‹ Littérature arabeChapitre 11 sur 37 · LE CLIMAT ET LA RACE. — ORIGINES DE LA POÉSIE. SES FORHES PRIMITIVES · texte numérisé non relu

LE CLIMAT ET LA RACE. — ORIGINES DE LA POÉSIE. SES FORHES PRIMITIVES

Une longue série de montagoes blanchâtres, en deots de scie; plus au sud, de vastes plaines à l'horizon infini, parsemées de cailloux noirâtres; enfin le désert de sable, aux tons rougeâtres, aux dunes arrondies, mobiles au gré des vents, oii le voyageur craint sans cesse de périr : telles sont les régions qui séparent l'Arabie du reste du monde, et qui en firent si longtemps une contrée mystérieuse. Partout ailleurs la mer : la mer Rouge aux basfonds madréporiques, récirs dangereux à fleur d'eau, l'océan Indien aux moussons périodiques et aux grandes tempêtes du large, le golfe Persique qui vient mourir dans les alluvions des deux grands fleuves historiques, l'Euphrate et le Tigre. Au centre de la péninsule, de hautes montagnes nues; à leurs pieds, là où l'on trouve des sources, des villes entourées de jardins de palmiers. Au bord de la mer, de nombreux ports où viennent s'embarquer les produits de l'agriculture, les dattes et le café,

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la gomme et le baume, où arrivent quelques maigres produits de l'industrie européenne.

C'est dans ce territoire que, de temps immémorial, vont et viennent les Arabes nomades, grands possesseurs de troupeaux, transportant leur camp de tentes noires en poîl de chameau là où l'herbe pousse et où sourd le maigre (îlet d'eau, voyageant d'un point à un autre sur la monture imposée par la nature du pays, le chameau à une bosse, en ses caravanes éternelles qui sont parfois des expéditions de guerre. Quel est ce peuple, qui en un moment de son histoire se révéla subitement au monde par des fortunes étonnantes, la chute du grand empire perse des Sassanîdes et la défaite des légions romaines du Bas-Empire? Un moment d'enthousiasme, qui ne fut qu'un éclair, précipita à la conquête du monde les hommes qui jusque-là avaient guerroyé les uns contre les autres pour la possession d'un site de campement favorable ou pour venger leurs injures. Mais le Bédouin est vite retombé dans son genre de vie primitif, il a conservé avec amour son ignorance native, dont il n'a jamais voulu sortir ; et quant à l'Arabe des villes, la fréquentation des marchands syriens et chaldéens, avant l'islamisme, celle des pèlerins qui de toutes les parties du monde musulman viennent vénérer le temple sacré de la Mecque, la Ka'ba et sa pierre noire, depuis Mohammed le prophète, l'a bien un peu civilisé, mais bien peu ; et encore aujourd'hui, les vices qui sont les vertus de l'homme primitif, l'astuce, la cupidité, la défiance, la cruauté régnent encore, sans palliatif, dans le cœur des citadins de ces villes inaccessibles.

Au moins l'Arabe du désert est brave ; sa vie d'aventures lui fait un devoir d'être courageux. Éternel voyageur, il va de place en place à la recherche de l'aiguade

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nécessaire au campement, de la maigre verdure indispensable à ses troupeaux. Pendant longtemps il ne connut comme monture que le chameau; la Bible et l'antiquité classique ne parlent que de cet animal. L'introduction du cheval — à quelle époque? nous ne savons — donna un nouvel aliment à ses qualités morales : l'Arabe devint excellent cavalier, et, a partir du tv° siècle de ootre ère, on voit apparaître la cavalerie sarrasine; la tribu arabe des Thamoudites a des combattants qui brandissent la lance, montés sur le pachyderme dont Buffon trouvait la conquête noble. Souvent les guerriers se hissaient â deux sur le dromadaire, comme dans ces escadrons que le général Bonaparte avait organisés pour éclairer le désert; arrivés snr le lieu du combat, l'un des deux mettait pied à terre et enfourchait le coursier mené en laisse, la croupe libre, jusque-là. Vêtu de la cotte de mailles empruntée à la Perse, le casque en tête, secouant sa longue lance de bambou que la navigation du golfe Pereique apportait de l'Inde à El-Khatt, le cavalier chargeait puis s'enfuyait, quitte à revenir à la charge sur l'ennemi qui s'avançait à sa poursuite. Cela, c'était la guerre; mais le Bédouin était aussi voleur, bandit, brigand; le ghazou, la razzia, comme nous disons d'après un mot emprunté à l'Algérie, est bien une forme primitive de la lutte pour la vie, mais pour nous, civilisés, c'est un acte de brigandage, pillage des troupeaux, enlèvement des femmes et des enfants destinés à servir d'esclaves, parfois massacre complet. Les poésies de ces brigands ne sont pas les moins belles de celles que nous ont laissées les anciens temps. D'où venait ce peuple? Il appartient certes, par sa langue et sa conformation ethnologique, au grand groupe des Sémites, répandus dans toute l'Asie antérieure; il se peut que la péninsule ait été peuplée par une mîgra-

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tion de tribus venant des plaines basses de la Babylonie. Cependant ses traditions nous laissent deviner des croisements de races avec des populations africaines. De bonne heure le commerce des captifs a introduit des nègres sur le sol de l'Arabie. Il est étrange que les Arabes eux-mêmes considèrent comme Arabes pursang ces populations du Yémen que nous savons voisines des Ethiopiens par la race et le dialecte, et admettent comme créateur de leur nationalité, à une époque plus récente, une émigration de Sémites amenés parismasi, le fils d'Abraham et d'Agar, ou descendus de son mariage avec une fille du Yémen. Quoi qu'il en soit, la lutte des descendants de Qahtan, censé roi de Saba, avec ceux d'Adnau, de la lignée d'IsmaCl, les guerres que se livrèrent les tribus qui s'y rattachaient et que leurs migrations menaient à travers les sables et les montagnes, furent l'occasion où se révéla le génie poétique de l'Arabe. Les longues marches de la caravane à travers les déserts monotones, au balancement uniforme du chameau, qui plie en deux le corps de son cavalier et donne le vertige du mal de mer à qui n'y est pas habitué, invitèrent de bonne heure l'Arabe à chanter des poésies. Il remarqua même bien vite qu'en pressant la mesure de sa récitation, la longue file de chameaux redressait la tête, relevait le pas, accélérait la marche; cet animal stupide et vindicatif est, en quelque degré, accessible à la musique, tout au moins au rythme. Les quatre pas lourds de sa marche fournirent la mesure, et l'alternance des syllabes brèves et longues de la langue parlée donna les temps successifs de cette mesure. Ce tut le kidd, le chant du chamelier conducteur de la caravane. Et cela fut l'origine des mètres de la prosodie, inventés sans s'en douter par le génie natif du Bédouin, découlant

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