‹ Litterature AnglaiseChapitre 56 sur 121 · LE TEXTE DE MACBETH. — CORRUPTIONS, INTERPOLATIONS, RYTHME · texte numérisé non relu

LE TEXTE DE MACBETH. — CORRUPTIONS, INTERPOLATIONS, RYTHME

On n'a pas d'édition de il/acôeM^antérieureàcelle de l'in-folio (1623). Ce texte, imprimé plus de sept ans après la mort de Shakespeare, ne nous donne point son œuvre telle qu'elle est sortie de sa main. Il en diffère en deux points : d'abord par les fautes de texte proprement dites; en second lieu, par l'interpolation de passages qui ne sont pas de la plume de Shakespeare. De ces deux sortes de corruptions, la première n'est pas propre à Macbeth: toutes ses pièces, même celles qui ont été imprimées de son vivant^ ont souffert de la négligence des imprimeurs, et aucune n'offre un texte absolument correct; la seconde est particulière à Macbeth,

Les fautes de texte, proprement dîtes, portent sur

Mi; KSSAIS l)i: LITTÉUATL'IIE x\NlîLAISE

la ponctuation, sur les mots Isolés, sur la division des vers*.

La ponctuation est souvent mise au hasard : le sens en général permet de la rétablir sans peine.

Un certain nombre de mots corrompus * se laissent

1. Voici deux spécimens du toxte de l'in-folio: Actus Primits. Scena secunda (I, 2, 26) :

Ctip. A» wlipnre the Suniic 'gins his reflection,

Sliipwracking Storincs, and direfull Tbundors : So from that Spring, whencc comfort seera'd to conio, Disromfort sivels : Marke King of Scotland, marke, No .sooDor lustico had, ivith Valour arm'd, (JompoH'd those skipping Kernos to trust their hoolos. but tbc Norweyan Lord, surueying vantage, With furbu^fat Armes, and ncw supplyes of mon, bogan a frcsh assault.

A'/n//. Dismay'd not tbis our Captaiaos, Afacbeth and Banquoh?

f'np. Vos, as Sparrowes, Eagles; Or tho Haro, the Lvon . . .

Autn» Hpécinifn (T, 7, 1 sq.}:

^furb. If it werc done, whcn tis donc, then 'twcr woU it wcre done quickly : If th'Assassination Could trammol vp the Conséquence, and catch With his surcease, Succosse : that but this blriu- Might be tho bo ail, and the ond ail. Iloerc, but hecre, vpon this banke and Schoolc of timc, Woc'Id iiimpe the lifo to como. bnt in thèse Cases. \Vo still hauc iudgement hoore.

Los priucipalos particularités d'ortliOf?raphe sont: initiales majuscules pour les substantifs ; italiques pour les noms propres; v médial (?crit u; u initial écrit v; emploi fréquent (le Ve muet à la fin dos mots, qu'il soit étymologique ou non.

2. Sans parler dos fautes d'impression proprement dites, oouuuo Gailoù'f/rosses i)0ur Galioirglasses (I, 2, 14); horrald pour herald iherrald dans les in-folios suivants (!, 3, WX\.

rétablir avec une certitude parfaite; par exemple, il est certain qu'il faut lire martlet au lieu de barlet (I, 6, 4).

Il est presque certain qu'il faut lire damned quarrelj au lieu de damned quarry (I, 2, 15); as thick as hail Camepost, au lieu de as thick as (aie Can post (I, 3, 98); shoal, au lieu de school (l, 7, 6); do more, au lieu de no more (I, 7, 47) ; strides, au lieu de sides (II, 1, 57); which tvay they move, au lieu de which may they move (II, 1, 58); tune au lieu de time (IV, 3, 237).

Il est vraisemblable qu'il faut lire are not, pour ornot (I, 4, 1) ; masonry, pour mansonry (I, 6, 5) ; scotch'dj pour scorch'd (JII, î2, 25); deserve pour discern (IV, 3, 16); il est possible qu'il faille lire m deedf au lieu de indeed (III, 4, 145).

Dans nombre de cas où le texte semble corrompu, il est probable qu'il n'est qu'obscur et que nous devons accuser notre maladresse de commentateur plutôt que l'incurie des premiers éditeurs *.

Les lacunes de mots sont rares, mais toujours difficiles à combler. Elles sont indiquées par le besoin du sens* plus sûrement que par le besoin du rythme.

1. Tel semble le cas pour their king^ gûuéralemcDt corrigô on theking (III, 6, 38); rebellious read, corrigé en rebellions head (IV, 1, 97); afenrd, rorrigé eo affeered (IV, 3, :J0} ; my way of life, corrigé en my may of Hfe t^V, 3, 22.)

Vers suspect : V, 3, 21 .

2. I, 2, 27; peut-être II, 3, r». Le rythme laisse supposer une lacune, I, 6, 6.

l\H ESSAIS DE LITTÉRATURE ANGLAISE

Les éditeurs, surtout les anciens, se sont beaucoup servis du rythme pour reconnaître les corruptions de texte et les corriger. Ceci les a souvent conduits à refaire Shakespeare en croyant le retrouver, parce qu'ils ont prêté à son mètre les lois ordinaires du mètre classique. Or, le rythme de Shakespeare n'est pas celui de Pope, et la plupart des corrections fondées sur Fexamen du mètre seul, ayant pour objet de remplacer un vers faux selon la prosodie moderne par un vers juste selon cette prosodie, ont pour effet réel de remplacer un vers juste selon Shakespeare par un vers faux selon Shakespeare. Le vers de Shakespeare a en pffet des libertés, ou mieux, des droits, que le vers classique ne connaît plus et ne reconnaît pas, mais qui n'en sont pas moins réels. Indiquons rapidement les traits principaux de ce rythme*.

1** Le vers normal du drame shakespearien est identique au vers classique: cinq iambes, c'est-àdire une succession de cinq pieds, composés chacun d'une syllabe non accentuée ou atone et d'une syllabe accentuée ou ^o;i^*^we:

If you I can loDk | into | the soeds | of timo (I, 3, 59). Upou I the next | tree shalt | thou habg | alive (V, 5, 39).

1 . Pour le rythme et d'une façou générale pour la grammaire de Shakespeare, consulter : E. A. Abott, A Shakespearian Grammar.

2" Une syllabe atone peut s'ajouter à la suite du vers, sans l'altérer, puisque le nombre des accents reste invariable :

For tUem |tlie gra-| cious Duu- 1 eau liavo 1 1 uiiird- 1 eved (lU, ^ , 6). First as | I ain | bis kius- | man and | his sub- | ject (I, 7, l.'{^

3' A ces deux types se ramènent un grand nombre de vers qui ne semblent s'en écarter que parce que le nombre de syllabes prononcées est imparfaitement marqué par l'orthographe, qui ne rend pas certaines contractions ni certaines expansions.

1. Contractions. !• Le pronom se contracte avec les différentes personnes de I am, 1 hâve, I had, I will; ainsi l'on écrit : I am, thou art, he is, etc. ; / hâve, thou hast, etc. ; I had, etc., I will, et l'on prononce : . Fm, thou'rt, he's, fve, thoust, Fd, III, etc.

2* Certains mots saxons dissyllabiques se prononcent en une syllabe ; ainsi l'on écrit : eoen, ever, ml, devil ; over, totvard, among, business, et l'on prononce : ev'en,e'r,evU, devH; o^er, tow^rd, ^mong, business, La plupart de ces prononciations sont encore reconnues dans la poésie classique , mais elles sont l'exception et font licence. Dans Shakespeare elles . sont aussi normales que la prononciation pleine.

3^* Dans tous les polysyllabes d'origine latine une, voyelle située entre deux consonnes dont Tune est une liquide {l, m, n, r,) ou une sifflante {s, c,j) peut tomber et réduire ainsi le mot d'une syllabe. L'on

liO KSSAIS DE LITTÉRATURE ANGLAISE

écrit: feverous (II, 3, 42), flattermg (III, 2, 37), credulous (IV, -3, 122), ahsolute (I, 4, 14 ; IV, 3, 40) ; eminence (III, 2, 35); multitudinous {{1,2,^1) ; i»i/)ediment (IV, 3, 66); ministers (I, 5, 47) ; mortified (V,

2, 5) ; 7nedicme{l\y 3, 216), et l'on prononce : cr^rf'- /o?/5, absente, ejnnence, multitud^nous, imped^ment, m'msHers, rnorCfied, med'cine (écrit ainsi V, 2, 27)*.

4° LV do Torticle est muet toutes les fois que le besoin du vers l'exigé .

5* Dans tout participe présent d'une racine terminée par une voyelle, la désinence ing peut se fondre en une syllabe avec la voyelle radicale : beingy doing sont monosyllabiques ; wooingly semble dissyllabique (I, 6, 6) ; prophesying est trissyllabique (II, 3, 38)'.

II.» Expansions. — Inversement, l'écriture ne marque qu'une syllabe dans captain, prononcé capitain{ly 2,36); entrance, prononcé enterance (I, 5,

1. Prononcer ainsi : ofjTcers (I, 7, 71) ; chamb'r (76) ; nour'sher (II, 2, 44); lim'ted{U, 3, 32); unmanrly {9S) ; treas'nous (115); murd'rous {\2i) ; trat^'ling (II, 4,7); AnVny (III, 1, S6) ; iinlin'al (62); instr'ment {HQ);predom'nant (86); rem'dy (III, 2,13); mafsty (III, 4, 2); infirm'ty (87); sp'rit (IV, 1, 112; V, 3, 4); antis'patest (écrit anticipatest) (IV, 1, 144); intemp'rance (IV,

3, 68); ver'ty, tempérance (94); warr*nted (139); miraclous (149); discov*ry (V, 4, 6); confdent(%)\ spéculative {i9); au lieu de officei^s^ etc. — terinble (I, 2, 53); ini;wi6/<?(III, 2, 53); syllable (V, 5,21), etc., se prononcent comme ils sont écrits et non terribel, etc. — L'in-folio écrit souvent selon la prononciation i^thmique: murd'ring fl, 5, 47); whisp'rings (V, 1, 65).

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