‹ Litterature AnglaiseChapitre 105 sur 121 · CRITIQUE POÉTIQUE · texte numérisé non relu

CRITIQUE POÉTIQUE

symétrie, une harmonie, un balancement, qui quelquefois leur seront naturels et seront leur forme (lès Tétat naissant ; que souvent elles pourront prendre et adopter après coup sans contradiction et sans effort — c'est le cas le plus ordinaire ; — mais que parfois elles ne j)Ourront revêtir sans perdre leur vie : c'est la prose dans ce cas qui sera Tinstrument nécessaire de l'émotion poétique. Cette rébellion de la pensée contre le mètre se produit toutes les fois que l'émotion se précipite et se transforme avec un élan qui ne permet pins les arrêts, si rapides qu'ils soient, que les balancements de la mesure imposent à l'expression. Dans cette nature de poètes, le battement du cœur, seul et dernier principe de tout rythme non artificiel, est trop irréguller et trop précipité pour s'adapter à la cadence métrique : arrêté par les lenteurs du mètre, le cœur cesse de battre, et toute sa poésie meurt, du même coup que le vers vient. Il se crée donc, à défaut du mètre, un rythme personnel, qui est d'une variété pt d'une vérité infinies S parce que ce rythme suit

1 . Ne pas confondre cette prose de la poésie avec ce que l'on appelait, au commeucem(;nt du siècle, la prose poétiqucy^ «Téation artificielle et sans vérité et qui vient bien de l'inhahiioté du poète à manier le vers et non de la résistance iotime du sujet : l'écrivain aspire au vers, il en donne le maximum en son pouvoir, et comme, en fait, sa -poésie est lie celle qui se prête au mètre, son style flotte dans un men- Houge perpétuel (une partie do Chateaubriand et Macpher- S4M1 tout entier.)

toutes ses pulsations et change à chaque soubresaut <l*émotion et d'image ; et qui est d'une puissance égale à celle de la musique, parce qu'il peut procéder par cris et silences ; la poésie métrique est incapable de cette liberté sans borne et de cette sincérité sans frein.

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