Voir plus haut, page
3. Parodié de Ôh! tiger's heart, wvapt in a womans hide^ «ians la troisième partie de Henrij VI (I, 4, 137).
4. Marlowe, le mailro reconnu du vers blanc. Cf. pages 7 ei 25.)
i4 ESSAIS DE LITTERATURE ANGLAISE
pays*; » En effet, jusque-là Shakespeare n^avait fait que remanier pour le théâtre les pièces de ses prédécesseurs*. Mais tous les auteurs de profession ne partageaient pas sur son compte Topinion deGreen, et la même année Téditeur même de son pamphlet posthume, Henry Chettle, fait amende honorable à Shakespeare et rend hommage « h son excellence dans sa profession, à sa civilité, à son honnêteté et à son talent, qui ont été reconnus par de grands personnages'».
L'un de ces grands personnages est le jeune comte de Southampton, de neuf ans plus jeune que Shakespeare et qui fut pour lui d'abord im protecteur, puis un ami : il lui dédie, en io93, sa première œuvre originale*, Vénus et Adonis, en termes do respect profond, et Tannée suivante sa Lucrèce en termes d'un dévouement passionné. Vers la même
1 . « There is an upstart crow, beautiûed with our feathers, that witii « his tigers heart wrapt in a players hide », supposes hé is as well able to bombast out a blank verse as tho best of you; and being an absolute Joannes Factotum, is, in liis own conceit, the only Shakescene in a country » {A GroatswftHh of Wit,)
2. Peut-être avait-il commencé plus 1ms encore: il gardait, dit-on, les voitures à la porte du théâtre : plus tard il s'éleva à la dignité de garçon de scène.
îi. «Myself hâve seeue his demeanor no less civil than he excelent in the quality he professes (sa profession d*acteur) ; besides divers Of worship hâve reported his uprightness of dealing, which argues his honesty, and his facetious grâce in writing, that approves his art. » {Kind HarVs Dream.)
't. The first heir of niy invention.
SIIAKESPKAKK la
époque, on le trouve mentionné dans les comptes du trésorier de la Chambre royale, comme membre de la troupe du lord chambellan. Il compose ses pièces historiques et patriotiques, qui durent avoir grand succès (c'était le temps des guerres contre l'Espagne), car on le voit, en 1597, acheter pour 50 livres* une maison à Stratford ; il a des propriétés à Stratford et à Londres; on lui emprunte. En 1598, le critique Mères le proclame le premier de la scène anglaise, pour la comédie comme pour la tragédie, le Plante et le Sénèque de l'Angleterre . Ses pièces lui sont volées par les imprimeurs, et d'autres, généreux, publient sous son enseigne les rhapsodies des contemporains. En 1599, iln^estplus simple acteur, il est intéressé dans les profits du Globe : sa fortune est faite.
Vers 1601, il écrit le monologue de Hamlet et achète. Tannée suivante, pour 320 livres, 107 acres dans la paroisse de Old Stratford; vers 1604, il fait errer le roi Lear dans la tempête et la folie, et intente un procès à Philip Rogers en payement de llivre 11 shillings 10 deniers, prix de maltàluivendu et non payé ; en juillet 1605, tout en rêvant à la tache de sang de lady Mjacbeth, il afferme pour 440 livres les redevances de Stratford, Old Stratford, Bishopton et Welcombe. Vers 1612, il se relire à Stratford,
I. A peu près 15,000 francs «le notre monnaie». 1. Voir page 22, note 1.
1« KSSAIS DK LITTKRATURE ANGLAISE
OÙ il retrouve sa femme ; sa carrière est achevée. l\ est retiré et vit en bon bourgeois ; ce fut, semblet-il, tout le rêve de sa vie. ï-e 16 février 1616, il marie sa plus jeune fille, Judith; le 25 du mois suivant, il signe son testament, et meurt subitement le mois suivant , le 23 avril, à Tage de cinquante deux ans,pour avoir trop bien traité — insinuait plus tard un vicaire de Stratford — son compatriote Drayton et son vieux camarade Ben Jonson. Il est enseveli dans Téglise de Stratford ; la pierre porte cette inscription attribuée au poète :
Good freiid {friend), for Jésus sake forbearc To (ligg the diist encloased heare {het^e) :
Bleste be tlie inau that spares thés stones, AuJ ciirst bo Uo tUat moves my boues.
CHAPITHE III
l'oeuvre, de SHAKESPEAHE. — histoire de son tiÉME
Pendant longtemps, l'on a étudié Shakespean»
comme on étudierait un livre révélé, sans songer à lui appliquer Jes lois ordinaires de la critique historique. Les figures innombrables, si diverses et toutes si vivantes, qu'il a jetées pour Téternité dans l'imagination moderne, Homéo, Macbeth, Lear, Henri V, Othello, Desdcmona, lago, Richard III, Hamlet, Ophélia, Prospéro, et tant d'autres, passent ensemble et confusément devant les yeux, comme la production presque naturelle et inconsciente d'un génie à part, qui renfermait en lui tous les contrastes et toutes les harmonies et qui'a eu le don de vivre de toutes les vies à la fois : on en est quitte pour s'en tirer avec une épithète ; on l'appelle « l'âme aux mille âmes », fiuptcvéuç^. Ce n'est que depuis peu qu'on s'est avisé que l'esprit iTieme d'un Shake-