‹ Littérature arabeChapitre 12 sur 37 · LB CLIMAT 2T LA BACE · texte numérisé non relu

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des besoias de la vîe au milieu desquels il traînait sa moDotone existence, et dont plus tard les théoriciens farmulërent les lois : on sait que Khalil conçut l'idée de sa métrique en entendant les ouvriers batteurs de fer, au bazar, frapper alternativement l'enclume de leurs coups cadencés. Jusqu'à cette découverte féconde du profond grammairien, les Arabes avaient fait des vers sans en connaître les lois autrement que par le sentiment inné qu'ils avaient de la mesure poétique.

Voilà donc l'Arabe chantant au cours de ses longs voyages, inventant des poésies où il célébrait des sujets bien restreints, l'image de la bien-aîmée, les vestiges laissés par le campement disparu, enfin les luttes de la guerre. Non pas que les souvenirs que lui laissaient les coups de main auxquels il avait pris part, pillages de caravanes, luttes pour la possession d'un point d'eau, querelles pour des chameaux enlevés, aient jamais développé chez lui le sentiment épique. Ce merveilleux apanage des races indo-européennes, la faculté de traduire des événements historiques ou légendaires en immenses poèmes remplis de tableaux grandioses, dont les héros surhumains sont le type d'un idéal toujours poursuivi, jamais réalisé, manque à l'esprit des peuples de langue sémitique. Le souffle est plus court, mais n'en est pas moins puissant pour cela ; et si ramassée que soit l'expression des idées elle n'en a pas moins produit un effet considérable sur la conscience de l'humanité : car c'est de cette inspiration que sortirent les poèmes religieux en prose nés à Jérusalem ou à la Mecque.

C'est donc du désert que devait sortir la poésie arabe; car dans les villes, on était trop plongé dans des préoccupations mercantiles pour que jamais une littérature en dût venir. Au sud, les populations himyaritcs, placées

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sur les routes du commerce qui reliaient, dès l'antiquité la plus reculée, par la voie de mer, l'Egypte a l'Inde, avaient fondé des villes qui se groupèrent en États, entre autres celui de Saba dont la reine légendaire figure parmi les personnages qui vinrent saluer la gloire des descendants d'Israël, le fils de l'heureux David, le sage Salomon, et dont nous constatons l'existence, aux premiers siècles de l'ère chrétienne, par les monuments dont le Yémen et le Hadramaut ont conservé les ruines, parles inscriptions en caractères himyariqucs relevées par J. Halévy et Glaser. Au nord, la civilisation syrienne avait de bonne heure pénétré dans les oasis de l'Arabie, apportant avec elle ses dieux, comme n Téïma. Sur la frontière de l'empire romain, sur celle de l'empire perse des Arsacides et des Sassanides, il s'était établi de petits États ; les princes de Ghassan, à l'ouest do désert de Syrie, ceux de Mîra, non loin de l'Euphrate, régentaient de petits royaumes, centres de civilisation dont l'éclat rayonnait plus loin que nous ne saurions le penser. A Hira, notamment, où une population mélangée était venue se grouper de différentes contrées, les 'Ibâds, anciens esclaves affranchis, restés clients des tribus, se livraient au commerce et voyageaient dans l'Arabie où ils portaient le vin récolté sur les rives du grand fleuve et fabriqué dans leurs celliers; ces Ibàds étaient chrétiens, et nous verrons un peu plus loin que ce sont ces marchands de vin qui, en portant aux Bédouins la liqueur enchanteresse que les oasis ne produisent pas, introduisirent parmi eux les idées chrétiennes et firent dos prosélytes qu'on n'aurait pas attendus d'une évangclisation de cette nature. Les plus anciens monuments de cette poésie arabe primitive sont les fragments qu'on nous a conservés des morceaux relatifs au Hidjâ, à la satire, à laquelle on

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attachait des idées superstitieuses et on prêtait un effet magique. Le poète, proprement le savant, chd'ïr, était une sorte de devin auquel on s'adressait pour composer ces satires qui couraient de bouche en bouche à travers les tribus de même origine, et auxquelles répondaient bientôt des satires équivalentes sorties du cerveau du poète de la tribu adverse.

Nous ne possédons plus rien de ces chants qu'improvisaient les Arabes du Sinaï quand ils rencontraient une source après un long voyage, comme le raconte l'ancien préfet de Constantinople, devenu ermite, saint Nil, vers l'an 400 après J.-C. Sozomène, auteur grec qui écrivit au v* siècle une histoire ecclésiastique, rapporte qu'en 372, Mania ou Mavia, reine des Sarrasins, ayant battu les troupes romaines de Palestine et de Phénicie, le souvenir de cette victoire se conserva dans les chants populaires des Arabes. La mémoire des hommes, quand elle n'est pas fixée sur la brique, la pierre ou le papier au moyen des traits de l'écriture, est bien courte et ne garde pas longtemps le souvenir des temps passés. Aussi ne faut-il pas s'étouner si les poésies arabes les plus anciennes ne remontent qu'au vi' siècle de notre ère, lorsque les voyageurs nabatéens venus de Syrie apportèrent l'alphabet cstranghélo et l'appliquèrent à la langue arabe, ainsi qu'on en voit un essai dans l'inscription bilingue de Harrân.

C'est aux djinns, à l'esprit malicieux plutôt que méchant qui peuple les solitudes, que l'ancien poète rapportait son inspiration ; et ce djinn lui insufflait l'idée de persiffler l'ennemi de la tribu, avec l'arriëre-pensée que la mordante satire, répétée dans les différents campements, était capable de faire du mal à cet ennemi, de l'envoAter, comme disaient les magiciens de notre

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moyen âge. Le poète est le savant, le connaisseur des opérations magiques, l'oracle de la tribu, iuspiré par le djinn. C'est par l'ordre du vieux poète Zohéïr ben Djauûb que le campement changeait de place, ou s'installait au moment et au lieu qu'il jugeait favorables. C'est sur soq avis qu'on entreprenait lea guerres, et lors du partage du butin, on lui faisait sa part, celle des plus braves. Son arme, c'est la satire, qui irrite, qui blesse, comme les armes les plus acérées, qui précipite les peuples les uns contre les autres, mais qui est aussi une incantation qui menace l'ennemi, qui cherche à lui nuire en faisant agir les divinités malfaisantes du désert, qui le maudit, et le voue il la perte, à la destruction , par l'emploi du mot fétiche, que seul connaît le savaut, le châ'ïr. Il ne nous est point malheureusement resté de textes de ces satires; mais il est aisé d'imaginer sur quels sujets elles roulaient en les comparant à la fameuse malédiction de Balaam.

Le hidjd était accompagné de rites spéciaux, tels que de s'oindre les cheveux d'un seul câté de la tête, de laisser trainer son manteau, et de ne porter de chaussure qu'à un seul pied.

Ce fut d'abord en prose rimée, aadf, que l'on prononça ces formules; puis l'invention du mètre radjaz, sorte de mélopée fort simple, deux longues suivies d'une brève, puis d'une longue, le remplaça : ii partir de ce moment il y eut une poésie arabe, bien que dans le sentiment des indigènes, ce mètre ne soit pas un vrai mètre prosodique ; mais ils ont au moins conservé le souvenir que ce fut leur mètre primitif, celui d'où découlent tous les autres, j'entends ceux des poètes du désert : car plus tard la vie citadine, l'influence de la danse et de la musique firent inventer des rythmes nouveaux.

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