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américain l'emporte de loin sur l'anglais. Un autre héros du Sud, aussi amusant dans son genre que « Major Jones » ou « Captaiu Suggs », fut « Sut Lovengood», du Tenessee Est, dont les Yarns publiés par divers journaux peu avant la guerre furent écrits par George Washington Harris (1814-1869).
Le seul d'entre ces humoristes du Sud que l'on puisse justement considérer comme un homme de lettres fut le juge Joseph G. Baldwin (1815-1864), né en Virginie, qui pratiqua le droit pendant de longues années en Alabama et finalement se retira en Californie, où il devint juge de la Cour suprême de cet Etat. Les esquisses qu'il fit de certains politiciens dans ses Party Leaders forment un livre très lisible, mais son Flusii Times in Alabama and Mississippi (1853) mérite mieux que ce tiède éloge. Il y décrit les filous, les vantards et les hâbleurs, les orateurs enthousiastes de l'aigle américaine aux ailes déployées, les gens de chicane, les gens de loi incompétents, les hommes d'affaires intéressés et leurs victimes — bref les différents tvpes, honnêtes ou fripons, de colons attirés par les champs opulents des nouveaux Etats à coton. Ce n'est pas un livre considérable, mais c'est un bon livre; les études qui le composent sont soigneusement élaborées ; l'humour n'y dégénère pas en grosse blague ou en simple farce.
Les humoristes sont de genres trop divers pour qu'on énumère ou traite tous ces genres en détail. D'ailleurs, nous en avons toujours parmi nous, et les amuseurs d'aujourd'hui nous permettent d'avoir une idée de ceux qui sont oubliés. Ce furent presque invariablement des journalistes et, vers 1875, leur influence leur permettait de fonder plusieurs périodiques qu'ils destinaient à devenir les organes de l'humour. Journaliste spirituel et
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poète, George D. Prenticc, de Louisvillc, lut ii l'époque très répandu et très admiré; Benjamin Penliallow Shillaber (1814-1890) dirigea une l'euille comitiue et se fit une grande réputation avec sa Life and Soyings of Mrs. Partington (1854). Mais cette extrêmement sage et respectable matrone, non plus que la très humoristique « Widow Bedott » de JNIrs. Frances Miriam Whitcher, n'étaient pas laites pour fréquenter les milieux littéraires, et c'est à leur propre lovei- que ceux qui sont curieux de les connaître doivent les aller trouver. Bien peu de j)ersonnes se soucient ii présent de faire la connaissance des Sparroivgrass Papers de Frederick S. Cozzens, ou des pasquinades et esquisses de la vie de New York écrites par Mortimer Thomson sous le pseudonyme de « Philander Doeslicks », avec plusieurs initiales avant et après. Plus rares encore seraient les lecteurs des Charcoal Skelches de Joseph Clay Neal, journaliste de Philadelphie qui s'attira les compliments de l'auteur de Pickwic/i, le grand humoriste anglais doiit on peut constater l'influence chez bon nombre des écrivains que nous examinons.
Avec Holmes et I.owell, nous avons déjà vu ce que l'Amérique a produit de mieux dans la poésie humoristique populaire, qui fut fort cultivée durant toute cette période. Beaucoup de ces vers furent naturellement écrits dans le dialecte des provinces, des nègres et des immigrants étrangers. A l'exception des Biglo^v Papers, tout ce ([ui dansée genre a quelcjue valeur littéraire fut écrit depuis la guerre. L'un des plus hcureuxde ces poètes futCliarles Godfrey Leland (1824-1003), de Philadelphie; 11 commença sa longue carrière littéraire dès 1851 et publia ses fameuses //ans Breitnianns Ballads en 1868, peu après la fiti des hostilités. Stephen CoUlns Fosler, autre
enfant de la Pennsylvanie, qui mourut en 1864, fut l'un des premiers et des meilleurs compositeurs de mélodies nèores, où il introduisit une certaine dose d'humour mêlé à une plus forte proportion de sentiment idéalisé. C'est chez des auteurs plus récents qu'on trouvera des vers humoristiques plus caractéristiques, au sujet des noirs ou des habitants libres des praiiies et des montao-nes de l'Ouest. Cependant il ne faut pas négliger entièrement les vers amusants, comme le jadis populaire « OLd Grimes is Dead » d'Albert Gorton Greene. Cet homme de loi fut un poète de quelque mérite et rassembla une importante collection des œuvres de ses confrères, dont il eut la prudence, d'ailleurs, de ne pas imiter l'empressement à publier leurs œuvres complètes. Il ne faut pas non plus laisser tout h fait de coté les nombreux poèmes de John Godfrey Saxe (1816-1887), de Vermont, qui eut son heure de popularité. Saxe fut successivement avoué, homme politique et journaliste; il possédait un talent peu commun pour écrire des vers descriptifs de la société de son temps, des contes et des fables assez humoristiques, des épigrammes très habiles, des poèmes de circonstance et d'agréables compositions sentimentales. On ne trouve plus le même piquant ni la même vivacité dans les œuvres, autrefois admirées, d'un auteur bien plus intéressant et plus enjoué que Saxe, Charles Graham Halpine (1829-1868), qui, sous le pseudonyme de a Private Miles O'Reilly », fut l'un des plus populaires humoristes de la guerre civile. Halpine était un Irlandais entreprenant qui, après un bon début comme journaliste à Londres, vint tenter la fortune en Amérique. Après avoir cherché, avec Shillaber, à faire réussir le Carpet Bag de Boston, il se rendit à New York où il gagna facilement sa vie avec sa plume. Partisan
coiivaiiu'u de rUiiiim, il s'engagea et prit rapidcinciit ses grades, U)ut en continuant d'écrire. Sa santé le força de démissionner en 1864 et il reçut le brevet de brigadier-irénéral. Il eut alors une courte et heureuse carrière politique, mais il est douteux qu'il fût parvenu à la renommée s'il n'avait pas trouvé la mort en absorl)ant accidentellement une trop forte dose de chloroforme.
Trois humoristes paraissent se distinguer de leurs contemporains par un fonds de bizarrerie qui a eu de l'inlluence sur l'humour américain. Ce sont le Capitaine George Horatio Derby (« John Phœnix », 1823-1861), Henry Wheeler Shaw (« Josh Billings », 1818-1885) et Charles Farrar Browne (« Artemus Ward », 1834-1867). Derbv était né au Massachusetts; diplômé de WestPoinl, il se distingua au cours de la guerre du Mexique et entreprit des explorations dans l'extrême Nord-Ouest et sur les côtes du Pacifique. Il mourut, des suites d'une insolation, alors qu'il surveillait la construction de phares dans le Sud. Ses esquisses burlesques, ses conférences, et ses divers écrits parurent en deux volumes, PIiœm\iiana (1855) et T/te Squiboh Papers (1859).
Shaw fut l'aîné de Derby, mais « Josh Billings » se révéla après « John Phœnix » et le surpassa en succès et en valeur. Comme Derby, Shaw naquit au Massachusets, où son père s'occupait de politique. Une fois entré au collège, la fièvre de l'Ouest s'empara du jeune homme, et il abandonna l'Est, trop lent. Il fut d'abord employé ii bord des bateaux fluviaux, puis cultivateur, ensuite commissaire-priseur, et enfin il se fixa en cette qualit*' ii i^>ughkeepsie, Etat de New York. Le début de ses collaborations humoristiques aux journaux date de 1858,
mais elles n'atliièrent pas l'attenlion. A ce moment, il changea de manière, adoptant une orthographe burlesque, et il força les sourires du public. Pendant la guerre, il entreprit des conférences. En 1870, il commença la publication de son délicieux Farmer s AUminax qui eut un retentissement immense, et, plus tard, sous le nom d' « Uncle Esek », il écrivit des pages vigoureuses pour le Centurji Magazine. Comme moraliste humoristique, pour ne pas dire comme spirituel philosophe, il n'eut pas d'égal de son temps et il n'est pas probable qu'il soit éclipsé de si tôt. Que les déformations orthographiques de Shaw n'aient été qu'un simple procédé, il n'en esl pas moins vrai que le critique anglais qui l'a comparé à La Rochefoucauld ne se trompait pas tout à fait.
Artemus Ward est le seul de tous ces humoristes qui parvint h se faire une réputation h l'étranger, et il est peut-être plus répandu en Angleterre qu'en Amérique, ce qui n'est pas tout à lait à l'honneur de ses concitoyens. Originaire du Maine, Charles Farrar Browne se fit typographe et en cette qualité composa le Carpet Bag de Schillaber et Halpine, rédigeant entre temps des articles; puis il quitta Boston pour Cleveland, Ohio, où il se fit journaliste et entreprit les œuvres qui lui valurent sa réputation ; il donna ensuite ses services à un journal humoristique de New York et c'est vers la même époque qu'il fit ses fameuses séries de conférences. En 1862, il traversa le continent et, à son retour, donna ses célèbres conférences comiques sur le Mormonisme. Il lut atteint de tuberculose en 1864, mais en 1866 il parut se remettre, et, l'été de la même année, il partit pour l'Angleterre. Toutefois ses succès grandissants ne purent refaire sa santé. S'affaiblissant de plus en plus, il songea au retour,
mais ne put aller plus loin que Southainploii où il mourut le 0 mars 1867. Ses œuvres, peu volumineuses, dont une partie avait été publiée en 1865, parurent au complet dix ans plus tard. Elles sont relativement peu lues à présent et beaucoup de ceux qui leur accordent un regard s'avouent impuissants à comprendre comment « Artemus » a pu délecter pareillement deux nations. Mais comme une grande part du succès de Bro^vne venait de sa personnalité, il se trouve à peu près dans le cas de maint orateur dont la tradition seule transmet le souvenir.
Depuis Irving, l'Amérique a produit de nombreux écrivains qui, sans faire profession d'humoristes, se sont montrés pleins d'humour. Des écrivains d'imagination, particulièrement des romanciers traitant les rustres de leur entourage comme des gens de distinction, ont souvent plus amusé leurs lecteurs qu'il ne les ont émus. Hawthorue, avec son genre posé, lut un humoriste des plus charmants; Poe, avec son extravagance, ne l'égale pas. Simms et d'autres romanciers introduisirent dans leurs livres des personnages franchement humoristiques. Avec Sands, l'extravagance ou la caricature satirique, sous forme de petite histoire, commença à être fort cultivée. Bien des histoires de Willis se rattachent à ce genre, de même que les jadis fameux Pencil Sketclies (1833-37) de Miss Eliza Leslie (1787-1858), de Philadelphie, sœur du peintre Charles Robert Leslie, et auteur d'histoires pour la jeunesse, de livres de cuisine et d'un « Livre de Conduite » ! Certaines œuvres de George William Curtis et de « Ik Marvel » se distinguent par un humour plus raffiné, mais ces talentueux auteurs ne sont, pas plus que leurs collègues, assurés de ne pas déjà paraître démodés. La même critique semble s'appli-
quer à l'excentrique AutobiograpJiy (1834) du fameux chasseur des bois et congressiste, David Crockett, mais un rapide résumé de l'humour américain ne saurait omettre de mentionner un livre aussi drôle. Il est très légitime que l'on préfère aujourd'hui l'humour moderne à celui de nos pères, mais on peut se dispenser de croire que ces célébrités passées aient vécu h une époque stupide. Loin de là, on pourrait presque affirmer que l'Amérique eut alors, pendant au moins deux générations, une telle abondance d'humoristes qu'elle fut en quelque sorte dressée à tourner en plaisanterie la corruption même de sa politique. En outre, il est vrai aussi qu'il arrive nn moment dans la vie de toute nation, monarchie ou république, où la disposition à rire semble l'unique sauvegarde de la société. Démocrite est un patron préférable à Heraclite.