaise, et ne laisse pas d'être, par ailleurs, un livre intéressant quoique inégal.

Le troisième de nos écrivains est EdwinPercy Whipple (1819-1886), du Massachusetts, qui, avant la venue de Lowell, fut généralement regardé comme un maître de la critique en Amérique. A quinze ans, il dut quitter l'école et remplit pendant plusieurs années un emploi de commis dans une banque, lisant beaucoup et aiguisant son esprit en discutant avec les uns et les autres.

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A rùuo cle vingt-quatre ;ins, un article ciilliousiaste ((u'il consacra à Macaulay attira sur lui Tatlention et Wliipple devint bientôt un conlérencier populaire. Il voyagea par tout le pays et acquit ainsi une plus grande réputation que n'en pourrait avoir aujourd'hui un critique bien autrement doué. Ses deux volumes intitulés Essai/s and Reviews (1843) n'ont qu'une valeur relative; cependant au point où en était alors la critique en Amérique, leur succès fut légitime. Vers 18G0 il put se consacrer entièrement à la littérature, mais il était trop consciencieux dans la préparation de ses conférences et de ses essais pour être très prolifique, et toutes ses œuvres tiennent en neuf volumes, dont deux posthumes. Il est presque impossible de comprendre le concert de louanges dont il bénéficia ; mais il faut reconnaître son grand sérieux, son insistance — peut-être exagérée — h rechercher l'élément moral en littérature, l'enthousiasme qu'il professa h l'égard de ses écrivains favoris, Wordsworth entre autres, ses connaissances fort étendues, le tour assez fréquemment heureux de ses phrases et sa disposition, chose rare h cette époque, à exprimer ses aversions en toute franchise. Son A£;e of Elizahelli, qui est généralement considéré comme son meilleur ouvrage, n'ofTre qu'une médiocre appréciation des écrivains qui se tiennent hors des sentiers battus. Ses jugements sur Wordsworth sont parfois positivement amusants. Whipple est probablement le seul à comprendre « Vaudracour and Julia » au nombre des « plus beaux et des plus sublimes poèmes » de Wordsworth. Néanmoins, ce fut un guide sain et des mieux qualifiés pour les amateurs de lecture de son temps.

Dans le domaine de l'économie politicjue, de l'érudition, de la théologie et de la métaphysique, notre période

est représentée par quelques noms qui valent un souvenir, mais les ouvrages remarquables par l'originalité de la conception et la grâce du style sont rares. En économie politique, le nom le plus important est probablement celui de Henry C. Carey (1793-1879), de Philadelphie, qui, comme son père, Matthew, et d'autres économistes pennsylvaniens, fit une propagande efficace pour la protection après avoir abjuré le libre échange. Il montra de la finesse et de l'originalité dans ses critiques de Ricardo et de Malthus, mais on ne peut dire qu'il se soit placé à un rang élevé parmi les économistes. La première place entre les écrivains de cette classe appartient probablement à l'Allemand Francis Lieber (1800-1872), qui, après avoir été incarcéré à plusieurs reprises pour ses idées libérales, vint en Amérique où il occupa tour à tour les chaires d'histoire, d'économie et de politique au collège de la Caroline du Sud et à Columbia, New York. Son ouvrage le plus connu, Civil Liberty and Self- Governinent, parut en 1852, lorsqu'il était encore dans la Caroline du Sud.

Dans l'érudition classique, on se rappelle encore les noms des professeurs Charles Anthon et Henry Drisler, de Columbia, et du professeur Cornélius C. Felton, d'Harvard. Gesner Harrison, de l'Université de Virginie, qui, grâce aux enseignements du grand savant anglais George Long, à qui il succéda dans sa chaire, fut un des premiers Américains à profiter des travaux de Bopp et autres philologues allemands, est moins connu qu'il ne devrait l'être. Le professeur Basil L. Gildersleeve, de l'Université John Hopkins, et cet autre grand helléniste, le professeur William Watson Goodwin, d'Harvard, commencèrent leurs travaux avant la guerre civile et les continuent heureusement dans ce nouveau siècle.

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Quant aux théologiens, nous en avons suffisamment p;irlé dans d'aulres chapitres. Il faut cependant citer le Dr. Horace Bushnell, du Connecticut, sans nous y arrêter, d'ailleurs, et nous tourner aussitôt vers un auteur que seul un théologien ou un niéthaphysicien accompli peut se permettre de discuter, mais que les amateurs d'un style anglais admirable pourront prendre le temps d'apprécier. Henry James (1811-1882) naquit h .\lbanv, NeAv York, mais passa une grande partie de sa vie en Angleterre et dans le Massachusetts. Que la théologie de Mr. James ait été une sorte de svvedenborgisme ismaélitique — ses deux fils, Henry James, le romancier, et \Villiam James, le professeur et psychologue, héritiers de son style, sont presque les seuls humains capables d'analyser ses idées — ceux qui ne se soucient pas de s'enfoncer trop avant dans les dissertations du philosophe trouveront par contre du plaisir à l'amusant récit de ses conflits avec un autre philosophe, Ralph Waldo Emerson. Et même s'ils lisent James pour se distraire plutôt que pour s'instruire, ils reconnaîtront qu'ils se trouvent en présence d'un des esprits les plus originaux et les plus pénétrants qu'ait jamais produits l'Amérique dans le domaine théologique et sociologique.

Aussi loin que possible des dissertations de James, tout autant que des écrits spiritualistes du célèbre réformateur social Robert Dale Owcn, se placent les simples esquisses des mœurs de l'Ouest publiées sous le pseudonyme de « Mrs. Mary Clavers ». Cette modeste appellation ne cache qu'à demi l'identité de Mrs. Caroline Matilda Stansbury Kirkland (1801-1864), de New York. Femme d'un érudlt qui, vers 1830, se fixa pour quelques années dans le Michigan, la vie libre et saine qu'il lui fut donné de voir et de mener l'enhardit à entreprendre

un ouvrage, sur le modèle de Oiir Villai^e, de Miss Mitford. Il en résulta A New Home-, W/io'll Follow ? (1839), l'un des spécimens de description les plus agréables que l'on rencontre dans la littérature américaine de cette époque. Mrs. Kirkland avait des dons d'observation pénétrante, un certain sens de l'humour, un esprit alerte et bien meublé, un style agréable; et son livre n'a rien perdu de son charme, alors que sa valeur en tant que peinture de l'existence du pionnier primitif n'a fait qu'augmenter.

La célèbre Fanny Kemble, observatrice plus distinguée des phases curieuses de la vie américaine, ne nous appartient pas entièrement. Au lieu de nous attarder à la discuter, nous nous tournerons vers un auteur aux talents variés que nous avons déjà cité plus d'une fois et que nous aurions tout aussi bien pu examiner dans un précédent chapitre, George William Clrtis (1824-1892). Curtis naquit à Providence, commença ses études près de Boston et h quinze ans vint avec sa famille à New York. Après une année consacrée aux affaires, le jeune idéaliste s'en fut avec son frère aîné à la Brook Farm, et de là à Concord. En 1846, il partit pour l'Europe, alla jusqu'en Orient et vovagea pendant trois ou quatre ans. L'un des plus charmants de ses essais relate sa rencontre avec les Browning à Florence. Ses impressions de voyage, JSile Notes ofa Howadji (1851) et Tlie Hoivadji in Syria (1852), lui valurent une popularité qu'il a probablement perdue depuis pour toujours. De même que Lotus Eating (1852), lettres sur les villes d'eaux à la mode, elles sont peut-être un peu trop colorées et y perdent en charme tranquille et en profondeur. Mais quelles que soient ces œuvres de jeunesse, Curtis avait le sincère amour et la connaissance du beau en art, en littérature

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et dans les choses scolaires. La vie sociale ridiculement étroite et prétentieuse de Xew York lui inspira ses PotipJiar Pdpvrs, satire un peu cliai'^ée el (|ui a perdu pour nous sa saveur (1853) ; mais c'est comme directeur du Putnarns Mai^azine et par ses conférences contre l'esclavage qu'il accomplit son œuvre la plus efficace pour t-lélivrer son pavs et son époque du provincialisme et de la lâcheté morale. Le magazine l'eutraina plus tard a des pertes financières qu'il supporta bravement et honorablement, et ses campagnes en faveur de la liberté l'exposèrent aux menaces de la foule, auxquelles il opposa le plus noble dédain.

Mais Curtis ne se contenta pas d'être un conférencier d'une dignité et d'une urbanité parfaites; il se montra aussi le plus charmant des essayistes. A partir de 1853, il écrivit d'excellents et courts articles pour 1' « Editor's Easy Chair » du Harper's Monthly, et il continua cette collaboration jusqu'à la fin de sa vie.

L'unique roman de Curtis, Trumps (L861), peinture de la vie à Xew York, est dénué d'intérêt, et un de ses ouvrages antérieurs, Priie anl l (1586), plut aux contemporains par ses notations aimables de la vie familière et son idéalisme pénétrant. Tout le reste de son activité publi(jue appartient au domaine de l'histoire politique; cependant les discours et adresses de ses dernières années comptent parmi ses meilleurs écrits.

On peut considérer Curtis comme une figure de transition dans l'évolution de l'art oratoire en Amérique. Nous ne devons pas tant nous occuper ici de ce que cet art est devenu que de ce qu'il était au moment où Curtis l'illustrait, ou plutôt il nous importe de connaître la valeur littéraire des morceaux d'éloquence que nous a transmis la période que l'on a coutume d'appeler « 1 âge

d'or de l'éloquence américaine». Les triomphes oratoires de Webster, Everett, Clay, S. S. Prentiss, Hayne, Yancey, Choate, Phillips et autres relèvent en partie de l'histoire politique et en partie de l'histoire littéraire ; ils dépendent de la critique littéraire tout autant, ou tout aussi peu, que les triomphes des grands acteurs. Par suite, les critiques américains peuvent, en toute impunité, mettre Daniel Webster au rang de Démosthène et de Cicéron. L'effet produit sur l'auditoire contribue pour une part importante à la valeur des orateurs, et la question se pose de savoir quelle classe particulière d'auditeurs fut le mieux qualifiée pour apprécier l'impression produite par l'orateur. Mais nous pouvons juger les discours imprimés en nous plaçant à un point de vue littéraire, et c'est ici que la critique a le droit d'intervenir.

A ce point de vue les Américains n'ont-ils pas prisé trop haut les œuvres de leurs orateurs et de leurs publicistes. Les œuvres de Garrison, de Greeley, de Thomas II. Benton, de Seward, d'Alexander H. Stephens et de JefFerson Davis sont d'excellents matériaux pour l'histoire, une source d'inspiration patriotique, d'intéressants documents humains, mais ce n'est pas de la littérature au sens esthétique du mot. Les discours et les traités sur le gouvernement de John C. Calhoun, de la Caroline du Sud, interprète éloquent des théories constitutionnelles, sont d'une logique merveilleuse mais s'adressent presque exclusivement h l'intellect. Hugh S. Legaré, du même Etat, a montré par ses œuvres critiques qu'il aurait pu, dans un autre milieu, se faire un nom en littérature; mais il se spécialisa dans l'étude du droit romain, et sa carrière politique fut malheureusement trop courte. Charles Sumner s'attira par ses discours tout à la fois de l'honneur et des horions; il avait pour la science le

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zèle d'un vrai savnnt, mais personne si ce n'est l'historien ne touche aux quinze volumes qu'il a laissés.

Il en est ainsi pour les plus célèbres orateurs qui, de 1820 à 1850, charmèrent leurs concitoyens par leurs discours politiques ou leurs contérences. Les épais volumes où s'emmagasine la classique éloquence d'RowARD Evefiett (1794-1865) restent clos. Pourtant si l'éloquence académique d'Everett n'est qu'une tradition, il ne faudrait pas oublier que cet homme remarquable contribua beaucoup à l'éducation d'une jeune nation. Après avoir été quelque peu d'église, il fut nommé professeur de littérature grecque à Harvard lorsqu'il n'avait encore que vingt ans, et l'année suivante il alla étudier en Europe où il précéda Ticknor à Giittingen. A son retour il prit possession de sa chaire en même temps qu'il dirigeait The North American Heview. Peu de temps après, il fut envoyé au Congrès; puis il occupa successivement les postes de gouverneur du Massachusetts, de ministre en Angleterre, de président d'Harvard, de secrétaire d'Etat, de sénateur des Etats-Unis, et enfin, en 1860, il fut candidat h la viceprésidence. Everett écrivit un nombre prodigieux d'articles de revues, et parla sur un nombre infini de sujets. Il n'était jamais h court de phrases mélodieuses et sonores appropriées aux circonstances et possédait une provision de citations bien appropriées, tirées des meilleurs auteurs anciens et modernes. Cependant, même de son vivant, il se trouva des critiques pour déclarer qu'il ne leur donnait aucune idée neuve, et des antiesclavagistes zélés pour lui reprocher son esprit conservateur. Everett est une imposante figure qui s'cdace lentement à nos regards.

Tel n'est pas le sort de Daniel Webstek (1782-1852). Depuis le jour où, enfant du New Ilanipshire, il étonnait

tous les fermiers du voisinage par ses récitations de poésies, il n'a cessé d'être l'idole de ses concitoyens. A dix-huit ans, il fut choisi pour prononcer un discours pour l'anniversaire de la Déclaration d'indépendance; avant trente ans, il était le premier des orateurs du barreau de l'Etat. Dans sa trente et unième année, pendant la guerre de 1812, il débuta dans la vie publique comme membre du Congrès, où il se distingua du côté de ses futurs rivaux du Sénat, Clay et Calhoun. En 1817, il se retira de la politi(jue, et en gagnant la fameuse cause de son aima mater, le collège Dartmouth, il révéla sa supériorité d'avocat et d'interprète de la Constitution. \in 1820, il prononça le premier de ses célèbres discours commémoratifs, à l'occasion du 200^ anniversaire du débarquement des Pèlerins. L'ampleur des idées et la portée historique en étaient extraordinaires pour l'époque. Ce discours et ceux de même ordre qui suivirent furent tout ensemble un objet d'admiration et une source d'instruction pour leurs auditeurs, et leurs admirateurs prétendent que l'éclat n'en a pas encore été éclipsé.

Webster, qui depuis 1816 habitait Boston, fut de nouveau, en 1822, envoyé au Congrès où il prononça, entre autres, un discours remarquable en faveur des Grecs révoltés. Il adopta, dans le débat, l'attitude de l'orgueilleux patriotisme de l'époque, attitude qui fut, selon ses propres termes, « solennelle et impressionnante ». « Notre pays, s'écriait-il, est maintenant la grande République du monde. » Cette phrase aurait pu être prononcée par Clay qui, comme chef de parti et orateur, usant du charme de sa personnalité et de sa parole brillante et facile pour soutenir les causes qu'il faisait siennes, bonnes ou mauvaises, fut probablement supérieur à

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Webster. On ne lit plus Clay; pourtant il ne le cède, en valeur, h aucun de ses contemporains. Le destin réservait il Webster de plus grandes choses que ce plaidoyer en laveur d'une intervention dans les ailaires européennes, plaidoyer que le sarcastiquc John Kandolph tourna si plaisamment en ridicule, l^n 1827, il fut élu au Sénat, où il se rangea bientôt du côté de Clay et des protectionnistes. Trois ans après se place sa « Réponse h Hayne », le plus grand service qu'il ait rendu a son pays. Cet admirable discours, quelle que soit sa valeur comme anivre littéraire ou comme relation historique de la formation de la Constitution, eut une importance incalculable en assurant la fidélité du Nord et de l'Ouest à la cause de l'Union, et en représentant la Constitution comme un adjuvant, et non pas un obstacle, au développement national. A partir de ce moment tout l'espoir des partisans d'une libre Union se concentra sur Webster. Il ne fut pas seulement l'orateur officiel le plus accompli qu'ait jamais connu l'Amérique; il fut le gardien et l'interprète de la Constitution et le défenseur de la liberté conservatrice contre le fanatisme des abolitionnistes et des avocats de l'esclavage. Sa popularité, surtout parmi les membres de son parti, lut pour ainsi dire illimitée. Les hommages qui lui furent rendus et les libertés qu'on lui accorda pourraient servir d'exemple à un misanthrope pour souligner l'instinct servile de l'humanité.

Quelle place assigner h W^ebster en littérature? Si tout ce que l'on a dit de son style est réel, si son art oratoire est l'égal de celui de Burke, il faut voir en lui un des sommets de la philosophie politique. N'est-il pas plutôt — ce qui n'est pas la même chose — un des sommets du patriotisme américain? Comme avocat et comme orateur,

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il est difficile de croire qu'on puisse le dépasser, mais il ne s'ensuit pas que la « Defence of the Kennistons » et la « Reply to Hayne » soient de la grande littérature. Ceux de nous qui mettent en doute la splendeur d'imagination de Webster, qui reconnaissent la valeur exacte de son intelligence, qui réclament plus de vivacité et d'humour que n'en comportait peut-être sa dignité, qui ne se laissent pas éblouir par sa philosophie ou sa connaissance de l'histoire, qui aimeraient voir plus de couleur dans son style, ceux-là ne peuvent le mettre au rang des grands écrivains. Ceux de nous qui, négligeant ou ignorant ces considérations, font ressortir la puissance avec laquelle ^Yebster stimula le patriotisme de ses concitoyens, la dignité sonore et la solidité comme la clarté et la vigueur de son style, ses qualités dramatiques dans la description, son pathétique, sou habileté à faire vibrer les cordes sensibles de l'humanité moyenne, et son sens exact de la vraie démocratie, ceux-là trouveront peut-être fort impertinent de douter seulement que ses discours soient de la haute littérature. Néanmoins il ne faut pas s'attendre à ce que le monde admette Webster au rang où le placent ses admirateurs avant que la question soit posée et résolue de telle sorte qu'il n'y ait plus lieu d'épiloguer.

Un autre orateur a fait preuve également d'énergie morale; très différent de Webster, mais, dans son genre, presque aussi bien doué que lui, il a eu de fréquentes occasions d'appliquer l'humeur mordante qui lui était propre. Wendell Phillips (1811-1884), de Boston, est probablement en train de devenir lui aussi une tradition, mais ses appels spirituels, âpres, passionnés, à toutes les formes de la liberté se rattachent moins directement à la littérature que les efforts plus impo-

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sauts et plus soutenus de Webster. Pourtant, depuis le jour, en 1837, où ce jeune patricien se leva pour la première fois au Faneuil Hall pour dénoncer les meurtriers de Lovejoy et les Bostoniens défenseurs de ce crime, jusqu'à celui, en 1881, où, prononçant un discours à Harvard, il dénonça la lâcheté morale si fréquente et si lamentable de la classe instruite, il n'y eut pas en Amérique d'orateur plus hardi, plus brillant ou plus esscnticllemment noble que Wendell Phillips. On est libre d'admettre qu'il fut un fanatique, que ses conseils, s'ils eussent été suivis, eussent conduit le pays h sa ruine, qu'il fut fréquemment injuste envers ses adversaires. Quel champion des idées nouvelles est sans exagération? Heureux encore ceux qui, dans leurs revendications, apportent l'éloquence et la sincérité de Phillips! Qu'importe qu'il ait placé Toussaint Louverture audessus de George Washington? Nous n'avons pas à le juger comme critique ou comme penseur, nous n'avons qu'à l'admirer comme une puissance dans la vie d'une nation.

Une puissance plus remarquable encore se manifesta vers la fin de notre période, puissance conservatrice, celle-là, émanant de l'Ouest démocratique et non plus de l'ancienne aristocratie de Boston. Abraham Lincoln est par lui-même une justification presque aussi complète de l'existence d'une littérature vraiment américaine que de la vitalité essentielle de la démocratie des Etats-Unis. Non qu'il ait été homme de lettres. S'il vivait encore il aurait sans doute mis fin par quelque rectification bien nette aux entreprises de monographies qui s'eflbrcent de lui assigner un rang bien déterminé parmi les auteurs américains. Lincoln justifie l'existence d'une littérature vraiment américaine parce qu'il semble impossible que

le pavs qui put produire quelque chose d'aussi original sous la forme d'un homme, ait pu être complètement stérile en matière de création originale dans les lettres. Comme nous l'avons vu, le caractère le plus distinctif de la littérature américaine est son adaptation aux besoins d'un peuple sain d'esprit et pur de cœur. Franklin sur un terrain, Cooper sur un autre, Longfellow et Whittier sur un autre encore, en dépit de leurs emprunts à la culture britannique ou européenne, sont d'authentiques produits de l'Amérique et ils furent compris de leurs lecteurs parce que ce qu'ils écrivaient était applicable aux conditions de la vie américaine. Lincoln s'éleva à la présidence parce que sur le terrain politique il sut comprendre les désirs de ces gens simples qui connaissaient au moins le « Village Blacksmith » et le « Psalm of Life » de Longfellow. Les lettres de Lincoln, ses discours contre Douglas, son adresse merveilleusement claire et courageuse à la Cooper Union en 1860, ses rapports administratifs montrent combien intensément il était de ce peuple dont le caractère avait déterminé la tendance démocratique et utilitaire de la littérature nationale. 11 en représentait un élément particulièrement remarquable, et, plus on étudie sa vie, plus on incline à penser que son accession à la présidence fut à peine moins naturelle que l'élévation de Franklin à un rang éminent parmi les colons ses concitoyens, ou que la conquête que fit plus tard Longfellow du cœur national. Les paroles et les actes de Lincoln et les ouvrages des auteurs populaires de son temps sont marqués au coin de la simplicité et des saines aspirations démocratiques. Mais Lincoln et les autres pouvaient s'inspirer non seulement de l'expérience américaine mais encore de la culture de l'Angleterre. Lincoln tira de ses lectures de la Bible et de Shake-

speare el du profond de sa nature, d'une noblesse si originelle et d'une culture si variée, cette éloquence simple juscju'au sublime qui fait de la courte adresse de Gettvsburg et de certains passages de ses deux discours d'inauguration, non seulement des souvenirs classiques désormais fixés dans la mémoire de la race, mais de parfaites expressions de sa grande àme. Son nom clôt une ère importante de l'histoire de l'Amérique, qu'il commence à devenir possible de discuter sans passion; c'est un nom de bon augure et par lequel on est heureux de conclure cet exposé du développement de la littérature de son pays.

Études densemble : (A) Histoires de la Littérature américaine, par John Xichol (1882): par C. F. Richardson (1887); par E. P. Whipple (1887): par Karl Knorlz (Berlin, 1891); par Brander Matthews (1896); par Katharine Lee Bâtes (1898); par Barrett Wendell (1900): par Lorenzo Sears (1902).

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(C) Bibliographies. — J. Sabin : Bihliotlieca Americana (20 vol., 1867-92, inachevée). P. K. Foley : American Authors, 1795-1895 (1897). S. L. VVhitcomb : Clironological Outlines of American Literature (1894 .

Ouvrages spéciaux : (A) Histoires et Etudes critiques. — M. C. Tyler : A History of American Literature during tlie Colonial Time (1878) : The Literary History of the American Res'olution (1897). E. C. Stedman : Poets of America (1885). J. F. Jameson : The History of Ilistorical Writing in America (1891). W. H. Venable : Beginnings of J.ilerary Culture in the Ohio Valley (1891). A. H. Smyth : The Philadelphia Magazines and their Contributors, 7;///-/S50(1892). W. C. Lawton : The Ne»' England Poets (1898). VV. B. Caims : On the Development of American Literature froin

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