C'est l'Émilia à' Othello (i
3. The lliane of Fife liad a wife : where is she now? What, will thèse hands ne er be clean? (V, i, 39.)
Ainsi se forma soûs la main de Shakespeare, par la fusion et la transformation de tant d'éléments divers, de la légende de Duncan, de la légende du roi Duffe et de traits ramassés dans les drames antérieurs, une œuvre d'une unité d'intérêt et d'une puissance dramatique sans égales. Dès le premier instant la catastrophe finale est prévue et attendue : « Salut, Macheth, qui seras roil — Salut, Banquo, père de rois! »
Gomment Macbeth saisira-t-il cette couronne que le destin lui montre? Comment Macbeth périra-t-il ?
La marche du drame, toujours rapide et haletante, car il est pressé de faits et d'actions, se précipite d'une façon marquée à partir de la mort de Duncan. Jusqu'ici, le ressort de l'action a été extérieur à Macbeth : dès cet instant, il est intérieur. Jusqu'ici ses actions lui sont dictées par le destin qui enflamme son ambition, par la volonté plus forte de sa femme qui lui souffle le crime, par le hasard qui vient lui mettre sa victime sous la main : le crime s'accomplit, Macbeth est roi, et, du même coup, le caractère de Macbeth tourne ; la source du crime est déplacée et passe des forces étrangères au cœur même de Macbeth, et ce sont désormais ses remords et ses terreurs qui vont le précipiter de crime en crime jusqu'à l'abîme. La passion et l'action vont se
déroulant de front, Tune ayant aussitôt son retentissement dans l'autre, sans arrêt ni trêve, jusqu'au terme fatal; et le tout se précipite dans une atmosphère de mystère, sous Tœil et la main de puissances surnaturelles, comme sur les confins des deux mondes, dans une nuée de rêves et de visions traversée des éclairs sanglants et des cris sinistres de la réalité. Dans cette rapidité entraînante, le coup de théâtre devient la marche naturelle et nécessaire de Taction. Le troisième et le quatrième acte tout entiers ne sont qu'un coup de théâtre continu ; Macbeth a égorgé son roi, son hôte : sera-ce pour que la race de Banquo monte au trône? Que Banquo meure (III, scènes 1 et 2). Aussitôt Banquo vient mourir sous nos yeux (III, 3). A la scène suivante, son spectre sort de la tombe pour arracher les aveux de Macbeth (scène 4). Dernière scène : cet aveu a germé, la révolte gronde dans le peuple (scène 6. — Supprimer lascèneS, qui n'est point de Shakespeare*).
Acte IV. — L'enfer consulté jette à Macbeth l'illusion de promesses et de menaces que le dernier acte va expliquer ou justifier (IV, 1). Macduflf s'est enfui : égorgez les siens. La scène suivante (IV, 2) montre le massacre, et la suivante (IV, 3), la nouvelle du crime portée au père et le cri de vengeance.
Jetez là-dessus un style digne de ces passions et
i. Voir pages i29 et suivantes.
de ces mondes, palpitant comme le cœur des personnages, débordant de pensées et trop haletant pour les exprimer*, ici s'exhalant en cris, là jetant deux images discordantes dans le moule trop étroit d'une même ligne, pour répondre en hâte à Tafflux de passions qui Tassiège; puis, par instants, en plein éclat de la passion, des repos et des calmes étranges, d'une douceur et d'une mélancolie pénétrantes, dans la fatigue et la plainte d'un cœur brisé *. Nulle part Shakespeare n'a poussé plus loin l'audace du style et cette correction suprême de la langue, qui remplit sa fin en oubliant ses lois '. C'est un Saint-Simon déchaîné dans la poésie et le drame.
Les critiques n'ont pas été en peine de montrer dans la pièce bien des incohérences de détail, des contradictions, des absurdités. Une fois, c'est Macbeth qui, à une scène d'intervalle, oublie qu'il a vaincu et fait prisonnier le thane de Cawdor révolté et en fait un gentilhomme encore prospère *; c'est un soldat blessé grièvement que l'on envoie annoncer la victoire, et qui arrive de Fife, lieu du combat, à Forres où est le roi, soixante-dix milles à travers les
1 . En particulier tout le personnage de lady Macbeth, et celui de Macbeth depuis le crime et dans les monologues avant le crime.